Le baiser de Judas

Les événements qui ont marqué la fin de la semaine politique et la déclaration gouvernementale de ce dimanche démontrent une fois de plus le cynisme avec lequel le CD&V instrumentalise la question sociale pour tenter de survivre dans le monde politique flamand.Je suis né au sein d’une « famille M.O.C. »: père leader syndicaliste CSC, mère responsable chez « Vie Féminine » puis engagée politiquement au sein de la « Démocratie Chrétienne », comptes bancaires à la COB, assurances aux Assurances Populaires et tout le toutim… Sur le crucifix, Jésus penchait sa tête à gauche, lui aussi !

Bien sur, nous étions coopérateurs Arco ! et à mon tour, quand il a fallu emprunter pour acheter notre première maison (chronologiquement, pas quantitativement :-), c’est vers les AP, la COB et Arco que je me suis tourné. C’étaient des entreprises « sociales », sans être « socialistes », ce qui faisait un peu dissident dans le paysage de gauche (à défaut du PTB, on prenait ce qu’on avait).

Puis la COB est devenu la BACOB, la BACOB (fraîchement flamandisée) est devenue Dexia, qui a fondu dans Belfius. A  nous, les détenteurs d’une petite part Arco, on  nous a dit… de pleurer et d’en faire un set de table, en payant nous même la plastification. Je crois que j’ai du en faire un allume feu pour un soir de Noël.

Quand des dizaines d’années plus tard, le CD&V a décidé de soutenir le fruit de ses amours incestueuses avec le Vlaams Belang (entendez la N-VA), il l’a fait au nom de la défense des intérêts des plus démunis. Se posant comme l’extrême gauche d’un gouvernement ultra-libéral. On allait voir ce qu’on allait voir.

Et l’on voit. Les pensions reculent alors qu’il n’y a pas de « jobs, jobs, jobs » pour les plus de quarante cinq ans. Les chômeurs se voient exclus de leurs allocations, renvoyés pour certains vers les CPAS (au moins, là, ce sont les communes qui trinquent) ou vers la rue. Les soins de santé sont mis à la diète par la réduction des séjours d’hôpitaux (jeunes mères, veuillez prendre des cours de biberonage sur internet, parce que les infirmières n’ont plus le temps de vous donner des conseils et que votre épisiotomie à peine terminée, vous êtes priée de prendre votre moutard, votre valise et fissa… à la cuisine !), ou par des remboursements plus faibles et moins nombreux des médicaments.

Mais les élections, si lointaines au jour des noces avec la droite la plus radicale qui ait jamais gouverné ce pays, se profilent à nouveau à l’horizon. C’est le retour des sondages et les nuages s’accumulent à l’horizon. Alors, le parti chrétien flamand veut se redonner une image sociale et tente de nous offrir un acte (le dernier ?) de la mauvaise pièce qui se joue rue de la Loi sur le thème « faisons payer les vrais riches, les spéculateurs qui font des plus-values ». Un dernier acte ? A peine une saynette, une petite comédie bouffonne, à mi-chemin entre l’opérette et la chanson nous dit wikipedia. Et dans l’aveuglement le plus total, Wouter Beke et Kris Peeters (on ne parlera pas du fraîchement non diplômé de Harvard De Crem) acceptent, pour trente deniers, de vendre leur action sociale pour conserver encore deux ans de « pouvoir ».

Mais où est-il donc ce pouvoir ? Il suffit donc d’offrir aux « piliers » du mouvement chrétien flamand un peu d’argent pour qu’il en oublie toutes ses valeurs ?

Cela fait longtemps qu’il n’y a plus de crucifix à la maison, longtemps que les extraits de compte de la BACOB, de Dexia et de Belfius ont disparu de nos archives. Longtemps aussi que je ne nourrissais plus aucun espoir dans le mouvement « social chrétien » flamand. Le CD&V, parent de la N-VA à travers ses amours incestueuses avec le Vlaams Belang, se voit aujourd’hui fagocité par son enfant. Comme souvent dans l’histoire, il suffit d’un baiser à Judas pour vendre au plus offrant toutes ses valeurs.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l’enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison…), et conscient de la vanité d’avoir raison.

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