Comment la presse tue Schengen …

Ce soir, toute la presse semble ne parler que de cela: Anis Amri, le présumé terroriste responsable de l’attentat sur un des marchés de Noël de Berlin serait passé par Nimègue (Pays-Bas), Anvers (Belgique), Paris (France), Lyon (idem) avant de se diriger vers Turin et l’Italie où un contrôle policier a permis de l’identifier (et de mettre un terme définitif à sa carrière de tueur). Cela ferait donc de l’Allemagne, des Pays-Bas, de la Belgique, de la France et de l’Italie des Etats aux frontières « passoires » qui permettent la libre circulation des terroristes…

Faut-il donc rappeler que Allemagne, Pays-Bas, Belgique, France et Italie, en plus de représenter 5 des 6 Etats fondateurs de l’Union Européenne avec le Grand Duché de Luxembourg (et rien ne dit que demain, on ne trouvera pas une trace de Mr Amri le long de la Moselle…) sont aussi des membres parmi les plus actifs des accords de libre circulation des personnes dans l’espace « Schengen » ? Et que donc, il n’y a rien d’anormal à pouvoir librement passer d’un de ces pays à un autre.

Si l’on avait retrouvé le terroriste présumé à l’extérieur de l’Espace Schengen, il y aurait eut un vrai gros problème: il serait prouvé qu’il est plus simple pour un terroriste « islamiste » de sortir de l’Union Européenne que d’y entrer… Ce n’est pas le cas.

Ce qui devrait justement nous réjouir, c’est que malgré la liberté de circulation qui lui était offerte, ce triste sire ait fini par se faire coincer dans un contrôle de routine. Ce qui montre toute l’utilité d’une police entrainée et qui fait son boulot dans le respect de l’état de droit.

Demander à renforcer les contrôles aux frontières intérieures de l’Europe, c’est une obsession de toutes les droites nationalistes de notre continent, N-VA et – malheureusement de plus en plus – MR en tête ! Mais les premières victimes de telles mesures, ce sont bien entendu les citoyens ordinaires qui se voient eux aussi privé d’une liberté fondamentale, celle de circuler.

Les systèmes de surveillance policière ont permis l’arrestation d’un criminel. A partir du moment où cette arrestation s’est déroulée à l’intérieur d’un espace de libre circulation sans entraver la liberté des autres citoyens, il s’agit d’une bonne nouvelle.

On pourra bien entendu m’objecter que « si » le nouvel ennemi public numéro 1 avait voulu tenter un autre geste meurtrier ailleurs en Europe, il lui aurait été facile de le faire. Ma réponse sera très simple, dire cela c’est une conjecture, une de celle qui font que l’on justifie par la peur les pires atteintes aux droits des citoyens. Les faits, eux, racontent une autre histoire, et comme le disent si bien les anglais, les faits valent toujours plus que les paroles d’un Lord-Mayor (surtout s’il est bourgmestre d’Anvers).

Alors mesdames et messieurs de la presse, cessez de nous faire peur pour satisfaire votre audience. Le jour où il ne sera plus possible de circuler librement au coeur de l’Europe, vous serez sans doute les premiers à en souffrir, mais ce jour là, qui sera encore là pour crier à l’injustice ?

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l’enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison…), et conscient de la vanité d’avoir raison.