Comment le gouvernement de Charles Michel stimule l’immigration clandestine

Le refus par le gouvernement de Charles Michel – et en particulier par Didier Reynders et son Secrétaire d’Etat à la migration – d’octroyer un visa à une famille Syrienne est présenté par les ministres concernés comme un instrument symbolique de lutte contre l’afflux des réfugiés (« l’appel d’air »). En fait, il se pourrait bien que l’effet obtenu soit exactement inverse…

Il faut en effet prendre en considération le fait que  nous sommes devant une situation géopolitique incontournable: la guerre en Syrie jette sur la route un flot de femmes, d’enfants et d’hommes désespérés, qui s’enfuient au milieu des bombardements, sous les regards hébétés des journalistes et des caméras de télévision. Ces familles recherchent généralement un lieu ou se (re)poser des horreurs qui leur ont été infligées par la lutte entre les terroristes de DAECH et le dictateur El Hassad. Et ce lieu, ils continueront à le rechercher aussi loin du conflit que leurs moyens le leur permettent. Ceux qui n’ont pas de moyens restent dans les camps de Jordanie (1 habitant sur 4 de ce pays est aujourd’hui un Syrien réfugié) et du Liban, ceux qui ont un peu d’argent mais peu de liens à l’extérieur confient leurs vies à des marchands de mort qui leur font traverser au prix fort une mer au bout de laquelle ils ne trouvent malheureusement que le rejet inhumain de peuples qui se sont longtemps prétendus les défenseurs des droits humains et de la dignité.

Et parmi tous ces gens, il y a l’une ou l’autre famille qui a la chance d’avoir construit des liens avec d’autres familles vivant dans des pays vraiment sûrs, comme le nôtre. Ils y ont trouvé des amis  prêts à les prendre en charge. Au fonds, ces quelques exceptions sont les seuls immigrants dont nous soyons certains qu’ils ne coûteront rien à l’Etat, puisque la condition même d’octroi de leur visa est leur prise en charge par des gens qui en ont les moyens.

Mais étonnamment, nos éminences décident d’aller à l’encontre des décisions logiques d’octroi de visa, de braver leur propre justice, et de dépenser l’argent des contribuables non pas pour lutter contre les passeurs, l’immigration clandestine, les faux réfugiés, (pour ne parler que de ceux qui malheureusement ne répondent pas aux critères d’accueils établis par le gouvernement de notre pays), mais bien pour fermer la porte à la délivrance de visas légaux à des personnes qui remplissent toutes les conditions pour les recevoir.

Où se situe donc le fameux « appel d’air » ? Clairement pas du côté des visas réguliers. Pour demander un visa belge, il faudrait d’abord que le Syrien moyen (pour lequel j’ai beaucoup de compréhension) puisse situer sur une carte géographique la Belgique, sache que c’est un pays et trouve la piste qui mène à ses bureaux consulaires… Qui oserait sans rire prétendre que c’est une chose facile à Damas, Alep ou Raqqa aujourd’hui ?

En ne délivrant pas ce visa, la seule chose que nous faisons, c’est convaincre ceux qui de toute manière voudront fuir l’horreur des bombardements, des assassinats et des viols que le seul chemin de l’espoir est celui de la clandestinité. Nous leur démontrons que devenu selon les termes du premier des magistrats belges un « Etat voyou », notre pays n’est plus accessibles que par les voies les plus illégales.

Si par contre les autorités belges décidaient d’octroyer des visas à ceux qui en font la demande et sont dans les conditions requises pour les obtenir, nous pourrions amener chez nous – sans impact budgétaire, puisque la condition d’indépendance financière est primordiale dans l’octroi d’un visa – des familles qui seront soit parmi les premières à rentrer chez elles une fois le conflit terminé (puisque non détentrice d’un statut de réfugié), soit auront démontré leur volonté d’utiliser les moyens légaux pour s’intégrer à notre société. Et de notre côté, nous aurons pu démontrer que notre pays peut être accueillant sans être irresponsable.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l’enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison…), et conscient de la vanité d’avoir raison.

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