Pourquoi je ne peux être d’accord avec mon syndicat quand il dit « non » au Pacte d’excellence pour l’enseignement.

Depuis de nombreuses années, des décennies me semble-t-il, tous les acteurs de l’enseignement sont d’accord pour reconnaître l’échec de notre système éducatif à offrir toutes ses chances de développement personnel et professionnel à chaque enfant en communauté française.

Il y a maintenant plus de deux ans, un effort de réflexion considérable a été entamé par toutes les parties concernées: enseignants, éducateurs, gestionnaires, parents, pédagogues afin de définir des pistes pour infléchir à moyen terme (10 à 15 ans) le mode de fonctionnement mortifère de l’école d’aujourd’hui.

Toutes ces personnes ont produit ensemble des propositions qui représentent bien entendu des changements parfois radicaux tant pour les enfants, leurs parents que leurs enseignants. J’ai tendance à croire que leur travail a été fait sérieusement et en pleine concertation avec leurs bases respectives. Mais au lieu de se présenter de manière responsables devant leurs mandants pour leur expliquer que l’on ne pouvait espérer changer le système sans impact pour les acteurs, j’ai pu assister à une opération de communication syndicale clairement destinée à « remonter » des troupes toujours effrayés par le risque de changement.

Avant d’être un enseignant « de terrain », j’ai été pendant 30 ans un citoyen ordinaire: parent, employé du monde « réel », cadre, gestionnaire du changement. J’ai appris que l’on ne pouvait espérer changer le monde que si l’on accepte le risque de changer soi-même. Et les meilleurs épisodes professionnels de ma vie, c’est dans ces moments de changements que je les ai vécu. C’est précisément cette acceptation du risque qui fait défaut aujourd’hui.

Il n’y aura aucune amélioration de l’enseignement en Communauté Française aussi longtemps que les organisations syndicales resteront inféodées aux peurs de leurs affiliés. Les enseignants sont prompts à dénoncer à juste titre les dégâts éducatifs causés par les parents d’enfants soumis à la tyrannie de leurs enfants. C’est exactement ce que font les syndicats qui se déclarent partenaire du Pacte un jour pour le rejeter dès lors qu’il fait peur à leurs affiliés. Il y a plus de points communs que l’on ne pense entre l’affilié-roi et l’enfant-roi…

Je le dis haut et fort, je ne rejoins pas mon syndicat dans son rejet du Pacte. Tout ce qui a été fait jusqu’ici pour « améliorer » notre enseignement a échoué. Je ne peux que me réjouir de ce qu’un groupe réellement pluridisciplinaire arrive avec des propositions nouvelles. Elles ne peuvent donner de pires résultats que les recettes du passé. Il faut donc accepter d’essayer cet autre chose qui semble plein de bon sens. Et par là reconnaitre que de tels changements ne peuvent se produire sans changer les habitudes des parents, des enfants et du personnel enseignant et éducatif.

Apprendre à nos enfants à vivre dans un monde qui change, c’est d’abord accepter d’être nous même des exemples d’acceptation  du changement.