Voter révolutionnaire est-il contre-productif ?

Les élections présidentielles françaises font fantasmer nombre de nos concitoyens. Toujours prêts à dénigrer nos propres politiciens, nous sommes prompts à nous passionner pour les rebondissements de la nauséabonde campagne électorale de nos voisins du Sud.

Alors que la presse avait passé la première partie de la campagne à fustiger l’absence de projet concret d’Emmanuel Macron, le national-populisme de Marine Le Pen, les casseroles à répétitions de François Fillon et la déségrégation du Parti Socialiste, la montée « surprise » de Jean-Luc Mélenchon semble avoir réuni tout le Landerneau médiatique contre ce grand méchant loup qui vient avec un discours de valeurs et d’idéal…

N’est-il pas étonnant de voir que soudain la réalité effective du vide programmatique d’En Marche, les faits avérés de corruption de Madame Le Pen et de Monsieur Fillon, les disputes au vu et au sus de tous au P.S. passent désormais au second rang dans le discours des analystes face au caractère prétendument irréalisable d’un programme qui se dit volontairement en rupture avec les règles du jeu économique et politique actuel. Quand ce n’est pas le spectre de Staline et du Goulag que l’on nous mettrait volontiers sous les yeux.

Il faut pourtant être clair: contrairement à ce que prétendait Valéry Giscard d’Estaing lors de sa première élection, il n’existe pas de réel changement dans la continuité. Tout changement dans la continuité place par définition la continuité comme une contrainte irréfragable. Par définition le vrai changement est une rupture. Et c’est peut-être bien de rupture que notre monde à aujourd’hui besoin: une rupture avec toutes les approches qui ont été tentées depuis près de quarante cinq ans que nos économies d’abondance se prétendent en crise économique.

Quoi qu’il prétende, le FN ne représente pas le changement. Il ne représente que le renforcement de mesures sociales, économiques, culturelles, sécuritaires qui prouvent depuis longtemps leur inefficacité. Faire plus d’une politique inefficace, ce n’est pas changer, c’est s’enfoncer.

En Marche n’est pas non plus un mouvement de changement. En prônant l’orthodoxie européenne dans une sauce colorée à la social démocratie, il ne fait que cacher une absence d’idées originales derrière un discours néo-libéral pro-européen.

Le discours sécuritaire des Républicains est un copié-coller de celui du Front National, et son discours économique un avatar du discours ultra-libéral et déconnecté de toute réalité sociale des Républicains américains.

Benoît Hamon et le P.S., au nom d’un soit-disant « réalisme » qui tue à la base tout le souffle social que l’on attend de la gauche, se sont disqualifiés aux yeux des électeurs.

Qui reste-t-il alors sur l’échiquier politique pour oser un vrai changement, si ce n’est Jean-Luc Mélenchon ? Bien sur, on dira que son programme est irréalisable. Mais qu’ont donné les programmes dits « réalisables » ? Son projet est un projet de rupture, mais pas un projet de confrontation. Peut-être ne pourra-t-il être totalement exécuté. Sans doute se heurtera-t-il à la lenteur des résultats qu’il faudra bien apporter aux problèmes du quotidien. Mais au moins, l’on aura vraiment essayé quelque chose d’autre que ces solutions qui n’en sont pas.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l’enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison…), et conscient de la vanité d’avoir raison.

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