La bataille que la présidente du (F)ront (N)ational français a gagné…

Tout en continuant de croiser les doigts pour nos voisins d’outre Quiévrain, le vainqueur de l’élection présidentielle du 7 mai ne sera sans doute pas la présidente du parti nationaliste (je m’efforce de n’écrire ni le nom, ni le sigle, tant les moteurs de recherche de la blogosphère tirent de conclusions stupides de ce qu’ils trouvent). Pourtant, à lire tout ce qui se dit et s’écrit parmi ceux qui affirment ne pas vouloir d’elle, on peut sans doute considérer qu’elle a déjà gagné la partie qui pour elle est la plus importante…

Du Nord au Sud de l’Europe, d’Est en Ouest, nous sommes aujourd’hui confrontés à la montée des nationalismes. Brexit, Hongrie, victoires ou montées des partis nationalistes, populistes, partisans du repli sur soi et du rejet de l’autre. Les populations en plein désarroi cherchent des solutions compréhensibles, simples à des problèmes systémiques et donc par essence complexes et parfois incompréhensibles.

Chacun vient avec sa solution, et ceux qui prétendent ne pas vouloir du repli sur soi et du rejet de l’autre mettent alors en avant leurs désaccords sur les questions économiques et sociales pour s’invectiver et s’entretuer.

Ils sont nombreux parmi mes amis (ceux de la vie réelle comme ceux de la virtuelle) à être partisans de modèles sociaux que l’on pourrait traditionnellement qualifier de gauche, d’extrême gauche ou d’écologique. Je les lis et les écoute s’entre-déchirer sur la nature plus ou moins sociale de celui qui sera sans doute dans une semaine à la tête de la France, sans se rendre compte que c’est précisément cela l’objectif poursuivi par les nationalistes: rendre le pays ingouvernable. Cet aveuglement face aux leçons de l’histoire m’effraie, vraiment. Me donne des noeuds au ventre. Et m’attriste profondément.

J’ai l’impression que nous sommes en train de foncer en plein dans le piège qui nous est tendu: bloquer ceux qui se présentent comme la solution du dernier recours par leur haine de la différence et leur nostalgie maladive d’un passé qui ne reviendra pas, pour créer une situation ingérable au coeur de laquelle ils apparaitront encore plus comme la seule solution.

Ce n’est pas de cela dont l’Europe a besoin. Ce n’est pas de cela dont nos enfants ont besoin. Ce n’est pas de cela dont le monde à besoin. Ce dont nous avons tous besoin, c’est de dialogue, de respect. Quelqu’un qui croit que le mérite,  la rémunération du capital, l’austérité, la relance par la défiscalisation et la flexibilité du travail n’a pas à être insulté pour ses convictions. Pas plus que celui qui est persuadé qu’une politique d’investissements publics, de baisse du temps de travail, d’avancement de l’âge de la pension sera la solution à nos problèmes ne doit l’être pour les siennes.

Il est temps de nous rendre compte que si nous laissons les prêcheurs de haine empoisonner le terrain des débats entre démocrates, ce sera la haine qui finira par nous dresser les uns contre les autres. Et ce jour là, les démocrates auront à nouveau tout perdu, mais il sera trop tard.

Marquons nos désaccord sur les idées, sur les choix politiques de nos adversaires. Combattons avec les armes de la démocratie politique et sociale les injustices. Mais revenons au débat d’idées, pas aux échanges d’insultes souvent ad hominem (ou ad feminem) qui font rire un instant les populistes, mais blessent pour longtemps ceux qui les subissent. N’oublions pas que le le lion blessé est plus dangereux que celui qui rugit…

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l’enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison…), et conscient de la vanité d’avoir raison.