Le nouveau Calais est déjà là…

Et c’est à la politique de nos gouvernements (fédéraux et régionaux) que l’on doit sa création…

Je peux comprendre la crainte d’une population vivant dans le confort relatif de notre occident (où le seuil de pauvreté équivaut à trente fois le niveau de pauvreté absolue dans lequel baignent d’immenses populations d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud) de voir arriver de nombreuses personnes fuyant l’une ou l’autre forme de misère dans leur pays. Je peux entendre la demande de ceux qui ont peur de voir le confort de leur vie mis à mal par la confrontation avec des femmes et des hommes de cultures différentes de la leur.

Je peux moi aussi être interpellé lorsque je croise dans la rue des gens différents de moi. Toute notre société se construit autour de ce phénomène particulier : cachons tout ce qui ne représente pas notre image idéale du consommateur. Dans les homes, les vieux qui perdent un peu le nord et ne comprennent rien à l’internet et aux réseaux sociaux… Dans des centres spécialisés les handicapés aux comportements « bizarres »… Hors de nos rues les SDF… Dans des centres de ré-éducation les toxico-dépendants… Dans leurs quartiers, ces femmes et ces hommes dont la couleur de la peau, des cheveux ou la coupe des vêtements n’est pas conforme à la couverture de nos magazines de mode.

Alors, ces gens qui nous arrivent par bateaux entiers des rives de la Méditerranée, nous n’en voulons pas. Ils nous font peur. Nous ne voyons pas en eux de futurs voisins, nous n’entendons pas que ce qu’ils désirent c’est vivre comme nous, travailler, consommer, se cultiver et vaincre la peur qu’ils peuvent avoir… de nous ! Et quand un homme politique nous dit : « il y en a de trop, ils sont illégaux donc criminels, il faut les renvoyer chez eux ! » nous le croyons, parce que c’est la chose la plus simple, la plus rassurante à faire. Sauf que bien rares sont ceux parmi nous encore capable de mesurer l’écart qui existe entre vivre – même chichement et dans la précarité – ici, et tenter de sauver sa peau là-bas. Pour nombre d’entre eux, vivre précairement, dans la rue, sans statut, ici est considéré comme un mieux par rapport à ce qu’ils vivraient chez eux. Car ici, il leur reste l’espoir d’être encore en vie demain, et le jour d’après. Alors que là bas, ils sont dans la crainte d’une menace permanente et dont l’issue ne parait que fatale.

C’est pour cela que sur un point au moins notre gouvernement a raison: il faut à tout prix éviter un nouveau Calais ! Et c’est donc pour cela qu’il faut se demander ce qu’était Calais. On peut caractériser la jungle de Calais de la manière suivante:

  • un terrain relativement ouvert et public,
  • occupé en totale clandestinité,
  • géographiquement proche de la destination souhaitée des migrants et
  • géré exclusivement par des organisations non gouvernementales et des citoyens engagés.

Aussi longtemps que nous ferons tout pour laisser dans la plus totale illégalité les migrants qui arrivent sur notre sol, nous n’aurons aucune chance de changer leur destination souhaitée (la Grande Bretagne pour la plupart).

Ce qui par contre peut être changé pour éviter qu’une nouvelle « jungle » s’installe aux portes de Bruxelles (ou en son coeur), c’est bien de se donner une infrastructure d’accueil décente, prise en charge par l’autorité publique.

Le thème de l’appel d’air est une chimère. Qui peut sérieusement penser que le fait de donner un toit aux migrants en transit à Bruxelles est une information suffisante pour voir arriver des milliers d’autres migrants ? Nul ne pense à Bruxelles au moment de quitter la Syrie, l’Irak ou l’Erythrée. Nul Syrien, Irakien ou Erythréen ne s’intéresse aux rafles organisées à la Gare du Nord avant de choisir sa destination.

La politique que notre gouvernement mène ne stoppe pas l’arrivée des migrants. Les chiffres de retour que donne Théo Francken sont des gouttes d’eau dans un océan de clandestinité. Le refus de protéger et d’accueillir a minima ces personnes n’est rien d’autre qu’une manière de les pousser à la clandestinité. C’est bien la politique actuelle du gouvernement qui crée déjà un nouveau Calais, ici à Bruxelles. A force de se retrouver dans la clandestinité, écartés des contacts avec les associations qui leur permettent de survivre, combien seront-ils à devoir mendier, puis à chercher comme il le pourront à manger et à s’abriter. C’est l’absence de politique d’accueil qui mettra de plus en plus de migrants en détresse au coeur de nos rues, qui augmentera l’agressivité de la population à leur égard.

Qu’attend notre gouvernement ? Qu’affamés, quelques uns de ces malheureux se livrent à l’une ou l’autre rapine alimentaire pour pouvoir les criminaliser un peu plus ? Lorsqu’un affamé s’accapare la nourriture des étals, qui est responsable du vol, le voleur ou celui qui l’a affamé ?

L’absence de courage des femmes et des hommes politiques au pouvoir dans notre pays aujourd’hui est incompréhensible. Lorsque les gouvernants perdent tout sens de l’humanité, qu’ils ne s’étonnent plus de ne gouverner que des monstres.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l’enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison…), et conscient de la vanité d’avoir raison.