C’est tellement agréable de frapper un inconnu lorsqu’il est déjà à terre…

L’annonce du licenciement de nombreux travailleurs de la rédaction de RTL-Tvi a provoqué sur les réseaux sociaux un nombre impressionnant de commentaires sarcastiques ne tenant aucun compte de l’aspect humain de ces décisions.

« Ah, il y avait vraiment 30 journalistes à RTL ? » est une version encore très soft de ce que j’ai pu lire.

Je ne travaille pas à RTL. Je ne regarde pas RTL, ayant renoncé à la télévision par câble il y a plusieurs années déjà. Je trouve moi aussi que la qualité générale des programmes proposés par cette chaîne (mais finalement par la plupart des programmes de télévision depuis que le critère de l’audience publicitaire a remplacé celui de la qualité du contenu) est très faible. Mais en quoi cela justifie-t-il de se moquer des drames qui se jouent dans les familles touchées.

Ceux qui se moquent aujourd’hui des journalistes, cameramen, preneurs de son, et autres techniciens qui vont demain se retrouver sans emploi, que disaient-ils lorsque ING annonçait le licenciement de milliers de collaborateurs ? Quand Caterpilar ferme un site avec 4000 travailleurs ? Quand la FN de Herstal se restructure pour la Xème fois ?

Pourtant, votre banquier ING ne vous proposait-il pas tous les mois « le placement idéal » qui comportait une dose non négligeable de titres Monsanto, Total, Boeing ou Dassault, tous grands porteurs de mort dans les champs qu’ils soient de culture, de pétrole ou de bataille ? Les bulldozers et les camions de Caterpilar ne défrichent-ils pas les forêts amazoniennes et orientales, mettant en péril la capacité à respirer de toute la planète ? Les fusils de la FN ne se retrouvent-ils pas dans les mains d’innocents forcés à tuer d’autres innocents pour des raisons qui restent incompréhensibles aux uns comme aux autres (sauf aux vendeurs bien entendu…) ?

Alors, sur l’échelle des crimes humains, où se situent les pigistes ou les journalistes d’actualité ou d’investigation, les caméramen et les techniciens de RTL ? Ils nous montrent souvent la médiocrité du quotidien dans laquelle nous nous enfermons. Celle de nos voisins, et donc la nôtre. Ils nous renvoient une image qui nous dérange parce que, quoi que nous disions, nous n’avons peut-être pas fait grand chose pour que cela change.

Peut-être cette agressivité vient-elle du fait que les travailleurs de l’audio-visuel ont une caractéristique que nous pourrions leur jalouser: ils ont le devoir et le droit d’approcher les icônes de notre monde. Leur métier les oblige à questionner les puissants et les célèbres, tout autant que les monstres, les victimes et les faibles. Alors, nous leurs imaginons des salaires et des avantages en nature mirobolants qui n’existent souvent que dans nos fantasmes. Si l’on veut critiquer valablement, il faut d’abord établir les faits qui fonderont la critique.

Quand nous aurons disqualifié toutes les femmes et tous les hommes politiques comme des sal(auds/opes) des profiteu(rs/ses) ou des pourri(e)s, tou(te)s les journalistes comme des populistes et des incompétent(e)s, et que dans le même temps nous aurons persuadé chacun soit de rester chez lui les jours d’élections, soit de voter pour des listes aux programmes construits à coups de « yaka » et de « faukon », faudra-t-il s’étonner que la moindre critique vaudra alors sanction, sans que plus personne ne soit là pour lever un petit doigt ?

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l’enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison…), et conscient de la vanité d’avoir raison.