La vision très personnelle de la démocratie selon @CharlesMichel

@CharlesMichel, notre Premier Ministre, a décidé de s’exprimer à propos de la « crise des migrants » et de la manière dont son gouvernement traite ce dossier. Enfin, aurais-je tendance à dire. Sauf que…Sauf que Monsieur Michel a choisi de s’exprimer par un canal qui n’est pas celui qui devrait être le sien dans un débat démocratique. Il semble oublier qu’il est Premier Ministre, la personne qui doit être avant toute autre au service de ceux qui sont en charge de le contrôler, lui et son gouvernement, c’est à dire le Parlement. Faut il rappeler qu’aux yeux de la Constitution, un Premier Ministre n’est pas un élu, mais bien un homme désigné par les élus pour exécuter leurs volontés ?

En « s’expliquant » sur les réseaux sociaux, il ne fait pas son devoir, il commet même une erreur sinon une faute. Les réseaux sociaux sont les lieux de l’expression libre, et un Premier Ministre n’est et ne peut être libre. Il doit pouvoir répondre de chacune de ses paroles, de chacun de ses actes. Et pour pouvoir répondre, il faut que des questions puisse lui être posées.

Et ce n’est pas sur Facebook ou sur Twitter que l’on pose des questions à un Premier Ministre sur la politique de son gouvernement. Ce serait beaucoup trop facile. Un homme, sensé être au service de sa population, entouré d’experts (en communication et on l’espère aussi du contenu) peut construire sans contradiction sérieuse un discours principalement communicationnel, le diffuser à un public qui pourra se contenter soit de « liker », soit d’exprimer émotionnellement son approbation ou sa désapprobation. Il pourra ainsi se plaindre des insultes qu’il ne manquera pas de recevoir. Il pourra même faire celui qui est « touché » par tout ce qui se dira de lui. Il choisira peut-être, comme son mentor anversois de verser une larmichette, ou de poursuivre en justice l’un ou l’autre délateur qui aura été trop loin dans les propos injurieux ou menaçants. Bref, en « s’expliquant » sur un lieu ou l’on « s’exprime », il verse en plein dans le populisme le plus déplorable.

Alors que si Monsieur le Premier Ministre avait respecté le prescrit constitutionnel, il s’adresserait à ceux qui sont en charge de le contrôler. Mais on l’a vu ces dernières semaines: quand les parlementaires exigent (et c’est leur droit et leur devoir) d’entendre le Premier Ministre, il lui faut plusieurs jours pour s’extraire de son concours de selfies parisiens pour répondre. Au Parlement, confronté à une opposition qui dispose de moyens pour s’informer et se documenter, il doit répondre de ses actes, et non simplement raconter sa version de l’histoire.

En choisissant Facebook au lieu du Parlement pour s’exprimer sur un thème aussi grave, il devient l’alter ego d’un Trump, s’autorisant à faire de ses réalités LA réalité, alignant vraies infos et fake news. N’hésitant d’ailleurs pas à donner à la presse du « fake news » à peine déguisé sous un voile de politesse.

La démocratie telle que nous l’avons connue est en train de mourir. Ce qui nous arrive aujourd’hui ressemble de plus en plus à un spectacle où les mandataires (ceux qui obéissent aux ordres logiquement contradictoires de la diversité de leurs mandants) cèdent la place aux acteurs (ceux qui jouent un rôle écrit par un auteur au dessein unique). Les noms des fonctions restent les mêmes, mais si l’on ne ferait pas autrement si l’on voulait discréditer le système politique qui a nous a permis de vivre depuis près de quarante ans dans un monde plus pacifique qu’il n’avait jamais été.

A ce petit jeu, les élus de 2019 pourront encore faire un petit tour au Parlement pour voter la « confiance » ou la « méfiance » à une coalition qui aura construit son programme sur les émotions et les peurs entretenues sur Facebook. Ensuite, ils assisteront sans pouvoir jamais le contester à l’exercice d’un pouvoir qui aura beau jeu de s’exercer en se justifiant à coup de mensonges, d’omissions et d’émotions. Espérons qu’il restera encore des élus de 2024 et de 2029…

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.