Les propos contradictoires du patron de la N-VA au fédéral…

Je viens de lire en détail l’interview de Peter De Roover dans @lesoir de ce week-end. Si le commentaire général du journal parle d’un point de vue dépassionné, il est en tout cas très clair qu’il montre bien la route que veut tracer le parti nationaliste flamand. C’est mon opinion, et je vais la partager avec vous…

Dès la première question, le problème migratoire est posé en termes communautaires. « Tout le monde sur cette terre souhaite que chacun sur cette terre ait un toit, qui ne soit pas menacé par la guerre, par exemple. Mais il y a d’un autre côté une autre valeur morale: il faut veiller a ce que notre société, qui a un niveau élevé de protection sociale, puisse conserver cette protection. » Vient ensuite le refrain sur « toute la misère du monde » que nous ne pouvons accueillir. Combien de fois faudra-t-il enfoncer le clou du « fact checking » pour expliquer que si l’Allemagne a ouvert ses frontières, ce n’est pas par bonté d’âme uniquement, mais avant tout pour sauver son système de sécurité sociale ? Si ce fait n’est pas perçu au premier abord par le citoyen, c’est parce qu’il faut le lui expliquer. Expliquer l’impact de la démographie sur la sécurité sociale, cela ne se fait pas en 3 minutes à la TV. Mais c’est la mission pédagogique d’un gouvernement…

La deuxième ligne d’intervention de De Roover, c’est de critiquer la politique des gouvernements précédents: « Mais la politique d’asile menée par les précédents gouvernement a conduit ou, en tout cas, risque de conduire à une déstabilisation de la société. C’est notre point de vue. » Voilà une phrase qui relève de la perversion logique absolue. Elle commence par l’affirmation d’une chose qui existe puisqu’elle est exprimée au passé composé « la politique… a conduit… » (donc, cela s’est bien passé), immédiatement suivie, d’une « nuance » au présent (temps qui marque l’incertitude) « ou… risque de conduire ». Dans la même phrase sont dites une chose et son contraire (une chose qui risque de se produire ne s’est pas définition pas encore produite !). Et si une politique « risque de conduire » à une déstabilisation de la société, est-ce celle d’un gouvernement qui n’est plus au commande depuis maintenant trois ans ? Ou celle du gouvernement qui est en place aujourd’hui, avec la N-VA aux commandes ?

C’est dans la suite de l’entretien que le leader nationaliste tente de se montrer « raisonnable » et capable de prendre de la hauteur. « Nous n’allons pas dire que ce sont des gens biens contre des gens qui ne le sont pas. [la politique du gouvernement] est un combat pour un bon équilibre dans, par exemple, le maintien de la sécurité ou le fait de maintenir le sentiment, oui, d’être chez soi à l’intérieur de nos frontières ». Même technique oratoire qui consiste à crier bien fort une contre-vérité, et d’affirmer mezzo voce la nuance qui contredit ce que l’on vient d’entendre. D’abord, une affirmation péremptoire, qui a l’air d’une sentence philosophique, et qui n’a aucun fondement logique: un équilibre doit se faire entre plusieurs choses. Ici, le patron de la N-VA au fédéral nous parle d’un équilibre « dans », et non « entre ». Un équilibre intérieur, ça veut dire quoi ? On peut par contre en déduire que le maintien de la sécurité revient à « maintenir le sentiment que l’on est chez soi à l’intérieur des frontières », ce qui est la définition même du repli sur soi. La N-VA est en effet bien le parti de ces 35 pour cents de flamands qui ne sont (presque) jamais venus à Bruxelles (et je compte là dedans ceux qui prennent le train ou leur voiture, viennent embouteiller et travailler à Bruxelles pendant la journée et rentre le plus vite possible chez eux une fois leur journée terminée), mais qui sont parfaitement capables de déclarer que c’est une ville dangereuse, traversée par un nombre incalculable de zones de non-droit, nourris par les images de quelques échauffourées détestables mais qui se produisent tout autant lors des Gentse feesten ou dans le centre de l’Antwerpen de Bart de Wever.

L’étape suivante dans le raisonnement de De Roover est de convoqué une personnalité de la « gauche historique » pour défendre Theo Francken. Réduire l’interview de Louis Tobback dans Knack à une déclaration qu’à la place de Francken, Tobback aurait « fait en gros la même chose », c’est oublier un paragraphe central de l’interview: « Cet accord avec les Soudanais dépasse l’entendement, non ? Ce qui serait vraiment étonnant, c’est qu’on ne torture personne à Khartoum. Et je me moque que les gouvernements français et allemand aient déjà un accord. A présent, le gouvernement belge souhaite étudier ce qui s’est exactement passé au Soudan. Mais nous n’avons même pas d’ambassade à Khartoum! Ecrivez donc (rire cynique) que la Sûreté d’état a probablement envoyé un de ses meilleurs agents au Soudan pour constater sur place si on torture dans les prisons. Il sera plus difficile de savoir s’il y a eu des morts. Les morts ne viennent pas témoigner, et les Soudanais ne nous donneront pas l’adresse de l’endroit où ils font disparaître leurs prisonniers. » Il faut avouer que pour trouver ce paragraphe, il fallait lire l’article, et ne pas se contenter du titre de la Dernière Heure…

C’était mon opinion, et je suis heureux de l’avoir partagée avec vous !

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.