Le terroriste et le fou.

Un homme, au volant d’une camionnette, fonce dans la foule à Munster, Londres, Berlin ou Nice. Il sème la panique, le sang et la mort. Là où il est passé reste la peur. Et lui finit par se donner la mort.

Voilà pour les faits. Les femmes et les hommes politiques, les journalistes vont maintenant entrer en scène, ensemble avec les procureurs et analystes de tous poils. La vérité des faits va se transformer en histoire policière. Et l’histoire sera porté par des mots au caractère définitif : « attentat terroriste » pour l’un, « geste désespéré d’un déséquilibré » pour l’autre.

Pourtant, lorsque vient le temps du recul, celui ou les premières pages des journaux ont déjà oublié l’histoire pour une nouvelle plus sordide ou plus sanglante, on découvre presque chaque fois que l’auteur de l’acte désespéré l’était lui même. Fou de dieu, fou des armes, fou de sa propre misère.

Mais la misère et la folie de celui qui fonce dans la foule ou tue des Lycéens « sans crier gare » nous renvoie à notre société et à son incapacité à proposer une qualité de vie satisfaisante pour ses propres enfants. Tandis que la folie de celui qui crie « Allah Ouakbar » avant de mourir nous permet de reporter la responsabilité du crimes sur une autre communauté. En y ajoutant une dimension de préméditation : « il avait regardé des sites de propagande islamiste »

Avec un État Islamique réduit aux luttes de désespoir, prêt à s’attribuer la mort d’un chiot pour faire peur à son maître, nous tombons allègrement dans ce panneau et sommes tout surpris lorsque nous découvrons que la folie n’est pas l’oeuvre d’un Dieu, mais celle d’une société incapable d’offrir à chacun un environnement sécurisant. Et je dis bien l’oeuvre, pas la faute.

Je crains qu’il n’y ait guère de faute à chercher ici, sauf à croire en une utopie qui donnerait à chacun la sécurité matérielle et psychologique dont il rêve, sans porter atteinte à celle de ses voisins.

En qualifiant d’acte terroriste le geste désespéré du fou de Munster puis en le disqualifiant en raison de la non appartenance de l’auteur a une mouvance religieuse, la presse et le monde politique et judiciaire contribuent à attiser la haine entre des communautés qui toutes ont échoué dans leur prise en charge de leurs plus faibles éléments.

Publié par

Dominique Foucart

Enseignant (Sciences Economiques, Sciences Humaines, Langues Modernes) dans l'enseignement secondaire général et technologique. Curieux de tout, avec souvent une opinion assez tranchée, mais amoureux des débats (surtout lorsque je pense avoir raison...), et conscient de la vanité d'avoir raison.

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