A bas la calotte …

De quoi se mêlent donc l’ULB, l’ULg et l’UMons ? Qu’est ce qui leur fait peur dans la fusion des trois Universités Catholiques de la Communauté Française ?

J’ai fréquenté soit comme étudiant, comme compagnon et époux, soit comme parent, St Louis, l’UCL et l’ULB. Et la seule de ces institutions à m’avoir réellement choquée par son intolérance aux autres approches philosophiques est l’ULB. 

Ce n’est pas à St Louis, à l’UCL ou à Namur que l’on fait pression sur les étudiants pour adhérer à un cercle philosophique fermé. A l’ULB, le dos de la carte d’étudiant comportait à mon époque une invitation à signer la plus absurde des déclarations: la « profession de foi » du libre-exaministe. 

Ce n’est pas à la proclamation des résultats de l’UCL que l’on invite la salle à se lever et à chanter un quelconque Credo. Etais-je le seul dans le Janson à ne pas chanter « À bas la calotte », le morceau étant entamé par le Recteur.

C’est bien à l’ULB que l’on m’a dit que mes crédits acquis dans les années 80 à l’UCL ne pouvaient être acceptés pour réduire ma charge de cours de formation continuée …

Lorsque j’etudiais à Louvain-la-Neuve, mon principal professeur en dernière année était un invité de l’ULB. Une telle chaire n’existait pas à l’époque dans l’autre sens.

Je crois que, ne pouvant répondre intelligemment aux besoins de spiritualité de la jeunesse actuelle, le mouvement laïc choisit de stigmatiser les approches philosophiques fondées sur une spiritualité explicite. Il choisit l’exclusion là où d’autres privilégient la tolérance.

Je suis persuadé qu’il existe de nombreuses raisons pour les Universités « laïques » de s’inquiéter de la fusion de leurs homologues catholiques, mais ces raisons ne peuvent en tous cas pas faire opposition à la liberté d’association et aux libertés de croire.

Les processus qui ont amené à cette fusion sont respectueux des règles internes de ces institutions et des fondements du droit. On attendrait donc mieux de phares de la pensée qu’une poussée acneique de jalousie et d’intolérance.

Pourquoi je ne peux être d’accord avec mon syndicat quand il dit « non » au Pacte d’excellence pour l’enseignement.

Depuis de nombreuses années, des décennies me semble-t-il, tous les acteurs de l’enseignement sont d’accord pour reconnaître l’échec de notre système éducatif à offrir toutes ses chances de développement personnel et professionnel à chaque enfant en communauté française.

Il y a maintenant plus de deux ans, un effort de réflexion considérable a été entamé par toutes les parties concernées: enseignants, éducateurs, gestionnaires, parents, pédagogues afin de définir des pistes pour infléchir à moyen terme (10 à 15 ans) le mode de fonctionnement mortifère de l’école d’aujourd’hui.

Toutes ces personnes ont produit ensemble des propositions qui représentent bien entendu des changements parfois radicaux tant pour les enfants, leurs parents que leurs enseignants. J’ai tendance à croire que leur travail a été fait sérieusement et en pleine concertation avec leurs bases respectives. Mais au lieu de se présenter de manière responsables devant leurs mandants pour leur expliquer que l’on ne pouvait espérer changer le système sans impact pour les acteurs, j’ai pu assister à une opération de communication syndicale clairement destinée à « remonter » des troupes toujours effrayés par le risque de changement.

Avant d’être un enseignant « de terrain », j’ai été pendant 30 ans un citoyen ordinaire: parent, employé du monde « réel », cadre, gestionnaire du changement. J’ai appris que l’on ne pouvait espérer changer le monde que si l’on accepte le risque de changer soi-même. Et les meilleurs épisodes professionnels de ma vie, c’est dans ces moments de changements que je les ai vécu. C’est précisément cette acceptation du risque qui fait défaut aujourd’hui.

Il n’y aura aucune amélioration de l’enseignement en Communauté Française aussi longtemps que les organisations syndicales resteront inféodées aux peurs de leurs affiliés. Les enseignants sont prompts à dénoncer à juste titre les dégâts éducatifs causés par les parents d’enfants soumis à la tyrannie de leurs enfants. C’est exactement ce que font les syndicats qui se déclarent partenaire du Pacte un jour pour le rejeter dès lors qu’il fait peur à leurs affiliés. Il y a plus de points communs que l’on ne pense entre l’affilié-roi et l’enfant-roi…

Je le dis haut et fort, je ne rejoins pas mon syndicat dans son rejet du Pacte. Tout ce qui a été fait jusqu’ici pour « améliorer » notre enseignement a échoué. Je ne peux que me réjouir de ce qu’un groupe réellement pluridisciplinaire arrive avec des propositions nouvelles. Elles ne peuvent donner de pires résultats que les recettes du passé. Il faut donc accepter d’essayer cet autre chose qui semble plein de bon sens. Et par là reconnaitre que de tels changements ne peuvent se produire sans changer les habitudes des parents, des enfants et du personnel enseignant et éducatif.

Apprendre à nos enfants à vivre dans un monde qui change, c’est d’abord accepter d’être nous même des exemples d’acceptation  du changement.

Le travailleur, variable d’ajustement du modèle néo-libéral

La carte blanche signée par Me Manuela Cadelli, présidente de l’Association Syndicale des Magistrats, dans « Le Soir plus » d’aujourd’hui est une démonstration factuelle du danger que représente pour nos démocraties le néo-libéralisme. Les cris d’orfraies poussés par Richard Miller (MR) dans sa réponse sont tellement vides d’argument qu’ils en constituent la meilleure validation… Continuer la lecture de Le travailleur, variable d’ajustement du modèle néo-libéral

Fini le baratin… libérons la langue

Tout enseignant, et en particulier tout enseignant en langue(s) – et singulièrement en français, se doit d’aller voir « La Convivialité » au théâtre National. Ecrit par deux romanistes, enseignants dans le secondaire, ce court opus est une ode à la libération de la langue du carcan de l’orthographe.

Fini le baratin. L’écriture ne constitue ni la finalité, ni la nature première de l’idiome. Inutile d’alourdir la plume par une pénible fioriture. si le code s’améliore il existera une manière directe de traduire le son par le signe, libre de toute morale.

Le texte nous montre l’absurdité de l’obsession orthographique, en plongeant dans les racines de la langue pour démonter les mythes qui nous poussent à défendre à tous crins une orthographe qui ne sert pas le sens, mais nous en distrait.

Ainsi de cet absurde accord du participe passé avec le complément d’objet lorsque celui ci le précède, simple résidu de l’économie des moines copistes qui, ne pouvant revenir en arrière dans leurs oeuvres, ne pouvaient accorder le participe avec son complément lorsque celui ci le suivait, tout en réclamant une variation de genre ou de nombre. Lorsqu’arrivait le mot « pommes » dans la phrase dictée « Il avait mangé pour son petit déjeuner, en compagnie de toute sa famille, et alors même que le soleil se levait, les pommes de son jardin », il était bien trop tard pour encore trouver une place pour un « e » et un « s » à la fin du mot « mangé »…

Ou encore de ces quatorze manières d’écrire le son [s] et des trois de prononcer la lettre « s », le tout menant à une confusion qui ne sert qu’à désigner l’élite d’une nation en fonction de sa servilité à des règles qui ne s’intéressent qu’à la forme et nous distraient du sens.

Bref, allez voir ces cinquante minutes (eh oui, ce sont des profs, des vrais) de joyeuse culture et vous en reviendrez en vous sentant un peu moins coupable de vous concentrer parfois plus sur le fond que sur la forme.

Lettre ouverte d’un vieux déchet à Madame Doris Blanco

Chère Madame Blanco,

Votre nom est apparu ce 11 septembre sur mon écran de télévision au cours du reportage sur la pénurie de places dans les écoles secondaires du Nord Ouest de Bruxelles, lors du JT de 19h30 sur la RTBF.

L’interview de vos amis Emanuele et Yannik Van Roy m’avait déjà relativement choqué. Ces personnes ont fait le choix d’habiter Wemmel,en Flandres, et donc de s’exclure des mécanismes « normaux » de l’inscription. Il n’y avait donc pas lieu de s’étendre sur une situation qui – de par le choix des protagonistes – devenait complexe.

Vos propos par contre, me sont directement adressés, ainsi qu’aux élèves que je rencontre tous les jours dans mon école multi-culturelle du Nord-Est de la ville (mais son profil n’est pas fondamentalement différent de celui des autres écoles où des places existent encore en 1ères communes). Vous êtes très explicite dans vos propos – mêmes si vous êtes « désolée » pour le terme employé : nous sommes des écoles « poubelles ». Ce qui, si vous voulez avoir l’honnêteté d’entendre vos propres mots avec les oreilles de ceux qui travaillent et étudient dans ces écoles, revient à les traiter de « déchets ».
Je serais en classe, je laisserais maintenant planer un long silence pour permettre à tous de réfléchir un instant.

C’est donc un professeur « déchet » qui va vous parler, vous pouvez donc jeter directement mes propos dans la poubelle, puisque c’est la place qui me revient. Mais si vous ne le faites pas, je vous invite à réfléchir à une autre de vos propres paroles: l’alternative à une école comme celle où je travaille, c’est de « le laisser là dans un bon enseignement avec heu… des valeurs et tout le reste… » et ce point m’intéresse, car je voudrais savoir quelles sont ces « valeurs » et comment vous les démontrez ?

Je vais essayer d’être aussi factuel que possible: l’école où je travaille compte des enfants venus de dizaines d’horizons différents, si ils sont assez nombreux à avoir la nationalité belge, je ne crois pas qu’ils soient nécessairement la majorité. Ils ne parlent pas tous français à la maison, mais tous sont bilingues, voir tri- ou quadri-lingues en arrivant chez nous. Et pourtant, bien peu sont filles et fils de fonctionnaires européens… Ils ont le teint brillant ou mat, la peau blanche, brune, jaune, noire, les cheveux de toutes les couleurs, avec ou sans foulard. Et aujourd’hui, jour de la fête de l’Aïd, un nombre non négligeable a choisi de rester en famille, même si cela n’est pas autorisé par « la loi ».

Ces enfants m’apprennent tous les jours à pratiquer les valeurs de respect des autres. Ces enfants m’obligent à me rendre compte qu’il n’y a pas sur terre que des femmes et des hommes européens, ayant vécu dans le confort de notre vieux continent pacifié depuis des générations, rompus aux codes sociaux que nous nous sommes construits. Ces enfants sont des adolescents qui revendiquent leur statut à coup de déclarations parfois choquantes, mais que nous pardonnerions tellement plus facilement si elles sortaient de la bouche de nos petits Nathan et Victor. Leurs marques de respect existent, mais ce sont celles qu’ils ont appris dans leur famille. Elles nous paraissent parfois incongrues ou anachroniques, mais eux non plus ne comprennent pas toujours ce que nous en attendons.

Je suis cependant persuadé que vos enfants auraient pu aussi faire l’expérience de telles écoles de manière positive. C’est en tout cas ce que me disent les parents que je rencontre. D’abord, ils auraient la joie et le bonheur de retrouver chaque soir leurs parents – et leurs en sauraient gré pour cela. Ensuite, ils apprendraient dès aujourd’hui à vivre avec ceux qui feront, qu’on le veuille ou pas, la génération de demain, et au lieu de la construire dans le conflit (« eux » dans leurs « écoles-poubelles » et « nous » dans nos internats-élitistes), ils le feraient dans l’apprentissage du dialogue et parfois aussi d’une enrichissante confrontation. Croyez vous que vos enfants bénéficieront de plus d’attention là où vous les envoyez ? La seule certitude que j’ai, c’est qu’ils se détacheront de vous, et que vous ne pourrez pas remplir votre rôle d’accompagnement comme vous auriez pu le faire en le gardant près de vous.

Vous êtes furieux contre la CIRI parce qu’elle vous propose des solutions qui ne vous conviennent pas ? Pourquoi une telle peur de voir des solutions nouvelles émerger ? Regardez le monde autour de vous ! A quoi ressemble-t-il le plus ? A votre internat (excellent en l’occurence) de Dinant ou à notre école des environs de Schaerbeek ? Je ne parle pas ici de votre monde rêvé, mais de la réalité quotidienne qui se construit.

Revenons à la question des valeurs. Le décret mission qui est le produit d’un processus démocratique (car oui, nous vivons dans une démocratie qui définit ses règles de fonctionnement) auquel vous avez peut-être participé (il est vrai que vous êtes encore jeunes et que c’était en 1997) précise les quatre missions de l’enseignement obligatoire en Communauté Française:

  1. promouvoir la confiance en soi et le développement de la personne de chacun des élèves;
    Pensez-vous servir la confiance en soi de votre enfant en l’isolant dans un cocon sécurisé qui l’écarte le plus longtemps possible de la réalité dans laquelle il est appelé à vivre ?
  2. amener tous les élèves à s’approprier des savoirs et à acquérir des compétences qui les rendent aptes à apprendre toute leur vie et à prendre une place active dans la vie économique, sociale et culturelle;
    Hormis les affirmations non vérifiables des directions d’écoles et en l’absence de tout outil de comparaison sérieux, qu’est-ce qui vous indique que votre enfant pourra acquérir de meilleurs compétences – sachant en plus que vous ne pourrez assurer le suivi de ces acquis en raison même de la distance qui vous séparera de lui.)
  3. préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures;
    Est-il vraiment nécessaire que je commente ce point, qui me paraît fondamental si nous voulons pouvoir vivre demain dans un monde pacifié ? En qualifiant les autres cultures de « cultures-déchets », ne compromettez vous pas fortement les chances de votre enfant d’atteindre cet objectif ?
  4. assurer à tous les élèves des chances égales d’émancipation sociale.
    Croyez vous qu’un enfant fréquentant une « école poubelle » aura plus de chance d’émancipation sociale si cette école est transformée en ghetto, et – a contrario – pensez vous qu’un enfant issu d’un milieu social plus aisé ait moins de chance d’émancipation sociale parce qu’il aura fréquenté une école comme celle où je travaille ?

Voyez vous, Madame Blanco, je crois vraiment que vous avez fait ce que vous pensiez être le mieux pour votre petit garçon. Je lui souhaite sincèrement de vivre une expérience enrichissante là où vous l’avez inscrit.

Mais ne transformez pas votre peur qu’il soit confronté à des enfants différents par leur origine ethnique ou sociale en discours injurieux. Mettez vous un instant à la place de ceux qui auront vu votre interview à la télévision, qui croiseront votre enfant. Si ils se sont – comme moi – entendus traiter de déchets, il leur faudra sans doute tout le courage, toute la patience et toute la tolérance que vous avez laissé sur le bord de la route pour ne pas à leur tour enrager…

La mémoire courte de Bart De Wever…

Sur VTM, mardi soir, Bart De Wever s’est offusqué en long et en large de la « pendaison » à Mons d’une poupée sensée représenter Charles Michel.


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Les relais populistes du gouvernement ne se privent pas se lancer dans des diatribes émotionnelles sur le thème des enfants de notre Premier Ministre qui seraient tellement traumatisés de voir leur papa ainsi virtuellement condamné.

Trois choses:

  1. Je ne suis favorable à aucune forme de violence envers les personnes, quelles qu’elles soient, et je n’éprouve aucune sympathie pour l’action menée par les syndicalistes montois;
  2. Je rappelle à Monsieur Michel que personne ne l’obligeait à occuper une fonction aussi publique que celle de Premier Ministre – en fait, 80% de la population de la Communauté dont il est issu ne voulait pas de lui. Etre au premier rang en politique entraîne des risques, il faut pouvoir les assumer. Se faire conspuer en fait partie;
  3. Que Monsieur Michel soit attristé de son sort est légitime. Mais que Monsieur De Wever oublie qu’en septembre 2011 son ami Ben Weyts a organisé avec la N-VA au marché annuel de Beersel un stand de « jeu de massacre » pour les enfants où ceux-ci étaient invités à viser le mieux possible des effigies d’Elio Di Rupo qui était alors formateur. Je répète: un jeu organisé pour les enfants dont l’objectif était de massacrer la figure d’Elio Di Rupo… Commentaire de Ben Weyts ? « Ach, het is een spelletje met een knipoog, helemaal geen provocatie » (Allons… ce n’est qu’un petit jeu avec un clin d’oeuil, absolument pas une provocation). On peut retrouver la relation de cela dans l’article de la Gazet Van Antwerpen du 19 septembre 2011.

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Je suis un enseignant. Je mesure pleinement la portée d’un acte aussi symbolique sur la psychologie des enfants auxquels on apprend qu’il est normal d’utiliser une figure politique pour l’abattre et la massacrer. Eduquer à la violence et au mépris de l’autre une génération n’est pas risible, beaucoup moins que de laisser quelques travailleurs en colère brûler l’effigie de celui grâce à qui de nombreux enfants de Wallonie et de Bruxelles s’entendent dire par leurs parents qu’ils ne partiront pas en vacances cette année, parce que le risque de perdre un emploi est devenu une réalité, parce que les revenus sont trop bas, parce qu’ils ont rejoint la horde des 20% de gens qui désormais vivent en Belgique sous le seuil de pauvreté…

Liberté d’expression et anonymat

Pour une fois, une petite réflexion destinée spécialement à mes commentateurs anonymes. Je l’ai dit et répété, je n’ai aucun souci à relayer dans les commentaires des avis opposés aux miens, à la seule condition qu’ils ne soient ni anonymes, ni insultants. Si la seconde condition me semble couler de source, je voudrais insister sur l’incompatibilité entre anonymat et liberté d’expression. Continuer la lecture de Liberté d’expression et anonymat

Dans les prisons belges le service minimum n’est plus assuré depuis longtemps…

Les liens croisés de facebook m’ont confronté aujourd’hui à un article d’Olivier Hofman sur le service minimum dans les prisons belges dont la lecture est extrêmement pénible sur le plan littéraire, tout en étant très pertinente au niveau du contenu. J’ai beaucoup de mal en particulier avec le mépris qui transparaît à l’égard des hommes et des femmes qui se sont commis d’une lettre publiée par La Libre.be, qui fustige le manque d’humanité des grévistes à l’égard des prisonniers. Continuer la lecture de Dans les prisons belges le service minimum n’est plus assuré depuis longtemps…

Une danse insignifiante

A mon tour de m’intéresser aux propos de Mr Jambon relatifs aux compétences chorégraphiques de la communauté musulmane, à travers le témoignage d’un enseignant (moi) confronté chaque semaine à 140 ados dont sans doute plus de 100 sont de confession musulmane. Continuer la lecture de Une danse insignifiante

Pourquoi il ne faut pas devenir tuteur MENA …

Il y a en Belgique plus de 1000 Mineurs étrangers Non Accompagnés qui sont sans le tuteur que la loi exige de leur « fournir » pour les accompagner dans leur parcours. Le SPF Justice vient de lancer un appel pour recruter des tuteurs « bénévoles », fonction que j’ai exercé pendant plusieurs années. Ma recommandation est de ne pas répondre à l’appel du SPF Justice. Voici pourquoi … Continuer la lecture de Pourquoi il ne faut pas devenir tuteur MENA …

Enseigner « à la finlandaise » à Bruxelles

Je viens de visionner le reportage diffusé il y a deux jours par la RTBF sur la visite en Finlande de jeunes Bruxellois.

Je ne suis pas certain de me retrouver dans l’ensemble des commentaires donnés par ces jeunes, et surtout dans leurs accusations implicites sur le manque d’intérêt des enseignants belges par rapport au bien-être des élèves, j’ai cependant noté l’une ou l’autre chose qui me paraissent essentielles, certainement si je les mesure à l’aune de ma petite expérience d’enseignant dans les trois degrés de l’enseignement secondaire bruxellois, et dans deux des trois filières (général et qualifiant).

L’école dans laquelle j’enseigne fait partie de ces écoles qui accueillent plus de 80% de jeunes issus de l’immigration, d’un nombre incalculable d’origines et de nationalités. Enseignant dans sept classes différentes, sur les quelques 120 à 140 élèves que je rencontre chaque semaine, il y en a moins de 10 qui sont ce que d’aucun appellent des « belges de souche ». Et leur réussite n’est ni meilleure, ni pire que celle de leurs congénères.

Dans le reportage mentionné ci-dessus, il y a un passage qui m’a frappé, c’est celui où l’on explique qu’en Finlande, tout est mis en oeuvre pour que l’enfant se sente mieux à l’école qu’à la maison. Ce que je traduis par « donner l’envie de venir à l’école ». S’il est un point où je peux totalement rejoindre l’analyse des jeunes qui s’expriment, c’est celui là: l’école que  nous proposons à nos élèves n’est pas un lieu qui leur propose une expérience personnelle plus satisfaisante que celle qu’ils ont à la maison. Lorsque j’écoute mes élèves, je ne les entends pourtant pas me raconter des expériences extraordinaires à la maison: promiscuité, ennui, absence des parents me semblent souvent la norme. Face à cette expérience émotionnelle, les mécanismes de défense qu’ils déploient sont ceux de l’isolement et de la plongée dans l’univers virtuel des jeux en ligne et des réseaux sociaux. Le Wifi remplace souvent le dialogue familial.

Il suffit d’ailleurs de voir comment nos élèves réagissent dès lors qu’on leur propose une journée qui sort un tout petit peu des sentiers battus: une sortie, même minime, est une fête anticipée. Il me semble donc qu’une réflexion sur les modalités qui pourraient rendre l’école plus attractive que la maison serait une première stratégie intéressante dans le développement d’une école réussie (à défaut d’être une école de la réussite – ce qui ne veut pas dire grand chose).

L’autre aspect qui me frappe énormément, surtout lorsque l’on aborde les éléments d’apprentissage de nos élèves, c’est la précipitation avec laquelle nous voulons absolument leur faire absorber un « tronc commun » de connaissance, sans avoir d’abord totalement consolidé les moyens d’acquérir ce tronc commun.

Tout apprentissage passe par le langage. Or s’il est un élément que nos élèves en difficulté ont presque toujours en commun, c’est un contrôle insuffisant, voire inexistant de la langue dans laquelle l’enseignement est effectué. Je suis particulièrement confronté à ce problème comme professeur de langue moderne au premier degré. Quel sens cela a-t-il d’exiger l’apprentissage d’une « seconde » langue moderne (en l’occurrence le néerlandais) à des élèves dont la « première » langue  n’est pas le français et qui éprouvent encore les plus grandes difficultés à le pratiquer et le comprendre. A force de vouloir délivrer le CEB, puis le CE1D à des enfants qui ne sont pas capables d’aborder un texte conceptuel en français, on les force à étudier par coeur l’ensemble des autres matières, et donc à dépenser une énergie qui leur parait totalement inutile, puisqu’ils ne comprennent pas les concepts qu’il leur est demandé d’étudier dans les autres matières.

Je me prends ainsi à rêver d’une approche du premier degré du secondaire qui ne coûterait sans doute pas plus cher que celui que nous pratiquons aujourd’hui. Un premier degré où l’on commencerait par identifier les élèves qui ne disposent pas d’une langue d’enseignement suffisamment développée que pour l’utiliser dans leur démarche d’apprentissage. On pourrait peut-être consacrer l’ensemble de la première année avec ces élèves à leur donner une base solide d’apprentissage de la langue française, et de son application dans l’apprentissage des autres matières: quels sont les mots-clés et les concepts nécessaires pour comprendre les consignes et les informations d’un cours de mathématique, de sciences, d’étude du milieu, de technologie, d’art, voire de langue moderne ? Quitte à ce qu’un élève passe trois ans dans ce premier degré, pourquoi n’est-ce que la troisième année que l’on tente de remédier à des insuffisances qui sont antérieure à leur fréquentation scolaire ?

J’ai un peu l’impression que si nous arrivions à ces deux objectifs: rendre l’école plus attrayante que la maison et se concentrer sur l’outil de base d’apprentissage – le français – avant tout autre objet d’étude, nous pourrions placer nos élèves dans une logique de succès plus enrichissante pour tous.

Mea Culpa…

 

Une chose que m’a appris mon expérience de la gestion des hommes, c’est que pour être crédible et sincère, la reconnaissance d’une erreur ne doit jamais s’accompagner de justification(s) ni surtout servir de tremplin à de nouvelles demandes, accusations, invitations, etc …

Donc je serai à la fois clair et bref. En laissant entendre à de multiples reprises qu’il pourrait y avoir un « complot » de notre gouvernement pour cacher son échec budgétaire et la lourde facture que celui-ci va faire reposer sur les épaules des plus démunis de notre pays, et que ce « complot » avait pour toile de fond la lutte contre le terrorisme, je me suis livré à ce que je condamne souvent comme une « terrible simplification ».

Devant l’horreur qui a frappé durement Bruxelles et la Flandre hier après avoir détruit des populations entières en de multiples endroits de la planète, je veux reconnaître une erreur de jugement. Non, je ne crois pas que qui que ce soit dans notre gouvernement, pas même les sbires de BdW n’a voulu cela.

Une question de point de vue…

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Je veux invoquer aujourd’hui l’article premier de la déclaration universelle des droits de l’homme, pour parler de la manière dont les événements de la nuit du réveillon à Cologne sont aujourd’hui détournés par certains pour en faire un motif de rejet de l’ensemble des réfugiés.

Les agressions sexuelles commises  lors du dernier réveillon à Cologne et dans d’autres villes d’Europe sont inacceptables. Leurs auteurs doivent être poursuivis et punis.

Les autorités ne doivent pas cacher de tels faits, et ils ne doivent en aucun cas protéger leurs auteurs contre les poursuites dont ils feront l’objet.

Mais pour ces faits, comme pour de nombreux autres petits délits, la propension des autorités à organiser leurs statistiques sur la base de la nationalité des auteurs constitue un passage sémantique pervers entre les faits et leur interprétation.

En effet, dès lors que l’on tente de classifier les auteurs de faits (qu’ils soient délictueux ou pas d’ailleurs), ces « classifications » deviennent rapidement ce que Paul Watzlawick appelle de « terribles simplifications ». Il devient tellement simple de décréter que si un grand nombre d’auteurs sont des migrants, cela fait de chaque migrant un dangereux pervers sexuel… Ce serait là oublier que l’on ne peut tirer de conclusions générales de l’analyse de cas particuliers.

Les règles du vivre ensemble sont chez nous établies à travers un processus démocratique auxquels l’ensemble des citoyens contribue. Ces règles s’imposent à quiconque vit ici. Elles doivent également s’apprendre. Cet apprentissage ne saurait être plus automatique pour un homme fuyant des contrées où les règles sont différentes que pour ceux qui résident depuis toujours dans le pays. Leur transgression ne doit pas donner lieu à un traitement de faveur, mais il ne doit pas devenir la justification d’un rejet de masse.

Quitte à me faire mal voir de certains de mes lecteurs habituels, je n’hésiterai pas à dire qu’en effet, beaucoup de ces hommes qui arrivent de Syrie, d’Irak, de Somalie ou d’autres pays où un Islam radical impose sa loi doivent avoir l’impression d’arriver sur Mars lorsqu’ils voient comment nous vivons nos libertés. Certains peuvent être profondément choqués quand ils voient que chez nous une femme ou un homme est (presque) totalement libre de s’habiller, marcher, rire, parler, chanter, danser, … comme elle ou il lui plaît. Cela ne peut impliquer une obligation pour nous de changer notre manière d’être, ni justifier de fausses interprétations de ces libertés par ceux qui y sont confrontés.

Il serait cependant hypocrite de profiter d’incidents impliquant un pourcentage infime des migrants (on parle aujourd’hui d’une trentaine de personnes à Cologne, mettons même une centaine en Allemagne, pour près d’un million de migrants, soit un sur dix mille) pour stigmatiser l’ensemble des néo-arrivants. Sur base d’une telle approche, il faudrait par exemple enfermer à titre préventif tout homme qui se met en ménage (dès lors qu’il est établi qu’au moins une femme sur 10 est victime de violences conjugales).

La condamnation des actes du dernier réveillon à Cologne et ailleurs est totalement légitime. La punition des auteurs doit être ferme et juste. Mais utiliser la grille d’analyse de la migration comme point de vue d’analyse principal est une perversion politique. Si l’on avait pris comme point de vue la situation sociale des agresseurs, on aurait sans doute pu dire qu’il faut désormais se méfier de toute personne en situation précaire. Si l’on avait considéré le niveau scolaire, qui sait à quelle conclusion on serait arrivé ?

La question de l’intégration des migrants au vivre ensemble est d’abord une question qui s’adresse à nos autorités politiques. Lorsqu’ils arrivent chez nous, la plupart des migrants sont désireux de vivre paisiblement et en harmonie avec nous. Tout comme nous ne les connaissons pas (ce pourquoi ils nous font souvent peur), eux non plus ne nous connaissent pas (ce qui leur fait avoir peur de nous). Ce n’est pas en les rejetant dans des centres fermés, en ne leur donnant aucune possibilité de participer à la vie sociale que nous les aiderons à découvrir pour eux-mêmes si nos modes de vie sont compatibles avec leurs attentes. En restant ferme sur le respect de la loi, de l’intégrité et des droits de chacun.

Ceux qui comme certains de nos responsables politiques stigmatisent les étrangers et appellent directement ou indirectement aux pogroms sont tout autant criminels que les migrants qui n’ont pas voulu ou pu comprendre à temps les règles auxquelles ils doivent se soumettre pour vivre en harmonie chez nous. Peut-être le sont-ils même plus, eux qui ont souvent contribué à l’élaboration de règles qu’ils ne respectent pas nécessairement.

Des vacances de Noël trop courtes ou des parents qui n’osent pas poser des limites ?

Je suis resté « scotché » ce dimanche 3 janvier en regardant la séquence intitulée « deux semaines perturbées » du JT de la RTBF (vers les 9’55). Ce reportage est centré sur le témoignage d’une mère de famille et de ses deux filles âgées de moins de 13 ans, qui réclament un allongement d’une semaine de la durée des vacances de Noël en raison d’heures de coucher tardives répétées et de « la nécessité d’aller voir des grands-parents qui habitent parfois un peu loin ». Cette affirmation étant par ailleurs confortée par l’avis d’un psycho-expert en rythme scolaire.

Ne faudrait-il pas d’abord rappeler que le rôle d’un parent est aussi (surtout ?) d’aider ses enfants à grandir en leur permettant de s’épanouir à leur propre rythme ? Et pour ce faire, de poser un cadre bienveillant et rassurant sur ce qui relève des activités normales de l’adulte et de celles de l’enfant, en ce compris le respect d’un certain nombre d’heures de sommeil ? Cette année, comme chaque année, comptait deux réveillons (surprise ?) qui tombaient un jeudi, c’est à dire un jour suivi de trois jours de récupération avant la rentrée scolaire. S’il est parfaitement normal de permettre aux enfants de participer aux réjouissances du passage à l’an neuf (pour peu qu’il reste une raison de s’en réjouir), ne revient-il pas aux parents de mettre en évidence le caractère extra-ordinaire de cette circonstance en rétablissant un rythme de veille et de sommeil normal dès le lendemain ?

Une autre explication qui m’a également choqué dans ce reportage est cette excuse des grands parents qui habiteraient « loin ». Peut-être la famille concernée est-elle dans une situation vraiment particulière ou la distance qui sépare parents et grands-parents exige un déplacement de plusieurs heures, mais ce n’est pas le cas de la majorité de nos concitoyens. Faut-il en conclure que des grands-parents ne doivent se visiter qu’une fois l’an (pour aller chercher des étrennes ?) ? Ou que la visite aux grands-parents doit devenir une justification valable pour une absence scolaire du lendemain ?

Comme enseignant, je suis favorable à une modification des rythmes scolaires, mais alors en y mettant certaines priorités. Dans le contexte actuel, ajouter une semaine aux vacances de Noël aurait eu pour première conséquence de réduire encore plus la période de cours qui commence. Celle-ci ne compte déjà que 5 semaines avant le congé de Carnaval, ce qui est vraiment très peu aux yeux des nombreux spécialistes qui ont étudiés la question (et qui posent le rythme idéal autour de périodes de 6-7 semaines de cours). Réfléchissons plutôt à la meilleure manière d’éviter des années aussi erratiques que celle que nous vivons, où nous avons connu un cycle de près de 8 semaines pour commencer l’année, suivi de 7 semaines avant Noël, pour maintenant enchaîner sur une série de 5 semaines, puis 6 avant Pâques (la seule période réellement confortable qui nous sera donnée cette année), elle-même suivie de 4 semaines et demi, pour finir sur un sprint en 8 (!!!) semaines pour atteindre les vacances d’été.

C’est en exerçant comme parents notre rôle de « parents » que nous remplirons notre devoir éducatif, pas en rejetant sur « la société » ou « les politiciens » les responsabilités que nous refusons de prendre. Il ne revient pas au Ministre de l’Enseignement (heureusement, on a supprimé chez nous le titre de Ministre de l’éducation) de dire à chaque enfant à quelle heure il doit se coucher pour pouvoir profiter au maximum de l’enseignement qui lui est proposé.

Ce ne sont pas les électeurs nationalistes qu’il faut fustiger

Ce sont les candidats dits « démocrates » qui, en s’appropriant les discours de la peur et du rejet se sont montrés incapables de faire une différence pédagogique positive pour une vraie politique du vivre ensemble.

Bien sûr, il existe des différences dans le « profil » socio-éducatif des différents électoraux, de l’extrême gauche à l’extrême droite, mais on trouve des électeurs de tous âges et de toutes origines dans tous les partis. C’est la proposition politique faite par les candidats qui amènera l’électeur à le rejoindre ou pas. Penser que c’est l’électeur qui s’est trompé, c’est se dédouaner un peu trop facilement d’une incapacité maladive à lui « vendre » un choix réellement alternatif.

Les grandes ONG humanitaires et écologiques ont souvent réussi cette transition vers un « marketing » des valeurs. Elles sont capables de mobiliser des moyens humains et financiers auprès des mêmes citoyens qui voteront deux semaines plus tard pour la N-VA ou le FN. Il suffit de voir comment les images de certaines détresses servent à la fois les récoltes de fonds solidaires et les discours de rejet identitaire auprès du même « citoyen lambda ».

A mon avis, l’erreur des politiciens soit-disants « démocrates », de gauche comme de droite, est de tenter l’impossible mélange entre solidarité et sécurité. Vouloir faire croire qu’être solidaire avec des personnes en détresse sans se remettre personnellement en question est possible relève du rêve chimérique. C’est le mythe d’un confort né de l’absence de changement qui doit être éradiqué de la pensée collective. Pourquoi les politiciens ne sont-ils pas capables de vendre aux électeurs un monde de paix, serait-ce au prix de l’acceptation de l’autre, tel qu’il est ?

Les évolutions politiques les plus récentes montrent des victoires du repli sur soi, du Nord au Sud de l’Europe, mais aussi la percée de discours outranciers aux États-Unis. Sans en être un spécialiste de la région, il vaudrait peut-être la peine de s’attarder sur la situation canadienne qui me semble avoir porté au pouvoir un parti et un homme porteur d’une rupture positive par rapport au discours ambiant. Faire campagne sur l’acceptation de 25.000 réfugiés, gagner et mettre en place cet accueil positif, voilà ce que fait Justin Trudeau. Il a un mode de communication avec son électorat qui me semble faire preuve d’une grande franchise, doublée d’un optimisme raisonnable. Même si son discours économique libéral ne me plait pas toujours, même si sa politique de défiscalisation des revenus moyens ne renchérit pas les plus pauvres, je crois qu’il y a de sérieuses leçons à retenir de ce qui se passe là-bas.

Suivre l’évolution de la presse canadienne autour de ce sujet ces dernières semaines est édifiant. Après l’euphorie de la victoire de J. Trudeau sont intervenus les attentats de Paris qui ont provoqué là aussi de vives réactions de peur. Mais le gouvernement canadien est resté ferme, a expliqué sa méthode et sa logique d’intégration. A rappeler que les forces vives du pays attendaient ces réfugiés. Dans une approche proactive, c’est le gouvernement Canadien qui invite des réfugiés à venir sur son territoire, qui affrète des vols depuis Beyrouth ou Ankara, et qui organise l’accueil de 80% des nouveaux arrivants par des « sponsors privés ».

Aujourd’hui à la Chambre des communes, c’est empli de fierté que j’ai annoncé l’arrivée des premiers réfugiés syriens au Canada à la fin de la semaine :

Posté par Justin Trudeau sur mercredi 9 décembre 2015

La question pour moi n’est pas de savoir si le modèle d’accueil canadien est le bon (il est tellement inspiré du modèle néo-libéral que je ne peux que m’en méfier), par contre le modèle pédagogique vis à vis de la population me semble beaucoup plus efficace que celui mis en place à Paris ou à Bruxelles…

« Ca » n’arrivera jamais… ou comment clôturer en beauté 2015 !

Voilà, c’est fait. Quand il y a trente ans toute l’Europe regardait goguenarde un vieux déjà gâteux invoquer Jeanne d’Arc en réclamant « La France aux français », l’immense majorité d’entre nous pensait à un épiphénomène qui s’éteindrait étouffé par sa propre vacuité ou son ridicule.

Et nous voici, ce lendemain de St Nicolas, improbables Bruxellois, coincés au milieu d’un territoire contrôlé par des nationalistes eux-mêmes otages d’une des extrêmes-droites les plus agressive d’Europe, et à 100 km d’un nouveau territoire soumis aux chemises brunes de la famille Le Pen.

Est-ce donc ici que nous ont amené septante années de paix gagnées par une coalition qui l’espace d’une guerre avait fait passer au second rang les formes les plus caricaturales du libéralisme et du socialisme pour vaincre ce que l’on appelait alors la bête immonde ?  Combien de familles déchirées, amputées pour cela ? Et aujourd’hui leurs enfants et les générations qui les suivent semblent avoir tout oublié. Faut-il avoir été marqué personnellement au fer rouge pour craindre le feu ? Voir les souffrances, les blessures de nos mères et de nos pères ne nous aura donc pas suffit.

Je ne sais quel sera l’événement retenu par les historiens lorsqu’il s’agira de définir le jour où l’Europe bascula à  nouveau dans l’obscurantisme. Il ne sera cependant pas loin de l’année 2015. Une année pendant laquelle ceux à qui nous avions confié le sort de l’Europe ont choisi de céder à  la peur et à la confrontation. Une année pendant laquelle cinq à six millions de réfugiés se sont retrouvés sur les routes du monde à fuir les meurtres, les viols, les mutilations et les catastrophes naturelles. Une année pendant laquelle l’Europe a vendu plus d’armes aux pays du tiers monde qu’il n’en faut pour détruire la planète. Une année pendant laquelle les banquiers du monde, ressuscités de la crise qui les avait mis au tapis il y a sept ans auront refusé d’aider ceux-là même qui les avaient nourris quand ils mourraient de faim. Une année pendant laquelle chaque jour qui passait aura vu des milliers d’êtres humains mourir soit de faim, soit sous la torture, soit sous les bombes financées par nos achats de pétrole, d’essence et de gaz. Une année pendant laquelle nous aurons continué d’acheter des T-shirts fabriqués avec la sueur d’enfants esclaves bien loin d’ici. Une année qui se terminera avec un arbre de Noël dont l’ombre couvrira des « objets connectés » fabriqués en Chine, en Inde ou en Corée, par des armées de travailleurs sous-payés. Une année pendant laquelle rien qu’en Belgique 600 personnes seront mortes sur les routes, la plupart fauchées par des conducteurs en excès de vitesse, d’alcool, ou des deux. Une année pendant laquelle comme toutes les précédentes, ce seront les crimes commis à l’intérieur même des familles qui auront fait le plus grand nombre de victimes.

Et pourtant, que retiendrons-nous de cette année ? Qu’est-ce qui va occuper la une des rétrospectives qui vont se succéder dans les prochains jours dans nos journaux et sur nos écrans ? La mort des journalistes de Charlie Hebdo, celle des 130 victimes du 13 novembre à Paris, celles du Musée Juif de Bruxelles. Et surtout la peur, cette peur que nos dirigeants incapables de nous faire aimer la paix ont choisi de distiller en nous pour assoir leur emprise. Cette peur qui nous fait accepter l’amputation systématique de nos libertés. Cette peur qui justifie de jeter dans nos rues des gamins en treillis militaire. Cette peur qui fait prendre à un Premier Ministre des airs de matamore à la proue d’un bateau parti faire une guerre impossible à un ennemi insaisissable.

Cette peur qui fait enfin que de Copenhague à Séville, une tâche brune s’étend de plus en plus sur l’Europe, que là où l’on voyait des foyers de résistance, ceux-ci se retrouvent bien vite éteints par de nouvelles peurs. Et l’incontestable victoire du Front National en France ce dimanche, couplée au manque d’intérêt évident de la population pour la chose politique (il suffit de voir le taux d’abstention de ces élections régionales pour s’en convaincre), nous montre l’ampleur de l’échec éducatif auquel nous sommes confrontés.

Je veux en effet parler d’échec éducatif, et donner à cet échec une dimension collective. Il serait trop facile de dire « c’est la faute aux politiciens ». Nous avons encore la chance – pour combien de temps encore ? – d’avoir à la tête de nos pays des femmes et des hommes choisis par l’ensemble de leurs populations. Que cela nous plaise ou pas, les femmes et les hommes qui nous gouvernent sont le reflet de ceux qui les ont élus. Prenons nos responsabilités collectives. Nous avons élu des représentants soumis aux injonctions des milieux nationalistes, économiques, financiers, sociaux et/ou sociétaux. Parmi ceux-ci, ce sont les représentants nationalistes, qui se nourrissent des peurs de l’autre qui ont aujourd’hui la cote et qui nous dirigent. Comme les leaders de mouvements sociaux (comme les syndicats) ou sociétaux (comme les écologistes) sont généralement centrés sur la défense des droits des êtres humains dans une approche internationale ou universelle, leurs intérêts sont rarement communs à ceux des nationalistes, centrés sur des politiques de soit disant identité culturelle. C’est ainsi laisser le chemin libre à une alliance entre nationalisme et libéralisme économique et financier. Car ce qui intéresse au plus haut point l’actionnariat des firmes transnationales, c’est la maximisation de ses profits. Et celle-ci se trouve finalement facilitée (du moins à court terme) par une forte liberté de circulation des biens, combinées à une faible liberté de circulation des personnes. Seule cette combinaison permet en effet de faire produire par des enfants esclaves les T-shirts ou les iPhones qui seront ensuite achetés par les consommateurs plus nantis.

Nous voici donc avec cette situation que doit craindre tout système un tant soit peu démocratique: élire des représentants dont les intérêts sont en conflit avec ceux du système. Et ce qui est prévisible se passe:

  1. Créer un sentiment de peur qui fasse se « resserrer » la population derrière ceux qui la gouvernent.
  2. Identifier un ennemi aussi différent que possible du « coeur de cible » électoral, et de préférence incapable (au sens juridique du terme) de se défendre: quoi de mieux aujourd’hui que d’hypothétiques barbus terroristes, si possibles réfugiés syriens mais à la fois tortionnaires de réfugiés syriens…
  3. Faire croître artificiellement le sentiment de peur de l’ennemi, par exemple en utilisant des événements extérieurs pour faire croire à une menace intérieure, quitte à devoir gérer l’absence totale de preuve d’une menace intérieure à coup de « secret de l’enquête »…
  4. Démanteler les outils de contrôle démocratique vis à vis du pouvoir en place (tentative de ré-introduire la censure – affaire Mythra/Médor, suppression des juges d’instruction en matière de criminalité financière, concentration des pouvoirs judiciaires dans les mains policières,…)
  5. Créer une prison émotionnelle pour les autres acteurs politiques qui – soumis à la peur de leur propre électorat sans doute – acceptent de jouer la « solidarité nationale » vis-à-vis d’une menace dont on refuse de leur montrer la réalité.

Les étapes suivantes sont malheureusement trop connues. Restriction des libertés individuelles (il est bien connu que « si vous n’avez rien à cacher », cela ne pose pas de problème que l’on puisse examiner en détail votre vie privée). Fin des mécanismes de solidarité sociale (exclusion des chômeurs, des pauvres, des étrangers…)

Dans le schéma qui se construit en Belgique, on voit comment la N-VA est en train de construire une situation dans laquelle, idéalement, ce ne sera plus elle qui demandera un démantèlement des solidarités nationales, mais bien les « autres » (Bruxellois ou Wallons). Ce qui lui permettra la plus ultime des forfanteries: comme c’est logiquement celui qui exige de pouvoir partir d’un système de solidarité qui doit en payer le prix, ce seront donc encore les Bruxellois et les Wallons qui passeront à la caisse… Là où tout le monde disait « laissons les nationalistes flamands partir d’eux-mêmes, ils seront confrontés à une note salée qui les fera réfléchir », on peut constater qu’en effet, ils ont réfléchi et retourné la phrase dans l’autre sens, tout en rendant la vie impossible sur le plan des valeurs aux partenaires bruxellois et wallons.

2015, après 70 années de paix relative, l’Europe de l’ouest retrouve ses démons. La génération qui avait connu le pire s’en est allée, et même ses enfants n’auront pas été capables de défendre les acquis de cette paix.

 

La réponse du Cabinet de la Ministre de l’Enseignement Obligatoire

Je vous avais communiqué hier la lettre que j’avais envoyée à Madame la Ministre de l’Enseignement Obligatoire.

Je viens de recevoir une réponse, et il me semble plus honnête de ma part de la reproduire. En effet, l’élégance de répondre à un courrier comme celui que j’ai adressé doit être reconnue, même si le contenu est bien entendu sans surprise (et ne me pose d’ailleurs pas problème).

J’ai cru comprendre hier soir qu’une commission d’enquête spéciale sur le terrorisme serait  lancée au Parlement, j’espère que celle-ci aura bien pour mission d’examiner la mesure dans laquelle le Gouvernement aura été respectueux des droits et des libertés individuelles dans ses interventions policières et militaires.

Voici le texte de la réponse du Cabinet de la Ministre de l’Enseignement Obligatoire:

J’accuse bonne réception de votre courriel  de ce 24 novembre à Madame la Ministre, et vous en remercie.

Par la présente, je souhaite vous indiquer que Madame la Ministre a travaillé en étroite collaboration avec les autorités compétentes et sur base des informations et des recommandations qui étaient communiquées, tout en intégrant les approches des membres du cabinet qui avaient une connaissance pragmatique de l’école, comme anciens préfets, ou directeurs d’école primaire ou secondaire.

Elle comprend les réflexions que vous formulez, les hypothèses que vous avancez.

Elle mesure la tâche particulièrement complexe qui est la vôtre dans le cadre scolaire qui est le vôtre.

Elle vous demande de faire confiance à votre expérience et votre bon sens pédagogique pour mener à bien, autant que possible, cette rencontre avec les questions particulières de vos élèves dans leurs spécificités.

Si certaines mesures de prévention et/ou de protections devaient être adaptées ou réévaluées, n’hésitez pas à en parler à votre direction, à vos représentants syndicaux et/ou, le cas échéant aux membres de votre Conseil de prévention et de protection du travail  ou de votre Conseil d’entreprise.

Conscient de la difficulté de cette période, je vous prie d’agréer mes salutations respectueuses,

Lettre à Madame la Ministre de l’Enseignement Obligatoire

Voici le courriel que je viens de faire parvenir à Mme Milquet. Je ne manquerai pas de vous tenir au courant des suites et réponses éventuelles.

Madame la Ministre,

Je suis enseignant dans un établissement bruxellois de l’enseignement secondaire libre subventionné. Vous comprendrez donc que j’ai suivi avec intérêt les développements de ces derniers jours concernant la situation sécuritaire à Bruxelles.

Je n’ai aucun mandat particulier pour m’adresser à vous, étant un simple enseignant dans la masse de ceux dont vous avez la responsabilité. Mais ce que je vais vous exprimer, je le ressens chez plusieurs collègues (qui liront une copie de ceci sur les réseaux sociaux et sur mon blog : www.foucart-dever.net).

Suite à la réunion du Conseil de Sécurité d’hier, vous avez décidé d’ouvrir les écoles dès demain matin, alors que le gouvernement fédéral maintient le niveau de la « menace » à son maximum. Un ou plusieurs attentats terroristes seraient donc « imminents » à Bruxelles. Vous demandez ainsi à des parents d’envoyer leurs enfants dans les écoles, vous demandez aux enseignants de rejoindre leurs classes, tout en sachant que un ou plusieurs terroristes attendent peut-être que suffisamment de lieux de rassemblement soient disponibles pour pouvoir frapper aveuglément.

Vous nous demandez aussi, à nous les enseignants, éducateurs, directions d’école, de rassurer les élèves et les parents sur les conditions dans lesquelles cette rentrée va s’effectuer. Mais sur quelle base voulez vous que nous puissions les rassurer, alors que nous-mêmes ne le sommes pas nécessairement.

Car enfin, soit cette menace est avérée, il y a vraiment l’un ou l’autre fanatique prêt à se faire exploser et à faire le maximum de dégâts et vous savez très bien que l’école (et par voie de conséquence les élèves et la communauté éducative) dont la mission première est de développer la conscience citoyenne et démocratique devient alors une cible privilégiée, soit cette menace est une mystification. Il reste bien une troisième hypothèse que j’ose à peine formuler: le renvoi des élèves dans les écoles va libérer les parents qui pourront reprendre le travail, ce qui permettra à l’activité économique de redémarrer, ce qui correspond surtout à utiliser cyniquement les enfants et leurs enseignants/éducateurs comme boucliers contre les pertes financières des entreprises.

Madame la Ministre, j’aimerais pouvoir arriver demain en classe en étant serein, prêt à répondre aux questions que ne manqueront pas de poser mes élèves, la plupart issus de populations turques ou maghrébines. Mais on ne trompe pas un enfant. Il est inutile que je leur dise « n’ayez pas peur » si je vis moi-même dans la crainte de ce qui peut advenir.

Aucun contrôle démocratique n’existe à l’heure actuelle pour nous rassurer sur ce qui se passe. La classe politique – à de très rares exceptions près – nous demande de faire confiance à des hommes (et très peu de femmes) qui se cachent systématiquement derrière le secret pour prendre des décisions vitales.

Que pouvez vous faire ou dire, Madame la Ministre, pour me rassurer, pour nous rassurer ? Et si vous ne pouvez pas nous rassurer quand à la nature exacte du risque qui nous attend demain et des motifs qui vous poussent à nous envoyer dans nos écoles alors que la menace terroriste reste présente, qu’allez vous faire pour que nous puissions quand même travailler sereinement ?

Avec mes salutations respectueuses,

Cette communication n’est pas sérieuse

Dans un communiqué laconique, le premier ministre belge annonce qu’il maintient des dispositifs sécuritaires qui releveraient chez nos voisins de l’état d’urgence : arrêt des transports publics, fermeture des écoles, accroissement de la présence policière et militaire dans la cité.

Ce qui frappe c’est que ces décisions sont prises pour une semaine, « en leur âme et conscience » par les ministres nationalistes flamands,et sans aucun contrôle démocratique.

Ce qui me semblait ce matin encore un élément anecdotique prend maintenant une dimension nettement plus critique: 18 des personnes arrêtées hier (sur 19) ont été relâchées, ce qui veut bien dire que soit l’enquête n’avance pas, soit que cette menace est de plus en plus théorique.

Comment se fait-il que dans un pays qui se dit démocratique, un sous ensemble du gouvernement puisse prendre des dispositions qui portent atteinte aux libertés fondamentales (de circulation, mais aussi d’information et d’éducation) sans mettre en place en parallèle un processus de contrôle démocratique: pas de convocation du Parlement, pas d’information à la Commission des Affaires Intérieures, … aucun contre-pouvoir, même « de confiance » qui puisse nous dire à nous, les citoyens ordinaires, que ce qui se fait est fait non seulement en fonction de « l’âme » de messieurs De Wever et Jambon, mais aussi en raison d’une situation réellement inquiétante ?

La seule soupe que nous sert Mr Michel est celle d’une parodie de compassion qui justifie des mesures liberticides. Cette aveuglement est pathétique, mais il va surtout permettre à la droite radicale qui nous gouverne de prendre ces mesures sans devoir se justifier.

Lorsqu’une frontière se ferme…

Les réactions officielles en France, suite aux attentats de la semaine dernière ont peut-être une vertu éducative pour tous ceux qui revendiquent le rejet des réfugiés sous prétexte qu’ils intègrent dans leurs rangs de dangereux terroristes.

Rappelons en effet que sur les cinq à sept cent milles (700.000) réfugiés arrivés sur le territoire européen au cours des 12 derniers mois, les forces de police européennes, toutes ensembles, en suspecte un (1) d’avoir peut-être participé aux attentats de Paris.

Par contre, ce que l’on entend en boucle dans les cénacles politiques et médiatiques, c’est la mise en cause de la Belgique, terre d’accueil de djihadistes, pour la plupart installés dans le pays depuis assez longtemps que pour avoir découvert que puisque leur nom, leur couleur de peau, leurs croyances les éloignaient de tout espoir d’intégration (un belge issu de l’immigration sur deux est rejeté, principalement en raison de son origine apparente des circuits éducatifs et professionnels qui pourraient lui donner une vie digne dans notre pays), il ne leur reste que la révolte, le repli sur soi, et l’assistance des recruteurs de DAESH, AQ ou Boko Haram pour se construire un futur. Des belges donc, pas des réfugiés. Des fils d’immigrés que notre incapacité à proposer une existence digne à jeté dans les bras des pires bandits que compte le monde aujourd’hui.

Grâce à cela, un étudiant belge se voit refuser le stage qu’il avait obtenu auprès d’un employeur français aux Etats-Unis. Les contrôles sont renforcés aux postes frontières avec cette nation dont le chant des Wallons prétend qu’elle « est notre maman… » Depuis les accords de Schengen, on avait à peu près l’impression que la France et la Belgique ne connaissaient plus de frontières. Aujourd’hui être belge est considéré comme représenter un risque.

Lorsque l’Etat français prend des dispositions à l’égard de la circulation des belges sur son territoire, chaque porteur d’une carte d’identité belge est visé, indistinctement. Nous voici, nous aussi, à une échelle infinitésimalement lointaine de ce que peuvent vivre les victimes de la guerre en Syrie, discriminés parce que né d’un certain côté d’une frontière.

Même si nous prenons cela avec un peu d’humour, comme l’ont si bien fait Alex Vizorek et Charline Vanhoenaker hier sur France Inter, cette petite sensation est là. Qu’en serait-il si cette stigmatisation se transformait – comme cela s’est vu dans un passé récent – en « marque de fabrique » du belge ?

Ce sentiment de rejet devrait nous aider à comprendre mieux pourquoi des gens fuient les bombes et l’odeur de mort qui règne dans leur pays pour venir chercher ici la paix. Et l’honneur de notre pays serait justement de pouvoir les accueillir parce que nous commençons à comprendre ce que c’est qu’être accusé d’un crime aussi inexplicable que celui de porter une étiquette liée à une position sur une carte, au jour de notre naissance…

Notre sécurité est-elle bien assurée ?

Le besoin de sécurité est un des besoins fondamentaux pour l’homme. Nous le savons de manière empirique, et tout débutant en psychologie sait que sur la célèbre « pyramide des besoins » de Maslow, la sécurité physique se trouve sur la seconde marche, juste au dessus des besoins physiologiques de base.

Et, comme l’indique Maslow, un élément fondamental de la sécurité, c’est la stabilité dans le temps de notre environnement. Ce qui veut dire aussi que tout changement de notre environnement crée une réaction de peur. Ceci est par exemple bien illustré dans la petite vidéo tirée du livre « Qui a piqué mon fromage ? » inspiré du bouquin au même titre de Spencer Johnson.

Et notre environnement, qu’on le veuille ou pas, est en perpétuel changement. Peut-être aimerions-nous que rien ne change, mais il faut se faire une raison, seul le changement est immuable.

Pour combattre la peur du changement, nous pouvons faire appel aux recettes qui ont fonctionné dans le passé: lorsqu’une guêpe vient perturber notre repos, nous pouvons la tuer ou la chasser. Et si une nouvelle guêpe se présente, nous utiliserons à nouveau la technique qui a fonctionné. Si nous sommes sur une plage à marée montante et que l’eau commence à mouiller nos pieds, nous reculons vers la terre ferme, en sachant que dans 6 ou 7 heures, nous pourrons à nouveau marcher sur le sable.

Cela ne nous inquiète pas, pourtant il arrive parfois qu’avec la marée montante, une méduse nous pique et nous inflige de douloureuses démangeaisons. Allons-nous pour autant tenter de bâtir une digue contre les marées ? Ou allons-nous simplement regarder où nous mettons les pieds en marchant dans l’eau ?

Il en est de même des phénomènes migratoires. Nous avons tendance à oublier un peu rapidement que si nous sommes ce que nous sommes et non des néandertaliens un peu stupides, c’est parce que de migrations en migrations nous avons acquis les caractères les plus enrichissants de ceux qui ont traversé nos territoires et s’y sont installé. Et à chaque migration, il y a eut des hommes et des femmes pour dire, « je veux que tout redevienne comme avant », comme si la roue du temps pouvait tourner à l’envers. La roue du temps tourne dans un seul sens, celui qui va d’aujourd’hui à demain. Et ceux qui s’accrochent à tout prix à un passé disparu sont voués eux aussi aux regrets, à l’amertume et à la disparition.

Mais accepter que la roue du temps va dans le sens du futur ne veut pas dire que nous sommes impuissants face aux changements. Cela veut simplement dire que nous ne pouvons les ignorer, et que tous ceux qui veulent survivre au changement doivent s’adapter aux modifications de leur environnement. L’animal forcé de changer de territoire doit souvent adapter son alimentation aux nouvelles conditions. Son système digestif va lui aussi s’adapter, et peu à peu l’ensemble de son anatomie devra elle aussi se modifier. Lorsque les premiers hommes ont quitté le berceau africain de l’humanité pour migrer vers le Nord, leur anatomie s’est adaptée. En 40.000 avant notre ère, ils arrivent du Moyen Orient ou du Nord Est, sont « pigmentés » (c’est-à-dire noir de peau) et ne « blanchiront » que plus de 30.000 ans plus tard comme l’explique cet article inspiré de recherches publiées dans la célèbre revue scientifique Nature.

Toutes ces modifications, voulues ou pas, ont permis à l’homme d’améliorer son contrôle sur son environnement et sa sécurité personnelle.

C’est donc bien l’adaptation et non la résistance qui conduit à la sécurité.

Toutes ces connaissances devraient donc nous aider à trouver les outils pour combattre le sentiment d’insécurité qui nous frappe parfois pour le moment. Des catastrophes humanitaires, militaires, politiques et climatiques frappent notre planète. Elles sont souvent elles-mêmes le résultat d’autres changements dont nous sommes aussi partiellement ou totalement acteurs. Ces catastrophes imposent aux populations touchées de fuir pour survivre, car lorsqu’un changement est de nature catastrophique (c’est à dire correspond à la rupture radicale et instantanée de la sécurité) le seul mode de survie est la fuite. On ne « s’adapte » pas à un tsunami, on le fuit ou on périt. On ne s’adapte pas à une bombe: on la fuit ou on attend qu’elle nous tombe dessus et nous détruise.

Les mouvements de populations sont donc inéluctables. La plupart se font de manière marginale (je me déplace sur une hauteur pour éviter le tsunami, je passe la frontière pour ne plus subir les bombes), mais certains, pour des raisons multiples, ne peuvent trouver la sécurité que plus loin. C’est toute la problématique des réfugiés qu’ils soient politiques ou économiques. Les uns comme les autres ne voient de possibilité d’assurer leur survie qu’en se déplaçant au loin, en rejoignant des territoires qui correspondent à ce que leur idéal de vie représente.

Ce que l’on a vu sur nos écrans de télévision à Paris vendredi dernier est une bonne illustration: lorsque les bombes et les coups de feu éclatent à nos portes, nous fuyons, nous demandons aux chauffeurs de nos voitures de rebrousser chemin. Que ferions nous si les 150 morts que pleure la France sur une année (Charlie Hebdo et le 13 novembre) devenaient un lot quotidien ? Ne fuirions nous pas nous aussi ? D’abord vers la Suisse, l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne ou un autre pays proche ? Ou peut-être traverserions-nous l’océan pour tenter de nous installer aux Etats-Unis ou en Australie ?

Cette peur, cette envie de fuir que certains ressentent depuis la nuit de vendredi, c’est celle qui prend au ventre les populations Syriennes, Somaliennes, Sub-sahariennes, mais aussi celles de tous ces pays où vivre décemment n’est simplement plus possible lorsque le modèle de vie est celui imposé par le mode de consommation occidental.

En ressentant cette peur là, peut-être pouvons nous enfin comprendre qu’aussi longtemps qu’il fera mieux vivre chez nous que « chez eux », les peuples qui souffrent viendront chez nous, non pas pour nous détruire, mais bien pour jouir, comme nous d’un privilège qui devrait être partagé par toute la race humaine: vivre en paix.

Mais ils arrivent comme ils sont. Avec leur peau qui n’a pas blanchi assez vite à notre goût, avec leur langue qui nous est incompréhensible, avec leurs vêtements qui correspondent à la mode de chez eux, avec leur foi et leurs croyances, avec leurs habitudes. Ils arrivent et nous trouvent comme nous sommes. Avec nos peaux blanches, notre langue incompréhensible, nos vêtements surprenants, nos (absence de) fois et nos croyances, nos habitudes qui leurs sont totalement incompréhensibles. Ils arrivent noyés dans la masse. Ils découvrent qu’ici aussi ils doivent s’adapter. Leur peau changera au cours des métissages comme changera celle de toute la population, ils apprendront nos langues qui s’enrichiront de plus en plus d’expressions venues de cieux inconnus.

Ils fuient souvent des lieux où le cadre de la loi, instrument fondamental de la sécurité, n’existe plus. Ils viendront chez nous parce qu’ici le crime ne reste pas impuni. Ils se soumettront aux lois. Si ces lois ne leur conviennent pas, ils tenteront peut-être de les adapter. Un député à la fois, entre aujourd’hui et dans cinquante, cents ou deux cents ans, nos règles de vie et leurs règles de vie devront bien trouver un modus vivendi commun. Et tout comme ils ont fuit leur pays qui ne leur offrait plus la sécurité dont ils avaient besoin, certains fuiront ce lieu qui  ne leur correspondra plus. Rien ne sera plus comme avant, non pas parce qu’ils nous ont envahi, mais parce que rien ne reste jamais comme avant.

Notre peur, c’est de voir un changement catastrophique, instantané, bousculer toutes nos habitudes. Cette peur, elle nous submerge parce que nous sommes submergés d’images à forte densité émotionnelle qui finissent par prendre le pas sur la réalité. 10.000 réfugiés syriens qui marchent sur les routes de Slovénie deviennent pour chaque personne qui regarde la TV 10.000 inconnus, aux visages effarés et effrayants, marqués par la douleur et la souffrance qui s’installent littéralement dans notre salon. Tout militant de la cause des migrants que je suis, je ne désire pas voir arriver 10.000 inconnus dans mon salon en une nuit !

Ce que toutes ces images ne font pas, c’est l’immense et nécessaire zoom arrière qui nous montre que ces centaines de milliers de réfugiés ne viennent pas envahir notre salon. Ils viennent se fondre dans une population existante pour mener une vie proche de celle que vit cette population. Ils viennent chez nous non pas pour vivre différemment de nous, mais bien pour vivre comme nous.

Que cette confrontation comporte des « risques », il ne faut pas le nier. Il y aura nécessairement des « brebis galeuses » dans les populations qui arriveront chez nous, peut-être même des « terroristes » qui espèrent détruire notre société. Nos meilleurs alliés pour les trouver et les empêcher de nuire ne sont certainement pas nos propres services de sécurité qui ont brillamment démontré ces derniers mois leur incapacité à neutraliser les éléments les plus dangereux, qui étaient pourtant installés pour la plupart depuis longtemps sur nos territoires et étaient même parfois « fichés ». Nos vieilles méthodes montrent leurs limites, ce n’est pas en faisant plus de la même chose que nous réduirons les risques.

N’oublions pas que les plus gros facteurs de risque pour notre société, ceux qui portent le plus de cadavres sur la conscience, ce ne sont pas les 8 terroristes qui auraient du être empêchés de nuire par nos politiques hyper-sécuritaires et contrôlantes. Il suffit de regarder les causes de mortalité en Europe pour savoir où sont les criminels les plus dangereux. Mais les meurtriers qui se cachent derrière les paquets de cigarettes et les bouteilles d’alcool sont socialement plus acceptables, même s’ils font eux des centaines de milliers de victimes chaque année.

Je ne dis pas qu’il ne faut pas chasser les terroristes. Il faut les trouver, les juger et les punir. Mais notre sécurité ne sera durablement assurée que si nous arrivons à vivre en paix avec notre avenir, avec ceux qui inéluctablement vont venir vivre parmi nous. Si nous continuons à les recevoir avec des barbelés et de la haine, pouvons nous attendre d’eux du respect et de l’estime ?

Les militants de la peur font passer les gens comme moi pour des bisounours. Ces sarcasmes servent surtout à cacher leurs propres peurs dictées par les changements qu’ils ne veulent pas accepter dans leur environnement.

Que ce soit Marc-Aurèle ou Reinhold Niebuhr qui l’ait écrite, il reste de bon de méditer sur cette bonne vieille prière:

Mon Dieu,
Donnez-moi la sérénité
D’accepter
Les choses que je ne peux pas changer,
Le courage
De changer les choses que je peux,
Et la sagesse
D’en connaître la différence.

A l’école, le jour d’après…

J’avais la chance aujourd’hui de n’avoir que de très petits groupes d’élèves (3, 4 et 10). Certains très jeunes (élèves de 2èmes humanité), d’autres plus âgés (Rhétoriciens). Et je reviens intéressé par mes propres observations.

Avec mes deux groupes de 2èmes (petits groupes en remédiation), j’ai été confronté à une demande claire de discussion des événements du week-end, et surtout à la masse de fausses informations qu’ils véhiculaient. Une chose était certaine, le besoin de parler était pressant, la peur de l’inconnu présente, les discours faciles déjà bien acquis. C’était clairement la logique des réseaux sociaux qui dominait.

Quand j’ai entamé la dernière heure de la journée (pour eux comme pour moi) avec mes 10 rhétoriciens, je m’attendais à devoir cette fois entamer un débat, qui aurait même pu être situé dans le cours de Sciences Humaines (il est pour moi très clair que ce à quoi nous avons assisté est l’enfant batard de l’obscurantisme intellectuel et de la mondialisation des échanges et des  communications).

Et alors que cette heure est souvent consacrée à des tâches ne demandant pas trop de concentration, j’ai trouvé un groupe assoiffé de travail, un peu comme s’ils avaient un désir glouton de passer à autre chose…

Cette journée que je pouvais appréhender suite à la désastreuse expérience de janvier dernier (« Ils l’ont bien cherché ») s’est finalement révélée une journée plus solidaire et humaine, et certainement moins chahutée que je ne le craignais.

100 % de la Sécurité Sociale belge va aux immigrés !

Une idée stupide m’est venue, et je m’en voudrais de ne pas la partager.

Parce que enfin, quoi, il est temps de dire la vérité. Depuis la fin des années 1980, une évidence s’est imposée grâce aux études sur l’ADN mithochondrial. Il existe vraisemblablement une souche unique à Homo Sapiens Sapiens (c’est à dire vous, eux et moi). Et cette souche unique a migré d’Afrique centrale (en fait, on ne sait pas encore avec précision d’où elle est autochtone, mais bon, à 2 ou 3000 km près on y est).

Donc, nous sommes tous des immigrés. Et donc, il est grand temps de revoir tous les bénéfices sociaux en sorte de les donner de préférences à ceux qui sont les « moins » immigrés par rapport à ceux qui sont les « plus » immigrés.

Mais bon, si on applique le principe du regroupement familial, et que l’on admet la thèse de la filiation unique de l’humanité, nous sommes tous de la même famille, non ? Donc, nous avons tous droit à nous regrouper là où notre famille a migré ?

Comme on le devine, ça va devenir un peu compliqué de décider qui a le plus de droits. Quelqu’un  a une idée ?

Mais, me direz vous (parce que vous aussi vous avez lu l’article de Wikipedia ?). Yves Coppens (pas Bruno !) et ses potes pensent eux que Erectus est devenu Sapiens après la grande migration d’Afrique. Ok. Mais le hic, c’est qu’il n’est visiblement pas devenu Sapiens partout et que la grande exception serait alors… l’Europe ! Et que Sapiens(c’est à dire NOUS), est le pur produit (horreur !) d’un métissage entre le vieux Néanderthal en bout de course et un(e) jeune et fringant(e) Sapiens venu (oh horreur de  nouveau) d’Afrique du Nord (par exemple).

Allez hop, voilà de quoi me mettre de bonne humeur pour la suite de la journée.

Et si nous dressions notre cerveau reptilien ?

Depuis une semaine, l’article placé sur sa page Facebook par Payton Head, se diffuse et fait un buzz relatif aux Etats-Unis. Ce jeune homme, président de l’association des étudiants de son université, a réagi par un article remarquable aux invectives de « Nègre » qu’il entend régulièrement. Il n’y a pas réagit par des paroles stupides ou violentes, il n’a pas réagit par des coups ou par un procès, il a simplement réagit en écrivant ce qu’il ressentait.

Je suis persuadé que ce qu’il écrit s’applique tout autant aux femmes et aux hommes venus travailler ou se réfugier chez nous, et qui se voient affublés de qualificatifs plus ou moins explicites, mais toujours destiné à évacuer nos peurs à travers leur humiliation.

Notre cerveau est programmé pour nous protéger des agressions. Et au coeur de cette programmation se trouve la peur. Cette peur qui nous saisit avant que nous puissions la contrôler, qui part de ce cerveau dit « reptilien » car il est la trace la plus ancienne, la moins développée de toute notre machine à penser. Cette peur réflexe qui dirige notre sang vers nos jambes pour nous permettre de fuir le danger, ou vers nos bras pour nous préparer à combattre. Cette peur réflexe qui redirige notre sang du cerveau qui en aurait pourtant tellement besoin… pour réfléchir.

Cette peur, elle est d’abord activée par la perception d’une différence entre la réalité qui nous entoure et celle à laquelle nous sommes habitués. Celle qui marque la différence entre le confort de la routine et le risque du changement. Celle qui fait qu’un corps à la peau plus foncée, plus mate, au milieu d’une foule blanche nous inquiète et que notre isolement au milieu d’une foule mate et foncée nous terrorise.

Nous allons tout faire pour exorciser cette peur. Tout ? Enfin, tout ce que nous pensons pouvons faire. Et de nouveau notre bon (trop) vieux cerveau reptilien va nous « aider », en fuyant (si nous nous sentons minoritaire) et en agressant si nous nous sentons plus fort, ou totalement acculés.

Ainsi en est-il, à Bruxelles, de beaucoup d’habitants de province qui découvrent pour la première fois le quartier de Matongé et qui décident de s’enfuir, terrorisés par la présence « effrayante » d’une population venue du centre de l’Afrique. Pourtant, les terrasses des bars et des restaurants de la place St Boniface restent fréquentées par des bruxellois pâlichons (comme moi) qui s’y sentent bien et n’ont jusqu’ici jamais été servi dans les assiettes des restaurants concernés.

Soyons de bon compte, tous les êtres humains doivent combattre au quotidien la dictature de leur cerveau reptilien. Quel besoin de traiter de « Nègre » le noir que nous croisons, nous fait-il tellement peur ? Quel besoin de traiter de « Pute » la jeune femme en mini-jupe, est-elle un danger pour nous  ? Quel besoin d’appeler « djihadiste » l’homme en djellabah qui traverse la route, tous les musulmans européens ont-ils des intentions terroristes ? Quelle besoin de détourner le regard devant la femme qui porte le voile ou le niqab, faut-il qu’elle se sente exclue ?

Je ne suis pas meilleur qu’un autre. Mon cerveau reptilien me fait lui aussi prendre des attitudes que je regrette, et mon premier regard trahira parfois mon désarroi. Mais à côté de ce vieil outil d’auto-défense, nous avons aussi un formidable appareil à relativiser et à réfléchir. Et ce qui fait de nous des hommes, ce n’est évidemment pas notre cerveau reptilien (que nous partageons même avec … les reptiles). Ce qui fait de nous des hommes, c’est notre capacité à porter un regard critique presque instantané sur la peur, un regard qui nous permet de l’analyser, de lui donner sa valeur relative et de nous dire que si toute différence entre les hommes doit entrainer la peur et l’évitement, ce même réflexe sera aussi celui de l’autre. Cet autre qui arrive chez nous pour travailler, chercher l’instruction, l’asile ou la liberté qui lui est refusée ailleurs, est plongé dans un univers massivement inconnu. Il est lui l’étranger plongé dans la masse autochtone. Il est le blanc pénétrant pour la première fois à Matongé.

Interviewée à l’occasion de l’ouverture d’un centre pour réfugiés dans son village, une vieille dame expliquait hier au journaliste qui l’interviewait que « ça fait un peu peur, car on ne les connaît pas ». Et cette femme disait simplement la vérité la plus évidente. On ne peut vaincre la peur de l’inconnu que par la connaissance. L’enfant qui s’approche pour la première fois d’un feu risque de brûler. Une fois qu’il aura connaissance de ce que le feu est, il pourra l’utiliser pour cuisiner. Il aura transformé sa peur en compétence.

La Belgique n’est que terre d’immigration. Que ce soit il y a 1, 10, 100 ou 1000 ans, aucun habitant de ce pays n’est vraiment « de souche ». Nos aïeux sont arrivés du centre de l’Afrique, des plaines du Caucase, des rives de la Méditerranée ou d’ailleurs. Et c’est la plupart du temps de ceux qui sont déjà installés dans le pays que viennent les plus grands dangers. Nous aimons exorciser nos peurs en prétendant que le risque vient d’ailleurs, alors que les plus grandes violences s’exercent au sein des familles, les trahisons les plus horribles se font entre amis et voisins, que la délation fait plus de victime que n’importe quel tentative d’attentat, que ce ne sont pas les musulmans qui marchent sur nos routes qui conduisent sous l’influence de l’alcool les voitures qui chaque jour terrorisent nos routes.

Il est temps de redevenir des hommes et de remettre à leurs places nos peurs, au lieu de les exorciser en exacerbant celles de ceux qui ont le plus besoin de notre soutien.

Du Parc Maximilien au Musée Belfius… premiers pas vers un nouveau Moyen Age.

On pourrait croire qu’il n’y a pas grand chose en commun entre un camp de tentes abritant un millier de demandeurs d’asiles dans des conditions décentes mais néanmoins précaires, et un musée niché au coeur d’une banque et abritant lui quelques dizaines d’oeuvres d’art dans des salles ventilées, air-conditionnées, protégées par les systèmes d’alarmes les plus sophistiqués.

On pourrait aussi être tenté d’opposer la débauche de dépenses de la banque en question pour conserver ces oeuvres au dénuement le plus total dans lequel se trouvent les occupants du Parc Maximilien. Mais ce n’est absolument pas ici mon propos. Que du contraire. Ce serait accepter le populisme le plus abject que de tomber dans un tel panneau.

Au contraire, ce qui me frappe dans ces deux phénomènes, c’est l’abandon par l’Etat de ses responsabilités humanitaires et culturelles pour les laisser aux acteurs du monde associatif ou du secteur privé. Et la mise en avant par les politiques et les médias de ces deux situations extrêmes ne doit pas faire oublier que ces arbres cachent une forêt d’intentions beaucoup plus sombre. Je m’explique.

La transformation du Parc Maximilien en camp de réfugié géré par une plateforme citoyenne, c’est bien entendu une manière populiste de dire « l’argent public destiné aux solidarités doit d’abord aller aux résidents nationaux (on dira éventuellement pudiquement ‘à ceux qui cotisent’) ». L’indispensable solidarité entre humains disparait ainsi au profit d’un système qui continue de subsidier des refuges pour animaux (« cotisants nationaux » eux aussi ?), mais laisse l’alimentation, le logement, et la santé des damnés de la terre aux bons soins (et au portefeuille) d’associations de citoyens.

Pendant ce temps là, heureux de savoir que nos impôts ne servent pas à « accueillir toute la misère du monde », nous oublions que d’autres sbires du même gouvernement rabotent nos pensions (pour lesquelles nous avons cotisé) en  nous demandant de travailler plus (en cotisant), augmentent la TVA sur l’électricité (qu’ils étaient si fier d’avoir abaissé il y a deux ou trois ans), nous expliquent que nous n’avons pas besoin d’une indexation de salaire pour payer cette augmentation et que « dans deux ans » nous paierons moins d’impôt, décident qu’une femme qui vient d’accoucher peut désormais se débrouiller seule après 2 jours et demi au lieu de 3 (quand je suis devenu père, il y a trente ans, c’était 4 ou 5 … quels progrès ?), etc… tout cela au nom d’un principe « sinon, nous allons au crash », mais sans aucune analyse sérieuse pour soutenir ces thèses (les études sur l’avenir des pensions divergent, les études sur les effets des migrations tendent à prouver que les effets économiques des migrations sont généralement neutres ou légèrement positifs ou négatifs).

Et le Musée Belfius alors ? Que vient-il faire dans ce raisonnement ? Il nous montre une autre face de ce même abandon de responsabilités par notre gouvernement. A la fois, c’est tout le gouvernement qui se déplace pour profiter des petits fours offerts par le banquier (tiens, on ne les a pas tous vu partager la soupe du Parc Maximilien …), marquant ainsi son soutien à une banque qu’il a sauvé de la faillite (avec l’argent des pensions qu’il ne peut en conséquence plus payer…). Cette inauguration est aussi l’occasion pour Charles Michel et ses sbires d’affirmer de manière tout aussi populiste qu’il faut « savoir mettre des priorités » en temps de crise. Bonnes gens, comprenez bien ceci, nous dit-il: il faut donner la priorité à ce qui est prioritaire.

D’accord ! Qui ne serait pas d’accord avec un tel propos ? Mais alors, qu’est-ce qui est prioritaire:

  • pas les Musées: la Culture, c’est l’affaire des communautés et en plus on ne va pas mettre l’argent des hommes au service de quelques couteuses peintures… (hé, ho! les artistes, je fais de l’humour noir…)
  • pas d’hôtel avec des lits douillets pour les migrants (alors que NOS sdf…) un peu de paille au WTC peut-être (ok, j’exagère, mais si la TV ne regardait pas, n’y serait-on pas ?)
  • la 3ème journée de repos et d’assistance à la jeune accouchée, c’est aussi de trop ?
  • bénéficier d’un ajustement du salaire sur l’accroissement du coût de la vie (dont l’argent doit quand même bien aller dans la poche de quelqu’un, non ?) c’est « réduire notre compétitivité internationale » (moi, j’aurais plutôt formulé ça en disant « c’est augmenter à nouveau la part des bénéfices qui vont à l’actionnaire pour diminuer celle qui va au travailleur », mais ça, c’est horriblement gauchiste,  non ?)
  • aligner l’âge de la pension sur l’augmentation de l’espérance de vie (ainsi on est bien certain que les ouvriers continueront à mourir à peu près à l’âge de la pension et ne coûteront rien tout en ayant cotisé pour la pension prolongée des cadres et autres travailleurs intellectuels…
  • … n’hésitez pas à ajouter vos propres idées !

Au final, quand toutes ces priorités seront épuisées, que restera-t-il comme tâches à l’état ? Quand la sécurité sociale, l’instruction publique, les solidarités humanitaires auront disparu des responsabilités de l’Etat, il restera les frontières, l’armée, la sécurité. En gros, les tâches pour lesquelles les cerfs du Moyen-Age payaient la dîme ou la gabelle. Car, quand il ne restera plus à  nos ministres qu’à gérer des percepteurs d’impôts, des policiers et des militaires, il faudra bien les occuper tous ces gens… Je préfère vous laisser deviner à quoi faire. Avec un peu de chance, je mourrai avant la fin du processus, mais en laissant quoi à mes (petits-)enfants ?