Pour ne pas être taxé de « simplisme »

Parmi les commentaires reçus pour mon article précédent sur Une solution simple pour mettre fin aux grèves qui nous « ennuient », il en est quelques uns dont j’aimerais vous faire profiter, même s’ils ne se trouvent pas sous l’article… Continuer la lecture de Pour ne pas être taxé de « simplisme »

Une solution simple pour mettre fin aux grèves qui nous « ennuient »

Le ‘Union bashing » bat son plein en Belgique. Alimenté par des médias qui préfèrent insister sur les inconvénients temporaires pour les usagers des transports en commun (et qui sait bientôt les clients de certains biens et services ?) que sur les raisons de la colère des travailleurs, les réseaux sociaux se lâchent: des manifestants qui brûlent des palettes sont comparés à des vacanciers autour d’un feu de camp, ceux qui après la manifestation vont boire ensemble un verre sont condamnés pour paresse, les étudiants qui ne peuvent se déplacer pour leurs examens hurlent à la « prise d’otage ».

Ce que tout le monde oublie, c’est que ces grévistes sont les premiers à payer, au prix de leur salaire, les mouvements auxquels ils participent. Ce que les pleurnicheurs des réseaux passent au blanc, c’est que c’est leurs pensions, leurs salaires, leur sécurité sociale, leur sécurité que défendent ces grévistes.

Qui nous avait dit que nous aurions 100 euros de plus en poche dans notre salaire, tout en nous cachant qu’il nous en retirerait 150 via des hausses d’accises et de TVA ? Les syndicats ?

Qui veut nous forcer à travailler 45 heures par semaine dans un système qui réduira de plus de moitié les compensations pour les heures supplémentaires ? Les syndicats ?

Qui veut nous amener à travailler jusque 67 ans pour pouvoir payer deux ans de pension en moins à chaque Belge ? Les syndicats ?

Qui réduit le séjour à l’hôpital des jeunes accouchées et augmente ainsi les risques de maltraitances d’enfants (par manque d’accompagnement à la naissance) et de mortalité péri-natale ? Les syndicats ?

Qui décide que « puisque la Flandre est servie », il est inutile de continuer à construire un RER entre Bruxelles et la Wallonie ? Les syndicats ?

Oui les grèves créent des difficultés pour chacun d’entre nous. Ces difficultés sont là pour nous faire réfléchir, pas pour nous laisser emporter par les propos populistes de journalistes qui ont depuis longtemps rangé leur déontologie au placard – parce que eux aussi sont en danger de perdre leur boulot !

Aujourd’hui, il y a ceux qui choisissent de baisser la tête et d’accepter chaque jour de nouvelles humiliations, avalant les pilules de la crise au nom d’une austérité soit-disant rédemptrice. Ceux là refusent de voir que depuis 30 ans, plus d’austérité ne nous a amené que plus d’inégalités.

Et puis il y a ceux qui refusent cette fatalité, qui ne voient d’autres moyens de se battre que la grève et les mouvements sociaux. Ceux là paient de leurs personnes en acceptant des pertes de revenus au  nom de lendemains meilleurs. Dans le froid, au coeur de la bataille, ils allument un feu qui rassemble et qui réchauffe. Après le combat, entre amis partageant la même lutte, ils vont ensemble refaire la bataille autour d’un verre. Ils ne prennent personne en otage. Ni les prisonniers dont les conditions de vie étaient indigne d’êtres humains bien avant la grève des gardiens, ni les étudiants qui sont mis en concurrence pour des jobs de plus en plus précaires et de moins en moins payés, ni les « travailleurs » dont les conditions quotidiennes de travail se dégradent aussi lentement que l’eau dans laquelle la grenouille se laisse cuire chauffe…

Les preneurs d’otages siègent rue de la Loi. Ils ne bougent pas le moindre petit doigt pour améliorer les choses. N’ont qu’un seul mot à la bouche: austérité.

Les actions syndicales actuelles sont-elles justes ?

Le débat sur les principales luttes syndicales en cours (gardiens de prison, cheminots, IRW-FGTB, etc…) se porte de plus en plus sur cette question de « prise en otage » de la population par ceux qui tentent de faire entendre leur voix.

Le gouvernement, en insistant sur le caractère « incontrôlé » de certaines actions, tente de révolter les usagers des transports, les familles des détenus, contre ceux qui ont choisi d’abandonner leurs salaires pour obtenir qui de meilleures conditions de vie pour les gens dont ils ont la garde (c’est bien de cela qu’il s’agit dans les prisons), qui le maintien d’acquis sociaux négociés dans un « package » que l’on tente de rendre impopulaire dans son détricotage (c’est bien ce que font les médias à la solde de la N-VA quand ils isolent la question des jours de récupération forfaitaires de la SNCB et les transforment en « jours de récupération pour des jours non prestés »).

Ce que l’on observe aussi aujourd’hui, c’est cette rupture communautaire entre représentations des travailleurs au Nord et au Sud du pays. Ces divergences viennent compléter la longue liste des différences qui se font chaque jour un peu plus forte entre nos deux communautés. On peut être nostalgique de la Belgique de papa, il faut bien constater qu’aujourd’hui même les organisations syndicales n’arrivent plus à parler de la même voix. La question n’est pas de savoir si cela est grave ou pas. Cela est.

Dans de telles conditions, ce que Monsieur Michel et ses amis flamands devraient accepter, c’est qu’en effet, ce gouvernement fédéral n’est plus légitime dans une grande partie du pays. Qu’il est parfaitement anormal que d’une part toutes les fonctions régaliennes soient confiées à des ministres flamands (et en particulier nationalistes flamands) et que les ministres fédéraux francophones brillent principalement par leur absence ou leur incapacité à gérer leur portefeuille.

Dans ces conditions où le pouvoir exécutif d’un pays tri-communautaire est confié en exclusivité à l’une des communautés, il me semble normal que toutes les forces vives des autres communautés se mettent en branle pour défendre leurs intérêts.

Peut-être les flamands sont-ils d’accord pour travailler jusque 67 ans, plus de 40 heures par semaine, avec moins de compensations pour les heures supplémentaires, pour un salaire qui ne sera pas indexé, avec une TVA en hausse sur les biens les plus essentiels comme le gaz, et en perdant un nombre considérable de libertés fondamentales au nom d’une sécurité qui de toutes manières n’est pas assurée…

Peut-être les flamands considèrent-ils qu’il est plus intelligent de libérer (pardon, de mettre en congé pénitenciaire à durée indéterminée) des centaines de prisonniers non en raison de leur ré-insertion future dans la société, mais simplement pour tuer un mouvement social.

Peut-être les flamands trouvent-ils juste que le ministre de la Justice change les règles de la rémunération de ses agents en grève afin de les condamner eux aussi à crever de faim plus vite.

Peut-être la Flandre se réjouit-elle de voir enfin la Belgique, cette construction surréaliste, s’effondrer enfin.

Mais alors, si ce ne sont plus que les 20 représentants du MR qui, au gouvernement fédéral, représentent tout le sud du pays, alors que celui-ci manifeste massivement son opposition, alors ce gouvernement n’est plus légitime, et les mouvements sociaux qui ont pris pour objectif de le faire tomber n’ont pas tort.

Il ne s’agit pas ici de prôner une quelconque action violente. Mais bien de mettre en place tous les outils d’une forme de résistance qui puisse amener ce gouvernement à déposer les armes.

Certains diront que dans le contexte – en particulier européen – dans lequel nous vivons, il n’y a pas d’alternative à l’austérité. Je répondrai comme de plus en plus de concitoyens le disent, que l’austérité prouve son inefficacité depuis près de 30 ans. J’ai l’impression de n’avoir jamais entendu d’autre mot que celui-là dans la bouche des politiciens depuis que je suis à même d’écouter, de voir ou de lire des informations. Et à chaque cycle, j’apprends que pendant que les plus pauvres s’enfoncent dans la crise, les plus riches s’enrichissent. Où que se porte le regard, c’est une bipolarisation croissante de nos sociétés. Dans un monde qui exige de chacun qu’il consomme pour exister, l’accès à la consommation devient de plus en plus précaire. La lutte pour l’existence, d’abord à travers les tentatives de continuer à consommer, ensuite lorsque les réserves sont épuisées, pour continuer simplement à survivre devient le quotidien de près d’un quart de notre population.

D’une manière ou d’une autre, il y a un « tipping point » qui risque de se dessiner à l’horizon. Un de ces points critiques où « la coupe pleine » déborde. Monsieur Michel et son gouvernement veulent nous faire croire que le terrorisme continue à nous menacer, mais il est le premier complice de tous les terroristes, religieux, financiers, racistes, communautaristes qui détruisent d’une manière ou d’une autre notre tissu social, s’acharnent sur les solidarités, dissèquent les droits de l’homme pour satisfaire leur plaisir d’être au pouvoir.

Alors oui, même si je dois me déplacer à pied ou à vélo pour continuer d’enseigner, même si les jours de grève me couteront quelques dizaines d’euros de salaire, même si je râlerai bien entendu de parfois perdre ma liberté de circuler en raison de l’un ou l’autre blocage, même si certains services ne me sont plus rendus et que cela est ennuyeux, je crois qu’il n’existe malheureusement plus d’autre moyen de lutter pour le retour à une démocratie normale dans notre pays que de laisser s’exprimer la colère du peuple à travers des organisations qui restent des acteurs institutionnels de notre démocratie, et leurs moyens légitimes d’action: les syndicats et les grèves.

Les brumes du Soir

J’ai dénoncé ici même il y a deux jours les dérives éditoriales du « Soir », à travers notamment de la controverse intervenue entre le quotidien bruxellois et sa « correspondante » au Caire, Vinciane Jacquet. D’autres que moi ont écrit à ce sujet (et en particulier l’excellente analyse publiée par Adrien Foucart).

Les réactions ne se sont pas fait attendre, en particulier celle de Baudouin Loos, responsable du service « étranger » au Soir.

Difficile dans tout cela de distinguer les faits des émotions ou de la défense d’une ligne éditoriale. Sans doute Madame Jacquet et « Le Soir » partagent-ils un certain nombre de responsabilités dans leur rupture (comme c’est le cas dans la plupart des séparations), mais il reste que depuis quelques années, Le Soir perd chaque jour un peu plus ses qualités de journal de référence en Belgique.

Les enjeux économiques justifient sans doute une forte mutualisation des ressources entre le quotidien et les torchons du groupe Sud-Presse qui relèvent tous du même Conseil d’Administration. Mais le groupe Rossel n’est pas le seul à connaître cette problématique. Et il pourrait sans doute la résoudre autrement qu’en construisant un brouillard de plus en plus épais entre le produit pour lequel des abonnés dépensent plus de 300 euros par an et la production « online » qui ressemble de plus à un assemblage approximatif de blogs amateurs.

Un autre de mes bons lecteurs me faisait ainsi remarquer que la rédaction du « Monde » avait ainsi fait de manière beaucoup plus claire la distinction entre ce qui relevait de la ligne éditoriale du quotidien français de référence et ce qui tombait dans l’incontrôlable manque de qualité des autres production du « groupe ». Sans m’être livré à une analyse détaillée de l’approche du « Monde », je suppose qu’il serait malgré tout utile au « Soir » d’y réfléchir sérieusement.

Quand « Le Soir » remercie ses journalistes indépendants…

Hier, dans le cadre d’une formation à l’enseignement de l’histoire et de la géographie dans l’enseignement secondaire supérieur, les formateurs me remettent  un document de référence indiquant que « Le Soir » est un journal d’informations progressiste et indépendant.

Ce matin, je trouve dans mes messages personnels le coup de colère de Vinciane Jacquet, (ex-)correspondante du « Soir » au Caire.

Ne connaissant pas personnellement Vinciane Jacquet, je ne m’autorise bien entendu pas à recopier l’ensemble de son coup de colère (que vous trouverez sur sa page Facebook), mais je vous résume ce que j’en ai retenu.

Suite à la disparition de l’avion d’Egyptair, le « journal indépendant et progressiste » lui a demandé de ne pas faire dans le « factuel » mais dans « l’émotionnel ». On lui a demandé de parler de la « douleur des familles », alors même que personne ne pouvait avoir accès aux-dites familles, et de remettre en cause la sécurité des vols d’Egyptair alors que la cause du crash n’était toujours pas connue (et ne l’est pas au moment ou j’écris ces lignes).

Je dénonce depuis longtemps la disparition des valeurs de base du journalisme en Belgique. La fusion entre Sud-Presse et Le Soir devient de plus en plus une cons-fusion où seuls les caractères typographiques font encore la différence entre ce que l’un et l’autre publient.

S’il ne nous reste plus que Jean Quatremer pour savoir ce qui se passe dans notre propre pays, nous n’aurons bientôt plus aucune raison de railler la presse Nord-Coréenne…

Une danse insignifiante

A mon tour de m’intéresser aux propos de Mr Jambon relatifs aux compétences chorégraphiques de la communauté musulmane, à travers le témoignage d’un enseignant (moi) confronté chaque semaine à 140 ados dont sans doute plus de 100 sont de confession musulmane. Continuer la lecture de Une danse insignifiante

La démocratie, c’est aussi donner aux gouvernants leur chance de gouverner

Il est bien connu que l’humanité, qui vit par le changement, en a peur. Les récentes modifications apportées au gouvernement de la Communauté Française Wallonie-Bruxelles en sont une belle illustration. Continuer la lecture de La démocratie, c’est aussi donner aux gouvernants leur chance de gouverner

Pourquoi il ne faut pas devenir tuteur MENA …

Il y a en Belgique plus de 1000 Mineurs étrangers Non Accompagnés qui sont sans le tuteur que la loi exige de leur « fournir » pour les accompagner dans leur parcours. Le SPF Justice vient de lancer un appel pour recruter des tuteurs « bénévoles », fonction que j’ai exercé pendant plusieurs années. Ma recommandation est de ne pas répondre à l’appel du SPF Justice. Voici pourquoi … Continuer la lecture de Pourquoi il ne faut pas devenir tuteur MENA …

Mea Culpa…

 

Une chose que m’a appris mon expérience de la gestion des hommes, c’est que pour être crédible et sincère, la reconnaissance d’une erreur ne doit jamais s’accompagner de justification(s) ni surtout servir de tremplin à de nouvelles demandes, accusations, invitations, etc …

Donc je serai à la fois clair et bref. En laissant entendre à de multiples reprises qu’il pourrait y avoir un « complot » de notre gouvernement pour cacher son échec budgétaire et la lourde facture que celui-ci va faire reposer sur les épaules des plus démunis de notre pays, et que ce « complot » avait pour toile de fond la lutte contre le terrorisme, je me suis livré à ce que je condamne souvent comme une « terrible simplification ».

Devant l’horreur qui a frappé durement Bruxelles et la Flandre hier après avoir détruit des populations entières en de multiples endroits de la planète, je veux reconnaître une erreur de jugement. Non, je ne crois pas que qui que ce soit dans notre gouvernement, pas même les sbires de BdW n’a voulu cela.

De dikke vis en de sardien (fable nationale)

2016-02 Provence009

Ce matin, le président de la N-VA se gausse dans les médias du remarquable travail accompli par « son » ministre de l’Intérieur qui avait promis de nettoyer (au Karcher ?) Molenbeek. Sans doute considère-t-il que cette fois, dans sa poêle à frire, il y a un « dikke vis » !

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Comment le gouvernement NVA-MR se sort du piège budgétaire

Ceci est peut-être une fiction
Lors du « kern » extraordinaire de ce lundi 14 mars 2016, l’ambiance au 16 rue de la Loi est on ne peut plus tendue. Les propositions budgétaires sur la table sont clairement incompatibles. Les chiffres disponibles pour travailler sont encore moins fiables que s’ils avaient été calculés par un comptable de l’Office Wallon des Déchets.

Les titres qui pourraient barrer les « Unes » de la presse, même flamande ont de quoi faire peur aux éminences réunies en conclave. Il est grand temps de trouver une solution. Quand soudain l’un des vice-premiers (selon des sources concordantes) prend incidemment la parole: « si seulement un attentat pouvait nous tomber dessus … »

Sans en dire plus, un homme se lève alors. C’est le Ministre de l’intérieur qui se rapproche de Charles Michel pour lui glisser quelques mots à l’oreille. Un sourire se dessine sur leurs deux visages et le chef de file NVA au gouvernement se retire discrètement.

Quelques heures plus tard, des experts des différents départements concernés par le budget, en particulier la Santé Publique et l’emploi écoutent religieusement les instructions des experts de la NVA. La Ministre du Budget, elle, écoute les conseils de son Président de parti. Rapidement le tour de la question est fait: il y en avait pour 2 milliards et demis d’euros, on reprend toutes les mesures dont tous les experts nous disent qu’elles ne vont pas fonctionner, mais on s’en f… l’important c’est de (vite) donner le change. Et « Abracadabra… le déficit n’est plus que d’un milliard (ce qui ne fait qu’une centaine d’euros par citoyen, une paille n’est-ce pas ?)

Mais la pièce principale se joue ailleurs, un peu plus loin dans la rue de la Loi, au cabinet de Jan Jambon. Dans la salle de réunion, des représentants de la Police Fédérale, des Affaires Étrangères, de la coordination « Attentats de Paris ». Il ne leur faut pas plus de deux heures pour monter l’opération « St Denis-Forest ». Objectif:  un suspect lié aux attentats de Paris est « tracé » par les services belges depuis quelques semaines. La logique voudrait que l’on attende encore un peu avant d’intervenir, car on sait qu’il doit bientôt rencontrer l’ennemi public numéro un. Certains signes indiquent que la Presse risque de s’emparer du sujet d’un jour à l’autre. Tous les efforts auraient alors été vains.

Alors, puisque les fuites sont là, on va les exploiter, d’autant que les éditorialistes sont super bonnes poires lorsqu’il s’agit de leur vendre du terrorisme. Il suffit de leur dire que l’on fouille dans une affaire liée aux attentats de Paris pour qu’ils écrivent tout seuls qu’on a déjoué un attentat à Bruxelles. Depuis novembre, des bombes explosent tous les jours en Syrie, en Irak, tous les mois en Turquie ou dans le Maghreb. Elles ont explosé à Paris, jamais à Bruxelles. Sommes nous donc le seul pays d’Europe capable de déjouer les attentats tout en ayant la police qui ne détecte pas les terroristes qui vont ailleurs en Europe ? Ou sommes nous un de ces pays qui de par leur petite taille, leur petit rayonnement géopolitique et leur absence de tout symbole important n’intéresse pas les terroristes ? Vous imaginez, vous, toute la portée d’une destruction de Manneken Pis sur les pontes de l’ONU et de l’UNESCO ?

Mais pour être crédible, cette fois, il faudrait vraiment que l’on ait quelque chose à se mettre sous la dent. Et là, il y a ce bonhomme à Forest…

6h30 du matin. Mon réveil sonne. J’ai du rêver. Mais sur mon journal du matin, il n’y a plus aucune trace du trou budgétaire. Il y a aussi un éditorial de Béa Delvaux qui prétend que la Belgique a échappé à de  nouveaux attentats. Mais surtout comme toujours depuis Novembre, il n’y a rien.

Une petite lettre qui change tout (ou quand la volonté se cache derrière la possibilité)

Il fut une époque où il était de bon ton de dire « A coeur vaillant, rien d’impossible ». Cela reste d’ailleurs un slogan tout à fait d’actualité lorsqu’il s’agit de se faire croire que la Belgique pourrait gagner l’Euro de foot… Et pourtant.

Lorsque l’on évoque aujourd’hui dans la rue, dans les médias, dans les cénacles académiques, culturels ou politiques la question des migrations, il est devenu naturel de se poser la question de savoir si un quartier, une commune, une région, un pays ou un continent peut ou pas accueillir les enfants, les femmes et les hommes qui fuient la misère, la torture ou la mort qui règne là où ils résidaient.

En posant la question en ces termes, on pose des prémisses implicites qu’il serait pourtant bon à la fois d’expliciter et de questionner. Car si les hypothèses de départ devaient se révéler fausses, l’ensemble du raisonnement qui s’en suit doit être abandonné. Examinons deux de ces prémisses.

  1. On ne peut pas accueillir toute la misère du monde ou il existe une taille limite à la capacité d’accueil et nous sommes près d’atteindre cette limite, ce qui suppose que nous la connaissons.
    Cette phrase, nous l’entendons dans sa version populiste explicite (celle que j’ai souligné en gras), mais aussi dans sa version pseudo-objective: « nous avons atteint les limites de ce que nous pouvions faire » dans toutes ses différentes conjugaisons.
    Pourtant, dès lors que l’on pose la question de savoir comment se calcule et se mesure la supposée capacité maximale d’accueil d’un territoire déterminé, il devient soudain absolument impossible d’obtenir une réponse qui sorte du cadre émotionnel.
  2. On pourrait dissuader les migrants de migrer. Et par conséquence, on doit orienter nos efforts dans le sens de la dissuasion. Par exemple en allant expliquer aux autorités des pays concernés (états du Maghreb, Syrie, Lybie, Somalie, …) qu’ils doivent eux-mêmes dissuader leurs ressortissants de venir chez nous.
    Ceux qui se lancent dans cette aventure mesurent-ils réellement le ridicule de leurs efforts ? Si les dirigeants d’un pays relativement calme (comme les pays du Maghreb) avaient vraiment la volonté et la possibilité de retenir leurs citoyens en leur offrant des conditions de travail et de vie satisfaisantes, attendraient-ils vraiment que nous venions le leur demander pour le faire ? Et si leur intention n’est pas d’offrir de telles conditions de travail et de vie, où si leur premier agenda est celui de la lutte pure et dure pour le pouvoir (comme c’est le cas dans les pays les plus engagés dans les conflits), peuvent-ils avoir le moindre intérêt à maintenir à l’intérieur de leurs frontières leurs principaux adversaires ?

On voit bien, dès lors que l’on tente de regarder les faits et non les émotions, que nous ne pouvons pas arrêter les flux migratoires. S’il est un phénomène historique qui ne cesse de se renouveler depuis l’arrivée des premiers hominidés, c’est bien celui des migrations. L’homme tentera toujours, avec l’énergie du désespoir, d’aller là où sa survie sera mieux assurée qu’à l’endroit où il se trouve. S’il pleut, je me mets à l’abri. S’il n’y a plus de quoi manger, je vais chercher ailleurs. S’il pleut des bombes, je fuis. Nos parents ou nos grands parents n’ont pas fait autre chose lorsque l’envahisseur nazi est arrivé en 1939.

Une petite lettre pourrait cependant tout changer, cette petite lettre, c’est celle qui transforme la possibilité en volonté. C’est celle qui nous ramène à la réalité de nos émotions. Le problème n’est pas que « on ne peut pas accueillir », mais bien que « on ne veut pas accueillir ».

La notion de possibilité nous renvoie à quelque chose qui est extérieur à nous. Un peu comme si notre pays  ne disposait pas d’assez d’oxygène pour permettre à 20.000 ou 200.000 personnes supplémentaires de respirer. Nous pouvons nous dédouaner à bas coût de toute responsabilité dès lors que nous décrétons que c’est une question de capacité qui nous bloque: il n’y a plus de place dans le métro, prenez le suivant. Il n’y a plus à manger, attendez le repas suivant. Mais rappelons le, personne ici n’est capable de nous indiquer où se trouve la limite de capacité d’accueil, et jamais cette limite n’a été atteinte autrement que par la mise en place de barrières artificielles par les acteurs politiques (par exemple en interdisant de traiter plus de 50 dossiers de migrants par jour…).

La notion de volonté nous renvoie à nos propres responsabilités. Voulons nous un monde dans lequel chaque femme et chaque homme peut vivre dignement ? Si quelques uns sont prêts à répondre positivement de manière inconditionnelle à cette question, nombreux sont ceux qui se laissent guider par la peur. Peur de la différence. Peur de l’autre. Peur de la confrontation avec une réalité inéluctable.

L’aveuglement de nos responsables politiques et sociaux, de quelque bord qu’ils soient, est immense. Ne pas voir que les vagues migratoires ne s’arrêtent pas, que dresser des barrières comme celles que l’on construit un peu partout en Europe n’aura que des conséquences catastrophiques est irresponsable. Ces murs de barbelés, et même de béton, ne sont que de chétifs barrages face à un torrent d’une puissance immense. Les exemples de solution existent. L’Allemagne et le Canada en font partie. Dans un cas comme dans l’autre, plutôt que d’arrêter le flux, on se propose de l’encadrer. Plutôt que de dire aux migrants « nous ne voulons pas de vous, nous vous enfermerons dans d’immondes camps et vous y laisserons croupir jusqu’à votre départ ou votre mort », ils leur disent de venir, tout en encadrant leur arrivée. Tout comme les canaux d’irrigation, en encadrant le flux du torrent au lieu de le retenir enrichissent la terre au lieu de la noyer lorsque le barrage explose…

Accueillir les migrants n’est pas une question de possibilité, c’est une question de volonté. D’une manière ou d’une autre la question de la vague migratoire actuelle se résoudra, nul ne pourra l’empêcher de se développer. Par contre, chacun peut vouloir contribuer à en faire une source d’enrichissement mutuel, dans le respect de chaque humanité.

Une question de point de vue…

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Je veux invoquer aujourd’hui l’article premier de la déclaration universelle des droits de l’homme, pour parler de la manière dont les événements de la nuit du réveillon à Cologne sont aujourd’hui détournés par certains pour en faire un motif de rejet de l’ensemble des réfugiés.

Les agressions sexuelles commises  lors du dernier réveillon à Cologne et dans d’autres villes d’Europe sont inacceptables. Leurs auteurs doivent être poursuivis et punis.

Les autorités ne doivent pas cacher de tels faits, et ils ne doivent en aucun cas protéger leurs auteurs contre les poursuites dont ils feront l’objet.

Mais pour ces faits, comme pour de nombreux autres petits délits, la propension des autorités à organiser leurs statistiques sur la base de la nationalité des auteurs constitue un passage sémantique pervers entre les faits et leur interprétation.

En effet, dès lors que l’on tente de classifier les auteurs de faits (qu’ils soient délictueux ou pas d’ailleurs), ces « classifications » deviennent rapidement ce que Paul Watzlawick appelle de « terribles simplifications ». Il devient tellement simple de décréter que si un grand nombre d’auteurs sont des migrants, cela fait de chaque migrant un dangereux pervers sexuel… Ce serait là oublier que l’on ne peut tirer de conclusions générales de l’analyse de cas particuliers.

Les règles du vivre ensemble sont chez nous établies à travers un processus démocratique auxquels l’ensemble des citoyens contribue. Ces règles s’imposent à quiconque vit ici. Elles doivent également s’apprendre. Cet apprentissage ne saurait être plus automatique pour un homme fuyant des contrées où les règles sont différentes que pour ceux qui résident depuis toujours dans le pays. Leur transgression ne doit pas donner lieu à un traitement de faveur, mais il ne doit pas devenir la justification d’un rejet de masse.

Quitte à me faire mal voir de certains de mes lecteurs habituels, je n’hésiterai pas à dire qu’en effet, beaucoup de ces hommes qui arrivent de Syrie, d’Irak, de Somalie ou d’autres pays où un Islam radical impose sa loi doivent avoir l’impression d’arriver sur Mars lorsqu’ils voient comment nous vivons nos libertés. Certains peuvent être profondément choqués quand ils voient que chez nous une femme ou un homme est (presque) totalement libre de s’habiller, marcher, rire, parler, chanter, danser, … comme elle ou il lui plaît. Cela ne peut impliquer une obligation pour nous de changer notre manière d’être, ni justifier de fausses interprétations de ces libertés par ceux qui y sont confrontés.

Il serait cependant hypocrite de profiter d’incidents impliquant un pourcentage infime des migrants (on parle aujourd’hui d’une trentaine de personnes à Cologne, mettons même une centaine en Allemagne, pour près d’un million de migrants, soit un sur dix mille) pour stigmatiser l’ensemble des néo-arrivants. Sur base d’une telle approche, il faudrait par exemple enfermer à titre préventif tout homme qui se met en ménage (dès lors qu’il est établi qu’au moins une femme sur 10 est victime de violences conjugales).

La condamnation des actes du dernier réveillon à Cologne et ailleurs est totalement légitime. La punition des auteurs doit être ferme et juste. Mais utiliser la grille d’analyse de la migration comme point de vue d’analyse principal est une perversion politique. Si l’on avait pris comme point de vue la situation sociale des agresseurs, on aurait sans doute pu dire qu’il faut désormais se méfier de toute personne en situation précaire. Si l’on avait considéré le niveau scolaire, qui sait à quelle conclusion on serait arrivé ?

La question de l’intégration des migrants au vivre ensemble est d’abord une question qui s’adresse à nos autorités politiques. Lorsqu’ils arrivent chez nous, la plupart des migrants sont désireux de vivre paisiblement et en harmonie avec nous. Tout comme nous ne les connaissons pas (ce pourquoi ils nous font souvent peur), eux non plus ne nous connaissent pas (ce qui leur fait avoir peur de nous). Ce n’est pas en les rejetant dans des centres fermés, en ne leur donnant aucune possibilité de participer à la vie sociale que nous les aiderons à découvrir pour eux-mêmes si nos modes de vie sont compatibles avec leurs attentes. En restant ferme sur le respect de la loi, de l’intégrité et des droits de chacun.

Ceux qui comme certains de nos responsables politiques stigmatisent les étrangers et appellent directement ou indirectement aux pogroms sont tout autant criminels que les migrants qui n’ont pas voulu ou pu comprendre à temps les règles auxquelles ils doivent se soumettre pour vivre en harmonie chez nous. Peut-être le sont-ils même plus, eux qui ont souvent contribué à l’élaboration de règles qu’ils ne respectent pas nécessairement.

Une belle leçon de gestion de la Wallonie à la Flandre

dufercoLa décision de la Commission Européenne de condamner Duferco à rembourser 240 millions d’euros de subsides à la Région Wallonne est en fait un coup de génie (peut-être accidentel) qui devrait servir de leçon d’ingénierie financière même à nos amis du Nord, si rapide à condamner les modèles de gouvernance wallons. Résumons un peu la situation:

Afin de permettre à la société Duferco de maintenir ses activités industrielles en Wallonie, la Région Wallonne a versé via diverses institutions des subsides directs et indirects près de 240 millions d’euros à l’opérateur sidérurgique. Grâce à ces subsides, ce sont 3 ou 4000 emplois qui ont été préservés et pour lesquels l’ONEM n’a donc pas dû verser un cent, et ce pendant plusieurs années. A l’époque, ils étaient nombreux à fustiger la Région pour subsidier des emplois « financièrement morts ».

Finalement, et au grand dépit des autorités régionales (qui si je m’en souviens bien crièrent même à la « trahison »), Duferco a dû mettre la clé sous le paillasson en Belgique, y maintenant une trentaine d’emplois administratifs, mais continuant à accumuler ses profits sous des cieux plus cléments.

Perte sèche des investissements régionaux ? C’était sans compter sans un autre fleuron de notre franco-wallonie: les reportages de la RTBF. Comme le rappelle « La Libre », c’est un reportage de Bruno Clément qui a fait lever les sourcils à la Commission Européenne, laquelle condamne aujourd’hui Duferco à rembourser à la Région Wallonne… les 240 millions en question. Ce sera bien donc le vilain délocalisateur (Duferco) qui va devoir rembourser à la Région les subsides qui avaient permis de maintenir les emplois… Récupérant ses sous, la Région devrait maintenant se mettre à la recherche d’une autre entreprise qui pourrait être « moribonde » pour cause de délocalisation, et voir si le petit cirque peut recommencer…

Des vacances de Noël trop courtes ou des parents qui n’osent pas poser des limites ?

Je suis resté « scotché » ce dimanche 3 janvier en regardant la séquence intitulée « deux semaines perturbées » du JT de la RTBF (vers les 9’55). Ce reportage est centré sur le témoignage d’une mère de famille et de ses deux filles âgées de moins de 13 ans, qui réclament un allongement d’une semaine de la durée des vacances de Noël en raison d’heures de coucher tardives répétées et de « la nécessité d’aller voir des grands-parents qui habitent parfois un peu loin ». Cette affirmation étant par ailleurs confortée par l’avis d’un psycho-expert en rythme scolaire.

Ne faudrait-il pas d’abord rappeler que le rôle d’un parent est aussi (surtout ?) d’aider ses enfants à grandir en leur permettant de s’épanouir à leur propre rythme ? Et pour ce faire, de poser un cadre bienveillant et rassurant sur ce qui relève des activités normales de l’adulte et de celles de l’enfant, en ce compris le respect d’un certain nombre d’heures de sommeil ? Cette année, comme chaque année, comptait deux réveillons (surprise ?) qui tombaient un jeudi, c’est à dire un jour suivi de trois jours de récupération avant la rentrée scolaire. S’il est parfaitement normal de permettre aux enfants de participer aux réjouissances du passage à l’an neuf (pour peu qu’il reste une raison de s’en réjouir), ne revient-il pas aux parents de mettre en évidence le caractère extra-ordinaire de cette circonstance en rétablissant un rythme de veille et de sommeil normal dès le lendemain ?

Une autre explication qui m’a également choqué dans ce reportage est cette excuse des grands parents qui habiteraient « loin ». Peut-être la famille concernée est-elle dans une situation vraiment particulière ou la distance qui sépare parents et grands-parents exige un déplacement de plusieurs heures, mais ce n’est pas le cas de la majorité de nos concitoyens. Faut-il en conclure que des grands-parents ne doivent se visiter qu’une fois l’an (pour aller chercher des étrennes ?) ? Ou que la visite aux grands-parents doit devenir une justification valable pour une absence scolaire du lendemain ?

Comme enseignant, je suis favorable à une modification des rythmes scolaires, mais alors en y mettant certaines priorités. Dans le contexte actuel, ajouter une semaine aux vacances de Noël aurait eu pour première conséquence de réduire encore plus la période de cours qui commence. Celle-ci ne compte déjà que 5 semaines avant le congé de Carnaval, ce qui est vraiment très peu aux yeux des nombreux spécialistes qui ont étudiés la question (et qui posent le rythme idéal autour de périodes de 6-7 semaines de cours). Réfléchissons plutôt à la meilleure manière d’éviter des années aussi erratiques que celle que nous vivons, où nous avons connu un cycle de près de 8 semaines pour commencer l’année, suivi de 7 semaines avant Noël, pour maintenant enchaîner sur une série de 5 semaines, puis 6 avant Pâques (la seule période réellement confortable qui nous sera donnée cette année), elle-même suivie de 4 semaines et demi, pour finir sur un sprint en 8 (!!!) semaines pour atteindre les vacances d’été.

C’est en exerçant comme parents notre rôle de « parents » que nous remplirons notre devoir éducatif, pas en rejetant sur « la société » ou « les politiciens » les responsabilités que nous refusons de prendre. Il ne revient pas au Ministre de l’Enseignement (heureusement, on a supprimé chez nous le titre de Ministre de l’éducation) de dire à chaque enfant à quelle heure il doit se coucher pour pouvoir profiter au maximum de l’enseignement qui lui est proposé.

Ce ne sont pas les électeurs nationalistes qu’il faut fustiger

Ce sont les candidats dits « démocrates » qui, en s’appropriant les discours de la peur et du rejet se sont montrés incapables de faire une différence pédagogique positive pour une vraie politique du vivre ensemble.

Bien sûr, il existe des différences dans le « profil » socio-éducatif des différents électoraux, de l’extrême gauche à l’extrême droite, mais on trouve des électeurs de tous âges et de toutes origines dans tous les partis. C’est la proposition politique faite par les candidats qui amènera l’électeur à le rejoindre ou pas. Penser que c’est l’électeur qui s’est trompé, c’est se dédouaner un peu trop facilement d’une incapacité maladive à lui « vendre » un choix réellement alternatif.

Les grandes ONG humanitaires et écologiques ont souvent réussi cette transition vers un « marketing » des valeurs. Elles sont capables de mobiliser des moyens humains et financiers auprès des mêmes citoyens qui voteront deux semaines plus tard pour la N-VA ou le FN. Il suffit de voir comment les images de certaines détresses servent à la fois les récoltes de fonds solidaires et les discours de rejet identitaire auprès du même « citoyen lambda ».

A mon avis, l’erreur des politiciens soit-disants « démocrates », de gauche comme de droite, est de tenter l’impossible mélange entre solidarité et sécurité. Vouloir faire croire qu’être solidaire avec des personnes en détresse sans se remettre personnellement en question est possible relève du rêve chimérique. C’est le mythe d’un confort né de l’absence de changement qui doit être éradiqué de la pensée collective. Pourquoi les politiciens ne sont-ils pas capables de vendre aux électeurs un monde de paix, serait-ce au prix de l’acceptation de l’autre, tel qu’il est ?

Les évolutions politiques les plus récentes montrent des victoires du repli sur soi, du Nord au Sud de l’Europe, mais aussi la percée de discours outranciers aux États-Unis. Sans en être un spécialiste de la région, il vaudrait peut-être la peine de s’attarder sur la situation canadienne qui me semble avoir porté au pouvoir un parti et un homme porteur d’une rupture positive par rapport au discours ambiant. Faire campagne sur l’acceptation de 25.000 réfugiés, gagner et mettre en place cet accueil positif, voilà ce que fait Justin Trudeau. Il a un mode de communication avec son électorat qui me semble faire preuve d’une grande franchise, doublée d’un optimisme raisonnable. Même si son discours économique libéral ne me plait pas toujours, même si sa politique de défiscalisation des revenus moyens ne renchérit pas les plus pauvres, je crois qu’il y a de sérieuses leçons à retenir de ce qui se passe là-bas.

Suivre l’évolution de la presse canadienne autour de ce sujet ces dernières semaines est édifiant. Après l’euphorie de la victoire de J. Trudeau sont intervenus les attentats de Paris qui ont provoqué là aussi de vives réactions de peur. Mais le gouvernement canadien est resté ferme, a expliqué sa méthode et sa logique d’intégration. A rappeler que les forces vives du pays attendaient ces réfugiés. Dans une approche proactive, c’est le gouvernement Canadien qui invite des réfugiés à venir sur son territoire, qui affrète des vols depuis Beyrouth ou Ankara, et qui organise l’accueil de 80% des nouveaux arrivants par des « sponsors privés ».

Aujourd’hui à la Chambre des communes, c’est empli de fierté que j’ai annoncé l’arrivée des premiers réfugiés syriens au Canada à la fin de la semaine :

Posté par Justin Trudeau sur mercredi 9 décembre 2015

La question pour moi n’est pas de savoir si le modèle d’accueil canadien est le bon (il est tellement inspiré du modèle néo-libéral que je ne peux que m’en méfier), par contre le modèle pédagogique vis à vis de la population me semble beaucoup plus efficace que celui mis en place à Paris ou à Bruxelles…

« Ca » n’arrivera jamais… ou comment clôturer en beauté 2015 !

Voilà, c’est fait. Quand il y a trente ans toute l’Europe regardait goguenarde un vieux déjà gâteux invoquer Jeanne d’Arc en réclamant « La France aux français », l’immense majorité d’entre nous pensait à un épiphénomène qui s’éteindrait étouffé par sa propre vacuité ou son ridicule.

Et nous voici, ce lendemain de St Nicolas, improbables Bruxellois, coincés au milieu d’un territoire contrôlé par des nationalistes eux-mêmes otages d’une des extrêmes-droites les plus agressive d’Europe, et à 100 km d’un nouveau territoire soumis aux chemises brunes de la famille Le Pen.

Est-ce donc ici que nous ont amené septante années de paix gagnées par une coalition qui l’espace d’une guerre avait fait passer au second rang les formes les plus caricaturales du libéralisme et du socialisme pour vaincre ce que l’on appelait alors la bête immonde ?  Combien de familles déchirées, amputées pour cela ? Et aujourd’hui leurs enfants et les générations qui les suivent semblent avoir tout oublié. Faut-il avoir été marqué personnellement au fer rouge pour craindre le feu ? Voir les souffrances, les blessures de nos mères et de nos pères ne nous aura donc pas suffit.

Je ne sais quel sera l’événement retenu par les historiens lorsqu’il s’agira de définir le jour où l’Europe bascula à  nouveau dans l’obscurantisme. Il ne sera cependant pas loin de l’année 2015. Une année pendant laquelle ceux à qui nous avions confié le sort de l’Europe ont choisi de céder à  la peur et à la confrontation. Une année pendant laquelle cinq à six millions de réfugiés se sont retrouvés sur les routes du monde à fuir les meurtres, les viols, les mutilations et les catastrophes naturelles. Une année pendant laquelle l’Europe a vendu plus d’armes aux pays du tiers monde qu’il n’en faut pour détruire la planète. Une année pendant laquelle les banquiers du monde, ressuscités de la crise qui les avait mis au tapis il y a sept ans auront refusé d’aider ceux-là même qui les avaient nourris quand ils mourraient de faim. Une année pendant laquelle chaque jour qui passait aura vu des milliers d’êtres humains mourir soit de faim, soit sous la torture, soit sous les bombes financées par nos achats de pétrole, d’essence et de gaz. Une année pendant laquelle nous aurons continué d’acheter des T-shirts fabriqués avec la sueur d’enfants esclaves bien loin d’ici. Une année qui se terminera avec un arbre de Noël dont l’ombre couvrira des « objets connectés » fabriqués en Chine, en Inde ou en Corée, par des armées de travailleurs sous-payés. Une année pendant laquelle rien qu’en Belgique 600 personnes seront mortes sur les routes, la plupart fauchées par des conducteurs en excès de vitesse, d’alcool, ou des deux. Une année pendant laquelle comme toutes les précédentes, ce seront les crimes commis à l’intérieur même des familles qui auront fait le plus grand nombre de victimes.

Et pourtant, que retiendrons-nous de cette année ? Qu’est-ce qui va occuper la une des rétrospectives qui vont se succéder dans les prochains jours dans nos journaux et sur nos écrans ? La mort des journalistes de Charlie Hebdo, celle des 130 victimes du 13 novembre à Paris, celles du Musée Juif de Bruxelles. Et surtout la peur, cette peur que nos dirigeants incapables de nous faire aimer la paix ont choisi de distiller en nous pour assoir leur emprise. Cette peur qui nous fait accepter l’amputation systématique de nos libertés. Cette peur qui justifie de jeter dans nos rues des gamins en treillis militaire. Cette peur qui fait prendre à un Premier Ministre des airs de matamore à la proue d’un bateau parti faire une guerre impossible à un ennemi insaisissable.

Cette peur qui fait enfin que de Copenhague à Séville, une tâche brune s’étend de plus en plus sur l’Europe, que là où l’on voyait des foyers de résistance, ceux-ci se retrouvent bien vite éteints par de nouvelles peurs. Et l’incontestable victoire du Front National en France ce dimanche, couplée au manque d’intérêt évident de la population pour la chose politique (il suffit de voir le taux d’abstention de ces élections régionales pour s’en convaincre), nous montre l’ampleur de l’échec éducatif auquel nous sommes confrontés.

Je veux en effet parler d’échec éducatif, et donner à cet échec une dimension collective. Il serait trop facile de dire « c’est la faute aux politiciens ». Nous avons encore la chance – pour combien de temps encore ? – d’avoir à la tête de nos pays des femmes et des hommes choisis par l’ensemble de leurs populations. Que cela nous plaise ou pas, les femmes et les hommes qui nous gouvernent sont le reflet de ceux qui les ont élus. Prenons nos responsabilités collectives. Nous avons élu des représentants soumis aux injonctions des milieux nationalistes, économiques, financiers, sociaux et/ou sociétaux. Parmi ceux-ci, ce sont les représentants nationalistes, qui se nourrissent des peurs de l’autre qui ont aujourd’hui la cote et qui nous dirigent. Comme les leaders de mouvements sociaux (comme les syndicats) ou sociétaux (comme les écologistes) sont généralement centrés sur la défense des droits des êtres humains dans une approche internationale ou universelle, leurs intérêts sont rarement communs à ceux des nationalistes, centrés sur des politiques de soit disant identité culturelle. C’est ainsi laisser le chemin libre à une alliance entre nationalisme et libéralisme économique et financier. Car ce qui intéresse au plus haut point l’actionnariat des firmes transnationales, c’est la maximisation de ses profits. Et celle-ci se trouve finalement facilitée (du moins à court terme) par une forte liberté de circulation des biens, combinées à une faible liberté de circulation des personnes. Seule cette combinaison permet en effet de faire produire par des enfants esclaves les T-shirts ou les iPhones qui seront ensuite achetés par les consommateurs plus nantis.

Nous voici donc avec cette situation que doit craindre tout système un tant soit peu démocratique: élire des représentants dont les intérêts sont en conflit avec ceux du système. Et ce qui est prévisible se passe:

  1. Créer un sentiment de peur qui fasse se « resserrer » la population derrière ceux qui la gouvernent.
  2. Identifier un ennemi aussi différent que possible du « coeur de cible » électoral, et de préférence incapable (au sens juridique du terme) de se défendre: quoi de mieux aujourd’hui que d’hypothétiques barbus terroristes, si possibles réfugiés syriens mais à la fois tortionnaires de réfugiés syriens…
  3. Faire croître artificiellement le sentiment de peur de l’ennemi, par exemple en utilisant des événements extérieurs pour faire croire à une menace intérieure, quitte à devoir gérer l’absence totale de preuve d’une menace intérieure à coup de « secret de l’enquête »…
  4. Démanteler les outils de contrôle démocratique vis à vis du pouvoir en place (tentative de ré-introduire la censure – affaire Mythra/Médor, suppression des juges d’instruction en matière de criminalité financière, concentration des pouvoirs judiciaires dans les mains policières,…)
  5. Créer une prison émotionnelle pour les autres acteurs politiques qui – soumis à la peur de leur propre électorat sans doute – acceptent de jouer la « solidarité nationale » vis-à-vis d’une menace dont on refuse de leur montrer la réalité.

Les étapes suivantes sont malheureusement trop connues. Restriction des libertés individuelles (il est bien connu que « si vous n’avez rien à cacher », cela ne pose pas de problème que l’on puisse examiner en détail votre vie privée). Fin des mécanismes de solidarité sociale (exclusion des chômeurs, des pauvres, des étrangers…)

Dans le schéma qui se construit en Belgique, on voit comment la N-VA est en train de construire une situation dans laquelle, idéalement, ce ne sera plus elle qui demandera un démantèlement des solidarités nationales, mais bien les « autres » (Bruxellois ou Wallons). Ce qui lui permettra la plus ultime des forfanteries: comme c’est logiquement celui qui exige de pouvoir partir d’un système de solidarité qui doit en payer le prix, ce seront donc encore les Bruxellois et les Wallons qui passeront à la caisse… Là où tout le monde disait « laissons les nationalistes flamands partir d’eux-mêmes, ils seront confrontés à une note salée qui les fera réfléchir », on peut constater qu’en effet, ils ont réfléchi et retourné la phrase dans l’autre sens, tout en rendant la vie impossible sur le plan des valeurs aux partenaires bruxellois et wallons.

2015, après 70 années de paix relative, l’Europe de l’ouest retrouve ses démons. La génération qui avait connu le pire s’en est allée, et même ses enfants n’auront pas été capables de défendre les acquis de cette paix.

 

Réfugiés, terroristes, et nous, et nous, et nous…

Trois informations qui retiennent mon attention dans les « fils info » du jour:

Pourquoi ces trois informations ? Parce qu’elles démontrent une fois encore que la politique de peur et de terreur n’est pas l’apanage d’un seul camp. Parce que notre pays préfère « surveiller » les candidats réfugiés et les laisser se précariser dans la rue. Parce que si nous sommes prompts à pleurer les morts parisiens des attaques de DAESH, nous considérons comme « normales » les victimes collatérales des bombardements que « notre » coalition effectue à l’étranger.

Si nous trouvons que « nos » morts justifient que « nous » portions la mort chez les autres, pourquoi en serait-il autrement pour eux ?

L’on connaît le cynisme de ceux qui partent en guerre au nom de la défense des droits de l’homme, mais qui en fait n’opèrent que sur les « théâtres » d’où ils peuvent espérer un bénéfice économique, immédiat dans le commerce des armes, et à moyen et long terme par l’accès privilégié qu’ils se garantissent à certaines ressources naturelles ou financières.

Qui veut la peau de Bruxelles ?

Je suis bien entendu horrifié par les attentats du Sinaï, de Beyrouth, de Paris et de Bamako, comme je suis horrifié par les centaines de morts quotidiens en Syrie, en Afghanistan et dans tant de contrées qui n’apparaissent jamais sur nos écrans plats…

Je ne désire pas plus qu’un autre périr sous le feu d’une arme, qu’elle soit de guerre, de chasse ou d’autre chose. Et j’attends des services régaliens de l’Etat auquel je verse annuellement des impôts qu’il assure avec ses forces ma sécurité et garantisse ma liberté, sans sacrifier la seconde à la première.

Ces précautions étant prises, il me faut aussi poser maintenant la question de savoir ce qui se passe aujourd’hui à Bruxelles, et en particulier de distinguer les faits avérés des spéculations.

Dans la catégorie faits absolument avérés:

  • 7, 8 ou 9 personnes ont semé la terreur et la mort à Paris, le vendredi 13/11/2015
  • plus de 130 personnes sont mortes dans ces actions
  • des revendications émanant de DAESH existent pour ces actes criminels
  • des véhicules utilisés dans ces attaques venaient de Belgique, loués par un ressortissant belge, et plusieurs des assaillants étaient belges
  • toutes les fonctions régaliennes de l’Etat belge sont aux mains de ministres flamands non bruxellois, et les plus exécutives (intérieur et défense) sont aux mains de la N-VA. Le premier ministre n’est pas non plus bruxellois
  • Les autorités bruxelloises sont très peu présentes au Centre de Crise et au Conseil de Sécurité
  • Les décisions les plus graves, portant atteinte aux libertés fondamentales sous couvert de la sécurité concernent principalement Bruxelles et les bruxellois
  • Le Conseil de Sécurité a décidé d’étendre sa période de pouvoir « hors contrôle » au moins d’une semaine
  • Aucun dispositif de contrôle démocratique par le Parlement des décisions prises par le Conseil de Sécurité n’est à l’ordre du jour

Ce qui relève (à divers degrés) de la spéculation:

  • les attaques étaient coordonnées (hautement probable – les faits se sont déroulés en public)
  • il existe au moins un de acteurs de ce scénario morbide qui est encore en vie, il semble qu’il n’ait pas « osé » se faire sauter, il s’appellerait Salah Abdeslam (hautement probable – les informations sont assez précises)
  • le « cerveau » qui aurait organisé tout cela est belge (probabilité questionnable – relevant de l’information secrète et incontrôlable par le public)
  • la Belgique serait visée par des attentats du même type (probabilité questionnable – aucune trace publique de la menace exprimée par les autorités alors que généralement les menaces de DAESH sont explicites)
  • Salah Abdeslam serait dangereux et planifierait quelque chose « contre la Belgique », on ne sait pas très bien quoi ni où, mais on sait que ça ne vise pas les écoles qui vont rouvrir mercredi, et suffisamment peu le principal ensemble de tunnels bruxellois (le métro) que pour pouvoir le rouvrir lui aussi mercredi (le gars qui n’a pas osé se faire sauter à Paris serait tout à fait prêt à le faire à Bruxelles – parce qu’il aurait le mal du pays ? – probabilité faible à invérifiable)

Des magistrats s’élèvent contre cette situation, ainsi que des avocats. Je ne suis donc pas le seul à m’inquiéter du manque de contrôle démocratique face à cette situation. Depuis ce mardi matin, un parti politique s’est enfin réveillé et réclame une commission parlementaire spéciale.

Politiquement parlant, la situation doit aussi être regardée à travers les ambitions politiques des partis au pouvoir. En écornant l’image de Bruxelles, les ministres N-VA du gouvernement préparent sa mise sous tutelle. On sait aujourd’hui qu’il ne faut plus compter sur le MR pour défendre les francophones: Charles Michel est prêt à toutes les concessions pour rester au pouvoir. Il s’est tellement contredit depuis la campagne électorale  (comme par exemple ceci ou cela) qu’il n’y a plus aucun espoir à mettre en lui de voir le franchissement d’une « ligne rouge » de la part de son partenaire au gouvernement. Il est finalement beaucoup plus triste de constater qu’aucun parti n’a jusqu’ici osé soulever ce problème fondamental: quand le gouvernement se présentera-t-il devant un ensemble d’élus – y compris de l’opposition – pour leur démontrer la réalité de l’imminence de cette soit-disant menace ?

Car de deux choses l’une: soit cette menace est réelle, avérée et documentée, et alors le Premier Ministre ne doit pas craindre de l’expliquer aux représentants du peuple – fut-ce à huis clos, soit il refuse cette explication et la seule raison possible est que ces éléments déterminants d’information n’existent pas.

Lorsqu’un régime démocratique s’effondre, c’est rarement du jour au lendemain. Par contre, l’aveuglement des partis traditionnels, même dans l’opposition, face aux déclarations de « bonne foi » (ou ici « d’âme et conscience »), est toujours le déclencheur de la perte de contrôle d’une population sur son propre destin.

Aujourd’hui la seule vraie certitude est celle que Bruxelles n’est plus une région autonome, elle est tombée sous le contrôle de l’état fédéral qui lui dicte comment elle doit vivre, éduquer, circuler. Un premier pas important vers l’objectif clair du nationalisme flamand.

Cette communication n’est pas sérieuse

Dans un communiqué laconique, le premier ministre belge annonce qu’il maintient des dispositifs sécuritaires qui releveraient chez nos voisins de l’état d’urgence : arrêt des transports publics, fermeture des écoles, accroissement de la présence policière et militaire dans la cité.

Ce qui frappe c’est que ces décisions sont prises pour une semaine, « en leur âme et conscience » par les ministres nationalistes flamands,et sans aucun contrôle démocratique.

Ce qui me semblait ce matin encore un élément anecdotique prend maintenant une dimension nettement plus critique: 18 des personnes arrêtées hier (sur 19) ont été relâchées, ce qui veut bien dire que soit l’enquête n’avance pas, soit que cette menace est de plus en plus théorique.

Comment se fait-il que dans un pays qui se dit démocratique, un sous ensemble du gouvernement puisse prendre des dispositions qui portent atteinte aux libertés fondamentales (de circulation, mais aussi d’information et d’éducation) sans mettre en place en parallèle un processus de contrôle démocratique: pas de convocation du Parlement, pas d’information à la Commission des Affaires Intérieures, … aucun contre-pouvoir, même « de confiance » qui puisse nous dire à nous, les citoyens ordinaires, que ce qui se fait est fait non seulement en fonction de « l’âme » de messieurs De Wever et Jambon, mais aussi en raison d’une situation réellement inquiétante ?

La seule soupe que nous sert Mr Michel est celle d’une parodie de compassion qui justifie des mesures liberticides. Cette aveuglement est pathétique, mais il va surtout permettre à la droite radicale qui nous gouverne de prendre ces mesures sans devoir se justifier.

Notre sécurité est-elle bien assurée ?

Le besoin de sécurité est un des besoins fondamentaux pour l’homme. Nous le savons de manière empirique, et tout débutant en psychologie sait que sur la célèbre « pyramide des besoins » de Maslow, la sécurité physique se trouve sur la seconde marche, juste au dessus des besoins physiologiques de base.

Et, comme l’indique Maslow, un élément fondamental de la sécurité, c’est la stabilité dans le temps de notre environnement. Ce qui veut dire aussi que tout changement de notre environnement crée une réaction de peur. Ceci est par exemple bien illustré dans la petite vidéo tirée du livre « Qui a piqué mon fromage ? » inspiré du bouquin au même titre de Spencer Johnson.

Et notre environnement, qu’on le veuille ou pas, est en perpétuel changement. Peut-être aimerions-nous que rien ne change, mais il faut se faire une raison, seul le changement est immuable.

Pour combattre la peur du changement, nous pouvons faire appel aux recettes qui ont fonctionné dans le passé: lorsqu’une guêpe vient perturber notre repos, nous pouvons la tuer ou la chasser. Et si une nouvelle guêpe se présente, nous utiliserons à nouveau la technique qui a fonctionné. Si nous sommes sur une plage à marée montante et que l’eau commence à mouiller nos pieds, nous reculons vers la terre ferme, en sachant que dans 6 ou 7 heures, nous pourrons à nouveau marcher sur le sable.

Cela ne nous inquiète pas, pourtant il arrive parfois qu’avec la marée montante, une méduse nous pique et nous inflige de douloureuses démangeaisons. Allons-nous pour autant tenter de bâtir une digue contre les marées ? Ou allons-nous simplement regarder où nous mettons les pieds en marchant dans l’eau ?

Il en est de même des phénomènes migratoires. Nous avons tendance à oublier un peu rapidement que si nous sommes ce que nous sommes et non des néandertaliens un peu stupides, c’est parce que de migrations en migrations nous avons acquis les caractères les plus enrichissants de ceux qui ont traversé nos territoires et s’y sont installé. Et à chaque migration, il y a eut des hommes et des femmes pour dire, « je veux que tout redevienne comme avant », comme si la roue du temps pouvait tourner à l’envers. La roue du temps tourne dans un seul sens, celui qui va d’aujourd’hui à demain. Et ceux qui s’accrochent à tout prix à un passé disparu sont voués eux aussi aux regrets, à l’amertume et à la disparition.

Mais accepter que la roue du temps va dans le sens du futur ne veut pas dire que nous sommes impuissants face aux changements. Cela veut simplement dire que nous ne pouvons les ignorer, et que tous ceux qui veulent survivre au changement doivent s’adapter aux modifications de leur environnement. L’animal forcé de changer de territoire doit souvent adapter son alimentation aux nouvelles conditions. Son système digestif va lui aussi s’adapter, et peu à peu l’ensemble de son anatomie devra elle aussi se modifier. Lorsque les premiers hommes ont quitté le berceau africain de l’humanité pour migrer vers le Nord, leur anatomie s’est adaptée. En 40.000 avant notre ère, ils arrivent du Moyen Orient ou du Nord Est, sont « pigmentés » (c’est-à-dire noir de peau) et ne « blanchiront » que plus de 30.000 ans plus tard comme l’explique cet article inspiré de recherches publiées dans la célèbre revue scientifique Nature.

Toutes ces modifications, voulues ou pas, ont permis à l’homme d’améliorer son contrôle sur son environnement et sa sécurité personnelle.

C’est donc bien l’adaptation et non la résistance qui conduit à la sécurité.

Toutes ces connaissances devraient donc nous aider à trouver les outils pour combattre le sentiment d’insécurité qui nous frappe parfois pour le moment. Des catastrophes humanitaires, militaires, politiques et climatiques frappent notre planète. Elles sont souvent elles-mêmes le résultat d’autres changements dont nous sommes aussi partiellement ou totalement acteurs. Ces catastrophes imposent aux populations touchées de fuir pour survivre, car lorsqu’un changement est de nature catastrophique (c’est à dire correspond à la rupture radicale et instantanée de la sécurité) le seul mode de survie est la fuite. On ne « s’adapte » pas à un tsunami, on le fuit ou on périt. On ne s’adapte pas à une bombe: on la fuit ou on attend qu’elle nous tombe dessus et nous détruise.

Les mouvements de populations sont donc inéluctables. La plupart se font de manière marginale (je me déplace sur une hauteur pour éviter le tsunami, je passe la frontière pour ne plus subir les bombes), mais certains, pour des raisons multiples, ne peuvent trouver la sécurité que plus loin. C’est toute la problématique des réfugiés qu’ils soient politiques ou économiques. Les uns comme les autres ne voient de possibilité d’assurer leur survie qu’en se déplaçant au loin, en rejoignant des territoires qui correspondent à ce que leur idéal de vie représente.

Ce que l’on a vu sur nos écrans de télévision à Paris vendredi dernier est une bonne illustration: lorsque les bombes et les coups de feu éclatent à nos portes, nous fuyons, nous demandons aux chauffeurs de nos voitures de rebrousser chemin. Que ferions nous si les 150 morts que pleure la France sur une année (Charlie Hebdo et le 13 novembre) devenaient un lot quotidien ? Ne fuirions nous pas nous aussi ? D’abord vers la Suisse, l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne ou un autre pays proche ? Ou peut-être traverserions-nous l’océan pour tenter de nous installer aux Etats-Unis ou en Australie ?

Cette peur, cette envie de fuir que certains ressentent depuis la nuit de vendredi, c’est celle qui prend au ventre les populations Syriennes, Somaliennes, Sub-sahariennes, mais aussi celles de tous ces pays où vivre décemment n’est simplement plus possible lorsque le modèle de vie est celui imposé par le mode de consommation occidental.

En ressentant cette peur là, peut-être pouvons nous enfin comprendre qu’aussi longtemps qu’il fera mieux vivre chez nous que « chez eux », les peuples qui souffrent viendront chez nous, non pas pour nous détruire, mais bien pour jouir, comme nous d’un privilège qui devrait être partagé par toute la race humaine: vivre en paix.

Mais ils arrivent comme ils sont. Avec leur peau qui n’a pas blanchi assez vite à notre goût, avec leur langue qui nous est incompréhensible, avec leurs vêtements qui correspondent à la mode de chez eux, avec leur foi et leurs croyances, avec leurs habitudes. Ils arrivent et nous trouvent comme nous sommes. Avec nos peaux blanches, notre langue incompréhensible, nos vêtements surprenants, nos (absence de) fois et nos croyances, nos habitudes qui leurs sont totalement incompréhensibles. Ils arrivent noyés dans la masse. Ils découvrent qu’ici aussi ils doivent s’adapter. Leur peau changera au cours des métissages comme changera celle de toute la population, ils apprendront nos langues qui s’enrichiront de plus en plus d’expressions venues de cieux inconnus.

Ils fuient souvent des lieux où le cadre de la loi, instrument fondamental de la sécurité, n’existe plus. Ils viendront chez nous parce qu’ici le crime ne reste pas impuni. Ils se soumettront aux lois. Si ces lois ne leur conviennent pas, ils tenteront peut-être de les adapter. Un député à la fois, entre aujourd’hui et dans cinquante, cents ou deux cents ans, nos règles de vie et leurs règles de vie devront bien trouver un modus vivendi commun. Et tout comme ils ont fuit leur pays qui ne leur offrait plus la sécurité dont ils avaient besoin, certains fuiront ce lieu qui  ne leur correspondra plus. Rien ne sera plus comme avant, non pas parce qu’ils nous ont envahi, mais parce que rien ne reste jamais comme avant.

Notre peur, c’est de voir un changement catastrophique, instantané, bousculer toutes nos habitudes. Cette peur, elle nous submerge parce que nous sommes submergés d’images à forte densité émotionnelle qui finissent par prendre le pas sur la réalité. 10.000 réfugiés syriens qui marchent sur les routes de Slovénie deviennent pour chaque personne qui regarde la TV 10.000 inconnus, aux visages effarés et effrayants, marqués par la douleur et la souffrance qui s’installent littéralement dans notre salon. Tout militant de la cause des migrants que je suis, je ne désire pas voir arriver 10.000 inconnus dans mon salon en une nuit !

Ce que toutes ces images ne font pas, c’est l’immense et nécessaire zoom arrière qui nous montre que ces centaines de milliers de réfugiés ne viennent pas envahir notre salon. Ils viennent se fondre dans une population existante pour mener une vie proche de celle que vit cette population. Ils viennent chez nous non pas pour vivre différemment de nous, mais bien pour vivre comme nous.

Que cette confrontation comporte des « risques », il ne faut pas le nier. Il y aura nécessairement des « brebis galeuses » dans les populations qui arriveront chez nous, peut-être même des « terroristes » qui espèrent détruire notre société. Nos meilleurs alliés pour les trouver et les empêcher de nuire ne sont certainement pas nos propres services de sécurité qui ont brillamment démontré ces derniers mois leur incapacité à neutraliser les éléments les plus dangereux, qui étaient pourtant installés pour la plupart depuis longtemps sur nos territoires et étaient même parfois « fichés ». Nos vieilles méthodes montrent leurs limites, ce n’est pas en faisant plus de la même chose que nous réduirons les risques.

N’oublions pas que les plus gros facteurs de risque pour notre société, ceux qui portent le plus de cadavres sur la conscience, ce ne sont pas les 8 terroristes qui auraient du être empêchés de nuire par nos politiques hyper-sécuritaires et contrôlantes. Il suffit de regarder les causes de mortalité en Europe pour savoir où sont les criminels les plus dangereux. Mais les meurtriers qui se cachent derrière les paquets de cigarettes et les bouteilles d’alcool sont socialement plus acceptables, même s’ils font eux des centaines de milliers de victimes chaque année.

Je ne dis pas qu’il ne faut pas chasser les terroristes. Il faut les trouver, les juger et les punir. Mais notre sécurité ne sera durablement assurée que si nous arrivons à vivre en paix avec notre avenir, avec ceux qui inéluctablement vont venir vivre parmi nous. Si nous continuons à les recevoir avec des barbelés et de la haine, pouvons nous attendre d’eux du respect et de l’estime ?

Les militants de la peur font passer les gens comme moi pour des bisounours. Ces sarcasmes servent surtout à cacher leurs propres peurs dictées par les changements qu’ils ne veulent pas accepter dans leur environnement.

Que ce soit Marc-Aurèle ou Reinhold Niebuhr qui l’ait écrite, il reste de bon de méditer sur cette bonne vieille prière:

Mon Dieu,
Donnez-moi la sérénité
D’accepter
Les choses que je ne peux pas changer,
Le courage
De changer les choses que je peux,
Et la sagesse
D’en connaître la différence.

Répondre démocratiquement aux violences économiques

Le plaidoyer de Jean-Luc Mélenchon pour expliquer le geste de violence des (futurs ex) salariés d’Air France à l’égard de leur DRH avait emporté une première réaction de ma part en faveur du discours du leader de la Gauche.

Le discours de Xavier Mathieu qui déclare au « Grand Journal » qu’il a été pacifiste toute sa vie. Mais qu’il  n’y croit plus m’a amené à penser à  nouveau cette question.

En quelque sorte, le dilemme qui nous est présenté est le suivant:

  • D’une part, les actionnaires de grandes entreprises, voire d’entreprises nationales ou nationalisées prennent des décisions dont les conséquences sont d’une violence inouïe pour les travailleurs: licenciements massifs, pertes de revenus, destructions de familles, suicides. Ces décisions, économiques ou administratives, sont prises dans le cadre de la stricte légalité, sous le couvert de lois votées par les représentants du peuple.
  • D’un autre côté, la colère que génère ces décisions entraine des femmes et des hommes, encadrés, soutenus par leurs organisations syndicales, à s’en prendre physiquement aux représentants de ces actionnaires, quitte à les séquestrer ou à leur déchirer leurs vêtements. Certains avec humour se contentent de les entarter.
  • La force publique, bras armé d’un pouvoir démocratiquement élu, ne peut qu’agir face à cette violence physique directement observable, utilisée par les médias plus sensibles à leur chiffre d’audience  qu’à leur fonction pédagogique. Elle s’attaque donc aux « déchireurs de chemises » tout en laissant courir les destructeurs de vies.

Nous mêmes, pris dans le tournis des images, des cris et des harangues, nous avons alors tendance à nous positionner non plus face au fait social que constitue la destruction d’emplois au nom de la compétitivité, mais bien face aux images émotionnelles qui font dire que soit c’est un scandale de s’attaquer à un homme et de le « lyncher » publiquement, soit qu’il faut comprendre la violence de ceux à qui l’on a tout enlevé. Mais lorsque Xavier Mathieu nous dit qu’il ne croit plus au pacifisme, il nous entraîne dans une voie sans issue.

En effet, je continue à croire qu’aucun système socio-politique ne peut offrir mieux aujourd’hui qu’un régime basé sur l’écoute et la représentativité de toutes les composantes de la société. Ce que l’on appelle peut-être un peu rapidement la démocratie. C’est pour cette raison que si je me sens, ici en Belgique, de grandes sympathies avec des partis comme le PTB, je ne pourrais leur donner ma voix aussi longtemps qu’il n’auront pas fait un aggiornamento vers le respect total de la légitimité démocratique. Et la proposition de Xavier Mathieu, lorsqu’il dit qu’il faudra désormais compter avec la violence est un constat d’échec de la démocratie dans sa configuration actuelle doublé d’un appel à passer à un régime socio-économique basé sur les rapports de forces et non sur la négociation: l’histoire est malheureusement témoin des drames que de tels régimes ont causé que ce soit ici en Europe, en Chine, en Corée du Nord, en Russie ou dans l’Afrique post-coloniale (et passim…).

Or, qu’est-ce qui cause problème aujourd’hui ? Ce n’est pas tant l’illégitimité des violences physiques à l’égard des êtres humains. Il me semble que tout corpus de règles de vivre ensemble inclus nécessairement le refus de la violence physique comme solution aux conflits. Et cette promulgation de l’illégalité de la violence est d’autant plus importante qu’il reste chez chacun d’entre nous des bribes de réactions émanant de notre cerveau reptilien qui nous poussent vers le combat lorsque nous ressentons la colère…

La question qui pourrait être réglée par un processus démocratique ne serait-elle pas plutôt celle de faire subir effectivement les conséquences de leurs actes aux auteurs de violences administratives et économiques. De reconnaître le lien de causalité entre la décision de licenciement (collectif ou individuel) et ses conséquences non seulement financières, mais également vitales. La colère de Xavier Mathieu, la justification de Mr Mélenchon vient surtout de l’incompréhensible hiatus qui existe entre la pénalisation judiciaire d’un arrachage de chemise et des éventuels coups, blessures et séquestration qui l’ont accompagné (je ne minimise pas le fait, je le qualifie) et la simple obligation de négocier un plan social (donc de trouver une solution financière négociée et donc dépénalisée) pour l’auteur de la violence administrative et économique.

Que se passerait-il si demain, les membres d’un Comité de Direction ou d’un Conseil d’Administration pouvaient se trouver pénalement responsable des conséquences physiques de leurs actes. Si à côté des coups et blessures volontaires ayant entraîné des conséquences définies (invalidité, mort,…) on pouvait qualifier un licenciement décidé et choisi pour des raisons économiques par l’employeur de torture morale pouvant entrainer des conséquences tout aussi définies ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Les membres des comités exécutifs, de direction, des conseils d’administration, savent très bien ce que leurs décisions auront comme conséquences sur le plan humain. Mais l’absence de responsabilité personnelle sur ces conséquences les dédouane de toute réflexion sur l’opportunité sociale de leur décision. Pour l’avoir vécu dans le passé, assis à la table d’un comité de direction (mais sans y avoir voix au chapitre), j’ai vu ces gens décider de licencier quelques centaines de collaborateurs afin de satisfaire les exigences de l’actionnaire. Je les ai vu porter les uns sur les autres des regards graves, montrant combien ils mesuraient cyniquement l’importance de l’enjeu humain, mais prenant la décision qui montrait objectivement combien cet enjeu humain comptait peu face à la volonté de l’actionnaire. Je les ai vu se lancer alors dans le calcul cynique de la solution de licenciement la plus économique. Puis se distribuer le « boulot difficile » comme ils disaient (lisez « annoncer les licenciements individuellement pour éviter la longue et couteuse procédure du licenciement collectif »). Puis établir des tableaux dignes des camps de concentration où l’on allait comparer, semaine après semaine, la bonne « exécution » du plan.

Que se passerait-il si ces dames et ces messieurs devaient intégrer la composante « responsabilité pénale des conséquences morales et physiques » dans chaque licenciement. Aujourd’hui, la décision de licencier un collaborateur pour augmenter le profit de l’actionnaire reçoit un traitement judiciaire ridicule. Que penserait-on du juge qui condamnerait à quelques centaines ou milliers d’euros d’amende le chasseur de prime qui aurait acheté un fusil, se serait entraîné, aurait observé les déplacements de sa victime, puis tiré dans ses jambes « pour lui donner une leçon », mais qui aurait par malheur « dérapé » et occis sa victime ? Or c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui dans le monde de l’entreprise. Un actionnaire vous donne ordre de « liquider sans tuer » quelques centaines de personnes, vous consultez quelques experts, spécialistes, juristes et consultants pour trouver la solution la moins couteuse – en ce compris le coût de devoir se défendre devant un Tribunal du Travail, vous analysez vos listes d’employés pour identifier ceux qui sont le moins susceptibles de vous causer du tort par la suite, puis vous tirez… pas de chance, il y en a un qui se suicide. C’était sans doute sa faute… Aucun espoir d’obtenir une décision de nature pénale pour un tel crime (ce n’est pas un crime, pas même une infraction… c’est un grand malheur).

Changez cette donne. Pénalisez les conséquences humaines des décisions économiques et financières. Montrez effectivement que ces crimes quotidiens, bien plus meurtriers et nombreux que les faits divers qui font la première page de sudPresse, sont punis sévèrement, pour le crime qu’ils représentent. Vous verrez alors l’attitude de ces soit-disants décideurs changer.

La réponse à la violence des actionnaires et des conseils d’administration, ce n’est pas la violence contre les biens et les personnes, c’est la re-qualification juste de la violence des actionnaires et des hommes qui les représentent. Une qualification de correctionnalisation et non de droit du travail. Un tel travail peut s’accomplir dans un cadre démocratique. Il ne serait sans doute pas sans conséquence, et l’on ne doit certainement pas compter sur un exécutif comme celui qui nous « exécute » aujourd’hui pour lancer un tel chantier. Mais ce serait là une approche enfin différente de la lutte sociale. Autre chose que les sempiternelles jérémiades autour des ajustements salariaux, allongement de la vie professionnelle, (non) indexation et service minimum… Un rafraichissement de notre démocratie qui permette à chacun de se sentir protégé contre l’arbitraire des organisations alors qu’il ne l’est souvent aujourd’hui que contre celui des individus.

Une autre histoire de parc…

Les événements de ces dernières semaines, et paradoxalement de ces dernières heures, n’ont cessé de ramener à ma mémoire le souvenir d’un autre parc, toujours bien vivant lui: People’s park à Berkeley (Californie).

J’ai eu l’occasion de loger aux abords immédiats de ce parc, dans mon véhicule, par choix personnel, cet été. J’étais intrigué par l’énorme densité de sans abris qui y dormaient, par le calme et l’organisation qui y régnait, et par le « vivre ensemble » qui existe entre les occupants de ce parc et les autres habitants du quartier, nettement plus « upper middle class », puisqu’il s’agit du quartier immédiatement voisin de la prestigieuse University of California Berkeley.

Il se fait que j’utilisais presque quotidiennement les toilettes publiques de ce parc, et c’est sur le mur de celles-ci (au demeurant toujours propres) que l’histoire du lieu est racontée par un magnifique graffiti (voir photo).

L’histoire du parc remonte à la fin des années 50 lorsque l’université de Californie acquis des terres proche de son campus pour ériger des logements étudiants et des terrains de sports, tout en ne disposant pas des fonds pour réaliser les projets de construction.

Entre 1967 et 1969, l’université se mit cependant à construire la zone, à l’exception d’un petit terrain qui servait de plus en plus de dépôt d’immondices et de carcasses de voitures accidentées. Et c’est en avril 1969 que les habitants du quartier décidèrent de transformer cet espace en parc public, malgré le refus opposé par l’Université, propriétaire des lieux.

Rapidement, un groupe d’un millier de personnes se constitua et commença à transformer la décharge en un parc dont la fonction principale était d’offrir une grande liberté de parole aux étudiants, aux portes, mais en dehors du campus. Les autorités de l’université firent mine de laisser de l’autonomie aux occupants du parc puis annoncèrent sans crier gare le 13 mai 1969 qu’elles allaient placer une clôture et commencer les travaux de construction immédiatement.

Le gouverneur de la Californie était un certain Ronald Reagan… et il disait du campus de Berkeley que c’était un « port » pour les sympathisants communistes, les manifestants et les déviants sexuels. Il considérait la création du parc comme un défi gauchiste aux droits de propriété de l’université et pensait que c’était une opportunité pour sa campagne électorale. Passant outre la promesse de l’Université de ne rien faire au parc sans concertation, il envoya la troupe pour vider les lieux le 6 mai 1969 à l’aube, et fit placer une clôture de fils barbelés. Cette action est toujours connue comme l’acte le plus violent de toute l’histoire de cette université.

En quelques heures, 4000 résidents du quartier se rassemblèrent et affrontèrent les policiers qui gardaient le parc. Ceux-ci firent usage de leurs armes et blessèrent près de 150 personnes. James Rector, un étudiant, tomba sous les balles de la police.

L’université était déchirée par des conflits internes sur le sort à réserver au parc, mais les autorités de l’état étaient elles décidées à en découdre. L’armée fut appelée sur place et l’escalade continua jusqu’au 30 mai.

Ce jour là, un tiers de la population de Berkeley, soit 30.000 personnes défilèrent et reprirent possession du parc. Un groupe de jeunes filles s’enhardit à fleurir les bayonnettes des gardes civils… le romantisme du « flower power ». Mais ce n’est qu’en 1972, en pleine contestation de la guerre du Vietnam que le parc fut enfin concédé à ses occupants.

Aujourd’hui, et malgré les tentatives récurrentes de l’Université pour monnayer (sous forme de parking) la surface du parc, le lieu est devenu « People’s park ». Il est organisé par une plateforme citoyenne qui peut, elle bénéficier d’une chose qui n’est pas disponible à notre plateforme citoyenne: une météo toujours clémente, avec des températures qui ne descendent guère sous les 15° et une humidité relative assez faible… Mais leur combat reste permanent, même s’il permet aux « NosSDF » locaux d’avoir un endroit pour se poser, et aux ONG du lieu de leur fournir régulièrement soins et aliments…

Je n’ai pu m’empêcher d’évoquer People’s Park en regardant les mésaventures de notre Parc Maximilien. Et je ne peux m’empêcher de faire un parallèle entre le gouvernement de Ronald Reagan et celui de Charles Michel. C’est d’ailleurs sans doute là que se cache le plus bel espoir : face à la réalité citoyenne, les rêves de pouvoir finissent par s’écraser.

Le silence des moutons…

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Hier, 23.000 personnes se sont mobilisées pour dire leur indignation face à l’indifférence. Elles sont venues alors qu’aucun grand média n’avait même parlé de cette manifestation. Elles sont venues malgré le silence honteux des politiciens mais aussi des syndicats.

Elles sont venues dans l’indignation, mais dans la dignité.

Et après ? Ce matin, forcés par l’importance de la foule qui s’est spontanément rassemblée hier, les médias tentent de rattraper la sauce. Mais toujours aucune déclaration d’un homme politique. Que du contraire, c’est d’aller porter le feu en Syrie que nous parle Monsieur Lutgen. C’est vrai qu’aller bombarder la Syrie, quelles que soient les cibles visées, cela fait vendre des armes. Mais que cela va mettre encore plus de réfugiés sur les routes, personne ne semble l’envisager.

Ah si, j’oublie ! Monsieur le Secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations (SEAM, ça fait un peu DAESH, non ?) prend ses responsabilités et lance une campagne Facebook pour dire aux Irakiens qu’ils vont se faire jeter s’ils viennent en Belgique… Je ne sais s’il faut rire ou pleurer d’une telle ignorance. Bien sur, avec ça campagne « timeline », notre Théo national(iste) va faire fuir tous les Bagdadis … ben où, au fait ? Au Liechtenstein, à Andorre, à Monaco ? Tout le monde le sait, à Bagdag la pression est maximale sur les passeurs: « Nous voulons tous aller à Bruxelles ! We want to go to Brussels ! » et surtout « We willen allemaal naar Brussel, waar vluchtelingen thuis voelen ! »

Dans l’actualité du jour, tant qu’on y est, il y a le cri de victoire de Francken : « le nombre de demandeurs d’asile à diminué cette semaine ». Que les déplacements de masse sur de grandes distances se font plutôt à la belle saison qu’en automne et en hiver, il n’y avait pas songé ? Ou pire, il y a tellement bien songé que sa campagne Facebook va faire un « tabac » en termes de résultats: l’hiver est là et les réfugiés Irakiens vont sans doute se mettre en attente de la grande traversée à l’intérieur de leur propre frontière ou en Turquie, jusqu’à ce que les temps soient plus cléments, et au printemps prochain, quand les chiffres recommenceront à grimper, que nous dira Théo ?

Bon, j’en étais où, moi ? Ah oui, les politiciens qui ne pipent pas mot du mouvement citoyen… Je crains que la stratégie soit de « laisser pisser le mouton » en faisant le moins de commentaires possibles. Dans quelques semaines, le flux sera résorbé, les « citoyens » seront préoccupés par le froid qui frappe les SDF (les « nôtres » comme les « zôtres », mais une fois couchés dans l’encoignure d’une porte ils ont tous la même couleur et la même odeur). Le sujet d’indignation saisonnier, lui aussi aura changé. Et eux auront survécu à leur propre indignité une année de plus. C’est un pari risqué. Il me rappelle l’âne de Buridan, la célèbre fable de Daudet…