L’arme ultime de l’homme d’état en 2014

Passant quelques jours de vacances chez nos voisins d’outre Quiévrain, j’ai l’occasion tous les soirs de m’informer en regardant les programmes proposés par la télévision d’état (France Télévision). Dans une France dirigée par un gouvernement prétendument socialiste, mais menant une politique de plus en plus libérale, voire conservatrice, j’ai découvert un étonnant parallèle avec ce que nous vivions en Belgique, à quelques semaines de ce que quelques chroniqueurs – sans doute pas trop sérieux – continuent d’appeler « la mère des élections » (attention à la prononciation).

Il n’aura pas échappé aux observateurs attentifs du paysage politique que la transition entre le temps ou notre premier ministre « socialiste » a dirigé un gouvernement menant une politique sécuritaire et anti-humanitaire et le temps de la campagne électorale a été surtout  marqué par ceci:

Crédit photo: Gazet Van Antwerpen

Et la Belgique entière de penser que le monde tourne autour de deux ursidés qui nous font oublier nos petites misères tellement sans importance face à ces deux bestioles tellement attachantes.

Et nos politiciens d’en arriver à instrumentaliser l’investissement (parfaitement respectable) d’un entrepreneur pour en faire une arme de campagne. Quitte à utiliser l’image même de l’animal dans des apparitions de campagne.

Ici aussi (en France) un gouvernement supposément de gauche se prépare à faire passer un cocktail de mesures économiques et sociales qui vont renforcer l’exclusion des plus faibles et renforcer les emplois sous-payés (en inventant la défiscalisation des emplois au SMIG ce qui, dans un pays qui connaît une situation de l’emploi comparable à la notre revient à favoriser les employeurs qui créent des emplois qui propulsent les travailleurs en dessous du seuil de pauvreté). Que voyons nous à la télévision ? Des manifestations ? Pas du tout. Des syndicalistes en colères ? Si peu.

Mais alors qu’est-ce qui fait l’actualité de cette dernière semaine ? Aux journaux télévisés de ces derniers jours, le thème qui a reçu plus de temps d’antenne que la déclaration de politique générale du premier Ministre Emmanuel Vals, c’est ceci:

nouveau-zoo-de-Vincennes-Serre-Afrique-equatoriale-©-BTUA-AJOA
Après 6 ans de fermeture, inauguration du nouveau zoo de Vincennes

Vous lisez bien: avant-hier sur FR3, hier sur France 2, ce matin toujours sur France 2, et demain sans doute en édition spéciale, tout comme nos télévisions nationales avaient couvert comme l’événement du siècle l’arrivée de Hoi-Hoi et des son copain (ou sa copine, je ne m’y retrouve plus très bien) à Pairi Daiza, de longues minutes sont consacrées à ce sujet tellement consensuel et terriblement d’actualité: la réouverture d’un zoo…

Un journaliste de mes amis m’a un jour expliqué que le point le plus important des conférences de rédaction de la chaine de télévision où il travaille consistait à trouver un sujet d’ouverture qui fasse consensus. Et il me disait « ce qui marche toujours, c’est la météo ». Je crois qu’avec « nos amies les bêtes, tellement plus n’importe quoi que les humains » nos politiciens ont trouvé la panacée pour résoudre nos difficultés.

Après tout, un Panda à la place de Maggie De Block, ce serait peut-être plus efficace. Ils connaissent l’importance d’une politique migratoire ouverte, et il paraît que sous leur air débonnaire, les Panda sont terriblement dangereux. Peut-être arriverait-il (notre Panda Ministre) à faire suffisamment peur à l’Office des Etrangers et au CGRA que pour enfin mettre en place une politique migratoire… humaine.

Les plus grands spécialistes de l’hypnose…

En tant qu’hypnothérapeute, j’ai appris qu’une manière très efficace d’induire une transe profonde est d’attirer l’attention de mon patient sur une idée simple et répétitive, qui lui donne un sentiment de confort immédiat. Une fois bien installé dans cette transe confortable, il devient plus simple de suggérer au patient d’agir comme il n’aurait sans doute pas oser le faire avant, pour aller mieux.

Nos hommes politiques semblent avoir suivi le même type de formation, à cette différence qu’ils ne se sentent pas tenu par une déontologie qui veut que l’on ne déploie une stratégie envers un patient que pour lui permettre de se porter mieux, et qu’il est criminel de déployer une stratégie à l’insu du patient dont le bénéfice attendu soit essentiellement pour le thérapeute. Continuer la lecture de Les plus grands spécialistes de l’hypnose…

RTBF, un JT de sévices publics ?

Je suis resté effaré devant la condescendance et l’absence de regard critique du JT de la RTBF de ce soir. En particulier les séquences sur la conférence de presse du président français et la présentation de l’évolution du marché de l’automobile en Belgique.

Dans le premier cas, c’est la manière hypocrite dont le sujet a été traité qui me choque: plus de la moitié du temps du sujet a été utilisé à nous expliquer que « chez nous à la RTBF, on ne fait pas dans le populisme, et la question de la vie privée du président français, c’est vraiment pas trop top de l’avoir abordée,… ». Faut dire que dans la séquence « C.Q.F.D.-Ce Qui Fait Débat » du Journal Parlé de La Première, on avait déjà longuement évoqué que ce qui valait le coup d’être débattu, c’était justement le caractère privé ou non des éventuelles relations extra-non-conjugales de Monsieur Hollande.

Pour les deux émissions, il est devenu rapidement clair que le fait qu’un président élu sur un programme de gauche annonce ouvertement un programme de centre droit et décide de s’aligner sur les politiques les plus rétrogrades de l’Union Européenne pouvait virtuellement passer à la trappe…

Quand au rôle éducatif de la télévision de service public, il a été mis particulièrement en évidence par la prestation incompréhensible de Valentin Boigelot à propos de l’évolution du marché automobile en Belgique. A l’heure où plus personne ne conteste que l’automobile est un contributeur majeur aux problèmes écologiques de la planète, nous avons entendu un panégyrique de l’automobile, nous expliquant que 20% d’automobiles en moins au cours des 5 dernières années, c’est une mauvaise nouvelle ! Que la Belgique est le « bon élève » de la classe européenne (bon, un peu moins bon que le Royaume Uni) parce que chez nous le marché s’est stabilisé, alors qu’en France, en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Italie, il a baissé de 10 ou 15 %. Jusqu’aux graphiques qui non montrent bien que « moins de voitures » c’est du ROUGE, et que « plus de voitures » c’est du VERT…

Le représentants écolo au C.A. de la R.T.B.F. feraient bien de s’exciter un peu plus pour ce genre de propos que pour les 69 minutes sans chichi d’Elio di Rupo.

Je ne veux pas cacher le fait que moins d’automobile, c’est un problème pour l’industrie automobile, et donc pour l’emploi dans ce secteur. Mais ne serait-il pas temps que nos politiciens mettent en place de vrais incitants pour la réorientation des outils de production qui servent aujourd’hui le dérèglement climatique vers des productions qui soient réellement au service de l’environnement et de la planète. Il n’y a aucune raison qu’une société avec moins de voitures soit globalement une société avec moins d’emplois.

Mais ça, c’est peut-être un peu plus difficile à expliquer à Mr « Tout le Monde ».