Pour améliorer votre néerlandais…

La chaîne de télévision Vier va diffuser lundi soir un reportage sur Maggie qui fait déjà couler pas mal d’encre. Ce reportage est déjà visible sur le site meer.be qui publie en vidéo à la demande les reportages de ses chaînes soeurs. Je n’ai pu m’empêcher de regarder ce « documentaire » édifiant pour qui veut découvrir le « vrai » visage de Maggie De Block (tel qu’elle veut sans doute le faire apparaître). Continuer la lecture de Pour améliorer votre néerlandais…

Le souffle de la bête immonde

Ce matin, un jeune homme de 27 ans a été expulsé de Belgique, placé dans un avion qui l’envoie dans un pays qu’il a quitté il y a 21 ans. Un pays en guerre. Un pays où meurent tous les jours des dizaines de personnes sous les bombes et les coups de feu d’intégristes ou de militaires venus parfois même de Belgique. Continuer la lecture de Le souffle de la bête immonde

RTBF, un JT de sévices publics ?

Je suis resté effaré devant la condescendance et l’absence de regard critique du JT de la RTBF de ce soir. En particulier les séquences sur la conférence de presse du président français et la présentation de l’évolution du marché de l’automobile en Belgique.

Dans le premier cas, c’est la manière hypocrite dont le sujet a été traité qui me choque: plus de la moitié du temps du sujet a été utilisé à nous expliquer que « chez nous à la RTBF, on ne fait pas dans le populisme, et la question de la vie privée du président français, c’est vraiment pas trop top de l’avoir abordée,… ». Faut dire que dans la séquence « C.Q.F.D.-Ce Qui Fait Débat » du Journal Parlé de La Première, on avait déjà longuement évoqué que ce qui valait le coup d’être débattu, c’était justement le caractère privé ou non des éventuelles relations extra-non-conjugales de Monsieur Hollande.

Pour les deux émissions, il est devenu rapidement clair que le fait qu’un président élu sur un programme de gauche annonce ouvertement un programme de centre droit et décide de s’aligner sur les politiques les plus rétrogrades de l’Union Européenne pouvait virtuellement passer à la trappe…

Quand au rôle éducatif de la télévision de service public, il a été mis particulièrement en évidence par la prestation incompréhensible de Valentin Boigelot à propos de l’évolution du marché automobile en Belgique. A l’heure où plus personne ne conteste que l’automobile est un contributeur majeur aux problèmes écologiques de la planète, nous avons entendu un panégyrique de l’automobile, nous expliquant que 20% d’automobiles en moins au cours des 5 dernières années, c’est une mauvaise nouvelle ! Que la Belgique est le « bon élève » de la classe européenne (bon, un peu moins bon que le Royaume Uni) parce que chez nous le marché s’est stabilisé, alors qu’en France, en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Italie, il a baissé de 10 ou 15 %. Jusqu’aux graphiques qui non montrent bien que « moins de voitures » c’est du ROUGE, et que « plus de voitures » c’est du VERT…

Le représentants écolo au C.A. de la R.T.B.F. feraient bien de s’exciter un peu plus pour ce genre de propos que pour les 69 minutes sans chichi d’Elio di Rupo.

Je ne veux pas cacher le fait que moins d’automobile, c’est un problème pour l’industrie automobile, et donc pour l’emploi dans ce secteur. Mais ne serait-il pas temps que nos politiciens mettent en place de vrais incitants pour la réorientation des outils de production qui servent aujourd’hui le dérèglement climatique vers des productions qui soient réellement au service de l’environnement et de la planète. Il n’y a aucune raison qu’une société avec moins de voitures soit globalement une société avec moins d’emplois.

Mais ça, c’est peut-être un peu plus difficile à expliquer à Mr « Tout le Monde ».

Je ne suis pas un héros… ou petite balade au pays de Maggie

On dira que je n’avais pas le temps… ou pas le courage. Et en même temps, le geste me semblait important. Cela fait maintenant plusieurs semaines que je bassine tout le monde avec « le problème des Afghans » (qui pour moi n’est pas celui des « Afghans » mais bien celui de « l’illégalité pour cause de mauvaise naissance »). Continuer la lecture de Je ne suis pas un héros… ou petite balade au pays de Maggie

No body is illegal: pour en finir avec 2013…

Au moment de clôturer l’année 2013, la phrase qui m’a le plus interpellé ces derniers mois me revient en mémoire. Elle était inscrite autrement, sur cet autocollant plaqué à l’arrêt du bus 64, arrêt Maelbeek: « Nobody is illegal », mais en la prononçant intérieurement, c’est cette version en trois mots qui s’est imposée à moi. Continuer la lecture de No body is illegal: pour en finir avec 2013…

Les déportations n’arrêtent en rien l’immigration

Cette phrase, extraite d’une interview du Dr Liza Schulster, une éminente sociologue de City University (Londres), diplômée d’Oxford, est la conclusion logique d’une interview reprise dans Le Standaard de ce week-end (et merci à mon amie Sandrine de l’avoir remise en évidence sur Facebook).

Je voudrais simplement, en passant, vous offrir une traduction libre du passage qui me semble central dans l’intervention de Liza Schultster (et mes ami(e)s traducteurs/trices se feront un plaisir et un devoir de commenter l’article avec leurs précisions et corrections.

Si j’ai appris quelque chose de mes discussion avec des centaines d’Afghans qui ont été déportés de Norvège, du Royaume Uni et de France, c’est qu’il n’ont aucune chance de ré-intégration. Et pas simplement à cause du chômage (note personnelle: en Afghanistan). Ils n’ont plus aucun lien avec le pays parce que comme enfant, ils ont grandi en Iran ou au Pakistan ou parce qu’ils ne connaissent personne à Kaboul. De plus, ils sont accablés de honte. Ils ont échoué et leur entourage considère qu’ils sont « souillés », parce qu’ils ont des vêtements et un accent occidental en raison desquels ils sont repoussés.

Leur seule échappatoire est de fuir à nouveau. Les déportations n’arrêtent les migrations irrégulières en aucune manière.

L’ignoble identité malheureuse d’Alain Finkielkraut

Je viens de terminer le dernier opus du « philosophe » français Alain Finkielkraut, et j’en ressors avec un sentiment d’écoeurement face à la perversité du discours de l’auteur. Continuer la lecture de L’ignoble identité malheureuse d’Alain Finkielkraut

Le vrai bilan de Maggie De Block: moins d’immigrés, plus de pauvreté…

 

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C’est une étude réalisée par plusieurs organisations luttant contre la pauvreté en Flandres (publiée par Het Laatste Nieuws et relayée par laredactie.be) qui le rappelle: de plus en plus de personnes bénéficiant d’un revenu du travail n’arrivent plus à nouer les deux bouts. Continuer la lecture de Le vrai bilan de Maggie De Block: moins d’immigrés, plus de pauvreté…

Eglise, religion: ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain

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Les récentes déclarations du Pape François sur « les accumulations de fortunes privées ou privatisées confrontées à des accumulations de misères publiques« , ou de Monseigneur Léonard demandant une approche plus humaine pour les Afghans de l’Eglise du Béguinage (et qui s’engage même à marcher avec eux) devraient nous faire réfléchir à la manière parfois hâtive avec laquelle nous critiquons l’Eglise de manière générale pour ses positions moralisatrices (par exemple sur l’avortement ou l’homosexualité). Continuer la lecture de Eglise, religion: ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain

Meilleurs Voeux !

Voeux2013-14 finalA vous tous qui prenez parfois un peu de temps à me lire, je voudrais présenter mes Voeux, puisque c’en est le temps.

A ma famille et aux plus proches de mes amis, c’est déjà chose faite, soit grâce à ce très beau réveillon – en famille – que nous avons partagé hier soir, soit par la magie de connexions intercontinentales (merci « Rogers » d’avoir rétabli internet après la tornade Torontoise).

A tous les autres, que chacun puisse trouver dans l’année qui vient l’enthousiasme et l’énergie de cheminer vers ses idéaux, ses espoirs, ses désirs. Continuer la lecture de Meilleurs Voeux !

Monsieur Di Rupo recevra-t-il les Marcheurs Afghans ?

Notre Premier Ministre ne manque jamais de rappeler ses racines, ancrées à quelques pas de la Cantine des Italiens. Sa biographie est un témoignage de ce que l’immigration peut apporter à un pays accueillant.

Aujourd’hui, c’est à lui de savoir accueillir ceux qui n’ont pas assez de sécurité physique ou économique pour survivre chez eux. Va-t-il leur fermer sa porte ? Continuer la lecture de Monsieur Di Rupo recevra-t-il les Marcheurs Afghans ?

Pourquoi les chiffres sur l’immigration ont peu de sens ?

manifeteA l’occasion de la Manifête de ce mercredi, plusieurs blogueurs rappellent  que le Centre pour l’Egalité des Chances a publié quelques chiffres sur les flux migratoires en Belgique.

Au risque de me mettre en porte à faux avec certains amis, je voudrais ici insister sur la perversité de l’utilisation de tels chiffres dans un débat comme celui sur l’accueil dans notre pays d’immigrants venant de pays où l’on vit « moins bien » que chez nous. Continuer la lecture de Pourquoi les chiffres sur l’immigration ont peu de sens ?

Maggie De Block au 16 ? La Belgique du repli sur soi avance…

 

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Ainsi donc d’après le sondage Dedicated Research publié par Le Soir 17h d’hier,  Maggie De Block serait considérée par 35% des Belges comme une candidate raisonnable au poste de Premier Ministre après les élections de 2014.

Une lecture légèrement décalée de l’article permet de comprendre que la posture de Maggie De Block est celle du « middle manager » idéal. Continuer la lecture de Maggie De Block au 16 ? La Belgique du repli sur soi avance…

Ca veut dire quoi, illégal ?

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Qu’il s’agisse des drames à répétition qui se déroulent au large de l’île de Lampedussa, ou des dernières déclarations tonitruantes de Maggie de Block qui se rengorge à qui mieux mieux des « succès » qu’elle engrange en réduisant le nombre de demandeurs d’asile dans notre pays, il est une expression qui semble revenir sans cesse, et surtout sans jamais être (re)mise en question: « illégal ». Continuer la lecture de Ca veut dire quoi, illégal ?

Faut-il étendre la loi sur l’euthanasie aux enfants ?

Que je le dise tout net: je n’ai pas une opinion arrêtée sur le sujet ! Il me paraît trop grave pour cela… Par contre, j’ai suis resté effaré par la conclusion du reportage du JT de la RTBF de ce soir, qui semblait poser comme une évidence l’absolue nécessité de légiférer en la matière. Continuer la lecture de Faut-il étendre la loi sur l’euthanasie aux enfants ?

Quand un parent joue tout seul…

Expérience étonnante dans le métro ce matin. Une mère est assise devant ses deux enfants, que visiblement elle accompagne à l’école. Entre ses mains, la prolongation qui s’est installée dans notre corps depuis une dizaine d’année, dans sa version sophistiquée: un smartphone. En face d’elle, les deux enfants, chacun avec un cahier à la main. Continuer la lecture de Quand un parent joue tout seul…

Frankenstein, où le mythe Oedipien revisité

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J’ai assisté hier avec quelques bons amis à la superbe mise en scène de « Frankenstein », dans les ruines de l’abbaye de Villers la Ville.

Je n’en rajouterai pas sur les nombreuses critiques positives quand à la prestation théâtrale et surtout scénique (j’ai vraiment apprécié et recommande à chacun de s’y précipiter tant qu’il reste des places). Par contre, quelques réflexions mythologiques ont envahi mon esprit et je remercie mes partenaires d’un soir d’avoir surenchéri sur certains de mes fantasmes… Continuer la lecture de Frankenstein, où le mythe Oedipien revisité

De l’origine des problèmes humains… et de quelques manières de les résoudre (1)

Comprendre avant d’intervenir…

Les gens que je rencontre professionnellement ont ce que l’on appelle généralement un ou des « problèmes ». Ils viennent avec une souffrance ou une plainte, qui ne semble pas vouloir les quitter. Tous disent vouloir se débarrasser  de leur problème. Certains ont essayé, souvent en vain. D’autres ne savent pas par où commencer. D’autres enfin sont persuadés qu’il n’existera jamais de solution à leur problème.

Moi de mon côté, j’ai choisi d’essayer d’aider ces gens qui viennent me trouver. D’être comme la lampe torche que l’on allume au plus profond de la nuit, à la recherche d’un chemin. Souvent, je tente de n’être que la lampe. Je ne sais pas vraiment quel est le chemin que préféreras prendre mon compagnon de voyage. Je ne suis même pas toujours sur de voir un chemin, alors qu’elle ou lui perçoit une trace ou une piste. Mais pour être cette torche, il me faut avoir une idée aussi précise que possible de la manière dont les problèmes humains se forment, et des moyens que nous utilisons pour tenter de les résoudre.

Dans ma recherche d’outils, un élément est totalement central, c’est la foi profonde que personne ne détient de vérité absolue sur quoi que ce soit. C’est cette conviction qui me fait me méfier comme de la peste de toutes les approches des problèmes humains qui font appel à la soit-disant sagesse d’une personne particulière. Car dans la plupart des cas, celui qui se réclame de la sagesse d’un autre, fait souvent passer la volonté de cet autre avant le contenu de sa sagesse. Je ne veux pas d’une approche qui me dise « quand votre patient fait ou dit ceci ou cela, faites cela ou ceci », sans que je puisse comprendre comment la nature des relations humaines implique une telle manière de procéder.

Lorsque je suis confronté à une pensée qui pourrait m’aider à structurer mon approche des problèmes humains, il y a un indice qui me fait perdre toute confiance dans l’approche proposée: l’existence d’un label ou d’une appellation protégée. Les grands penseurs de la philosophie et de la sciences ont généralement eut à coeur de faire connaître au plus grand nombre les éléments les plus fondamentaux de leurs découvertes. Ils ne les ont pas enfermé dans des sessions de formation couteuses, restreignant l’usage du fruit de leurs pensées aux seuls franchisés issus de leurs écoles.

Malheureusement, la recherche de l’intérêt personnel et l’attrait d’un public fragilisé pour les gourous de tous poils font souvent le lit des « Maîtres », voire « Grands Maîtres » de toutes les disciplines psycho-ésotériques qui promettent la guérison des maux les plus improbables, ou qui créent des brevets pour protéger leurs sources de revenus.

C’est pour tout cela que je n’ai jamais réellement pu m’intéresser à des approches comme la PNL ou les constellations familiales. Les quelques séminaires d’initiation que j’ai pu suivre dans ces différents domaines m’ont convaincu que ces approches, loin d’être innovantes, n’étaient que des réductions d’une pensée universaliste à des procédures simplifiées, des « trucs et astuces » qui fonctionnent bien entendu dans un grand nombre de situations, mais restent centrés sur le praticien, au lieu de s’intéresser d’abord au patient.

C’est Irvin Yallom, le grand psychothérapeute américain qui écrit dans son livre-testament « l’Art de la thérapie »

Le thérapeute doit s’efforcer de créer une nouvelle thérapie pour chaque patient. […] Il est extrêmement difficile de développer cette aptitude dans le cadre d’une formation accélérée utilisant un protocole…

Et ce sont malheureusement ces approches basées sur des protocoles qui sont souvent proposées aux patients d’aujourd’hui.

Au début de toute histoire humaine, il pourrait y avoir un déséquilibre

Pour que je sois à l’aise dans mon approche, il me faut donc pouvoir baser mes réflexions sur une compréhension aussi complète que possible de la manière dont se forment les relations humaines. J’aimerais pouvoir construire mon modèle d’analyse à partir de rien, n’y introduire que des certitudes démontrées et acceptées par tous. Je n’ai malheureusement pas trouvé cette panacée. Et l’analyse rigoureuse de la pensée de ceux qui défendent une approche absolutiste des relations et des problèmes humains (comme les fanatiques religieux) m’a toujours amené à une impasse: qu’est-ce qui justifie l’existence d’un absolu initial (« Dieu » en l’occurrence).

Ainsi, alors que toutes les croyances absolues nous proposent un point de départ en harmonie totale – un peu comme le paradis terrestre de la Genèse – que le mal qui est inscrit en l’homme aurait transformé en vallée de larmes, je préfère partir du constat qu’un point d’équilibre est une exception, et que la règle est la recherche de ce point, à partir d’un déséquilibre initial.

Comment prenons nous conscience de nous-même et des autres ?

Un homme et une femme se rencontrent, se séduisent, se plaisent, s’engagent plus ou moins dans une vie commune, ont une ou des relations sexuelles. Dans le cadre d’une de ces relations, un spermatozoïde particulièrement doué rencontre un ovule accueillant. A partir de ce moment précis, comment va se former la conscience d’exister chez l’être qui commence là un trajet de plusieurs dizaines d’années ?

Au cours des 9 mois de la grossesse, l’embryon va peu à peu former ses différents organes. Dans l’état actuel des connaissances, on considère que c’est vers la troisième semaine de gestation qu’intervient un événement déterminant dans le développement de l’embryon. Il s’agit de l’apparition de

la corde dorsale (ou notochorde). Ce cylindre de cellules du mésoderme définit l’axe antéro-postérieur de l’embryon en s’étendant sur toute la longueur de celui-ci.

C’est cette corde qui, autour de la troisième semaine de développement, envoie un signal moléculaire qui amène les cellules de l’ectoderme situées juste au-dessus à s’épaissir en une colonne épithéliale individualisé, la plaque neurale. (Source : Le cerveau à tous les niveaux)

La formation et le développement du cerveau va permettre à l’embryon de percevoir, de commencer à faire usage de ses sens au fur et à mesure que ceux-ci se formeront. Aussi longtemps que nous ne disposons pas des éléments cérébraux indispensables, et des connexions de ceux-ci avec nos outils perceptifs (rétine, nerfs auditifs, gustatifs et olfactifs, circuits du toucher), nous ne pouvons rien savoir de ce qui nous entoure. Et si cette « déconnexion » devait perdurer, nous ne prendrions jamais connaissance du monde extérieur. Plus important encore, si nous ne pouvons ni voir, ni entendre, ni goûter, ni toucher, ni sentir, n’ayant aucune possibilité de l’existence de quelque chose de différent de nous, je ne vois pas comment nous pourrions avoir conscience de notre propre existence.

Lorsque j’examine la manière dont non seulement je pense, mais aussi celle de tous les gens que je rencontre, un point commun (me semble-t-il) qui me semble universel est la conscience de ce que « d’autres sont là« .

Imaginons qu’aucune autre personne que nous ne nous soit perceptible (encore faut-il pouvoir l’imaginer). Nous n’aurions aucun interlocuteur autre que nous même. Nous ne serions que les sensations que nous aurions du monde. L’absence de l’autre (de tout autre) ne peut se concevoir puisque nous ne pourrions survivre sans le secours de l’autre (du moins à la naissance). Il suffit de se souvenir de l’expérience menée par l’Empereur Frédéric II  pour se rendre compte qu’en absence de communication, la survie est impossible.

Dans cette démarche de minimisation des axiomes me permettant de travailler, il y a là une première pierre essentielle à poser:

La base de la conscience de soi, c’est la conscience de l’existence des autres.

En d’autres termes, pour pouvoir avoir un « problème » humain, même personnel, il faut que je sois conscient que d’autres être humains existent autour de moi.

En écrivant cette phrase, je la trouve cependant paradoxale: il me semble assez évident que pour avoir un problème relationnel, l’existence d’autres est une condition nécessaire. Par contre, si mon problème se rapporte à moi-même, en quoi l’existence des autres est-elle indispensable ?

Et pourtant, je n’ai pas l’impression d’avoir jamais rencontré un problème humain qui ne fasse intervenir dans le jugement que la personne porte sur elle-même un élément de comparaison, que ce soit par rapport à une personne ou une situation précise (mais différente de sa situation propre), ou plus généralement encore par rapport à une norme. Dire « je ne me sens pas normal (ou normalement …) » implique nécessairement une comparaison avec ce que d’autres sont.

Plus fondamentalement encore que la conscience de soi, c’est l’existence de chaque femme et de chaque homme qui est conditionnée à celle d’autres femmes et d’autres hommes.