Pleurer les morts, abandonner les vivants …

L’interminable calvaire des femmes, enfants et hommes d’Alep, tombant sous les bombes russes, de Bashar El Assad, de « rebelles », de DAESH et de la « coalition » semble émouvoir de plus en plus l’opinion publique occidentale qui assiste ébahie à cet holocauste, alors que se préparent les fêtes censées célébrer la paix.  Continuer la lecture de Pleurer les morts, abandonner les vivants …

Donc, l’action du Parlement Wallon autour du CETA n’a rien changé ?

Maintenant que les différents parlements francophones et wallons du pays ont donné leur accord pour une délégation de signature du CETA, et que dès lors l’avant scène peut être occupée par d’autres que les acteurs principaux de la pièce (entendez par là Paul Magnette, mais aussi ses alliés du CdH), il est de bon ton de crier le plus fort possible que tout cela était beaucoup de bruit pour rien… Continuer la lecture de Donc, l’action du Parlement Wallon autour du CETA n’a rien changé ?

L’idéal Européen, utopie ou leurre ?

Il est souvent trop facile de vouloir trouver les causes des maux qui nous frappent dans les manquements de l’histoire. Ce qui n’a pas été dit ou fait, parmi l’infinité de choses qui pouvaient se dire ou se faire devient manquement et les acteurs du présent peuvent alors se décharger de leurs responsabilités sur ceux qui les ont précédés. Il n’est par contre peut-être pas inutile de relire ce qui a été dit dans le passé et de tenter de mesure le chemin parcouru. Continuer la lecture de L’idéal Européen, utopie ou leurre ?

Une solution simple pour mettre fin aux grèves qui nous « ennuient »

Le ‘Union bashing » bat son plein en Belgique. Alimenté par des médias qui préfèrent insister sur les inconvénients temporaires pour les usagers des transports en commun (et qui sait bientôt les clients de certains biens et services ?) que sur les raisons de la colère des travailleurs, les réseaux sociaux se lâchent: des manifestants qui brûlent des palettes sont comparés à des vacanciers autour d’un feu de camp, ceux qui après la manifestation vont boire ensemble un verre sont condamnés pour paresse, les étudiants qui ne peuvent se déplacer pour leurs examens hurlent à la « prise d’otage ».

Ce que tout le monde oublie, c’est que ces grévistes sont les premiers à payer, au prix de leur salaire, les mouvements auxquels ils participent. Ce que les pleurnicheurs des réseaux passent au blanc, c’est que c’est leurs pensions, leurs salaires, leur sécurité sociale, leur sécurité que défendent ces grévistes.

Qui nous avait dit que nous aurions 100 euros de plus en poche dans notre salaire, tout en nous cachant qu’il nous en retirerait 150 via des hausses d’accises et de TVA ? Les syndicats ?

Qui veut nous forcer à travailler 45 heures par semaine dans un système qui réduira de plus de moitié les compensations pour les heures supplémentaires ? Les syndicats ?

Qui veut nous amener à travailler jusque 67 ans pour pouvoir payer deux ans de pension en moins à chaque Belge ? Les syndicats ?

Qui réduit le séjour à l’hôpital des jeunes accouchées et augmente ainsi les risques de maltraitances d’enfants (par manque d’accompagnement à la naissance) et de mortalité péri-natale ? Les syndicats ?

Qui décide que « puisque la Flandre est servie », il est inutile de continuer à construire un RER entre Bruxelles et la Wallonie ? Les syndicats ?

Oui les grèves créent des difficultés pour chacun d’entre nous. Ces difficultés sont là pour nous faire réfléchir, pas pour nous laisser emporter par les propos populistes de journalistes qui ont depuis longtemps rangé leur déontologie au placard – parce que eux aussi sont en danger de perdre leur boulot !

Aujourd’hui, il y a ceux qui choisissent de baisser la tête et d’accepter chaque jour de nouvelles humiliations, avalant les pilules de la crise au nom d’une austérité soit-disant rédemptrice. Ceux là refusent de voir que depuis 30 ans, plus d’austérité ne nous a amené que plus d’inégalités.

Et puis il y a ceux qui refusent cette fatalité, qui ne voient d’autres moyens de se battre que la grève et les mouvements sociaux. Ceux là paient de leurs personnes en acceptant des pertes de revenus au  nom de lendemains meilleurs. Dans le froid, au coeur de la bataille, ils allument un feu qui rassemble et qui réchauffe. Après le combat, entre amis partageant la même lutte, ils vont ensemble refaire la bataille autour d’un verre. Ils ne prennent personne en otage. Ni les prisonniers dont les conditions de vie étaient indigne d’êtres humains bien avant la grève des gardiens, ni les étudiants qui sont mis en concurrence pour des jobs de plus en plus précaires et de moins en moins payés, ni les « travailleurs » dont les conditions quotidiennes de travail se dégradent aussi lentement que l’eau dans laquelle la grenouille se laisse cuire chauffe…

Les preneurs d’otages siègent rue de la Loi. Ils ne bougent pas le moindre petit doigt pour améliorer les choses. N’ont qu’un seul mot à la bouche: austérité.

Enseigner « à la finlandaise » à Bruxelles

Je viens de visionner le reportage diffusé il y a deux jours par la RTBF sur la visite en Finlande de jeunes Bruxellois.

Je ne suis pas certain de me retrouver dans l’ensemble des commentaires donnés par ces jeunes, et surtout dans leurs accusations implicites sur le manque d’intérêt des enseignants belges par rapport au bien-être des élèves, j’ai cependant noté l’une ou l’autre chose qui me paraissent essentielles, certainement si je les mesure à l’aune de ma petite expérience d’enseignant dans les trois degrés de l’enseignement secondaire bruxellois, et dans deux des trois filières (général et qualifiant).

L’école dans laquelle j’enseigne fait partie de ces écoles qui accueillent plus de 80% de jeunes issus de l’immigration, d’un nombre incalculable d’origines et de nationalités. Enseignant dans sept classes différentes, sur les quelques 120 à 140 élèves que je rencontre chaque semaine, il y en a moins de 10 qui sont ce que d’aucun appellent des « belges de souche ». Et leur réussite n’est ni meilleure, ni pire que celle de leurs congénères.

Dans le reportage mentionné ci-dessus, il y a un passage qui m’a frappé, c’est celui où l’on explique qu’en Finlande, tout est mis en oeuvre pour que l’enfant se sente mieux à l’école qu’à la maison. Ce que je traduis par « donner l’envie de venir à l’école ». S’il est un point où je peux totalement rejoindre l’analyse des jeunes qui s’expriment, c’est celui là: l’école que  nous proposons à nos élèves n’est pas un lieu qui leur propose une expérience personnelle plus satisfaisante que celle qu’ils ont à la maison. Lorsque j’écoute mes élèves, je ne les entends pourtant pas me raconter des expériences extraordinaires à la maison: promiscuité, ennui, absence des parents me semblent souvent la norme. Face à cette expérience émotionnelle, les mécanismes de défense qu’ils déploient sont ceux de l’isolement et de la plongée dans l’univers virtuel des jeux en ligne et des réseaux sociaux. Le Wifi remplace souvent le dialogue familial.

Il suffit d’ailleurs de voir comment nos élèves réagissent dès lors qu’on leur propose une journée qui sort un tout petit peu des sentiers battus: une sortie, même minime, est une fête anticipée. Il me semble donc qu’une réflexion sur les modalités qui pourraient rendre l’école plus attractive que la maison serait une première stratégie intéressante dans le développement d’une école réussie (à défaut d’être une école de la réussite – ce qui ne veut pas dire grand chose).

L’autre aspect qui me frappe énormément, surtout lorsque l’on aborde les éléments d’apprentissage de nos élèves, c’est la précipitation avec laquelle nous voulons absolument leur faire absorber un « tronc commun » de connaissance, sans avoir d’abord totalement consolidé les moyens d’acquérir ce tronc commun.

Tout apprentissage passe par le langage. Or s’il est un élément que nos élèves en difficulté ont presque toujours en commun, c’est un contrôle insuffisant, voire inexistant de la langue dans laquelle l’enseignement est effectué. Je suis particulièrement confronté à ce problème comme professeur de langue moderne au premier degré. Quel sens cela a-t-il d’exiger l’apprentissage d’une « seconde » langue moderne (en l’occurrence le néerlandais) à des élèves dont la « première » langue  n’est pas le français et qui éprouvent encore les plus grandes difficultés à le pratiquer et le comprendre. A force de vouloir délivrer le CEB, puis le CE1D à des enfants qui ne sont pas capables d’aborder un texte conceptuel en français, on les force à étudier par coeur l’ensemble des autres matières, et donc à dépenser une énergie qui leur parait totalement inutile, puisqu’ils ne comprennent pas les concepts qu’il leur est demandé d’étudier dans les autres matières.

Je me prends ainsi à rêver d’une approche du premier degré du secondaire qui ne coûterait sans doute pas plus cher que celui que nous pratiquons aujourd’hui. Un premier degré où l’on commencerait par identifier les élèves qui ne disposent pas d’une langue d’enseignement suffisamment développée que pour l’utiliser dans leur démarche d’apprentissage. On pourrait peut-être consacrer l’ensemble de la première année avec ces élèves à leur donner une base solide d’apprentissage de la langue française, et de son application dans l’apprentissage des autres matières: quels sont les mots-clés et les concepts nécessaires pour comprendre les consignes et les informations d’un cours de mathématique, de sciences, d’étude du milieu, de technologie, d’art, voire de langue moderne ? Quitte à ce qu’un élève passe trois ans dans ce premier degré, pourquoi n’est-ce que la troisième année que l’on tente de remédier à des insuffisances qui sont antérieure à leur fréquentation scolaire ?

J’ai un peu l’impression que si nous arrivions à ces deux objectifs: rendre l’école plus attrayante que la maison et se concentrer sur l’outil de base d’apprentissage – le français – avant tout autre objet d’étude, nous pourrions placer nos élèves dans une logique de succès plus enrichissante pour tous.

Sécurité et information

Je ne doute pas un instant que l’OCAM soit mieux informé que moi – et sans doute que (presque) quiconque sur les menaces terroristes qui pèsent sur notre pays.

Je ne conteste pas plus  le fait qu’il revient au pouvoir exécutif de prendre les mesures indispensables à assurer la sécurité de nos concitoyens et je suis donc respectueux des décisions prises suite au passage à un niveau important et actuel de menace terroriste. Je ne tiens pas plus qu’un autre à mourir victime d’un attentat.

Il y a cependant une chose sur laquelle je ne veux pas céder, c’est le respect du droit au contrôle démocratique sur ceux qui sont amenés à prendre des mesures sécuritaires exceptionnelles. La liberté d’information est un pilier essentiel de notre vivre ensemble, et comme je le signalais récemment sur Facebook, c’est sa remise en cause qui m’inquiète le plus aujourd’hui. Deux événements récents m’incitent à tirer une sonnette d’alarme.

Le premier, c’est celui qui s’est déroulé jeudi dernier lorsqu’un tribunal de Namur a interdit la publication d’un article de fond dans un nouveau journal d’investigation sans même avoir entendu le journaliste ou la rédaction du magazine « Médor ». Après en avoir parlé avec plusieurs juristes et journalistes, il semble bien qu’il s’agisse d’une triste première depuis la seconde guerre mondiale en matière de censure. Une plainte déposée par une personne morale (une société pharmaceutique, Mythra) en vue d’interdire la publication d’un article qui contiendrait des allégations mensongères à son égard est suivie d’une interdiction pure et simple de publication, sans débat contradictoire, sans examen du contenu, alors même que l’article 25 de la Constitution dit sans aucune ambiguïté que

La presse est libre; la censure ne pourra jamais être établie

Une audience contradictoire est prévue ce mardi, mais il est plus qu’inquiétant qu’un juge qui viole de manière aussi patente un prescrit constitutionnel ne soit pas immédiatement sanctionné, d’autant plus que l’article en question (disponible sur les réseaux sociaux, et qui, si la mesure d’interdiction devait être maintenue serait disponible ici même) démontre le caractère quasi mafieux de la gestion de cette entreprise liégeoise…

Le second fait est encore plus récent, il concerne les informations accompagnant le passage en « niveau 4 » de « la » menace en Belgique. On y lit notamment ceci (dans la version française):

Suivez les informations officielles des autorités.
Evitez de répandre des rumeurs et ne relayez que les informations des autorités et des services de police.

De nouveau, je n’ai aucun problème avec la première phrase, ni même avec l’entame de la seconde (Evitez de répandre des rumeurs), par contre, la demande de ne se fier qu’aux informations des autorités et des services de police me dérange très fort. Dans une situation aussi critique que celle que nous connaissons, où des motifs valables de restreindre certaines de nos libertés semblent exister, une gestion démocratique devrait associer les professionnels de l’information. Le communiqué aurait pu intégrer une phrase renvoyant vers les informations des autorités et celles diffusées par les professionnels de l’information soumis au contrôle de leurs organes de déontologie.

Si cela n’est pas le cas, qui pourra nous alerter lorsque la tentation viendra de ne pas lever un degré de menace pour maintenir le contrôle sur des individus qui – par exemple – se contentent de faire usage de leur liberté d’expression ? Qui, disposant d’une vue externe et de suffisamment de contacts au sein du pouvoir, pourra nous rassurer sur la nécessité de maintenir un contrôle ou sur celle d’en demander des comptes ?

L’article 25 de la constitution est essentiel, c’est celui qui garanti l’existence d’un « pouvoir de remettre en question » les actes posés par un exécutif, en particulier lorsque celui-ci se retrouve dépositaire de pouvoirs normalement dévolus au pouvoir législatif (et donc au débat public). Tout acte qui viserait à en diminuer la portée ne peut être interprété que comme un coup d’état.

Lorsqu’une frontière se ferme…

Les réactions officielles en France, suite aux attentats de la semaine dernière ont peut-être une vertu éducative pour tous ceux qui revendiquent le rejet des réfugiés sous prétexte qu’ils intègrent dans leurs rangs de dangereux terroristes.

Rappelons en effet que sur les cinq à sept cent milles (700.000) réfugiés arrivés sur le territoire européen au cours des 12 derniers mois, les forces de police européennes, toutes ensembles, en suspecte un (1) d’avoir peut-être participé aux attentats de Paris.

Par contre, ce que l’on entend en boucle dans les cénacles politiques et médiatiques, c’est la mise en cause de la Belgique, terre d’accueil de djihadistes, pour la plupart installés dans le pays depuis assez longtemps que pour avoir découvert que puisque leur nom, leur couleur de peau, leurs croyances les éloignaient de tout espoir d’intégration (un belge issu de l’immigration sur deux est rejeté, principalement en raison de son origine apparente des circuits éducatifs et professionnels qui pourraient lui donner une vie digne dans notre pays), il ne leur reste que la révolte, le repli sur soi, et l’assistance des recruteurs de DAESH, AQ ou Boko Haram pour se construire un futur. Des belges donc, pas des réfugiés. Des fils d’immigrés que notre incapacité à proposer une existence digne à jeté dans les bras des pires bandits que compte le monde aujourd’hui.

Grâce à cela, un étudiant belge se voit refuser le stage qu’il avait obtenu auprès d’un employeur français aux Etats-Unis. Les contrôles sont renforcés aux postes frontières avec cette nation dont le chant des Wallons prétend qu’elle « est notre maman… » Depuis les accords de Schengen, on avait à peu près l’impression que la France et la Belgique ne connaissaient plus de frontières. Aujourd’hui être belge est considéré comme représenter un risque.

Lorsque l’Etat français prend des dispositions à l’égard de la circulation des belges sur son territoire, chaque porteur d’une carte d’identité belge est visé, indistinctement. Nous voici, nous aussi, à une échelle infinitésimalement lointaine de ce que peuvent vivre les victimes de la guerre en Syrie, discriminés parce que né d’un certain côté d’une frontière.

Même si nous prenons cela avec un peu d’humour, comme l’ont si bien fait Alex Vizorek et Charline Vanhoenaker hier sur France Inter, cette petite sensation est là. Qu’en serait-il si cette stigmatisation se transformait – comme cela s’est vu dans un passé récent – en « marque de fabrique » du belge ?

Ce sentiment de rejet devrait nous aider à comprendre mieux pourquoi des gens fuient les bombes et l’odeur de mort qui règne dans leur pays pour venir chercher ici la paix. Et l’honneur de notre pays serait justement de pouvoir les accueillir parce que nous commençons à comprendre ce que c’est qu’être accusé d’un crime aussi inexplicable que celui de porter une étiquette liée à une position sur une carte, au jour de notre naissance…

Quand cette guerre a-t-elle donc commencé ?

Au milieu des émotions qui semblent submerger la planète communicante, je veux m’enfuir dans une réflexion qui permette de prendre un peu de distance avec les solutions de destruction, de mort et de rejet qui fusent tous azimuts.

Et j’en suis à me dire « Au fait, comment tout cela a-t-il donc commencé ? ». L’attaque revendiquée par DAESH sur Paris n’est pas la première (et sans doute malheureusement pas la dernière) menée sur la terre des « croisés ». Elle est justifiée à la fois par des motifs dits « religieux » et par d’autres motifs de l’ordre de la « revanche ». Les attaques ont en effet ciblé des symboles de la société occidentale des loisirs et du plaisir (le sport-spectacle, le spectacle profane, les lieux de « débauche » morale). J’ai même entendu un expert nous expliquer ce matin que le jour choisi était le premier suivant les 4 mois « sacrés » pendant lesquels le djihadiste ne tue pas (bon, alors il a fait quoi à Beyrouth jeudi dernier ?). Mais la revendication de ces attaques mentionne également la participation de la France à la coalition contre DAESH.

Et il est incontestable que les Français (mais nous aussi, nous envoyons notre brave frégate Léopold I comme poisson pilote au gros porte-avions Charles de Gaulle) sont donc en guerre avec DAESH depuis plus longtemps.

Bien plus longtemps. Et bien avant DAESH.

Car où l’extrémisme islamiste recrute-t-il ses combattants et ses martyrs ? Et comment le fait-il ?

Prenez des jeunes de 14 ans vivant en Belgique ou en France. Certains ont la chance de s’appeler Van Pyperseele ou Foucart, d’autres Ben Quelquechose, Abdel Autrechose ou encore Fatima Machin. Auxquels offrons nous des chances égales d’intégration ? Leurs pères sont venus à l’appel de nos dirigeants, qui leur promettaient un avenir meilleur. Et dès lors que les profits des entreprises se sont mis à baisser, des bien-pensants se sont mis à nous expliquer que si nous les belges avions plus de mal à nouer les deux bouts, c’est parce que des arabes nous volaient nos allocations.

Et même les organismes de défense des travailleurs se sont mis à chanter à l’unisson (ou à tout le moins à tourner le regard ailleurs) plutôt que de rappeler que ce qui mangeait le revenu du travailleur, c’est d’abord le revenu de l’investisseur.

Cette guerre a commencé non pas il y a un jour, six mois, ou même le 11 septembre 2001. Cette guerre, nous, les occidentaux l’avons créée en faisant miroiter à toute une jeunesse des richesses, des bonheurs, des opportunités que nous aurions pu leur offrir, mais à peine étaient-ils arrivés que nous ne leur avons laissé systématiquement que les miettes de nos repas. Un peu comme une marâtre qui adopterait l’enfant de son nouveau mari, lui ferait offrir à chacun de ses enfants à elle le cadeau dernier cri et donnerait à Cendrillon les vieux jouets délaissés. Et dans notre monde, il n’y a pas de fée Marraine pour Cendrillon.

Nul ne peut dire quel est l’événement originel qui mène à un emballement aussi monstrueux que celui auquel nous assistons. Mais il n’y aura pas de victoire de la paix sans prise de conscience de notre responsabilité de pays riches (car oui, nous sommes des pays riches) à faire profiter pleinement les autres de notre développement au lieu de les maintenir dans des états de pénurie qui ne peuvent générer que la révolte et la mort.

Dommages collatéraux

Il est profondément regrettable qu’une personne soit morte dans un hôpital. Que son chirurgien ait été bloqué par des grévistes et soit arrivé avec une heure de retard en salle d’opération est difficilement acceptable. Etablir le lien de cause à effet entre ces deux éléments est un travail d’expertise délicat et nécessairement aléatoire que les médias semblent avoir accompli en un tour de main. Que l’hôpital concerné porte plainte contre X pour ce fait est une conséquence logique du monde de contractualisation et d’obligation de résultat auquel nous sommes de plus en plus confrontés.

On apprend aujourd’hui qu’une autre personne serait morte, d’un arrêt cardiaque celle-ci, au sein du même blocage routier. Il faudra ici encore établir le lien de cause à effet entre le fait d’être bloqué dans un embouteillage et celui d’avoir un arrêt cardiaque – car je n’ai pas encore lu que d’une manière ou d’une autre des secours aient été envoyés pour sauver cette personne et auraient été empêchés d’effectuer leur travail…

Dans un pays où la tradition veut que l’on arrête les duels sociaux « au premier sang », la réflexion sur le mode d’action des organisations syndicales ne pourra être évitée. Il s’agira surtout de réfléchir à la manière de rétablir la confiance entre la base des militants (souvent insatisfaits des actions trop soft proposées par leurs dirigeants), les dirigeants syndicaux qui semblent ne plus contrôler mais continue néanmoins à cautionner les actions de leurs membres, les forces de police qui pourraient remplir un rôle d’encadrement « à charge et à décharge » des mouvements sociaux au lieu de se retrouver systématiquement du côté de la répression (et ainsi de se trouver exclus de toute discussion préparatoire constructive). Ce dernier point me semble important. Feu mon frère, qui travaillait à la gendarmerie avant qu’elle ne devienne police fédérale, était à la fois un farouche militant syndicaliste et un acteur « policier » chargé de veiller au bon déroulement des actions syndicales. En montrant à la fois sa compréhension et souvent son empathie pour les revendications des travailleurs, il pouvait les aider à préparer des actions qui à la fois touchaient la cible légitime des travailleurs mais protégeait la population des risques de débordement. Mais cela exige une forme de confiance et surtout une absence d’instrumentalisation des conflits sociaux par le monde politique.

Nous sommes bien loin de cela aujourd’hui. Tant au mois de novembre de l’an dernier que le 7 octobre de cette année, les affrontements entre policiers et manifestants étaient prévisibles, mais visiblement aucune coopération efficace ne put se mettre en place pour éviter les « dommages collatéraux ». Le ou les décès de cette semaine viennent cette fois ajouter un tribu humain au prix matériel payé par la population.

Ces questions rejoignent celles posées par les réactions violentes – et de nouveau inacceptables – de travailleurs à l’égard des porteurs de mauvaises nouvelles (comme ce fut le cas avec Air France il y a deux semaines). Il faut cependant garder quelques détails à l’esprit. En particulier en ce qui concerne le ou les décès qui font suite au blocage d’une route par des militants syndicaux. Je n’ose pas croire qu’il y ait eu dans le chef d’aucune personne active sur ces barrages routiers une intention aussi faible soit-elle de voir quelqu’un décéder du chef de leur action. Je ne sais s’il faut même parler de défaut de précaution. Ne pas y songer lors de prochaines actions serait une erreur, ne pas reconnaître le caractère regrettable, malheureux de ce qui s’est passé serait irresponsable, ne pas réfléchir à la meilleure manière d’éviter de tels incidents pourrait alors devenir délictueux.

Ces questions ne peuvent cependant occulter le défi qui se pose aujourd’hui au monde du travail. C’est à travers un vote démocratique que s’est construite la majorité qui gouverne ce pays (et beaucoup trop d’autres en Europe). Quand nous nous sommes rendus aux urnes l’an dernier, nous nous sentions trahis par un PS qui a renoncé à agir de manière idéologique pour se laisser séduire par un discours soit-disant pragmatique, et nous avons laissé le champ libre à un gouvernement de droite qui lui, n’a aucun scrupule à agir en fonction de son idéologie et en dépit d’une analyse pragmatique de la situation.

Depuis un an, nous assistons à une comédie lamentable: les vaincus refusent de dire haut et fort qu’ils ont fait fausse route en acceptant les politiques de rigueur pour les salariés et de  laxisme pour les détenteurs de capitaux. Ils nous bassinent avec des arguments indémontrables selon lesquels s’ils n’avaient acceptés ces compromis, nous serions dans une situation bien pire. Les vainqueurs, eux, tiennent un discours purement idéologique selon lequel seuls le bien fait aux riches peut profiter aux plus démunis. Un discours sur la rigueur quand la plupart des experts nous indiquent que c’est de relance que nous avons besoin. Un discours qui anesthésie les vraies victimes de l’oppression en leur faisant croire que leurs malheurs ne viennent pas des revenus qui leurs sont volés par les détenteurs de capitaux, mais bien de la redistribution à d’autres malheureux (SDFs, immigrés, sans papiers, demandeurs d’asile,…) de la part minime du gâteau qui leur est « réservée ».

 

Pourquoi « la question des migrants » n’en est pas une.

L’arrivée de migrants sur le territoire européen n’est ni une question émotionnelle, ni une question rationnelle, ni une question sociale, ni une question politique, ni une question religieuse, ni une question militaire, ni une question philosophique, ni …

L’arrivée de migrants sur un territoire, quel qu’il soit, est un fait. C’est même une information, au sens Batesonien du terme (« une différence qui fait la différence »). C’est une modification de l’environnement, résultat d’une série d’autres changements d’environnements ailleurs sur la planète: conflits, drames écologiques, désastres économiques, autres flux migratoires…

L’arrivée de migrants n’est pas le fruit d’un grand complot ourdi par dieu sait qui avec dieu sait quels objectifs (et à ce propos, quel peut bien être le rôle de dieu dans tout ça ?).

Comme tout changement dans l’environnement, c’est d’abord une surprise (même si elle était tellement prévisible), et comme souvent lorsque l’on est surpris, c’est une source d’inquiétude, car notre environnement ne peut que changer, migrants ou pas.

La seule chose qui ne changera jamais, c’est le changement

Depuis qu’il est conscient de sa présence sur terre, l’homme déploie en vain des trésors d’ingéniosité pour arrêter le changement. Il s’est inventé les cycles, il s’est inventé les signes du zodiaque, il s’est inventé les genres, il est toujours en chasse de catégories pour ne pas se sentir seul, pour se donner l’impression qu’à côté de lui se trouve une autre lui-même. Il a écrit d’immenses et vains traités sur l’identité, ce mot terrible destiné à nous faire croire qu’il existe des critères qui feraient que je doive partager les intérêts de mon voisin.

L’identité est un pur concept. Elle ne correspond pas à des faits avérés, mais bien à la perception que certains ont de caractères observables communs à un groupe. Sans d’ailleurs avoir la certitude que chaque membre du groupe ressent cette identité. L’identité, c’est le partage d’une forêt de peurs communes, caché derrière quelques arbres d’apparence.

C’est notre cerveau, nourri de ses peurs ancestrales, qui crée la différence qui fait cette différence. Ce n’est pas celui qui est en face de nous, par sa couleur, sa langue, son origine ou sa religion. La différence est partout, mais la peur est en nous.

Toutes les tentatives pour arrêter les migrants sont vaines. Bien entendu, on peut espérer créer chez eux les conditions qui les motiveraient à rester. Ce serait oublier que mettre fin aux massacres équivaudrait à mettre d’autres personnes sur les routes. Ce serait oublier que ce sont nos industries qui arment les soldats de tous les camps, dans tous les conflits. Ce serait oublier que ce sont nos investissements qui contribuent au réchauffement climatique et crée les réfugiés écologiques. Ce serait oublier que l’on n’impose pas la démocratie par la force. Ce serait oublier que nous ne pourrons jamais prévoir les effets d’un changement tant qu’il ne s’est pas produit.

La seule chose que nous puissions faire face à un changement, quel qu’il soit, c’est de nous adapter. Nous adapter par la lutte, une fois certain que le facteur du changement est un adversaire et qu’il est susceptible d’être vaincu; nous adapter par la fuite, si nous sommes convaincu que nous risquons notre vie en ne fuyant pas, ou nous adapter par l’acceptation de l’autre, la reconnaissance de nos besoins mutuels, et la recherche de leurs satisfactions.

 

 

A propos de faits et d’émotions

Je n’ai pas envie de parler d’un enfant, mort, couché sur une plage. Pour tout dire, cette image ne m’a pas particulièrement ému. Quand j’ai ouvert mon journal et que je l’ai vue, là sur la moitié de la première page, une pensée m’est venue: ce fait divers pourrait-il devenir un fait de société ?

Très vite malheureusement, il a fallu se rendre compte qu’il n’en était rien. N’est-il pas extraordinaire de voir comment nos responsables politiques exploitent habilement le moindre dérapage d’un immigré pour insister sur l’absolue nécessité de « ne pas se charger de toute la misère du monde », et de comparer cela au silence pesant qui règne de leur part depuis trois jours ?

J’ai intitulé cet article « à propos de faits et d’émotions ». Je veux y exprimer une opinion politique, mais je veux aussi baser cette opinion sur des faits, sur des bases aussi solides que possibles. Nos responsables politiques disposent de toutes les informations nécessaires pour apprécier correctement la situation migratoire actuelle, et cette situation est finalement non pas extrêmement complexe (comme tous les médias essaient de nous le faire croire), mais extrêmement simple:

  • Il y a aujourd’hui dans le monde un nombre important (des dizaines de millions de personnes) qui souffrent tellement de la guerre, de la discrimination, de la violence individuelle, des catastrophes écologiques, qu’elles ne peuvent plus supporter de vivre là où elles vivent.
  • Le niveau de souffrance de ces personnes est tel que les seuls choix qui s’offrent à elles est de tenter de vivre ailleurs, ou de mourir. C’est une situation qui n’a plus été vécue chez nous de manière collective depuis l’invasion nazie de 1939, et qu’il nous est donc bien difficile d’appréhender, mais c’est aussi une situation très simple: partir ou mourir.
  • Face à un tel choix, il faut absolument comprendre que la politique d’accueil de « ailleurs » est sans aucun intérêt pour la personne en souffrance. Nous ne pourrions créer un environnement pire pour elles qu’en renonçant aux principes humanitaires les plus élémentaires qui fondent même le plus ultra-libéral des modèle sociaux démocratiques. Certains politiques chez nous tentent bien de créer de telles conditions, mais ils continuent heureusement de se heurter aux barrières posées par notre système démocratique.
  • La grande masse de ceux qui fuient se réfugient dans les pays qui à la fois offrent des conditions de vie un peu meilleures et sont assez proches pour qu’ils puissent s’offrir le voyage: on estime à 98% aujourd’hui la part des réfugiés qui se « réfugient » dans leur propre pays ou dans un pays voisin. Ils n’ont simplement pas les moyens de se payer une traversée. « Toute la misère du monde » est donc en fait accueillie par… « toute l’autre misère du monde ». Quelqu’un n’a-t-il pas dit qu’il existait plus de solidarité entre pauvres qu’entre riches et pauvres ?
  • Mais ceux qui veulent aller plus loin, ceux qui disposent finalement de cet « esprit d’entreprise », ce « sens de l’initiative et de la prise de risque » que nos dirigeants posent souvent en vertus cardinales, ceux-là vont prendre tous les risques, embarquer sur des coquilles de noix, traverser les frontières les plus hostiles, passer à travers les barbelés, marcher encore sur les autoroutes de la honte. Nul ne les arrêtera, car ils ont abandonné tout espoir de retour. Ils sont comme les eaux d’un immense torrent en crue qui dévalent vers un misérable barrage de papier.
  • C’est cette vague, ce tsunami, annoncé par tous les observateurs experts du phénomène depuis de nombreuses années (sans me targuer du statut d’expert, cela fait plus de cinq ans que je répète partout où je passe que cette vague ne peut être arrêtée), qui  nous atteint aujourd’hui.
  • Face à une telle déferlante, nous pouvons continuer d’essayer de renforcer les digues. Elles continueront de s’écrouler. Elles rendront aussi nos visiteurs un peu plus déçus, mais pas pour autant plus motivés à rentrer chez eux. Le nombre de retours volontaires est infime, demandez à l’Office des Etrangers, si prolixe à donner des chiffres sur les « invasions », ses chiffres sur les retours « volontaires ». Silence. Car ce chiffre est tellement faible qu’il ne franchirait jamais la barrière statistique du pourcent de quoi que ce soit…
  • La solution est pourtant évidente: toutes les populations qui ont eu affaire à des fleuves en crue ont d’abord tenté de discipliner l’eau en l’arrêtant par des barrage. C’est ainsi que le Nil fut d’abord un fleuve charriant plus de cadavres que de richesses. Jusqu’au jour où l’on découvre que l’énergie mise en vain à arrêter le torrent peut être utilisée avec bonheur à canaliser le fleuve, pour irriguer les terres alentour.
  • Les faits, toujours les faits, nous montrent que malgré les obstacles que nous mettons sur leur chemin, les migrants qui débarquent chez nous sont plus efficace pour entrer dans la vie économique et sociale que n’importe quel autre personne nantie des mêmes moyens de départ. Près des trois quarts des migrants ayant obtenus une régularisation ne sont plus dépendants des systèmes sociaux, mais au contraire en sont des contributeurs nets, et ce quatre ans après leur arrivée. Sur la même période de temps, il est simplement accidentel qu’une personne régulièrement installée dans notre système social arrive au même résultat. Ce sont eux, ces migrants, qui peuvent nous aider à relancer et à repenser notre mode de vie. Ce sont eux la richesse de demain.

Les neurosciences nous enseignent que l’être le plus rationnel est parfois incapable de prendre une décision importante, un peu comme si notre capacité à analyser obturait dans notre cerveau notre capacité à décider. Dans ce cas, l’émotion agit un peu comme une clé, qui ouvre un espace dans l’ensemble des données analysées et permet enfin de choisir un chemin.

Ne serait-il pas temps que les émotions d’aujourd’hui permette enfin à ceux qui nous gouvernent, politiciens mais aussi (et surtout ?) médias, de communiquer que le choix qui se présente à nous, ce n’est pas de laisser entrer ou non chez nous tous ces migrants: ils finiront par entrer. Le choix qui se présente à nous, c’est de les accueillir humainement et de construire avec eux l’avenir de notre partie du monde, dans le respect de nos modes de vie, et dans le respect de leurs individualités, car si nous ne faisons pas ce choix, l’alternative est de les accueillir dans l’hostilité et de multiplier les « jungle de Calais » au milieu de nos jungles urbaines, au risque de voir les unes s’opposer aux autres dans une escalade de violence.

La question n’est déjà plus de savoir s’il faut s’afficher #refugeeswelcome. Le hashtag qui me caractérise en tous cas, s’appelle plutôt #everybodywelcome, car, comme je l’écrivais déjà en décembre 2013, no body is illegal.

Pour que nous ne devenions pas des assassins

Lorsque des centaines de milliers de migrants se présentent aux portes de l’Europe, le refus de les laisser entrer n’est pas l’attitude de raison.

D’abord, ces migrants, nous n’arriverons jamais à les renvoyer où que ce soit. Chez eux, ce n’est déjà plus chez eux. Ils ont tout quitté parce que rester était impossible.  Parce que derrière eux tout est détruit, en particulier l’espoir. Qu’y a-t-il de plus risible, de plus vain qu’un émissaire européen tentant de convaincre les « responsables » politiques d’un pays d’émigration qu’il doit lui-même convaincre ses compatriotes de rester chez eux ?

Qu’y a-t-il de plus risible, de plus vain qu’une mission occidentale tentant de persuader des masses croupissant dans la pire des misères que ce ne sera pas mieux dans ces pays où l’on a l’air si propre sur soi ?

Ensuite, en les repoussant, nous ne faisons que provoquer le redoublement de leurs efforts. Mais à chaque nouvelle tentative de rejoindre l’occident, quelques centaines meurent. Au coeur des zones de guerre qu’ils traversent, au fond des cales des misérables bateaux qui les font traverser…

En les repoussant, nous devenons nous mêmes assassins, car nous ne pouvons ignorer ce qui va leur arriver, et nous choisissons de les laisser dehors.

En leur interdisant l’accès à notre territoire, nous nous transformons en victimes car nous ne laissons pas s’exprimer les formidables compétences qu’apportent ces migrants et dont nous avons besoin. Un migrant, ce n’est pas d’abord quelqu’un qui vient profiter d’un système social dont il ne connaissait même pas l’existence. En permettant aux migrants de travailler autrement que dans la clandestinité, ce sont les fraudeurs qui disparaitraient, et les migrants ne représenteraient plus une concurrence déloyale pour nos propres travailleurs puisque leur coût deviendrait comparable. Jouissant de revenus plus confortables, les migrants deviendraient des consommateurs générateurs de croissance ici et dans leurs pays d’origine où ils pourraient enfin envoyer des moyens financiers plus conséquents.

Enfin, on ne le répétera jamais, il y a d’abord dans ce défi un question d’ordre humanitaire: quelle est la logique qui justifie sous quelque forme que ce soit que le fait d’être né d’un côté ou d’un autre d’une frontière fait de vous une femme, un homme ou un enfant avec moins ou plus de droits ?

Fondamentalement, le risque de se voir refuser un statut crée plus d’illégalité puisqu’un nombre significatif de migrants n’a d’autre solution que de rentrer dans la clandestinité dès lors que son statut risque de ne pas lui être accordé ?

Aucun chiffre, aucune mesure, rien n’a jamais établi qu’il existait un « seuil de tolérance » à l’immigration. Et pourtant, nos politiciens, confrontés aux peurs de leurs concitoyens continuent de choisir de les entretenir au lieu de remplir leur rôle éducatif. Le discours tenu par Monsieur Demotte est à cet égard parfaitement ignoble.

Faudra-t-il pour une fois reconnaître que le discours le plus humanitaire tenu par un politique ces derniers jours est celui de Mr Franken ?

Grèce, migrants, SDFs … : râleries du soir

J’ai ce soir au fond de la gorge une sourde amertume qui me ronge.

Je vois dix milles soldats d’autrefois jouer à s’entre-déchirer pour du rire, devant cent mille privilégiés qui trouvent que la guerre finalement ce n’est pas si grave.

Je vois dans ma lucarne noire un mur qui se construit. Un mur de briques ou de barbelés. Un mur dans lequel viennent ses jeter des enfants, des femmes et des hommes.

Un mur de l’inutilité contre l’inexorable soif de survie de ceux qui fuient une vie insupportable.

Un mur de violence, de souffrances promises. Un mur qui veut ajouter la douleur physique au désespoir des populations.

Ces barbelés que l’on érige en mon nom mais sans ma permission aux frontières de l’Europe ne protègent pas notre civilisation. Construire un mur autour de sa maison, s’est se retirer du monde et croire que l’on peut vivre en vase clos.

Chaque pointe de chaque fil tendu à trois mille kilomètres d’ici, c’est une douleur nouvelle au creux de mon ventre. Comment imaginer pouvoir être complice de ces clous qui vont demain transpercer une mère, un enfant, pour la simple raison qu’ils ne sont pas nés du bon côté ?

Je ne peux supporter d’être ici, à Bruxelles, en train de penser à mes loisirs, aux vacances qui arrivent, aux joies qui m’attendent les prochaines semaines, et (sa)voir une telle monstruosité.

Et comme si cela n’était pas suffisant, il me faut aussi être témoin, du « bon côté » du mur, de l’humiliation que les plus nantis parmi nous veulent imposer au peuple grec.

Ils se sont bien passé la consigne, de Lagarde à Michel, de ramener aux yeux de l’opinion publique les intérêts de la Grèce à des chamailleries d’enfants en cour de récréation. Qu’ont donné les politiques d’austérité menées depuis des années par les gouvernements de centre-droit qui gouvernent l’Europe ? Etes vous de ceux qui ont vu leur pouvoir d’achat augmenter ? Vous sentez vous socialement plus à l’abri qu’il y a vingt ans ? Moi pas.

Je vois une société dans laquelle chaque femme, chaque homme qui ressent le spectre de la précarité tente de sauver sa peau. Un monde où les femmes et les hommes politiques qui donnent par habitude l’illusion d’exercer un pouvoir expliquent que pour plus de sécurité, il faut plus de rigueur. Et plus la rigueur devient la règle, plus je vois les précaires d’hier devenir les éclopés de demain. La cohorte de la misère s’allonge de jour en jour.

Et toujours, toujours cette même chanson: regarde celui-là qui est différent. Il te fait peur, non ? C’est normal, il est là pour manger ta pitance, pour prendre ta femme et tes enfants. Il est noir, il est brun, il sent mauvais, il vient d’un endroit où tous sont pauvres. C’est lui la cause de tout tes maux.

Un mal qui répend la terreur,
La peste puisqu’il faut l’appeler par son nom,
Faisait aux animaux la guerre…

Les migrants, les grecs et les SDF d’aujourd’hui ressemblent étrangement à l’âne de La Fontaine.

Ils viennent grignoter une miette de notre pain tout en apportant  la richesse et leur labeur (c’est pas moi qui le dit, ce sont tous ceux qui observent les effets économiques de toutes les migrations).

Mais au tribunal du populisme, cette miette grappillée est bien plus grave que tous les profits engrangés par les banques sur notre dos depuis 2008, bien plus grave que les millions de licenciements financés par les avantages fiscaux que nos gouvernements ont octroyés aux multinationales les plus immorales.

Je ne veux pas être complice de tout cela. Et j’ai pourtant l’impression que c’est à cette complicité que je suis réduit. Et je ne sais pas. Je ne sais pas quoi faire d’autre que de me plaindre avec les autres.

Faudra-t-il attendre que la misère atteignent ici aussi le  niveau de la Grèce ou de l’Espagne pour que l’indignation soulève suffisamment la rue que pour mettre dehors non pas les hommes, mais leur politique du repli sur soi ? Et tout cela sans tomber dans un autre extrémisme, celui qui remplacerait une pensée unique par une autre ?

J’ai tellement envie de crier aux grecs: surtout ne pliez pas. Aujourd’hui, je crois que l’Europe a fait fausse route. Qu’il vaut peut-être mieux une crise majeure qui mette les constructions financières européennes à genoux. De quoi souffrirais-je ? D’une perte d’emploi ? De l’absence d’une pension ? D’une dévalorisation des biens que je possède ? Et alors ? Si tout cela ramène de la solidarité, je gagnerai sans doute en relations humaines.

Alors oui, les grecs, si vous faites sauter le système, je promets de venir plus souvent en vacances chez vous. De toute manière, l’Euro qui n’aura pas réussi à vous imposer ses conditions mourra de ne pas avoir pu continuer à vous garder en son sein. Un système monétaire qui n’aura pas même tenu 20 ans, tout simplement parce qu’il n’était pas construit autour d’une idée de solidarité.

Dans notre civilisation où le paraître semble devoir précéder l’être, il y a eut des fous pour croire qu’en créant une monnaie, on créerait une nation… A vouloir mettre la charrue avant les boeufs, on oublie qu’en descente, la charrue devient folle et incontrôlable.

Voilà ce que les images dans la lucarne noire m’ont inspiré ce soir. C’est amer, c’est confus, c’est ainsi dans ma gorge et dans mes boyaux.

 

A qui profite le crime ?

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Il semble donc que cette année, les CE1D, épreuves appelées à devenir à terme « l’épreuve » de certification des compétences d’un jeune d’environ 14 ans sont victimes de ce qui s’apparente de plus en plus à un acte de terrorisme. Que les réponses à une épreuve circule, c’est déjà grave, mais que, dès le soir de la première épreuve, les questionnaires pour les épreuves suivantes se mettent à circuler, alors on est soit face à une impréparation inexcusable de l’administration, soit face à une action concertée et organisée dans le but de décrédibiliser le système.

Dans un cas comme dans l’autre, une fois passées les émotions, il faudra regarder de très près ce qui s’est passé. Et en particulier, de réfléchir à qui profite le crime.

Politiquement, on pourrait penser à une attaque en règle contre une Ministre qui, parce qu’elle abat un travail important sur le fond et qu’elle le fait souvent dans la concertation avec les professionnels de l’enseignement, doit en déranger plus d’un qui ne peuvent accepter la mise en place d’une école moins élitiste. La faible ampleur des critiques venant de l’opposition m’incite à croire pour le moment que ce n’est sans doute pas la piste prioritaire. D’autant plus que le risque serait grand pour le politicien qui se ferait prendre à avoir comploté dans ce coup.

Je penche personnellement plus pour une hypothèse où la faute incombe à la fois à l’imprudence de l’administration, et à la volonté de certaines écoles de combattre les certifications externes. Et peut-être à la collusion entre les uns et les autres.

J’ai ainsi – comme enseignant – trouvé très étonnant que les questionnaires de CE1D arrivent me semble-t-il beaucoup plus tôt cette année que les années précédentes. Des directeurs  indélicats ou imprudents étaient en possession des fameux documents depuis le début de cette semaine. Il me semble que l’an dernier, c’est le vendredi précédent le premier jour de CE1D que les documents sont arrivés dans notre école. Mais de mon côté, je n’ai toujours pas vu (et verrais-je un jour ?) les questions de Néerlandais écrit de cette année !

Pourtant, il me semble clair que l’exposition à une épreuve externe lors de la fin d’un cycle est, dans notre système éducatif, une étape inévitable. On pourrait s’en passer, à condition de changer totalement notre mode de fonctionnement (par exemple, pour créer une école sans redoublement non pas pour des raisons budgétaires, mais bien dans un but de développement de la personnalité de l’enfant). Permettre à chaque école de « monter » ses propres épreuves de certification, c’est rendre non mesurable la performance de chaque établissement.

Rendre non mesurable la performance des établissements

C’est à mon avis de ce côté qu’il faut rechercher les mobiles les plus sérieux de ce qui se passe aujourd’hui.

Soyons clair, je ne me sens absolument pas l’âme d’un complotiste et je crois pas en une théorie quelconque de la malveillance généralisée. Par contre, on ne peut nier que les réputations des écoles se font et se défont aujourd’hui sans aucun élément de mesure de leur capacité à amener des jeunes là où ils développeront au mieux leurs talents. Et l’absence d’une mesure  généralisée d’atteinte des seuils de compétences à 14 ans sert prioritairement les écoles qui travaillent principalement leur réputation en fonction de la préparation à des études aussi élitistes que possibles;

Ce sont ces mêmes écoles d’ailleurs que l’on retrouve dans tous les reportages TV vus ces dernières heures où des jeunes toujours très bien habillés (et souvent très « blancs-bleus-belges ») expliquent avec une belle hypocrisie comment ils se distribuent entre eux les petits trésors inutiles qu’ils ont collecté.

Je n’ai vu personne aux abords de mon école en « D+ » vendre les questions du CE1D de néerlandais. Que ce soit pour 5 ou pour 50 euros.

Mais j’ai vu apparaître les noms de ces mêmes écoles qui, chaque année, mettent en avant l’un ou l’autre enfant « tellement malheureux de ne pas avoir trouvé l’école de son choix » à cause du décret inscription.

Mais pendant que des écoles qui n’ont pour objectif citoyen que de se préserver au maximum des « mauvaises fréquentations », ce sont les élèves et les enseignants d’autres écoles, celles où l’éducation à la citoyenneté est première parce que pré-requise à tout autre apprentissage, qui subissent les conséquences de ces actes criminels.

Demain, nos élèves de deuxième auront un examen de néerlandais. Avec les trois épreuves qui étaient prévues au programme. Nous avons retroussé nos manches (enfin, bon, mes deux collègues sont féminines donc c’est « façon de parler » pour elles) et nous avons, en une soirée, préparé un vrai examen, du bon niveau, pour que ceux de nos élèves qui ont  étudié puissent valider leurs acquis.

Mais j’aimerais pouvoir me porter partie civile contre ceux qui ont créé ce b….l, pour m’indemniser de cette soirée que j’aurais pu passer à autre chose.

Ce qu’il est grand temps que la « forteresse europe » entende…

Après avoir ouvert ses frontières aux riches, l’Europe ne cesse depuis des décennies de tenter de les fermer aux démunis. A ceux de l’intérieur comme à ceux de l’extérieur.

Et elle ne cesse de faire le constat que ces barricades qu’elle met devant sa porte n’empêchent aucun migrant (intérieur ou extérieur) d’arriver. Sans voir que l’énergie et les moyens consacrés à la construction de ces barrières inutiles pourraient être utilisés à favoriser l’intégration de ces migrants.

Fatou Diome exprime cela avec une justesse et une franchise qu’il est grand temps que nous écoutions

La pensée totalitaire de Jacqueline Galant

jacqueline galant

La toute fraiche ministre de la Mobilité s’est dite ce mercredi « étonnée » de ce que la SNCB émette des billets « événements » pour les personnes qui voudraient rejoindre la manifestation de jeudi 6 novembre, contre le gouvernement dont elle fait partie.

Peut-être aurait-elle besoin de quelques rappels sur la nature de la démocratie et sur les méthodes utilisées par la plupart des régimes totalitaires pour s’installer au pouvoir.

Mais en préambule, je voudrais juste rappeler à Mme Galant (qui de toutes manières ne me lit certainement pas) qu’il s’agit là d’une tempête dans un verre d’eau. En effet, inscrivez vous comme groupe sur le site de la SNCB et demandez un « prix de groupe » pour au moins 15 personnes voyageant ensemble, et vous obtiendrez un prix similaire à celui que paieront les 50 à 100.000 personnes attendues demain à Bruxelles. En anticipant une réservation massive par les syndicats et en émettant un billet spécifique pour cet événement, notre société de chemin de fer n’a fait que de la bonne gestion. Elle s’est évitée l’obligation de gérer des centaines de commandes de billets de groupes, tous à calculer dans des délais presque intenables. Ce simple fait aurait du inciter la ministre à féliciter son patron des chemins de fer, plutôt que de le sermonner. Mais bon, Madame la Ministre nous a déjà habitué à sa manière très particulière d’utiliser le boulier compteur…

Maintenant, sur le fond, les affirmations de Madame Galant sont beaucoup plus inquiétante. Quand je l’entends déclarer à la radio (écoutez par exemple le journal de 22 heures ce mercredi) que si une manifestation contre le gouvernement est considéré comme un événement amenant la SNCB à émettre des billets à prix réduits, « on doit vraiment redéfinir cette notion d’événement ». Payer moins cher pour regarder passer le Tour de France, c’est normal – ça ne mange pas de pain et ça ne risque pas de causer de la contestation. Donner les moyens aux citoyens de s’exprimer paisiblement à un prix raisonnable, si c’est pour s’opposer au gouvernement, ce n’est plus un événement (comment cela s’appelle-t-il alors ? subversion ? terrorisme ?).

Redéfinir une partie d’un vocabulaire commun (comme le mot événement) pour qu’il ne puisse définir une situation de contestation, cela tient de la novlangue, cette redéfinition de la langue propre aux régimes totalitaires. Cela nous donne le ton de quelque chose qui me fait de plus en plus peur. En clair le message est « si vous utilisez les moyens légaux existant pour faciliter l’expression démocratique à fin de marquer votre opposition à la politique de notre gouvernement, vous serez privé de ces mêmes moyens ».

A mon avis, à ce rythme là, les prochaines instructions que Madame Galant recevra de Monsieur Michel (à moins que ce ne soit directement de Monsieur De Wever ?) ce sera d’interdire toute forme de billet à prix réduit pour les immigrés, les réfugiés politiques et surtout économiques. Et pour être sur qu’ils ne trichent pas, on leur demandera de porter un signe distinctif quelconque au revers de leur veste ???

Les incohérences du « Soir »

Ebola:seulement trois hôpitaux prêts

Le grand titre de mon quotidien donne ce matin l’impression qu’on n’en fait pas assez en Belgique pour prévenir une hypothétique épidémie de ce virus mortel.
Sur la même première page, un très bel éditorial sur la vanité des mesures de précaution contre la maladie à l’égard des voyageurs en provenance de pays à risques.
Autant le second article est à la fois bien documenté et éducatif, autant le premier met un titre catastrophiste et populiste sur un non sujet.
Nous avons pour le moment zéro patient souffrant d’Ebola en traitement, et trois hôpitaux prêts à accueillir un cas suspect. Nous avons aussi cinq hôpitaux prêts à enclencher si le besoin s’en faisait sentir. Nous avons une structure de coordination mise sous la houlette d’une des meilleures spécialiste de la maladie. Ce n’est pas ici qu’il faut déclencher une inutile vague de panique. Les hôpitaux qui ont acceptés de prendre en charge les (toujours hypothétiques) patients se voient déjà désertés par les patients « ordinaires ». Le risque est aujourd’hui de voir des gens qui ont besoin de soins plus classiques fuir les lieux où l’on peut au mieux les soigner.
C’est là où la maladie se répand qu’il faut déployer les grands moyens.  Une organisation comme MSF, la seule à avoir développé une vraie expertise sur le terrain, alerte en vain le monde politique depuis des mois.
Cette situation me rappelle celle de la lèpre il y a cinquante ans, quand Raoul Folereau expliquait que pour éradiquer la maladie dans le monde entier il aurait suffit de dépenser la valeur d’un seul chasseur bombardier.  A force d’attendre, la lèpre aura coûté des centaines de milliers de nouvelles vies. Vivrons nous le même cauchemar avec cette nouvelle épidémie de la pauvreté?

Elio di Rupo: une petite dernière en flamand ?

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Selon le JT de la RTBF, le grand moment du congrès du PS de ce week-end se résume à quelques phrases (mal) prononcées en (mauvais) flamand par notre futur ex-premier ministre. J’y ai aussi entendu parler de centimètres carrés qui ne seraient pas cédés à la droite. Continuer la lecture de Elio di Rupo: une petite dernière en flamand ?

Réinvestir dans l’école n’est pas une question d’argent.

iStock_Quatre_Enfants_LargeMa troisième année scolaire comme enseignant se termine ces jours-ci. Et à force de fréquenter ces classes dites « difficiles » qui se sont créées autour des intentions de lutte contre l’échec au premier degré, j’en suis venu à me dire que bien plus qu’une question de financement, c’est une question d’approche de la relation au jeune qui devrait nous inspirer si nous voulons vraiment amener ces enfants un peu perdus à retrouver une estime d’eux-mêmes basées sur des compétences citoyennes et responsables.

Dans ce cadre, une phrase de la tribune de Vincent de Coorbiter dans « Le Soir » du 25 juini m’a interpellé. L’ancien patron du CRISP s’y dit frappé par

le malaise qui s’accroît, malaise sur lequel les enseignants jettent un voile pudique mais qui se traduit crûment au niveau des élèves, trop nombreux à ne plus rien attendre de l’école.

Une petite remarque, sur le commentaire de Mr de Coorbiter. Tous les enseignants ne se voilent pas la face. Bien au contraire. Beaucoup se sentent par contre impuissants contre ce désinvestissement de l’école par les élèves. Car le grand défi des enseignants, c’est de rendre attractive – pour les élèves – une institution qui vue de l’extérieur n’a pas fondamentalement changé depuis 40 ans.

Je suis un vieux bonhomme (aux yeux des élèves au moins), mais un jeune enseignant (puisqu’il n’y a que 3 ans que je sévis dans le secondaire). Et une des choses qui me frappent lorsque je suis dans l’école, c’est qu’en termes de contenus et surtout de moyens de transmission de la connaissance, l’institution dans laquelle je me retrouve impliqué n’a pas fondamentalement changé depuis que je l’ai quittée – comme élève alors – en juin 1976. J’ai même parfois l’impression d’un recul, au minimum technologique !

Ce manque d’attente vis à vis de l’école, c’est exactement ce à quoi je (sans doute comme plusieurs de mes collègues, mais je ne parle qu’en mon nom) me trouve confronté dans ces classes de « bout de cycle » où l’on retrouve, à la fin du premier degré des jeunes âgés de 15 à 16 ans, qui viennent de connaître, souvent après des primaires compliquées, deux années d’échec successifs dans leurs deux premières années d’humanité.

Comment pourrait-il en être autrement ? S’il se trouve dans ces classes quelques jeunes qui « se battent » pour enfin réussir leur cycle, il y en a également beaucoup qui ont totalement intériorisé leur échec et leur incapacité à réussir. D’un point de vue systémique, après avoir tenté en vain (et souvent sans y mettre les moyens nécessaires) de « réussir » scolairement, ils doivent alors s’adapter en cherchant une solution qui ne les dévalorise pas à leurs propres yeux.

Cette adaptation passe malheureusement souvent par une dépréciation totale des programmes proposés par l’école (« je n’aurai jamais besoin des maths, des sciences et du néerlandais »), une focalisation sur des projets personnels souvent irréalisables (« devenir une star du football ou de la chanson »), et la mise en place d’une stratégie relationnelle basée soit sur l’apathie (« je dors en classe »), soit sur la provocation (« je me mets en valeur en créant du désordre »). Et l’on voit ainsi se construire des discours particuliers:

De toutes manières, je suis nul. Je n’arriverai jamais à rien à l’école. Vous non plus vous n’y croyez pas. Et comme on ne comprends rien, on chahute. Et en plus on n’aime pas votre cours. Il ne nous servira jamais à rien. Alors vous vous vengez en nous faisant rater.

Il y a ainsi création d’une logique rationnelle dans laquelle, en fin de parcours, l’échec n’est plus de la responsabilité de l’élève, mais bien de celle de l’enseignant. Et en quelque sorte, c’est aussi le cas. Je ne peux pas déclarer que 40 % de mes élèves sont en échec et rejeter la responsabilité de ce résultat sur les parents, les élèves ou la ministre en charge de l’éducation. Je suis, a minima co-, responsable de ces échecs.

Ce que ma pratique de la psychothérapie m’a appris, c’est qu’il ne peut  y avoir de changement sans désir de changer. Et la première mission de l’intervenant qui tient la position haute dans une relation (et c’est bien le cas de l’enseignant dans sa classe), c’est de tout mettre en oeuvre pour donner à son partenaire relationnel non pas l’envie, mais le désir d’atteindre un objectif. La différence entre envie et désir étant celle qui sépare le spectateur de l’acteur.

Nous répétons à l’envi à nos élèves que l’école n’est pas la maison. C’est pour cela que nous nous autorisons des règlements d’ordre intérieur, des règlements des études, des évaluations et des sanctions qui ne laissent aux parents, principaux détenteurs de l’autorité sur leurs enfants, qu’un droit de recours, extrêmement limité à l’égard de nos actes et décisions. Aussi longtemps que cette différence entre l’école et le monde extra-scolaire est définie par des restrictions et des contraintes, il est nécessairement perçu par les élèves comme un lieu de difficultés et de souffrance. C’est clairement et indiscutablement le cas pour nos élèves dans ces classes stigmatisées au sein desquelles s’accumulent les années d’un premier degré « sans redoublement ».

Et pourtant, on pourrait regarder l’école autrement. La prémisse est identique: l’école est un univers différent de la maison. Les lieux, les temps, les êtres, les activités, les règles sont différents. Franchir les portes de l’école, c’est traverser un sas qui pourrait amener à une vie profondément différente de celle qui se vit à l’extérieur, et cet univers peut être plus sécurisant sans être plus sécuritaire.

Je vais m’arrêter là pour aujourd’hui, mais j’aimerais revenir sur les moyens à mettre en oeuvre, à mon niveau d’enseignant ou de coach, pour renverser cette situation et créer justement un environnement favorable au développement de ces enfants.

Nuages fouettés au Grand Tour Saint Vincent

Aujourd’hui, rencontre familiale à Soignies, à l’occasion du « Grand Tour Saint Vincent ».

C’est au départ de la procession que les hallebardes se sont mises à tomber… La procession traditionnelle s’est donc déroulée en deux temps, un premier essai à ramené toute la troupe en grande vitesse à la collégiale, mais lorsque nous nous sommes mis en route vers 12h, la procession reprenait dans un tour plus traditionnel, et sous un ciel plus serein.

Sur le chemin du retour, nouvel amoncellement de nuages, d’une forme toute particulière…

Méditation vespérale

Rive du Giffre au crépuscule
Rive du Giffre au crépuscule

C’est en « décrassant » de ma journée de ski que je me suis arrêté au bord du Giffre, et que je me suis couché sur le tronc d’un vieil arbre qui n’a pas survécu à la force du torrent lors de sa dernière crue.

J’aimais particulièrement la lumière en cette fin d’après-midi. Le contraste entre le sol qui semble déjà plongé dans la pénombre, le sommet des arbres qui est encore baigné de soleil, et ce petit îlot de verdure, avec sa souche qui fait un peu songer à un gros bovin qui aurait décider de s’y reposer.

Extremadure Jour 4: Merida

Extremadure Jour 3: Trujillo et Caceres