Pourquoi, ce dimanche, je ne voterai pas pour un parti de la majorité fédérale…

J’ai souvent été un électeur qui se qualifiait de « réaliste ». Ce qui veut dire que je votais « utile » en choisissant un candidat – si possible que je connaisse plus que par les médias – dans un parti dont je partage « la plupart des valeurs », dans l’espoir de voir ce parti au pouvoir, avec le minimum de compromis nécessaire, après l’élection.

Dimanche, ce sera différent. Car je ne veux pas, dans dix ou quinze ans, me dire que j’ai été complice, le 25 mai 2014, de la prolongation d’un crime d’état dont j’avais connaissance.

Je ne peux pas dire que je ne suis pas au courant des crimes – meurtres et assassinats – commis au vu et au su de chacun d’entre nous, par nos femmes et nos hommes politiques. Je ne peux pas dire que je ne sais pas que nous avons créé une institution d’état, l’Office des Etrangers, dont le rôle est de renvoyer chez eux un maximum d’émigrants, sans plus tenir compte du danger que représente pour leur vie ce retour.

Je ne peux pas dire que je ne sais pas que des Afghans ont été renvoyés chez eux, « parce qu’ils n’étaient pas en danger » et que quelques jours plus tard ils mourraient assassinés.

Je ne peux pas dire que je ne sais pas que des malades du SIDA sont renvoyés mourir « à la maison » sous prétexte que dans leur pays, il existerait quelque part quelqu’un qui « pourrait les soigner » mais en oubliant que ces soins là sont réservés à ceux qui peuvent se les payer.

Je ne peux pas dire que je ne sais pas qu’au creux des années 30, ce n’est pas par l’élimination des juifs qu’a commencé la page la plus noire de notre histoire européenne.

Je ne peux pas ne pas savoir que chaque fois qu’elle a été interpellée sur le sujet, la Ministre en charge de l’immigration, Madame De Block, a clairement expliqué qu’elle ne faisait qu’exécuter l’accord de son gouvernement et que le rôle d’un ministre n’est pas d’utiliser le pouvoir discrétionnaire dont il dispose de par la loi pour résoudre les situations que son administrations ne peut arbitrer correctement.

Je ne peux donc pas ne pas savoir que derrière chaque départ, chaque déportation d’un être qui a juste eut la malchance de naître du mauvais côté d’une frontière, il y a Madame De Block, mais aussi Madame Milquet, Monsieur Di Rupo, Monsieur Reynders et chaque ministre de ce gouvernement, chaque militant qui défend le bilan assassin de cette législature.

Je ne peux qu’imaginer que c’est parce qu’ils sont paralysés par la peur d’affronter l’opinion publique en lui expliquant qu’on n’arrête pas les migrations à coup de déportations que ces messieurs-dames soutiennent et défendent cette politique d’exclusion. C’est parce qu’ils ne veulent pas expliquer – comme des scientifiques sérieux l’ont encore démontré récemment, que l’immigration est un facteur d’enrichissement pour la société qui accueille, que d’autres immigrés attendent dans des centres fermés inhumains leur prochain vol vers la mort.

Dimanche, je voterai pour des candidat(e)s qui se sont exprimés ouvertement sur ce sujet pendant la législature. Malheureusement, ces candidats ne se trouvent ni au MR, ni au CdH, ni au PS. Et ça non plus, je ne peux pas ne pas le savoir…

Oui, le parallèle avec les années 1933-1940 fait sens…

La publication par Ciné-Télé Revue de la caricature selon Kroll du « couple idéal », unissant Elio di Rupo à Maggie De Block

coupleideal

m’a fait immédiatement penser à une autre caricature, entrevue je ne sais plus où, et retrouvée après une petite Googlisation…

dirupodeblock

La similitude dans la présentation des personnages, leurs ressemblances physiques m’ont fait de suite penser que ceux qui liraient l’article que j’écris maintenant me voueraient aux gémonies pour avoir fait ce raccourci qu’il semble toujours aussi indécent de faire.

Et c’est vrai que jusqu’à très récemment, j’avais en horreur tous les appariements « simplificateurs » fait entre la situation de l’Europe de 1935 et celle dans laquelle nous vivons quatre-vingt ans plus tard.

Et pourtant… désorientés au coeur d’une crise économique qui met en péril notre bien-être et nos acquis sociaux, les européens d’aujourd’hui (et en particulier les classes moyennes et les plus défavorisés) sont prêts à écouter toutes les prophéties qui leur feront croire à une solution simple.

Et une solution simple, c’est quoi ? C’est d’abord de désigner un coupable facile à identifier. Un noir au milieu des blancs, un bronzé chez les pâles. Quelqu’un qui s’habille différemment, qui parle une autre langue, qui ne mange pas comme nous, ne prie pas comme nous, ne se marie pas comme nous. Mais à l’ère de la lutte contre le racisme (ne sied-t-il pas de commencer tout discours sur l’immigration par un pompeux « je ne suis pas raciste »), il faut que cet autre soit coupable de quelque chose. Alors, on va le rendre « illégal ». D’une façon très simple: en décrétant que si l’on n’est pas né « chez nous » on n’a pas le droit de venir y vivre. A partir de là, les enchainement deviennent simples. Celui qui est « illégal » ne doit recevoir aucun droit: ni le droit de travailler, ni le droit de résider dans le pays, et encore moins le droit à la parole.

Que peut alors faire l’illégal ? Il peut trouver des réseaux de solidarité, comme l’ont si bien fait les Afghans réfugiés à l’Eglise du Béguinage à Bruxelles. Et cela permettra d’étendre l’éventail des coupables à ceux qui les aident: les forums pullulent aujourd’hui d’injonction à « les accueillir dans votre maison si vous voulez vraiment qu’ils viennent piquer le travail des belges ». Le jour où les purges commenceront, on pourra ainsi désigner ceux qui « cachent » des illégaux ou se rendent complices de leur présence illégale.

S’il ne trouve pas de réseau de solidarité, il va alors tomber dans une clandestinité qui fini toujours par aller de pair avec des infractions bien réelles. Ainsi, comme on l’a vu la semaine dernière, on pourra organiser des « rafles » dans des stations de métro bien ciblées, au cours desquelles quelques illégaux se feront prendre, d’abord par la STIB, puis par les forces de police qui les secondaient, en vue d’une déportation.

Une solution simple, c’est aussi de s’assurer que les voix qui se feraient entendre pour dénoncer cette situation soient intimidées ou éteintes. Ainsi, toujours cette semaine, l’arrestation arbitraire d’un artiste et d’une journaliste (voir ici) afin de leur faire comprendre que la police est prête à intervenir pour couper la parole à ceux qui voudraient éveiller les consciences.

Une solution simple, c’est aussi d’utiliser toutes les ficelles de la communication populiste pour détourner l’attention du public, quitte à le faire avec une indécence écoeurante. Et dans ce domaine, la manière dont l’arrivée dans notre pays des deux pandas chinois a été traitée par le monde politique relève d’une manipulation digne des discours de propagande les plus éhontés. Encore une fois, je veux être très clair: je n’ai absolument rien contre le fait qu’un parc d’attraction wallon géré avec des fonds privés paie le prix qu’il estime nécessaire pour faire un investissement qui va assurer (on l’espère) sa croissance pendant une dizaine d’années et ainsi renforcer l’emploi dans un secteur clé de l’économie régionale !

Ce qui par contre m’a donné un haut le coeur insupportable, c’est le ramdam fait autour de l’octroi d’un « visa » d’entrée pour ces deux animaux. Chacun sait que les documents d’importation réels n’avaient rien à voir avec ce visa. Toutes les femmes, tous les enfants et tous les hommes qui souffrent de ne pouvoir obtenir un tel document, pour la simple raison qu’il ne sont pas nés au bon endroit ont du voir ce document octroyé à des animaux. Imaginez un instant: vous êtes un être humain, doué de la capacité de réfléchir, avec des émotions que vous partagez avec les autres êtres humains. Vous espérez un geste humain, d’une personne humaine, qui vous dise:

Vous voulez venir dans notre pays ? Vous êtes prêt à y travailler, à y consommer, à y payer taxes et cotisations sociales, à contribuer aux pensions de retraites des vieux qui y vivent, à créer par votre consommation de l’emploi pour les autres, à accepter les tâches que les résidents nationaux refusent d’effectuer ?

Vous essayez d’expliquer, comme le font de nombreux universitaires, qu’il n’y a pas de lien entre immigration et hausse du chômage (d’ailleurs, si c’était vrai, comment expliquer que les déportations massives – et la baisse du nombre d’immigrés qui l’accompagne – effectuées par Mme De Block coincident à une HAUSSE du chômage alors même que l’on nous dit que la relance est là ?)

Et l’on vous répond que

Dans moins de cent jours, ce sont les élections. Nos concitoyens sont trop bêtes pour comprendre que vous ne faites de tort à personne, par contre, vous êtes une cible idéale – vous ne votez pas – comme bouc émissaire. Alors, non, on garde le visa pour les pandas, eux de toute manières ils n’en n’ont pas besoin, mais pour vous, on a un ordre de quitter le territoire, et un billet d’avion pour un pays en guerre, en famine, en dictature, en misère… bref, celui d’où vous venez… On reparlera de tout cela le 26 mai.

Alors pour moi, le parallèle entre l’image du couple de l’année selon Kroll et ce vieux chromo de la fin des années 30 ne me semble pas usurpé. Sans doute ne connaitrons nous pas de sitôt la guerre sur nos territoires, mais le repli derrière des frontières de plus en plus hermétiques sonne le glas des espoirs d’une Europe pionnière de la démocratie. L’abandon des discours utopistes et idéalistes pour une « realpolitik » tournée vers les 50 prochains jours ne va faire qu’aggraver les attitudes de repli sur soi. La désinformation (comme la quasi-absence dans les médias francophones de toute analyse sur la place de l’extrême droite dans l’opposition soit-disant pro-européenne en Ukraine) va continuer à nous abreuver d’images chocs montrant la barbarie des lointains (la place Maiden en feu, Ohm sous les bombes), la douceur de vivre de nos propres contrées (les gentils pandas qui arrivent sous escorte presque royale à Mons) et à occulter la réalité qui exige pédagogie et explications.

L’espace de la pensée utopiste n’est alors plus occupé que par des formations politiques ultra minoritaires et souvent aux extrêmes de l’échiquier politique. Que peut alors faire l’honnête homme qui se sent « rouge » lorsque l’on parle de libertés individuelles et de solidarité, « vert » lorsque l’on parle énergie, écologie et développement, « orange » lorsque l’on parle du respect de l’être humain, de la place de l’enseignement, de la liberté de pensée, « bleu » lorsqu’il faut reconnaître le droit à un épanouissement économique personnel à travers le travail et l’épargne ?

Comment peut-il, cet honnête homme, faire passer son message et transmettre ses attentes et ses inquiétudes, espérer que l’on en tiendra raisonnablement compte dans l’après-élection ?

Reste-t-il autre chose à faire que de s’attacher à celle de ses valeurs qui est la plus mise en danger dans le discours consensuel actuel, et de toujours donner sa voix à ceux qui, de l’extérieur, pourront faire savoir les attentes d’une minorité croissante de la population ? Mais si je donne ma voix à l’extrême gauche, comment puis-je m’assurer qu’elle ne sera pas utilisée contre moi, en mettant en évidence non pas la valeur que j’aurai voulu défendre (ici le droit de chacun à s’établir là où il se sent le mieux tout en acceptant de respecter le mode de vie de son lieu d’établissement), mais bien une valeur que je serais d’autre part prêt à combattre (dans mon cas une approche trop collectiviste de l’économie).

Le 25 mai, les choix seront difficiles: voter pour un parti qui a soutenu la déportation d’hommes et de femmes vers des pays en guerre, tout simplement parce que ces hommes n’étaient pas « légalement » installés chez nous me sera impossible. Mais voter pour un parti qui risque de porter plus solidement la partie de son programme qui m’intéresse le moins sera sans doute presque aussi difficile…

Pour améliorer votre néerlandais…

La chaîne de télévision Vier va diffuser lundi soir un reportage sur Maggie qui fait déjà couler pas mal d’encre. Ce reportage est déjà visible sur le site meer.be qui publie en vidéo à la demande les reportages de ses chaînes soeurs. Je n’ai pu m’empêcher de regarder ce « documentaire » édifiant pour qui veut découvrir le « vrai » visage de Maggie De Block (tel qu’elle veut sans doute le faire apparaître). Continuer la lecture de Pour améliorer votre néerlandais…

Je ne suis pas un héros… ou petite balade au pays de Maggie

On dira que je n’avais pas le temps… ou pas le courage. Et en même temps, le geste me semblait important. Cela fait maintenant plusieurs semaines que je bassine tout le monde avec « le problème des Afghans » (qui pour moi n’est pas celui des « Afghans » mais bien celui de « l’illégalité pour cause de mauvaise naissance »). Continuer la lecture de Je ne suis pas un héros… ou petite balade au pays de Maggie