Comment le gouvernement de Charles Michel stimule l’immigration clandestine

Le refus par le gouvernement de Charles Michel – et en particulier par Didier Reynders et son Secrétaire d’Etat à la migration – d’octroyer un visa à une famille Syrienne est présenté par les ministres concernés comme un instrument symbolique de lutte contre l’afflux des réfugiés (« l’appel d’air »). En fait, il se pourrait bien que l’effet obtenu soit exactement inverse… Continuer la lecture de Comment le gouvernement de Charles Michel stimule l’immigration clandestine

Faut-il craindre un « appel d’air » de réfugiés vers la Belgique ?

Pour tous ceux qui pensent qu’un afflux de réfugiés pourrait être dangereux pour notre pays, l’explication donnée par notre gouvernement dans sa persistance à refuser un visa d’entrée à une famille syrienne qui veut venir en Belgique à l’invitation (et à la charge) d’une famille namuroise, peut apparaître comme une évidence.

J’ai cependant du mal à comprendre la démarche de nos éminences. Les réfugiés qui arrivent en Belgique par dizaines ne le font pas avec un passeport et un visa. Ils viennent clandestinement et demandent un statut de réfugié qui leur donne un permis de séjour, c’est à dire un titre les autorisant à rester dans le pays pour une période (in)déterminée. Plus de la moitié de ceux qui demandent ce statut de réfugié ne l’obtiennent pas et se retrouvent majoritairement dans la clandestinité. Ils tombent « à charge » de la communauté humaine et de la solidarité privée – avec toutes les dérives qui peuvent alors se produire.

Celui qui demande un visa accepte une enquête détaillée sur ses motivations et les moyens qui seront déployés pour assurer sa survie une fois sur le territoire. Si nous désirons aller nous installer pour 6 mois ou un an au Canada, en Afrique du Sud ou en Thailande, nous devrons peu ou prou nous soumettre au même type de procédure: permettre au pays qui va nous accueillir de s’assurer que nous ne le mettons pas en danger physiquement et financièrement. La liberté de circulation veut qu’une fois ces deux conditions remplies, il n’y ait pas de raison de refuser le visa au demandeur.

C’est parce que l’Office des Etrangers est incapable de motiver son refus de visa, malgré plusieurs injonctions à le faire de la part de la Justice, que celle-ci a finalement décidé d’en exiger l’octroi. Un peu comme si, ayant fourni toutes les preuves que vous n’avez pas d’intentions malhonnêtes et que vous pourrez subvenir à vos propres besoins, le gouvernement canadien vous refusait néanmoins le visa et qu’en conséquence, vous obteniez de la justice canadienne qu’elle force l’état à respecter sa propre législation…

Alors, qu’en est-il de cet « appel d’air » ? Parmi les milliers de personnes qui fuient Alep et la Syrie chaque jour, où sont celles qui se sont présentées à l’ambassade de Belgique pour obtenir le précieux sésame ? Combien de familles, souffrant sous les bombes de toutes les coalitions qui s’entretuent au Moyen Orient, sont-elles désireuses de venir s’installer à Namur, Mons, Liège, Bruxelles ou pire encore Anvers ?

Lorsque le gouvernement tente de nous terroriser avec ces hordes assoiffées de frites et de ballekes qui se presseraient aux portes des Ambassades de Belgique à Mossoul, Bagdad ou Alep, oublie-t-il vraiment les images de ces villes que nous voyons quotidiennement à la télévision ? Y a-t-il seulement encore un service consulaire belge dans ces villes ?

Cette idée « d’appel d’air » est simplement absurde. Le jour où soixante mille familles feront la file pour obtenir un visa d’entrée sera au contraire une bonne nouvelle pour la Belgique et le monde: nous pourrons nous assurer avant leur départ de la contribution potentielle des candidats au bien-être de notre pays, nous pourrons nous assurer de ce que leur accueil est bien préparé en Belgique, nous pourrons nous assurer des conditions dans lesquels leur séjour pourra se prolonger ou pas. Et nous pourrons nous dire que l’ère des passeurs de des trafiquants d’êtres humains est enfin terminée. Mais malheureusement, il n’y a toujours qu’une seule famille qui ait fait cette demande, une seule famille qui pourrait être un exemple de la seule procédure qui devrait exister pour accueillir ici ceux qui veulent nous prouver qu’ils vont contribuer à notre développement. Et cette famille, notre gouvernement attend simplement qu’elle se fasse massacrer sous les bombes à Alep.

Quand on nous annoncera demain ou après-demain que ces quatre personnes sont mortes dans les décombres de leur maison, sous les bombes d’une coalition dont nous faisons explicitement ou implicitement partie, la question de leurs visa ne se posera plus. Mais qu’en sera-t-il de la conscience de ceux qui se seront opposés à ce que la loi leur impose ? Encore faudrait-il qu’il leur reste un minimum de conscience, bien entendu.

Le Trump en nous …

Beaucoup de mes amis et connaissances se sont réveillés ce matin avec un sérieux malaise. L’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis ressemble pour eux à un coup de poing dans le ventre de la démocratie. D’autres sont restés indifférents, arguant que quel que soit le gagnant de cette course folle, la politique américaine serait de toute manière restée aux mains de lobbies et que finalement Barrack, Hilary ou Donald… Continuer la lecture de Le Trump en nous …

Donc, l’action du Parlement Wallon autour du CETA n’a rien changé ?

Maintenant que les différents parlements francophones et wallons du pays ont donné leur accord pour une délégation de signature du CETA, et que dès lors l’avant scène peut être occupée par d’autres que les acteurs principaux de la pièce (entendez par là Paul Magnette, mais aussi ses alliés du CdH), il est de bon ton de crier le plus fort possible que tout cela était beaucoup de bruit pour rien… Continuer la lecture de Donc, l’action du Parlement Wallon autour du CETA n’a rien changé ?

La mémoire courte de Bart De Wever…

Sur VTM, mardi soir, Bart De Wever s’est offusqué en long et en large de la « pendaison » à Mons d’une poupée sensée représenter Charles Michel.


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Les relais populistes du gouvernement ne se privent pas se lancer dans des diatribes émotionnelles sur le thème des enfants de notre Premier Ministre qui seraient tellement traumatisés de voir leur papa ainsi virtuellement condamné.

Trois choses:

  1. Je ne suis favorable à aucune forme de violence envers les personnes, quelles qu’elles soient, et je n’éprouve aucune sympathie pour l’action menée par les syndicalistes montois;
  2. Je rappelle à Monsieur Michel que personne ne l’obligeait à occuper une fonction aussi publique que celle de Premier Ministre – en fait, 80% de la population de la Communauté dont il est issu ne voulait pas de lui. Etre au premier rang en politique entraîne des risques, il faut pouvoir les assumer. Se faire conspuer en fait partie;
  3. Que Monsieur Michel soit attristé de son sort est légitime. Mais que Monsieur De Wever oublie qu’en septembre 2011 son ami Ben Weyts a organisé avec la N-VA au marché annuel de Beersel un stand de « jeu de massacre » pour les enfants où ceux-ci étaient invités à viser le mieux possible des effigies d’Elio Di Rupo qui était alors formateur. Je répète: un jeu organisé pour les enfants dont l’objectif était de massacrer la figure d’Elio Di Rupo… Commentaire de Ben Weyts ? « Ach, het is een spelletje met een knipoog, helemaal geen provocatie » (Allons… ce n’est qu’un petit jeu avec un clin d’oeuil, absolument pas une provocation). On peut retrouver la relation de cela dans l’article de la Gazet Van Antwerpen du 19 septembre 2011.

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Je suis un enseignant. Je mesure pleinement la portée d’un acte aussi symbolique sur la psychologie des enfants auxquels on apprend qu’il est normal d’utiliser une figure politique pour l’abattre et la massacrer. Eduquer à la violence et au mépris de l’autre une génération n’est pas risible, beaucoup moins que de laisser quelques travailleurs en colère brûler l’effigie de celui grâce à qui de nombreux enfants de Wallonie et de Bruxelles s’entendent dire par leurs parents qu’ils ne partiront pas en vacances cette année, parce que le risque de perdre un emploi est devenu une réalité, parce que les revenus sont trop bas, parce qu’ils ont rejoint la horde des 20% de gens qui désormais vivent en Belgique sous le seuil de pauvreté…

Les actions syndicales actuelles sont-elles justes ?

Le débat sur les principales luttes syndicales en cours (gardiens de prison, cheminots, IRW-FGTB, etc…) se porte de plus en plus sur cette question de « prise en otage » de la population par ceux qui tentent de faire entendre leur voix.

Le gouvernement, en insistant sur le caractère « incontrôlé » de certaines actions, tente de révolter les usagers des transports, les familles des détenus, contre ceux qui ont choisi d’abandonner leurs salaires pour obtenir qui de meilleures conditions de vie pour les gens dont ils ont la garde (c’est bien de cela qu’il s’agit dans les prisons), qui le maintien d’acquis sociaux négociés dans un « package » que l’on tente de rendre impopulaire dans son détricotage (c’est bien ce que font les médias à la solde de la N-VA quand ils isolent la question des jours de récupération forfaitaires de la SNCB et les transforment en « jours de récupération pour des jours non prestés »).

Ce que l’on observe aussi aujourd’hui, c’est cette rupture communautaire entre représentations des travailleurs au Nord et au Sud du pays. Ces divergences viennent compléter la longue liste des différences qui se font chaque jour un peu plus forte entre nos deux communautés. On peut être nostalgique de la Belgique de papa, il faut bien constater qu’aujourd’hui même les organisations syndicales n’arrivent plus à parler de la même voix. La question n’est pas de savoir si cela est grave ou pas. Cela est.

Dans de telles conditions, ce que Monsieur Michel et ses amis flamands devraient accepter, c’est qu’en effet, ce gouvernement fédéral n’est plus légitime dans une grande partie du pays. Qu’il est parfaitement anormal que d’une part toutes les fonctions régaliennes soient confiées à des ministres flamands (et en particulier nationalistes flamands) et que les ministres fédéraux francophones brillent principalement par leur absence ou leur incapacité à gérer leur portefeuille.

Dans ces conditions où le pouvoir exécutif d’un pays tri-communautaire est confié en exclusivité à l’une des communautés, il me semble normal que toutes les forces vives des autres communautés se mettent en branle pour défendre leurs intérêts.

Peut-être les flamands sont-ils d’accord pour travailler jusque 67 ans, plus de 40 heures par semaine, avec moins de compensations pour les heures supplémentaires, pour un salaire qui ne sera pas indexé, avec une TVA en hausse sur les biens les plus essentiels comme le gaz, et en perdant un nombre considérable de libertés fondamentales au nom d’une sécurité qui de toutes manières n’est pas assurée…

Peut-être les flamands considèrent-ils qu’il est plus intelligent de libérer (pardon, de mettre en congé pénitenciaire à durée indéterminée) des centaines de prisonniers non en raison de leur ré-insertion future dans la société, mais simplement pour tuer un mouvement social.

Peut-être les flamands trouvent-ils juste que le ministre de la Justice change les règles de la rémunération de ses agents en grève afin de les condamner eux aussi à crever de faim plus vite.

Peut-être la Flandre se réjouit-elle de voir enfin la Belgique, cette construction surréaliste, s’effondrer enfin.

Mais alors, si ce ne sont plus que les 20 représentants du MR qui, au gouvernement fédéral, représentent tout le sud du pays, alors que celui-ci manifeste massivement son opposition, alors ce gouvernement n’est plus légitime, et les mouvements sociaux qui ont pris pour objectif de le faire tomber n’ont pas tort.

Il ne s’agit pas ici de prôner une quelconque action violente. Mais bien de mettre en place tous les outils d’une forme de résistance qui puisse amener ce gouvernement à déposer les armes.

Certains diront que dans le contexte – en particulier européen – dans lequel nous vivons, il n’y a pas d’alternative à l’austérité. Je répondrai comme de plus en plus de concitoyens le disent, que l’austérité prouve son inefficacité depuis près de 30 ans. J’ai l’impression de n’avoir jamais entendu d’autre mot que celui-là dans la bouche des politiciens depuis que je suis à même d’écouter, de voir ou de lire des informations. Et à chaque cycle, j’apprends que pendant que les plus pauvres s’enfoncent dans la crise, les plus riches s’enrichissent. Où que se porte le regard, c’est une bipolarisation croissante de nos sociétés. Dans un monde qui exige de chacun qu’il consomme pour exister, l’accès à la consommation devient de plus en plus précaire. La lutte pour l’existence, d’abord à travers les tentatives de continuer à consommer, ensuite lorsque les réserves sont épuisées, pour continuer simplement à survivre devient le quotidien de près d’un quart de notre population.

D’une manière ou d’une autre, il y a un « tipping point » qui risque de se dessiner à l’horizon. Un de ces points critiques où « la coupe pleine » déborde. Monsieur Michel et son gouvernement veulent nous faire croire que le terrorisme continue à nous menacer, mais il est le premier complice de tous les terroristes, religieux, financiers, racistes, communautaristes qui détruisent d’une manière ou d’une autre notre tissu social, s’acharnent sur les solidarités, dissèquent les droits de l’homme pour satisfaire leur plaisir d’être au pouvoir.

Alors oui, même si je dois me déplacer à pied ou à vélo pour continuer d’enseigner, même si les jours de grève me couteront quelques dizaines d’euros de salaire, même si je râlerai bien entendu de parfois perdre ma liberté de circuler en raison de l’un ou l’autre blocage, même si certains services ne me sont plus rendus et que cela est ennuyeux, je crois qu’il n’existe malheureusement plus d’autre moyen de lutter pour le retour à une démocratie normale dans notre pays que de laisser s’exprimer la colère du peuple à travers des organisations qui restent des acteurs institutionnels de notre démocratie, et leurs moyens légitimes d’action: les syndicats et les grèves.

Mea Culpa…

 

Une chose que m’a appris mon expérience de la gestion des hommes, c’est que pour être crédible et sincère, la reconnaissance d’une erreur ne doit jamais s’accompagner de justification(s) ni surtout servir de tremplin à de nouvelles demandes, accusations, invitations, etc …

Donc je serai à la fois clair et bref. En laissant entendre à de multiples reprises qu’il pourrait y avoir un « complot » de notre gouvernement pour cacher son échec budgétaire et la lourde facture que celui-ci va faire reposer sur les épaules des plus démunis de notre pays, et que ce « complot » avait pour toile de fond la lutte contre le terrorisme, je me suis livré à ce que je condamne souvent comme une « terrible simplification ».

Devant l’horreur qui a frappé durement Bruxelles et la Flandre hier après avoir détruit des populations entières en de multiples endroits de la planète, je veux reconnaître une erreur de jugement. Non, je ne crois pas que qui que ce soit dans notre gouvernement, pas même les sbires de BdW n’a voulu cela.

De dikke vis en de sardien (fable nationale)

2016-02 Provence009

Ce matin, le président de la N-VA se gausse dans les médias du remarquable travail accompli par « son » ministre de l’Intérieur qui avait promis de nettoyer (au Karcher ?) Molenbeek. Sans doute considère-t-il que cette fois, dans sa poêle à frire, il y a un « dikke vis » !

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Le niveau 0 de la démocratie est proche

Depuis la mi-novembre 2015, notre pays vit une situation politique particulière. Sans en avoir référé au parlement, notre gouvernement a mis en place une politique sécuritaire qui n’est basée sur aucun élément objectif. Bien entendu il y a eu une série d’attentats à Paris (nul ne contestera l’ampleur médiatique de ce drame), bien entendu une partie des pistes parisiennes mènent à Bruxelles. Les faits s’arrêtent très exactement là. Pas un millimètre plus loin.

Tout ce qui dépasse cela, c’est de la conjecture. Ce sont des mots (« menaces », « imminentes », « concrètes »,…) mais dont personne, hors ceux qui les prononcent ne peut contrôler la réalité.

Ce qui n’est pas observable n’est que très relativement concret. Or, ce qui est observable en matière de sécurité, c’est qu’à Bruxelles, le 1er janvier 2016, il n’est pas possible de faire 300 m au centre ville sans rencontrer un groupe de militaires ou de policiers. Ce qui était observable le 31 décembre à 21h00 au centre de Bruxelles, c’est qu’il fallait passer deux cordons de policiers pour atteindre le sapin de Noël de la Grand-Place, que la fouille au corps était obligatoire pour chaque personne, mais qu’en montrant spontanément l’intérieur de la moitié d’un sac à dos, personne n’en contrôlait l’autre moitié (expérience totalement personnelle !), que personne ne m’a demandé quel était l’objet plat et rigide de 20 cm x 10 cm que j’avais dans une de mes poches… Mais partout, bien visibles, ces véhicules blindés, ces camions militaires, stationnés sur des places vides des fêtards qui auraient dû les remplir.

Ce qui est également observable, ce sont les atteintes de plus en plus importantes aux libertés fondamentales, décidées dans un contexte  hyper-émotif. La stratégie est connue et ne date pas d’aujourd’hui: créer une peur extérieure (ici des terroristes barbus) à coup d’émotions médiatiques (images des massacres réels en Syrie, en Irak,…), utiliser un événement déclencheur pour transformer l’émotion en peur (les attentats de Paris), renforcer cette peur par des éléments non vérifiables mais plausibles (les yoyos de niveaux de menace de l’OCAM, instrument de la politique sécuritaire du gouvernement N-VA), et se retrancher derrière des mesures dites « préventives », basées sur le principe « celui qui n’a rien à se reprocher n’a rien à cacher » pour permettre aux forces de l’ordre de contrôler plus en étant elles-mêmes moins contrôlées.

Mais comme les-dites « forces de l’ordre » restent principalement dirigées par des femmes et des hommes qui pourraient avoir conservés un certain sens des droits fondamentaux, il est aussi essentiel de les « aider », par exemple en installant de manière de plus en plus permanente l’armée dans nos rues. L’armée qui elle, est un instrument du pouvoir qui « exécute ». Bien entendu, on insistera beaucoup (surtout les premières semaines) sur le fait que le maintien de l’ordre est l’affaire des forces de police et que l’armée ne fait que du « sécuritaire ». Puis, peu à peu, on annoncera la « mutation » possible de quelques milliers de ces militaires au sein de la police… (annonce faite la semaine dernière par notre gouvernement N-VA).

Jusqu’ici, je n’ai évoqué que des faits. Et ces faits nous montrent une réalité qu’il faut savoir regarder en face:

  • le terrorisme existe, il frappe tous les jours en Syrie, en Irak, et depuis 2001, il a dû frapper une vingtaine de fois en dehors de ses « zones de confort »;
  • le seul acte terroriste effectif répertorié ces dernières années en Belgique est l’attentat du musée Juif de Bruxelles. Tous les autres ont été, selon les autorités, « déjoués ». En d’autres termes, ils n’ont pas eu lieu et il est impossible de savoir s’ils auraient pu avoir lieu.
  • le gouvernement N-VA/MR a pris une série de mesures qui dans les faits réduisent les libertés fondamentales (droit de circuler, de se rassembler, inviolabilité du domicile), et augmentent le contrôle militaire et policier sur la population civile.

Ces faits nous montrent bien que si le terrorisme est une menace hypothétique, l’atteinte à nos libertés fondamentales est bien réelle. Que si le degré de la menace est un OVNI qui se ballade dans les sphères du 3 ou du 4, la démocratie, elle est une réalité qui risque de se réduire d’ici peu à 0.

« Ca » n’arrivera jamais… ou comment clôturer en beauté 2015 !

Voilà, c’est fait. Quand il y a trente ans toute l’Europe regardait goguenarde un vieux déjà gâteux invoquer Jeanne d’Arc en réclamant « La France aux français », l’immense majorité d’entre nous pensait à un épiphénomène qui s’éteindrait étouffé par sa propre vacuité ou son ridicule.

Et nous voici, ce lendemain de St Nicolas, improbables Bruxellois, coincés au milieu d’un territoire contrôlé par des nationalistes eux-mêmes otages d’une des extrêmes-droites les plus agressive d’Europe, et à 100 km d’un nouveau territoire soumis aux chemises brunes de la famille Le Pen.

Est-ce donc ici que nous ont amené septante années de paix gagnées par une coalition qui l’espace d’une guerre avait fait passer au second rang les formes les plus caricaturales du libéralisme et du socialisme pour vaincre ce que l’on appelait alors la bête immonde ?  Combien de familles déchirées, amputées pour cela ? Et aujourd’hui leurs enfants et les générations qui les suivent semblent avoir tout oublié. Faut-il avoir été marqué personnellement au fer rouge pour craindre le feu ? Voir les souffrances, les blessures de nos mères et de nos pères ne nous aura donc pas suffit.

Je ne sais quel sera l’événement retenu par les historiens lorsqu’il s’agira de définir le jour où l’Europe bascula à  nouveau dans l’obscurantisme. Il ne sera cependant pas loin de l’année 2015. Une année pendant laquelle ceux à qui nous avions confié le sort de l’Europe ont choisi de céder à  la peur et à la confrontation. Une année pendant laquelle cinq à six millions de réfugiés se sont retrouvés sur les routes du monde à fuir les meurtres, les viols, les mutilations et les catastrophes naturelles. Une année pendant laquelle l’Europe a vendu plus d’armes aux pays du tiers monde qu’il n’en faut pour détruire la planète. Une année pendant laquelle les banquiers du monde, ressuscités de la crise qui les avait mis au tapis il y a sept ans auront refusé d’aider ceux-là même qui les avaient nourris quand ils mourraient de faim. Une année pendant laquelle chaque jour qui passait aura vu des milliers d’êtres humains mourir soit de faim, soit sous la torture, soit sous les bombes financées par nos achats de pétrole, d’essence et de gaz. Une année pendant laquelle nous aurons continué d’acheter des T-shirts fabriqués avec la sueur d’enfants esclaves bien loin d’ici. Une année qui se terminera avec un arbre de Noël dont l’ombre couvrira des « objets connectés » fabriqués en Chine, en Inde ou en Corée, par des armées de travailleurs sous-payés. Une année pendant laquelle rien qu’en Belgique 600 personnes seront mortes sur les routes, la plupart fauchées par des conducteurs en excès de vitesse, d’alcool, ou des deux. Une année pendant laquelle comme toutes les précédentes, ce seront les crimes commis à l’intérieur même des familles qui auront fait le plus grand nombre de victimes.

Et pourtant, que retiendrons-nous de cette année ? Qu’est-ce qui va occuper la une des rétrospectives qui vont se succéder dans les prochains jours dans nos journaux et sur nos écrans ? La mort des journalistes de Charlie Hebdo, celle des 130 victimes du 13 novembre à Paris, celles du Musée Juif de Bruxelles. Et surtout la peur, cette peur que nos dirigeants incapables de nous faire aimer la paix ont choisi de distiller en nous pour assoir leur emprise. Cette peur qui nous fait accepter l’amputation systématique de nos libertés. Cette peur qui justifie de jeter dans nos rues des gamins en treillis militaire. Cette peur qui fait prendre à un Premier Ministre des airs de matamore à la proue d’un bateau parti faire une guerre impossible à un ennemi insaisissable.

Cette peur qui fait enfin que de Copenhague à Séville, une tâche brune s’étend de plus en plus sur l’Europe, que là où l’on voyait des foyers de résistance, ceux-ci se retrouvent bien vite éteints par de nouvelles peurs. Et l’incontestable victoire du Front National en France ce dimanche, couplée au manque d’intérêt évident de la population pour la chose politique (il suffit de voir le taux d’abstention de ces élections régionales pour s’en convaincre), nous montre l’ampleur de l’échec éducatif auquel nous sommes confrontés.

Je veux en effet parler d’échec éducatif, et donner à cet échec une dimension collective. Il serait trop facile de dire « c’est la faute aux politiciens ». Nous avons encore la chance – pour combien de temps encore ? – d’avoir à la tête de nos pays des femmes et des hommes choisis par l’ensemble de leurs populations. Que cela nous plaise ou pas, les femmes et les hommes qui nous gouvernent sont le reflet de ceux qui les ont élus. Prenons nos responsabilités collectives. Nous avons élu des représentants soumis aux injonctions des milieux nationalistes, économiques, financiers, sociaux et/ou sociétaux. Parmi ceux-ci, ce sont les représentants nationalistes, qui se nourrissent des peurs de l’autre qui ont aujourd’hui la cote et qui nous dirigent. Comme les leaders de mouvements sociaux (comme les syndicats) ou sociétaux (comme les écologistes) sont généralement centrés sur la défense des droits des êtres humains dans une approche internationale ou universelle, leurs intérêts sont rarement communs à ceux des nationalistes, centrés sur des politiques de soit disant identité culturelle. C’est ainsi laisser le chemin libre à une alliance entre nationalisme et libéralisme économique et financier. Car ce qui intéresse au plus haut point l’actionnariat des firmes transnationales, c’est la maximisation de ses profits. Et celle-ci se trouve finalement facilitée (du moins à court terme) par une forte liberté de circulation des biens, combinées à une faible liberté de circulation des personnes. Seule cette combinaison permet en effet de faire produire par des enfants esclaves les T-shirts ou les iPhones qui seront ensuite achetés par les consommateurs plus nantis.

Nous voici donc avec cette situation que doit craindre tout système un tant soit peu démocratique: élire des représentants dont les intérêts sont en conflit avec ceux du système. Et ce qui est prévisible se passe:

  1. Créer un sentiment de peur qui fasse se « resserrer » la population derrière ceux qui la gouvernent.
  2. Identifier un ennemi aussi différent que possible du « coeur de cible » électoral, et de préférence incapable (au sens juridique du terme) de se défendre: quoi de mieux aujourd’hui que d’hypothétiques barbus terroristes, si possibles réfugiés syriens mais à la fois tortionnaires de réfugiés syriens…
  3. Faire croître artificiellement le sentiment de peur de l’ennemi, par exemple en utilisant des événements extérieurs pour faire croire à une menace intérieure, quitte à devoir gérer l’absence totale de preuve d’une menace intérieure à coup de « secret de l’enquête »…
  4. Démanteler les outils de contrôle démocratique vis à vis du pouvoir en place (tentative de ré-introduire la censure – affaire Mythra/Médor, suppression des juges d’instruction en matière de criminalité financière, concentration des pouvoirs judiciaires dans les mains policières,…)
  5. Créer une prison émotionnelle pour les autres acteurs politiques qui – soumis à la peur de leur propre électorat sans doute – acceptent de jouer la « solidarité nationale » vis-à-vis d’une menace dont on refuse de leur montrer la réalité.

Les étapes suivantes sont malheureusement trop connues. Restriction des libertés individuelles (il est bien connu que « si vous n’avez rien à cacher », cela ne pose pas de problème que l’on puisse examiner en détail votre vie privée). Fin des mécanismes de solidarité sociale (exclusion des chômeurs, des pauvres, des étrangers…)

Dans le schéma qui se construit en Belgique, on voit comment la N-VA est en train de construire une situation dans laquelle, idéalement, ce ne sera plus elle qui demandera un démantèlement des solidarités nationales, mais bien les « autres » (Bruxellois ou Wallons). Ce qui lui permettra la plus ultime des forfanteries: comme c’est logiquement celui qui exige de pouvoir partir d’un système de solidarité qui doit en payer le prix, ce seront donc encore les Bruxellois et les Wallons qui passeront à la caisse… Là où tout le monde disait « laissons les nationalistes flamands partir d’eux-mêmes, ils seront confrontés à une note salée qui les fera réfléchir », on peut constater qu’en effet, ils ont réfléchi et retourné la phrase dans l’autre sens, tout en rendant la vie impossible sur le plan des valeurs aux partenaires bruxellois et wallons.

2015, après 70 années de paix relative, l’Europe de l’ouest retrouve ses démons. La génération qui avait connu le pire s’en est allée, et même ses enfants n’auront pas été capables de défendre les acquis de cette paix.

 

Qui veut la peau de Bruxelles ?

Je suis bien entendu horrifié par les attentats du Sinaï, de Beyrouth, de Paris et de Bamako, comme je suis horrifié par les centaines de morts quotidiens en Syrie, en Afghanistan et dans tant de contrées qui n’apparaissent jamais sur nos écrans plats…

Je ne désire pas plus qu’un autre périr sous le feu d’une arme, qu’elle soit de guerre, de chasse ou d’autre chose. Et j’attends des services régaliens de l’Etat auquel je verse annuellement des impôts qu’il assure avec ses forces ma sécurité et garantisse ma liberté, sans sacrifier la seconde à la première.

Ces précautions étant prises, il me faut aussi poser maintenant la question de savoir ce qui se passe aujourd’hui à Bruxelles, et en particulier de distinguer les faits avérés des spéculations.

Dans la catégorie faits absolument avérés:

  • 7, 8 ou 9 personnes ont semé la terreur et la mort à Paris, le vendredi 13/11/2015
  • plus de 130 personnes sont mortes dans ces actions
  • des revendications émanant de DAESH existent pour ces actes criminels
  • des véhicules utilisés dans ces attaques venaient de Belgique, loués par un ressortissant belge, et plusieurs des assaillants étaient belges
  • toutes les fonctions régaliennes de l’Etat belge sont aux mains de ministres flamands non bruxellois, et les plus exécutives (intérieur et défense) sont aux mains de la N-VA. Le premier ministre n’est pas non plus bruxellois
  • Les autorités bruxelloises sont très peu présentes au Centre de Crise et au Conseil de Sécurité
  • Les décisions les plus graves, portant atteinte aux libertés fondamentales sous couvert de la sécurité concernent principalement Bruxelles et les bruxellois
  • Le Conseil de Sécurité a décidé d’étendre sa période de pouvoir « hors contrôle » au moins d’une semaine
  • Aucun dispositif de contrôle démocratique par le Parlement des décisions prises par le Conseil de Sécurité n’est à l’ordre du jour

Ce qui relève (à divers degrés) de la spéculation:

  • les attaques étaient coordonnées (hautement probable – les faits se sont déroulés en public)
  • il existe au moins un de acteurs de ce scénario morbide qui est encore en vie, il semble qu’il n’ait pas « osé » se faire sauter, il s’appellerait Salah Abdeslam (hautement probable – les informations sont assez précises)
  • le « cerveau » qui aurait organisé tout cela est belge (probabilité questionnable – relevant de l’information secrète et incontrôlable par le public)
  • la Belgique serait visée par des attentats du même type (probabilité questionnable – aucune trace publique de la menace exprimée par les autorités alors que généralement les menaces de DAESH sont explicites)
  • Salah Abdeslam serait dangereux et planifierait quelque chose « contre la Belgique », on ne sait pas très bien quoi ni où, mais on sait que ça ne vise pas les écoles qui vont rouvrir mercredi, et suffisamment peu le principal ensemble de tunnels bruxellois (le métro) que pour pouvoir le rouvrir lui aussi mercredi (le gars qui n’a pas osé se faire sauter à Paris serait tout à fait prêt à le faire à Bruxelles – parce qu’il aurait le mal du pays ? – probabilité faible à invérifiable)

Des magistrats s’élèvent contre cette situation, ainsi que des avocats. Je ne suis donc pas le seul à m’inquiéter du manque de contrôle démocratique face à cette situation. Depuis ce mardi matin, un parti politique s’est enfin réveillé et réclame une commission parlementaire spéciale.

Politiquement parlant, la situation doit aussi être regardée à travers les ambitions politiques des partis au pouvoir. En écornant l’image de Bruxelles, les ministres N-VA du gouvernement préparent sa mise sous tutelle. On sait aujourd’hui qu’il ne faut plus compter sur le MR pour défendre les francophones: Charles Michel est prêt à toutes les concessions pour rester au pouvoir. Il s’est tellement contredit depuis la campagne électorale  (comme par exemple ceci ou cela) qu’il n’y a plus aucun espoir à mettre en lui de voir le franchissement d’une « ligne rouge » de la part de son partenaire au gouvernement. Il est finalement beaucoup plus triste de constater qu’aucun parti n’a jusqu’ici osé soulever ce problème fondamental: quand le gouvernement se présentera-t-il devant un ensemble d’élus – y compris de l’opposition – pour leur démontrer la réalité de l’imminence de cette soit-disant menace ?

Car de deux choses l’une: soit cette menace est réelle, avérée et documentée, et alors le Premier Ministre ne doit pas craindre de l’expliquer aux représentants du peuple – fut-ce à huis clos, soit il refuse cette explication et la seule raison possible est que ces éléments déterminants d’information n’existent pas.

Lorsqu’un régime démocratique s’effondre, c’est rarement du jour au lendemain. Par contre, l’aveuglement des partis traditionnels, même dans l’opposition, face aux déclarations de « bonne foi » (ou ici « d’âme et conscience »), est toujours le déclencheur de la perte de contrôle d’une population sur son propre destin.

Aujourd’hui la seule vraie certitude est celle que Bruxelles n’est plus une région autonome, elle est tombée sous le contrôle de l’état fédéral qui lui dicte comment elle doit vivre, éduquer, circuler. Un premier pas important vers l’objectif clair du nationalisme flamand.

Vivre dans un état de non-droit…

Depuis maintenant trois jours, la Région Bruxelloise vit une expérience socio-politique particulière: les libertés fondamentales des citoyens sont de facto limitées (accès limités aux transports publics, fermeture de certains services publics, accès interdit à l’éducation, injonction au silence sur les réseaux sociaux pendant que se déroulent des actions policières dont les justifications précises ne sont pas données, absence totale d’explication sur les opérations militaro-policières en cours ou terminées,…).

Bien sur, tout cela se fait dans la suite de faits terroristes avérés en dehors du territoire et au nom d’une menace que la plupart d’entre nous considère (sans doute à juste titre) comme tangible.

Il reste que, contrairement à nos voisins français qui ont choisit une voie de contrôle démocratique à travers le choix par le législateur de l’état d’urgence, et de sa limitation dans le temps, en Belgique, c’est le pouvoir exécutif qui se substitue de fait au législatif.

La disqualification du pouvoir législatif dans les processus policiers en cours est flagrante: quand les français réunissent leur Congrès pour faire voter l’état d’urgence pour une période limitée de 3 mois, le gouvernement belge ne se soumet à aucun moment à un processus transparent de contrôle par le parlement. Bien entendu Mr Michel ira dire à la Chambre ce que Jan Jambon (et donc BdW) lui souffleront à l’oreille, et bien entendu, au nom de « l’unité nationale » contre les « horreurs » du terrorisme, aucun député n’osera suggérer qu’une action soutenue et émanant du Parlement serait plus adéquate qu’un « license to kill » délivré a postériori. Personne ne demandera que l’on vote quoi que ce soit, et sans autre limitation dans le temps que celle que voudra bien décider la marionnette qui dirige notre gouvernement, ses sbires sécuritaires N-VA (qui dirigent l’Intérieur et la Défense) vont pouvoir parader devant leurs électeurs, bien loin de la Flandre, en montrant encore du doigt Bruxelles comme porte d’entrée du Royaume du Mal.

Encore une fois, je ne nie pas la très haute probabilité d’une justification des mesures prises par le gouvernement. Il me semble simplement qu’elle pourrait faire l’objet d’une loi de pouvoirs spéciaux qui autoriserait l’exécutif à cumuler les fonctions du législatif et du judiciaire pendant un temps déterminé.

Il semble que pour l’instant le pouvoir judiciaire ne soit pas plus inféodé au pouvoir exécutif qu’il ne l’a toujours été (les magistrats restent des hommes nommés par des politiciens), même si les derniers développements en matière de liberté de la presse peuvent générer certaines inquiétudes. Mais une vigilance absolue me semble requise là aussi…