Votre « Soir », vous le prenez en Delvaux ou avec du Bouillon ?

Notre grand quotidien national vit certainement au rythme de débats internes intenses. Du moins je l’espère. Car au vu de deux des éditoriaux de ce samedi on peut y trouver tout et son contraire. Heureusement dirais-je, car je ne cacherai pas que la soumission des éditoriaux de Béatrice Delvaux au discours néo-libéral a bien besoin de l’analyse historique de Pierre Bouillon pour garder un minimum de sérieux au débat. Continuer la lecture de Votre « Soir », vous le prenez en Delvaux ou avec du Bouillon ?

Une solution simple pour mettre fin aux grèves qui nous « ennuient »

Le ‘Union bashing » bat son plein en Belgique. Alimenté par des médias qui préfèrent insister sur les inconvénients temporaires pour les usagers des transports en commun (et qui sait bientôt les clients de certains biens et services ?) que sur les raisons de la colère des travailleurs, les réseaux sociaux se lâchent: des manifestants qui brûlent des palettes sont comparés à des vacanciers autour d’un feu de camp, ceux qui après la manifestation vont boire ensemble un verre sont condamnés pour paresse, les étudiants qui ne peuvent se déplacer pour leurs examens hurlent à la « prise d’otage ».

Ce que tout le monde oublie, c’est que ces grévistes sont les premiers à payer, au prix de leur salaire, les mouvements auxquels ils participent. Ce que les pleurnicheurs des réseaux passent au blanc, c’est que c’est leurs pensions, leurs salaires, leur sécurité sociale, leur sécurité que défendent ces grévistes.

Qui nous avait dit que nous aurions 100 euros de plus en poche dans notre salaire, tout en nous cachant qu’il nous en retirerait 150 via des hausses d’accises et de TVA ? Les syndicats ?

Qui veut nous forcer à travailler 45 heures par semaine dans un système qui réduira de plus de moitié les compensations pour les heures supplémentaires ? Les syndicats ?

Qui veut nous amener à travailler jusque 67 ans pour pouvoir payer deux ans de pension en moins à chaque Belge ? Les syndicats ?

Qui réduit le séjour à l’hôpital des jeunes accouchées et augmente ainsi les risques de maltraitances d’enfants (par manque d’accompagnement à la naissance) et de mortalité péri-natale ? Les syndicats ?

Qui décide que « puisque la Flandre est servie », il est inutile de continuer à construire un RER entre Bruxelles et la Wallonie ? Les syndicats ?

Oui les grèves créent des difficultés pour chacun d’entre nous. Ces difficultés sont là pour nous faire réfléchir, pas pour nous laisser emporter par les propos populistes de journalistes qui ont depuis longtemps rangé leur déontologie au placard – parce que eux aussi sont en danger de perdre leur boulot !

Aujourd’hui, il y a ceux qui choisissent de baisser la tête et d’accepter chaque jour de nouvelles humiliations, avalant les pilules de la crise au nom d’une austérité soit-disant rédemptrice. Ceux là refusent de voir que depuis 30 ans, plus d’austérité ne nous a amené que plus d’inégalités.

Et puis il y a ceux qui refusent cette fatalité, qui ne voient d’autres moyens de se battre que la grève et les mouvements sociaux. Ceux là paient de leurs personnes en acceptant des pertes de revenus au  nom de lendemains meilleurs. Dans le froid, au coeur de la bataille, ils allument un feu qui rassemble et qui réchauffe. Après le combat, entre amis partageant la même lutte, ils vont ensemble refaire la bataille autour d’un verre. Ils ne prennent personne en otage. Ni les prisonniers dont les conditions de vie étaient indigne d’êtres humains bien avant la grève des gardiens, ni les étudiants qui sont mis en concurrence pour des jobs de plus en plus précaires et de moins en moins payés, ni les « travailleurs » dont les conditions quotidiennes de travail se dégradent aussi lentement que l’eau dans laquelle la grenouille se laisse cuire chauffe…

Les preneurs d’otages siègent rue de la Loi. Ils ne bougent pas le moindre petit doigt pour améliorer les choses. N’ont qu’un seul mot à la bouche: austérité.

« Ca » n’arrivera jamais… ou comment clôturer en beauté 2015 !

Voilà, c’est fait. Quand il y a trente ans toute l’Europe regardait goguenarde un vieux déjà gâteux invoquer Jeanne d’Arc en réclamant « La France aux français », l’immense majorité d’entre nous pensait à un épiphénomène qui s’éteindrait étouffé par sa propre vacuité ou son ridicule.

Et nous voici, ce lendemain de St Nicolas, improbables Bruxellois, coincés au milieu d’un territoire contrôlé par des nationalistes eux-mêmes otages d’une des extrêmes-droites les plus agressive d’Europe, et à 100 km d’un nouveau territoire soumis aux chemises brunes de la famille Le Pen.

Est-ce donc ici que nous ont amené septante années de paix gagnées par une coalition qui l’espace d’une guerre avait fait passer au second rang les formes les plus caricaturales du libéralisme et du socialisme pour vaincre ce que l’on appelait alors la bête immonde ?  Combien de familles déchirées, amputées pour cela ? Et aujourd’hui leurs enfants et les générations qui les suivent semblent avoir tout oublié. Faut-il avoir été marqué personnellement au fer rouge pour craindre le feu ? Voir les souffrances, les blessures de nos mères et de nos pères ne nous aura donc pas suffit.

Je ne sais quel sera l’événement retenu par les historiens lorsqu’il s’agira de définir le jour où l’Europe bascula à  nouveau dans l’obscurantisme. Il ne sera cependant pas loin de l’année 2015. Une année pendant laquelle ceux à qui nous avions confié le sort de l’Europe ont choisi de céder à  la peur et à la confrontation. Une année pendant laquelle cinq à six millions de réfugiés se sont retrouvés sur les routes du monde à fuir les meurtres, les viols, les mutilations et les catastrophes naturelles. Une année pendant laquelle l’Europe a vendu plus d’armes aux pays du tiers monde qu’il n’en faut pour détruire la planète. Une année pendant laquelle les banquiers du monde, ressuscités de la crise qui les avait mis au tapis il y a sept ans auront refusé d’aider ceux-là même qui les avaient nourris quand ils mourraient de faim. Une année pendant laquelle chaque jour qui passait aura vu des milliers d’êtres humains mourir soit de faim, soit sous la torture, soit sous les bombes financées par nos achats de pétrole, d’essence et de gaz. Une année pendant laquelle nous aurons continué d’acheter des T-shirts fabriqués avec la sueur d’enfants esclaves bien loin d’ici. Une année qui se terminera avec un arbre de Noël dont l’ombre couvrira des « objets connectés » fabriqués en Chine, en Inde ou en Corée, par des armées de travailleurs sous-payés. Une année pendant laquelle rien qu’en Belgique 600 personnes seront mortes sur les routes, la plupart fauchées par des conducteurs en excès de vitesse, d’alcool, ou des deux. Une année pendant laquelle comme toutes les précédentes, ce seront les crimes commis à l’intérieur même des familles qui auront fait le plus grand nombre de victimes.

Et pourtant, que retiendrons-nous de cette année ? Qu’est-ce qui va occuper la une des rétrospectives qui vont se succéder dans les prochains jours dans nos journaux et sur nos écrans ? La mort des journalistes de Charlie Hebdo, celle des 130 victimes du 13 novembre à Paris, celles du Musée Juif de Bruxelles. Et surtout la peur, cette peur que nos dirigeants incapables de nous faire aimer la paix ont choisi de distiller en nous pour assoir leur emprise. Cette peur qui nous fait accepter l’amputation systématique de nos libertés. Cette peur qui justifie de jeter dans nos rues des gamins en treillis militaire. Cette peur qui fait prendre à un Premier Ministre des airs de matamore à la proue d’un bateau parti faire une guerre impossible à un ennemi insaisissable.

Cette peur qui fait enfin que de Copenhague à Séville, une tâche brune s’étend de plus en plus sur l’Europe, que là où l’on voyait des foyers de résistance, ceux-ci se retrouvent bien vite éteints par de nouvelles peurs. Et l’incontestable victoire du Front National en France ce dimanche, couplée au manque d’intérêt évident de la population pour la chose politique (il suffit de voir le taux d’abstention de ces élections régionales pour s’en convaincre), nous montre l’ampleur de l’échec éducatif auquel nous sommes confrontés.

Je veux en effet parler d’échec éducatif, et donner à cet échec une dimension collective. Il serait trop facile de dire « c’est la faute aux politiciens ». Nous avons encore la chance – pour combien de temps encore ? – d’avoir à la tête de nos pays des femmes et des hommes choisis par l’ensemble de leurs populations. Que cela nous plaise ou pas, les femmes et les hommes qui nous gouvernent sont le reflet de ceux qui les ont élus. Prenons nos responsabilités collectives. Nous avons élu des représentants soumis aux injonctions des milieux nationalistes, économiques, financiers, sociaux et/ou sociétaux. Parmi ceux-ci, ce sont les représentants nationalistes, qui se nourrissent des peurs de l’autre qui ont aujourd’hui la cote et qui nous dirigent. Comme les leaders de mouvements sociaux (comme les syndicats) ou sociétaux (comme les écologistes) sont généralement centrés sur la défense des droits des êtres humains dans une approche internationale ou universelle, leurs intérêts sont rarement communs à ceux des nationalistes, centrés sur des politiques de soit disant identité culturelle. C’est ainsi laisser le chemin libre à une alliance entre nationalisme et libéralisme économique et financier. Car ce qui intéresse au plus haut point l’actionnariat des firmes transnationales, c’est la maximisation de ses profits. Et celle-ci se trouve finalement facilitée (du moins à court terme) par une forte liberté de circulation des biens, combinées à une faible liberté de circulation des personnes. Seule cette combinaison permet en effet de faire produire par des enfants esclaves les T-shirts ou les iPhones qui seront ensuite achetés par les consommateurs plus nantis.

Nous voici donc avec cette situation que doit craindre tout système un tant soit peu démocratique: élire des représentants dont les intérêts sont en conflit avec ceux du système. Et ce qui est prévisible se passe:

  1. Créer un sentiment de peur qui fasse se « resserrer » la population derrière ceux qui la gouvernent.
  2. Identifier un ennemi aussi différent que possible du « coeur de cible » électoral, et de préférence incapable (au sens juridique du terme) de se défendre: quoi de mieux aujourd’hui que d’hypothétiques barbus terroristes, si possibles réfugiés syriens mais à la fois tortionnaires de réfugiés syriens…
  3. Faire croître artificiellement le sentiment de peur de l’ennemi, par exemple en utilisant des événements extérieurs pour faire croire à une menace intérieure, quitte à devoir gérer l’absence totale de preuve d’une menace intérieure à coup de « secret de l’enquête »…
  4. Démanteler les outils de contrôle démocratique vis à vis du pouvoir en place (tentative de ré-introduire la censure – affaire Mythra/Médor, suppression des juges d’instruction en matière de criminalité financière, concentration des pouvoirs judiciaires dans les mains policières,…)
  5. Créer une prison émotionnelle pour les autres acteurs politiques qui – soumis à la peur de leur propre électorat sans doute – acceptent de jouer la « solidarité nationale » vis-à-vis d’une menace dont on refuse de leur montrer la réalité.

Les étapes suivantes sont malheureusement trop connues. Restriction des libertés individuelles (il est bien connu que « si vous n’avez rien à cacher », cela ne pose pas de problème que l’on puisse examiner en détail votre vie privée). Fin des mécanismes de solidarité sociale (exclusion des chômeurs, des pauvres, des étrangers…)

Dans le schéma qui se construit en Belgique, on voit comment la N-VA est en train de construire une situation dans laquelle, idéalement, ce ne sera plus elle qui demandera un démantèlement des solidarités nationales, mais bien les « autres » (Bruxellois ou Wallons). Ce qui lui permettra la plus ultime des forfanteries: comme c’est logiquement celui qui exige de pouvoir partir d’un système de solidarité qui doit en payer le prix, ce seront donc encore les Bruxellois et les Wallons qui passeront à la caisse… Là où tout le monde disait « laissons les nationalistes flamands partir d’eux-mêmes, ils seront confrontés à une note salée qui les fera réfléchir », on peut constater qu’en effet, ils ont réfléchi et retourné la phrase dans l’autre sens, tout en rendant la vie impossible sur le plan des valeurs aux partenaires bruxellois et wallons.

2015, après 70 années de paix relative, l’Europe de l’ouest retrouve ses démons. La génération qui avait connu le pire s’en est allée, et même ses enfants n’auront pas été capables de défendre les acquis de cette paix.

 

Répondre démocratiquement aux violences économiques

Le plaidoyer de Jean-Luc Mélenchon pour expliquer le geste de violence des (futurs ex) salariés d’Air France à l’égard de leur DRH avait emporté une première réaction de ma part en faveur du discours du leader de la Gauche.

Le discours de Xavier Mathieu qui déclare au « Grand Journal » qu’il a été pacifiste toute sa vie. Mais qu’il  n’y croit plus m’a amené à penser à  nouveau cette question.

En quelque sorte, le dilemme qui nous est présenté est le suivant:

  • D’une part, les actionnaires de grandes entreprises, voire d’entreprises nationales ou nationalisées prennent des décisions dont les conséquences sont d’une violence inouïe pour les travailleurs: licenciements massifs, pertes de revenus, destructions de familles, suicides. Ces décisions, économiques ou administratives, sont prises dans le cadre de la stricte légalité, sous le couvert de lois votées par les représentants du peuple.
  • D’un autre côté, la colère que génère ces décisions entraine des femmes et des hommes, encadrés, soutenus par leurs organisations syndicales, à s’en prendre physiquement aux représentants de ces actionnaires, quitte à les séquestrer ou à leur déchirer leurs vêtements. Certains avec humour se contentent de les entarter.
  • La force publique, bras armé d’un pouvoir démocratiquement élu, ne peut qu’agir face à cette violence physique directement observable, utilisée par les médias plus sensibles à leur chiffre d’audience  qu’à leur fonction pédagogique. Elle s’attaque donc aux « déchireurs de chemises » tout en laissant courir les destructeurs de vies.

Nous mêmes, pris dans le tournis des images, des cris et des harangues, nous avons alors tendance à nous positionner non plus face au fait social que constitue la destruction d’emplois au nom de la compétitivité, mais bien face aux images émotionnelles qui font dire que soit c’est un scandale de s’attaquer à un homme et de le « lyncher » publiquement, soit qu’il faut comprendre la violence de ceux à qui l’on a tout enlevé. Mais lorsque Xavier Mathieu nous dit qu’il ne croit plus au pacifisme, il nous entraîne dans une voie sans issue.

En effet, je continue à croire qu’aucun système socio-politique ne peut offrir mieux aujourd’hui qu’un régime basé sur l’écoute et la représentativité de toutes les composantes de la société. Ce que l’on appelle peut-être un peu rapidement la démocratie. C’est pour cette raison que si je me sens, ici en Belgique, de grandes sympathies avec des partis comme le PTB, je ne pourrais leur donner ma voix aussi longtemps qu’il n’auront pas fait un aggiornamento vers le respect total de la légitimité démocratique. Et la proposition de Xavier Mathieu, lorsqu’il dit qu’il faudra désormais compter avec la violence est un constat d’échec de la démocratie dans sa configuration actuelle doublé d’un appel à passer à un régime socio-économique basé sur les rapports de forces et non sur la négociation: l’histoire est malheureusement témoin des drames que de tels régimes ont causé que ce soit ici en Europe, en Chine, en Corée du Nord, en Russie ou dans l’Afrique post-coloniale (et passim…).

Or, qu’est-ce qui cause problème aujourd’hui ? Ce n’est pas tant l’illégitimité des violences physiques à l’égard des êtres humains. Il me semble que tout corpus de règles de vivre ensemble inclus nécessairement le refus de la violence physique comme solution aux conflits. Et cette promulgation de l’illégalité de la violence est d’autant plus importante qu’il reste chez chacun d’entre nous des bribes de réactions émanant de notre cerveau reptilien qui nous poussent vers le combat lorsque nous ressentons la colère…

La question qui pourrait être réglée par un processus démocratique ne serait-elle pas plutôt celle de faire subir effectivement les conséquences de leurs actes aux auteurs de violences administratives et économiques. De reconnaître le lien de causalité entre la décision de licenciement (collectif ou individuel) et ses conséquences non seulement financières, mais également vitales. La colère de Xavier Mathieu, la justification de Mr Mélenchon vient surtout de l’incompréhensible hiatus qui existe entre la pénalisation judiciaire d’un arrachage de chemise et des éventuels coups, blessures et séquestration qui l’ont accompagné (je ne minimise pas le fait, je le qualifie) et la simple obligation de négocier un plan social (donc de trouver une solution financière négociée et donc dépénalisée) pour l’auteur de la violence administrative et économique.

Que se passerait-il si demain, les membres d’un Comité de Direction ou d’un Conseil d’Administration pouvaient se trouver pénalement responsable des conséquences physiques de leurs actes. Si à côté des coups et blessures volontaires ayant entraîné des conséquences définies (invalidité, mort,…) on pouvait qualifier un licenciement décidé et choisi pour des raisons économiques par l’employeur de torture morale pouvant entrainer des conséquences tout aussi définies ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Les membres des comités exécutifs, de direction, des conseils d’administration, savent très bien ce que leurs décisions auront comme conséquences sur le plan humain. Mais l’absence de responsabilité personnelle sur ces conséquences les dédouane de toute réflexion sur l’opportunité sociale de leur décision. Pour l’avoir vécu dans le passé, assis à la table d’un comité de direction (mais sans y avoir voix au chapitre), j’ai vu ces gens décider de licencier quelques centaines de collaborateurs afin de satisfaire les exigences de l’actionnaire. Je les ai vu porter les uns sur les autres des regards graves, montrant combien ils mesuraient cyniquement l’importance de l’enjeu humain, mais prenant la décision qui montrait objectivement combien cet enjeu humain comptait peu face à la volonté de l’actionnaire. Je les ai vu se lancer alors dans le calcul cynique de la solution de licenciement la plus économique. Puis se distribuer le « boulot difficile » comme ils disaient (lisez « annoncer les licenciements individuellement pour éviter la longue et couteuse procédure du licenciement collectif »). Puis établir des tableaux dignes des camps de concentration où l’on allait comparer, semaine après semaine, la bonne « exécution » du plan.

Que se passerait-il si ces dames et ces messieurs devaient intégrer la composante « responsabilité pénale des conséquences morales et physiques » dans chaque licenciement. Aujourd’hui, la décision de licencier un collaborateur pour augmenter le profit de l’actionnaire reçoit un traitement judiciaire ridicule. Que penserait-on du juge qui condamnerait à quelques centaines ou milliers d’euros d’amende le chasseur de prime qui aurait acheté un fusil, se serait entraîné, aurait observé les déplacements de sa victime, puis tiré dans ses jambes « pour lui donner une leçon », mais qui aurait par malheur « dérapé » et occis sa victime ? Or c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui dans le monde de l’entreprise. Un actionnaire vous donne ordre de « liquider sans tuer » quelques centaines de personnes, vous consultez quelques experts, spécialistes, juristes et consultants pour trouver la solution la moins couteuse – en ce compris le coût de devoir se défendre devant un Tribunal du Travail, vous analysez vos listes d’employés pour identifier ceux qui sont le moins susceptibles de vous causer du tort par la suite, puis vous tirez… pas de chance, il y en a un qui se suicide. C’était sans doute sa faute… Aucun espoir d’obtenir une décision de nature pénale pour un tel crime (ce n’est pas un crime, pas même une infraction… c’est un grand malheur).

Changez cette donne. Pénalisez les conséquences humaines des décisions économiques et financières. Montrez effectivement que ces crimes quotidiens, bien plus meurtriers et nombreux que les faits divers qui font la première page de sudPresse, sont punis sévèrement, pour le crime qu’ils représentent. Vous verrez alors l’attitude de ces soit-disants décideurs changer.

La réponse à la violence des actionnaires et des conseils d’administration, ce n’est pas la violence contre les biens et les personnes, c’est la re-qualification juste de la violence des actionnaires et des hommes qui les représentent. Une qualification de correctionnalisation et non de droit du travail. Un tel travail peut s’accomplir dans un cadre démocratique. Il ne serait sans doute pas sans conséquence, et l’on ne doit certainement pas compter sur un exécutif comme celui qui nous « exécute » aujourd’hui pour lancer un tel chantier. Mais ce serait là une approche enfin différente de la lutte sociale. Autre chose que les sempiternelles jérémiades autour des ajustements salariaux, allongement de la vie professionnelle, (non) indexation et service minimum… Un rafraichissement de notre démocratie qui permette à chacun de se sentir protégé contre l’arbitraire des organisations alors qu’il ne l’est souvent aujourd’hui que contre celui des individus.

Pour que nous ne devenions pas des assassins

Lorsque des centaines de milliers de migrants se présentent aux portes de l’Europe, le refus de les laisser entrer n’est pas l’attitude de raison.

D’abord, ces migrants, nous n’arriverons jamais à les renvoyer où que ce soit. Chez eux, ce n’est déjà plus chez eux. Ils ont tout quitté parce que rester était impossible.  Parce que derrière eux tout est détruit, en particulier l’espoir. Qu’y a-t-il de plus risible, de plus vain qu’un émissaire européen tentant de convaincre les « responsables » politiques d’un pays d’émigration qu’il doit lui-même convaincre ses compatriotes de rester chez eux ?

Qu’y a-t-il de plus risible, de plus vain qu’une mission occidentale tentant de persuader des masses croupissant dans la pire des misères que ce ne sera pas mieux dans ces pays où l’on a l’air si propre sur soi ?

Ensuite, en les repoussant, nous ne faisons que provoquer le redoublement de leurs efforts. Mais à chaque nouvelle tentative de rejoindre l’occident, quelques centaines meurent. Au coeur des zones de guerre qu’ils traversent, au fond des cales des misérables bateaux qui les font traverser…

En les repoussant, nous devenons nous mêmes assassins, car nous ne pouvons ignorer ce qui va leur arriver, et nous choisissons de les laisser dehors.

En leur interdisant l’accès à notre territoire, nous nous transformons en victimes car nous ne laissons pas s’exprimer les formidables compétences qu’apportent ces migrants et dont nous avons besoin. Un migrant, ce n’est pas d’abord quelqu’un qui vient profiter d’un système social dont il ne connaissait même pas l’existence. En permettant aux migrants de travailler autrement que dans la clandestinité, ce sont les fraudeurs qui disparaitraient, et les migrants ne représenteraient plus une concurrence déloyale pour nos propres travailleurs puisque leur coût deviendrait comparable. Jouissant de revenus plus confortables, les migrants deviendraient des consommateurs générateurs de croissance ici et dans leurs pays d’origine où ils pourraient enfin envoyer des moyens financiers plus conséquents.

Enfin, on ne le répétera jamais, il y a d’abord dans ce défi un question d’ordre humanitaire: quelle est la logique qui justifie sous quelque forme que ce soit que le fait d’être né d’un côté ou d’un autre d’une frontière fait de vous une femme, un homme ou un enfant avec moins ou plus de droits ?

Fondamentalement, le risque de se voir refuser un statut crée plus d’illégalité puisqu’un nombre significatif de migrants n’a d’autre solution que de rentrer dans la clandestinité dès lors que son statut risque de ne pas lui être accordé ?

Aucun chiffre, aucune mesure, rien n’a jamais établi qu’il existait un « seuil de tolérance » à l’immigration. Et pourtant, nos politiciens, confrontés aux peurs de leurs concitoyens continuent de choisir de les entretenir au lieu de remplir leur rôle éducatif. Le discours tenu par Monsieur Demotte est à cet égard parfaitement ignoble.

Faudra-t-il pour une fois reconnaître que le discours le plus humanitaire tenu par un politique ces derniers jours est celui de Mr Franken ?

Les 12 mesures qui n’empêcheront jamais un fou de commettre un acte terroriste

Après les attentats dramatiques et ignobles qui ont frappés la France et la Belgique au coeur de leurs valeurs fondamentales ces dernières semaines, on attendait logiquement de nos gouvernants qu’ils prennent des mesures symboliques pour protéger les populations des actes de folies de quelques fanatiques, sans mettre en danger ces valeurs mêmes qui ont été attaquées de l’extérieur.

C’était sans doute oublier que les gouvernements (et singulièrement le nôtre) sont aujourd’hui inféodés aux mouvements populistes qui profitent de la mauvaise gestion des crises économiques et sociales pour instiller leurs politiques de peur, de haine et d’exclusion.

Ainsi, on a sans surprise pu constater que les douze « mesures » prises par le gouvernement N-VA (car, au vu de la campagne d’affichage, il n’y a pas de doute, c’est la N-VA qui est au commande)

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allaient toutes dans le même sens: la réduction de nos libertés fondamentales. En quelque sorte, au nom de la défense de nos libertés fondamentales, pour lutter contre des gens qui sont prêt à mourir – et qui le prouvent – parce que leurs valeurs vont à l’encontre de ces libertés fondamentales, nous allons … réduire les libertés fondamentales.

Quelle plus belle victoire pouvons nous offrir aux radicaux de tous poils que d’agir dans le sens qu’ils veulent imposer à l’histoire, sous prétexte de les retarder dans leur combat ?

On aurait pu espérer, comme je le lisais hier encore sous la plume d’Anne Löwenthal et d’autres, que les fameuses douze mesures ressembleraient plutôt à ceci (piquées à Anne Löwenthal sur son mur Facebook):

1. Une réforme en profondeur de l’enseignement
2. La création d’un service d’accueil et de désintoxication des jeunes embrigadés par des extrémistes
3. La fin des exclusions des chômeurs et la réintégration des exclus
4. Un renforcement des associations d’alphabétisation
5. L’instauration d’une allocation universelle avec un partage du temps de travail
6. L’ouverture de crèches pour garantir un accueil de qualité à tous les enfants
7. Une réelle gratuité de l’enseignement
8. Un renforcement des moyens alloués à la culture
9. Un renforcement des services sociaux
10. La suppression des SAC
11. L’intensification de la lutte contre les discrimination
12. La fermeture des prisons au profit de mesures alternatives

Je ne dis pas que je partage à 100% ces propositions (en tous cas dans l’optique d’une lutte contre le radicalisme religieux), mais une chose me paraît certaine:

Aussi longtemps que nous nous contenterons de renforcer les mesures répressives à l’égard de gens qui n’aspirent qu’à devenir des martyrs, nous renforcerons leurs motivations à agir et donc risquons principalement d’être contre-productifs. Faire un mort chez les radicaux, c’est aussi motiver 10 autres à se lever.

Les mesures de protection des populations civiles ont du sens, aussi longtemps qu’elle ne serve pas principalement à restreindre les libertés individuelles. Or ce que va faire notre gouvernement c’est diminuer nos libertés individuelles (plus d’écoutes, plus de contrôles a priori, plus de délits de sale gueule, plus de fichage, moins de liberté d’association, …)

Les vraies mesures de prévention vont dans le sens de l’éducation et de la désintoxication: quels moyens sont aujourd’hui mis à la disposition des enseignants, confrontés aux discours d’ados en révoltes – rappelons que c’est le rôle d’un ado d’être en révolte – qui soutient les thèses complotistes ? Quels espoirs leur donner pour leur avenir ? Dans quelle mesure les responsables d’entreprise qui ont défilés dimanche dernier seront-ils moins curieux de la couleur de la peau des candidats employés pour ne se concentrer que sur les compétences offertes ? Verra-t-on demain la grande fraternité des marches « Charlie » se transformer en une fraternité et une égalité réelle face à l’emploi, à l’aide sociale, à la solidarité en général ?

Le débat n’est pas tant celui de l’intégration que celui de la véritable égalité des chances. Aussi longtemps que des jeunes se sentiront exclus de notre société parce qu’ils n’ont pas le bon patronyme, la bonne couleur de peau, le bon accent, le bon vêtement sur eux, la bonne casquette, le bon couvre-chef (honnêtement, qu’est-ce qui est le plus ridicule, le dernier bibi de Mathilde où le foulard de votre voisine ?), ces jeunes se regrouperont et écouterons ceux qui savent utiliser leurs ressentiment normal pour les transformer en martyrs potentiels.

Finalement, ce qui est le plus étonnant, ce n’est pas que quelques dizaines de jeunes exclus deviennent des terroristes. C’est que devant l’absence d’action contre l’exclusion, il n’y en ait pas des milliers…

 

La déclaration de Jan Jambon que les médias n’analysent pas assez

J’ai déjà parlé de ce point dans un post précédent. Il y a une déclaration de Jan Jambon qui me paraît plus grave que toute autre dans la bouche d’un ministre de l’intérieur, c’est cette intention exprimée d’utiliser les outils à sa disposition pour empêcher notre système démocratique de fonctionner normalement. Comment la presse ne se saisit-elle pas de tels propos pour interpeller le personnel politique ?

Petit rappel: lorsque le 12 ou le 13 octobre, il parle de la philosophie qui a prévalu dans la construction de l’accord de gouvernement « N-VA-CD&V-Libéraux », Jan Jambon déclare explicitement ceci:

« Notre crainte, c’est que le PS revienne à la prochaine législature et détricote toutes les réformes que nous aurons entreprises. C’est pour cela que nous voulons un changement des institutions : pour sécuriser les réformes socio-économiques, juridiques, sur l’asile et l’immigration, etc »

Et clairement, les mesures qui sont déjà annoncées par ce gouvernement démontrent une volonté d’avancer dans cette direction:

  • participation de l’armée aux forces de maintien de l’ordre
  • répression des plaintes « manifestement injustifiées » à l’égard de policiers
  • modification du code électoral (suppression de l’effet dévolutif de la case de tête)
  • augmentation du nombre de caméras de surveillance
  • utilisation de l’argument de lutte contre le terrorisme pour surveiller de plus près tout qui serait considéré comme « subversif ».

pour ne citer que quelques unes des mesures liberticides qui nous attendent.

Vouloir changer les institutions pour éviter qu’un parti – pourtant légitime et respectueux de la démocratie – ne puisse plus accéder au pouvoir, c’est vouloir museler la démocratie non pas pour la protéger, mais bien pour la détruire.

Mettre aux commandes du ministère de l’Intérieur un homme qui a démontré par ses paroles et par ses actes qu’il ne fait que peu de cas des valeurs démocratiques, c’est tendre au parti liberticide le bâton pour nous battre.

Je lis sur de nombreux forums de discussion qu’il faut laisser à ce gouvernement le temps de mettre en place ses réformes socio-économiques pour voir si elles fonctionneront. Et s’il s’agissait d’un gouvernement de centre droit qui voulait mettre en place de telles politiques, sans ambitions cachées, je serais tenter de dire en effet: voyons un peu quels effets ces mesures vont avoir, et maintenons le cadre démocratique.

Mais ici, les réformes socio-économiques sont mise en place pour renforcer aux yeux de l’opinion politique flamande la perception d’une Wallonie qui ne veut pas travailler, et obtenir ainsi l’indépendance à laquelle semble tellement aspirer la N-VA et le VB. Le scénario est machiavélique:

  • la N-VA participe à un gouvernement en s’engageant à ne pas « faire de communautaire » et de fait, la déclaration gouvernementale ne comporte formellement aucun élément en ce sens: la N-VA est donc fréquentable…
  • le personnage clé de la N-VA, pourtant premier parti au gouvernement, ne prend pas le poste de premier ministre qui lui revient de droit. Au contraire, il s’installe au balcon de l’Hôtel de Ville d’Anvers (ou pire sur la place Tien An Men) pour observer « les foutaises » que les wallons ne manqueront pas de lancer…
  • le MR, aveuglé par cette étrange opportunité de pouvoir gouverner sans devoir se coaliser dans sa communauté, doit donc faire toutes ses concessions en termes d’influences communautaires et fédérales. Résultat: il hérite de la diplomatie, sans obtenir aucun ministère régalien. Il sera donc celui qui n’a rien à dire ni dans le domaine économique, ni dans le domaine social, ni dans celui de la sécurité, ni dans celui de la justice, mais qui devra affronter les instances internationales pour défendre les actions du gouvernement…
  • la N-VA, nouveau et inexpérimenté sur la place fédérale, y envoie ses cadors. Et là, il apparaît immanquablement que ceux-ci sont loin d’être des anges en terme de valeurs démocratiques: liens marqués avec l’extrême droite, amitiés collaboratives, comportements publics appelant ouvertement à la désobéissance civile, propos racistes et homophobes, nous en passons et des meilleures… Et lorsque des dérapages surviennent, comme ils n’ont pas (ou ne veulent pas avoir) de personnel de rechange au niveau approprié, ils arrivent à forcer leurs « partenaires » à se transformer en sous-fifres. « Attention dit Charles Michel le 14 octobre, si ça se reproduit [les scandales autour de Théo Francken], je vais me fâcher tout rouge, c’est inadmissible ». Et quand le 15 octobre, on apprend que l’on était loin de tout savoir sur le comportement homophobe et xénophobe du bonhomme… on se contente de fausses excuses
  • Le MR va être mis sous une pression énorme dans les prochains mois. Les syndicats vont occuper la rue. Les grèves vont se succéder, les bus et les trains ne circuleront pas, la poste ne distribuera plus le courrier… soit le MR tiendra le cap, soit il ne le tiendra pas.
  • Si le MR tient le cap, il ne pourra le faire qu’en faisant de plus en plus de concessions à ses partenaires. L’argument selon lequel il faut aussi obtenir « quelque chose » pour les wallons et les bruxellois risque de motiver la N-VA tout autant qu’un steak végétarien peut faire bouger un chacal. La Wallonie et Bruxelles souffriront tant et tant qu’en 2019, le désir de se séparer du reste du pays risque d’être aussi élevé, voir plus fort, au Sud qu’au Nord.
  • Si le MR ne tient pas le cap, la N-VA pourra crier à la démonstration absolue que « décidément ce pays ne peut plus fonctionner sous les diktats en formes de foutaises wallonnes et bruxelloises », renforçant encore sa position en Flandre et aggravant en tout état de cause le fossé entre Flandre, Bruxelles et la Wallonie.

Le résultat de cette analyse, c’est que d’une manière ou d’une autre, la 7ème réforme de l’état est en train de se dérouler sous nos yeux. Sans révision de la constitution, sans avoir l’air d’y toucher, et en reportant toute la responsabilité de la rupture finale sur les wallons et les bruxellois. Et c’est très clairement en renonçant à ses promesses de ne jamais gouverner avec la N-VA, pour assouvir une petite vengeance de court terme (son éviction des exécutifs régionaux et communautaires) que le MR a précipité cette situation.

Mais le MR est-il seul responsable du côté francophone ? Même s’il lui revenait de faire preuve de courage politique, il n’a sans doute pas reçu du PS et du CdH suffisamment de signaux d’encouragement pour s’engager sur une autre voie. Car les majorités alternatives existaient. Il y avait moyen, une fois encore, de se passer de la N-VA. Il y avait sans doute moyen aussi d’envisager non pas un enterrement de première classe pour notre démocratie, mais bien un sursaut des valeurs.

Il devait bien y avoir moyen quelque part, de redonner de vrais accents sociaux à une politique gouvernementale. De se décider à regarder par exemple pour une fois autrement notre politique migratoire. De se baser non plus sur les réflexes populistes du repli sur soi, mais sur les données plus rationnelles des grands centres de recherches (de droite, de gauche ou d’ailleurs) qui tendent toutes à prouver qu’une politique d’ouverture aux migrations permet une relance de l’économie, une augmentation des revenus de tous, une baisse du chômage.

Il apparaît cependant que tous les partis sont aujourd’hui concentrés sur l’activation d’émotions immédiates chez l’électeur. Alors même qu’un gouvernement qui se voudrait réellement de progrès social disposerait de cinq longues années pour éduquer et informer tout en agissant, ni les uns, ni les autres n’ont fait les démarches nécessaires.

Je ne renvoie pas dos à dos MR, PS et CdH. Je condamne sévèrement (mais ils s’en fichent comme un poisson d’une pomme) le MR de cautionner ce qui nous attend. Je crois cependant que tant le PS que le CdH (et dans une certaine mesure Ecolo-Groen et le FDF, ne peuvent se dédouaner de n’avoir pas fait assez d’effort pour offrir une véritable alternative à ce qui nous arrive aujourd’hui.

Lorsque dans ma classe ou dans les couloirs de mon école j’entends des propos parfois moins haineux que ceux qui ont été échangés ces derniers mois entre femmes et hommes politiques de ce pays, j’interviens pour redire ce qui me semble le bon sens: la haine n’amènera jamais des voisins forcés à vivre à côté l’un de l’autre à le faire mieux. Je trouve regrettable qu’ils puissent me répondre aujourd’hui en me disant que si ceux qui nous gouvernent se le permettent, pourquoi ne se le permettraient pas eux-mêmes.

Les travailleurs migrants améliorent le marché de l’emploi

Lampedusa2014Aucune étude sérieuse n’avait jamais osé aborder la question de l’impact de l’immigration sur le marché de l’emploi en Europe. La crainte de voir les résultats d’une telle étude confirmer les thèses les plus populistes (les immigrés « volent » l’emploi des autochtones et font baisser les salaires) en rendait la réalisation hasardeuse et risquée.

Deux chercheurs issus d’institutions dont le sérieux n’est pas à mettre en doute (Francesco d’Amure de la Banque d’Italie et de l’Université d’Essex et Giovanni Peri de l’Université Davis de Californie) publient en Avril dans le très sérieux Journal of the European Economic Association un article intitulé Immigration, Emplois et Protection de l’Emploi: Preuve en Europe, avant et pendant la Grande Récession.

Et ce que cette étude démontre est tout à fait intéressant. Les deux principales conclusions que l’on peut en tirer sont en effet les suivantes:

  1. Tout d’abord, il n’existe pas d’immigration « du milieu ». Les migrants sont soit des travailleurs très qualifiés, soit des travailleurs installés dans les tranches les plus faibles des faiblement qualifiés.
  2. Mais ceci étant dit, le résultat de cette immigration est à la fois une transformation des métiers des travailleurs locaux, vers des emplois plus complexes et plus qualifiés, et une hausse des salaires des travailleurs locaux, conjointe à cette complexification.

De plus, il n’y a aucune diminution du taux d’emploi qui puisse être relié à l’arrivée des travailleurs migrants.

Une autre conclusion de cette étude est que l’arrivée de migrants pendant la « Grande Récession » des années 2006-2010 n’a pas modifié les conclusions de cette étude.

Enfin, et c’est sans doute l’élément de l’étude qui pose le plus question dans nos économies hyper-protégées (et qui risque lui de ne pas plaire aux syndicats et à la gauche traditionnelle), ce sont les marchés de l’emploi les plus flexibles qui réagissent le plus positivement aux migrations. Néanmoins, les conclusions restent valables sur des marchés très protégés (comme le marché belge).

Pour en savoir plus et découvrir toute l’étude, je vous renvoie vers une première version du document complet qui est consultable en ligne: http://www.nber.org/papers/w17139