Démocratie, ce que la crise catalane nous en dit… et un peu plus

J’entends de plus en plus dire que le refus de l’autonomie Catalane est un déni de démocratie par le gouvernement espagnol. Même si le comportement du premier ministre madrilène relève d’un machisme primaire mâtiné de droite rétrograde, ce  n’est cependant pas le cas… Continuer la lecture de Démocratie, ce que la crise catalane nous en dit… et un peu plus

La bataille que la présidente du (F)ront (N)ational français a gagné…

Tout en continuant de croiser les doigts pour nos voisins d’outre Quiévrain, le vainqueur de l’élection présidentielle du 7 mai ne sera sans doute pas la présidente du parti nationaliste (je m’efforce de n’écrire ni le nom, ni le sigle, tant les moteurs de recherche de la blogosphère tirent de conclusions stupides de ce qu’ils trouvent). Pourtant, à lire tout ce qui se dit et s’écrit parmi ceux qui affirment ne pas vouloir d’elle, on peut sans doute considérer qu’elle a déjà gagné la partie qui pour elle est la plus importante…

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Donc, l’action du Parlement Wallon autour du CETA n’a rien changé ?

Maintenant que les différents parlements francophones et wallons du pays ont donné leur accord pour une délégation de signature du CETA, et que dès lors l’avant scène peut être occupée par d’autres que les acteurs principaux de la pièce (entendez par là Paul Magnette, mais aussi ses alliés du CdH), il est de bon ton de crier le plus fort possible que tout cela était beaucoup de bruit pour rien… Continuer la lecture de Donc, l’action du Parlement Wallon autour du CETA n’a rien changé ?

Le choix du CETA, d’abord le choix du monde où nous voulons vivre

Depuis que j’ai écris mon premier article sur le refus par les Parlements wallons, bruxellois et francophones de Belgique  de donner leur délégation de signature pour les accords du CETA, j’ai vu beaucoup de commentaires, de réflexions, d’avis. Il me semble aujourd’hui que de ces débats se dégage un élément peut-être plus important que les autres: ce débat est celui du modèle social dans lequel nous voulons vivre. Continuer la lecture de Le choix du CETA, d’abord le choix du monde où nous voulons vivre

L’idéal Européen, utopie ou leurre ?

Il est souvent trop facile de vouloir trouver les causes des maux qui nous frappent dans les manquements de l’histoire. Ce qui n’a pas été dit ou fait, parmi l’infinité de choses qui pouvaient se dire ou se faire devient manquement et les acteurs du présent peuvent alors se décharger de leurs responsabilités sur ceux qui les ont précédés. Il n’est par contre peut-être pas inutile de relire ce qui a été dit dans le passé et de tenter de mesure le chemin parcouru. Continuer la lecture de L’idéal Européen, utopie ou leurre ?

Votre « Soir », vous le prenez en Delvaux ou avec du Bouillon ?

Notre grand quotidien national vit certainement au rythme de débats internes intenses. Du moins je l’espère. Car au vu de deux des éditoriaux de ce samedi on peut y trouver tout et son contraire. Heureusement dirais-je, car je ne cacherai pas que la soumission des éditoriaux de Béatrice Delvaux au discours néo-libéral a bien besoin de l’analyse historique de Pierre Bouillon pour garder un minimum de sérieux au débat. Continuer la lecture de Votre « Soir », vous le prenez en Delvaux ou avec du Bouillon ?

Quand Dalaï Lama trop vieux, lui parfois dire des (grosses) conneries…

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Donc, d’après le chef spirituel tibétain, Prix Nobel de la Paix, chantre de l’illumination, l’Europe doit arrêter d’accueillir des migrants. Et pour cela il y a une raison absolue: il y en a trop. Continuer la lecture de Quand Dalaï Lama trop vieux, lui parfois dire des (grosses) conneries…

Pour ne pas être taxé de « simplisme »

Parmi les commentaires reçus pour mon article précédent sur Une solution simple pour mettre fin aux grèves qui nous « ennuient », il en est quelques uns dont j’aimerais vous faire profiter, même s’ils ne se trouvent pas sous l’article… Continuer la lecture de Pour ne pas être taxé de « simplisme »

Une solution simple pour mettre fin aux grèves qui nous « ennuient »

Le ‘Union bashing » bat son plein en Belgique. Alimenté par des médias qui préfèrent insister sur les inconvénients temporaires pour les usagers des transports en commun (et qui sait bientôt les clients de certains biens et services ?) que sur les raisons de la colère des travailleurs, les réseaux sociaux se lâchent: des manifestants qui brûlent des palettes sont comparés à des vacanciers autour d’un feu de camp, ceux qui après la manifestation vont boire ensemble un verre sont condamnés pour paresse, les étudiants qui ne peuvent se déplacer pour leurs examens hurlent à la « prise d’otage ».

Ce que tout le monde oublie, c’est que ces grévistes sont les premiers à payer, au prix de leur salaire, les mouvements auxquels ils participent. Ce que les pleurnicheurs des réseaux passent au blanc, c’est que c’est leurs pensions, leurs salaires, leur sécurité sociale, leur sécurité que défendent ces grévistes.

Qui nous avait dit que nous aurions 100 euros de plus en poche dans notre salaire, tout en nous cachant qu’il nous en retirerait 150 via des hausses d’accises et de TVA ? Les syndicats ?

Qui veut nous forcer à travailler 45 heures par semaine dans un système qui réduira de plus de moitié les compensations pour les heures supplémentaires ? Les syndicats ?

Qui veut nous amener à travailler jusque 67 ans pour pouvoir payer deux ans de pension en moins à chaque Belge ? Les syndicats ?

Qui réduit le séjour à l’hôpital des jeunes accouchées et augmente ainsi les risques de maltraitances d’enfants (par manque d’accompagnement à la naissance) et de mortalité péri-natale ? Les syndicats ?

Qui décide que « puisque la Flandre est servie », il est inutile de continuer à construire un RER entre Bruxelles et la Wallonie ? Les syndicats ?

Oui les grèves créent des difficultés pour chacun d’entre nous. Ces difficultés sont là pour nous faire réfléchir, pas pour nous laisser emporter par les propos populistes de journalistes qui ont depuis longtemps rangé leur déontologie au placard – parce que eux aussi sont en danger de perdre leur boulot !

Aujourd’hui, il y a ceux qui choisissent de baisser la tête et d’accepter chaque jour de nouvelles humiliations, avalant les pilules de la crise au nom d’une austérité soit-disant rédemptrice. Ceux là refusent de voir que depuis 30 ans, plus d’austérité ne nous a amené que plus d’inégalités.

Et puis il y a ceux qui refusent cette fatalité, qui ne voient d’autres moyens de se battre que la grève et les mouvements sociaux. Ceux là paient de leurs personnes en acceptant des pertes de revenus au  nom de lendemains meilleurs. Dans le froid, au coeur de la bataille, ils allument un feu qui rassemble et qui réchauffe. Après le combat, entre amis partageant la même lutte, ils vont ensemble refaire la bataille autour d’un verre. Ils ne prennent personne en otage. Ni les prisonniers dont les conditions de vie étaient indigne d’êtres humains bien avant la grève des gardiens, ni les étudiants qui sont mis en concurrence pour des jobs de plus en plus précaires et de moins en moins payés, ni les « travailleurs » dont les conditions quotidiennes de travail se dégradent aussi lentement que l’eau dans laquelle la grenouille se laisse cuire chauffe…

Les preneurs d’otages siègent rue de la Loi. Ils ne bougent pas le moindre petit doigt pour améliorer les choses. N’ont qu’un seul mot à la bouche: austérité.

Les actions syndicales actuelles sont-elles justes ?

Le débat sur les principales luttes syndicales en cours (gardiens de prison, cheminots, IRW-FGTB, etc…) se porte de plus en plus sur cette question de « prise en otage » de la population par ceux qui tentent de faire entendre leur voix.

Le gouvernement, en insistant sur le caractère « incontrôlé » de certaines actions, tente de révolter les usagers des transports, les familles des détenus, contre ceux qui ont choisi d’abandonner leurs salaires pour obtenir qui de meilleures conditions de vie pour les gens dont ils ont la garde (c’est bien de cela qu’il s’agit dans les prisons), qui le maintien d’acquis sociaux négociés dans un « package » que l’on tente de rendre impopulaire dans son détricotage (c’est bien ce que font les médias à la solde de la N-VA quand ils isolent la question des jours de récupération forfaitaires de la SNCB et les transforment en « jours de récupération pour des jours non prestés »).

Ce que l’on observe aussi aujourd’hui, c’est cette rupture communautaire entre représentations des travailleurs au Nord et au Sud du pays. Ces divergences viennent compléter la longue liste des différences qui se font chaque jour un peu plus forte entre nos deux communautés. On peut être nostalgique de la Belgique de papa, il faut bien constater qu’aujourd’hui même les organisations syndicales n’arrivent plus à parler de la même voix. La question n’est pas de savoir si cela est grave ou pas. Cela est.

Dans de telles conditions, ce que Monsieur Michel et ses amis flamands devraient accepter, c’est qu’en effet, ce gouvernement fédéral n’est plus légitime dans une grande partie du pays. Qu’il est parfaitement anormal que d’une part toutes les fonctions régaliennes soient confiées à des ministres flamands (et en particulier nationalistes flamands) et que les ministres fédéraux francophones brillent principalement par leur absence ou leur incapacité à gérer leur portefeuille.

Dans ces conditions où le pouvoir exécutif d’un pays tri-communautaire est confié en exclusivité à l’une des communautés, il me semble normal que toutes les forces vives des autres communautés se mettent en branle pour défendre leurs intérêts.

Peut-être les flamands sont-ils d’accord pour travailler jusque 67 ans, plus de 40 heures par semaine, avec moins de compensations pour les heures supplémentaires, pour un salaire qui ne sera pas indexé, avec une TVA en hausse sur les biens les plus essentiels comme le gaz, et en perdant un nombre considérable de libertés fondamentales au nom d’une sécurité qui de toutes manières n’est pas assurée…

Peut-être les flamands considèrent-ils qu’il est plus intelligent de libérer (pardon, de mettre en congé pénitenciaire à durée indéterminée) des centaines de prisonniers non en raison de leur ré-insertion future dans la société, mais simplement pour tuer un mouvement social.

Peut-être les flamands trouvent-ils juste que le ministre de la Justice change les règles de la rémunération de ses agents en grève afin de les condamner eux aussi à crever de faim plus vite.

Peut-être la Flandre se réjouit-elle de voir enfin la Belgique, cette construction surréaliste, s’effondrer enfin.

Mais alors, si ce ne sont plus que les 20 représentants du MR qui, au gouvernement fédéral, représentent tout le sud du pays, alors que celui-ci manifeste massivement son opposition, alors ce gouvernement n’est plus légitime, et les mouvements sociaux qui ont pris pour objectif de le faire tomber n’ont pas tort.

Il ne s’agit pas ici de prôner une quelconque action violente. Mais bien de mettre en place tous les outils d’une forme de résistance qui puisse amener ce gouvernement à déposer les armes.

Certains diront que dans le contexte – en particulier européen – dans lequel nous vivons, il n’y a pas d’alternative à l’austérité. Je répondrai comme de plus en plus de concitoyens le disent, que l’austérité prouve son inefficacité depuis près de 30 ans. J’ai l’impression de n’avoir jamais entendu d’autre mot que celui-là dans la bouche des politiciens depuis que je suis à même d’écouter, de voir ou de lire des informations. Et à chaque cycle, j’apprends que pendant que les plus pauvres s’enfoncent dans la crise, les plus riches s’enrichissent. Où que se porte le regard, c’est une bipolarisation croissante de nos sociétés. Dans un monde qui exige de chacun qu’il consomme pour exister, l’accès à la consommation devient de plus en plus précaire. La lutte pour l’existence, d’abord à travers les tentatives de continuer à consommer, ensuite lorsque les réserves sont épuisées, pour continuer simplement à survivre devient le quotidien de près d’un quart de notre population.

D’une manière ou d’une autre, il y a un « tipping point » qui risque de se dessiner à l’horizon. Un de ces points critiques où « la coupe pleine » déborde. Monsieur Michel et son gouvernement veulent nous faire croire que le terrorisme continue à nous menacer, mais il est le premier complice de tous les terroristes, religieux, financiers, racistes, communautaristes qui détruisent d’une manière ou d’une autre notre tissu social, s’acharnent sur les solidarités, dissèquent les droits de l’homme pour satisfaire leur plaisir d’être au pouvoir.

Alors oui, même si je dois me déplacer à pied ou à vélo pour continuer d’enseigner, même si les jours de grève me couteront quelques dizaines d’euros de salaire, même si je râlerai bien entendu de parfois perdre ma liberté de circuler en raison de l’un ou l’autre blocage, même si certains services ne me sont plus rendus et que cela est ennuyeux, je crois qu’il n’existe malheureusement plus d’autre moyen de lutter pour le retour à une démocratie normale dans notre pays que de laisser s’exprimer la colère du peuple à travers des organisations qui restent des acteurs institutionnels de notre démocratie, et leurs moyens légitimes d’action: les syndicats et les grèves.

Mea Culpa…

 

Une chose que m’a appris mon expérience de la gestion des hommes, c’est que pour être crédible et sincère, la reconnaissance d’une erreur ne doit jamais s’accompagner de justification(s) ni surtout servir de tremplin à de nouvelles demandes, accusations, invitations, etc …

Donc je serai à la fois clair et bref. En laissant entendre à de multiples reprises qu’il pourrait y avoir un « complot » de notre gouvernement pour cacher son échec budgétaire et la lourde facture que celui-ci va faire reposer sur les épaules des plus démunis de notre pays, et que ce « complot » avait pour toile de fond la lutte contre le terrorisme, je me suis livré à ce que je condamne souvent comme une « terrible simplification ».

Devant l’horreur qui a frappé durement Bruxelles et la Flandre hier après avoir détruit des populations entières en de multiples endroits de la planète, je veux reconnaître une erreur de jugement. Non, je ne crois pas que qui que ce soit dans notre gouvernement, pas même les sbires de BdW n’a voulu cela.

De dikke vis en de sardien (fable nationale)

2016-02 Provence009

Ce matin, le président de la N-VA se gausse dans les médias du remarquable travail accompli par « son » ministre de l’Intérieur qui avait promis de nettoyer (au Karcher ?) Molenbeek. Sans doute considère-t-il que cette fois, dans sa poêle à frire, il y a un « dikke vis » !

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Une question de point de vue…

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Je veux invoquer aujourd’hui l’article premier de la déclaration universelle des droits de l’homme, pour parler de la manière dont les événements de la nuit du réveillon à Cologne sont aujourd’hui détournés par certains pour en faire un motif de rejet de l’ensemble des réfugiés.

Les agressions sexuelles commises  lors du dernier réveillon à Cologne et dans d’autres villes d’Europe sont inacceptables. Leurs auteurs doivent être poursuivis et punis.

Les autorités ne doivent pas cacher de tels faits, et ils ne doivent en aucun cas protéger leurs auteurs contre les poursuites dont ils feront l’objet.

Mais pour ces faits, comme pour de nombreux autres petits délits, la propension des autorités à organiser leurs statistiques sur la base de la nationalité des auteurs constitue un passage sémantique pervers entre les faits et leur interprétation.

En effet, dès lors que l’on tente de classifier les auteurs de faits (qu’ils soient délictueux ou pas d’ailleurs), ces « classifications » deviennent rapidement ce que Paul Watzlawick appelle de « terribles simplifications ». Il devient tellement simple de décréter que si un grand nombre d’auteurs sont des migrants, cela fait de chaque migrant un dangereux pervers sexuel… Ce serait là oublier que l’on ne peut tirer de conclusions générales de l’analyse de cas particuliers.

Les règles du vivre ensemble sont chez nous établies à travers un processus démocratique auxquels l’ensemble des citoyens contribue. Ces règles s’imposent à quiconque vit ici. Elles doivent également s’apprendre. Cet apprentissage ne saurait être plus automatique pour un homme fuyant des contrées où les règles sont différentes que pour ceux qui résident depuis toujours dans le pays. Leur transgression ne doit pas donner lieu à un traitement de faveur, mais il ne doit pas devenir la justification d’un rejet de masse.

Quitte à me faire mal voir de certains de mes lecteurs habituels, je n’hésiterai pas à dire qu’en effet, beaucoup de ces hommes qui arrivent de Syrie, d’Irak, de Somalie ou d’autres pays où un Islam radical impose sa loi doivent avoir l’impression d’arriver sur Mars lorsqu’ils voient comment nous vivons nos libertés. Certains peuvent être profondément choqués quand ils voient que chez nous une femme ou un homme est (presque) totalement libre de s’habiller, marcher, rire, parler, chanter, danser, … comme elle ou il lui plaît. Cela ne peut impliquer une obligation pour nous de changer notre manière d’être, ni justifier de fausses interprétations de ces libertés par ceux qui y sont confrontés.

Il serait cependant hypocrite de profiter d’incidents impliquant un pourcentage infime des migrants (on parle aujourd’hui d’une trentaine de personnes à Cologne, mettons même une centaine en Allemagne, pour près d’un million de migrants, soit un sur dix mille) pour stigmatiser l’ensemble des néo-arrivants. Sur base d’une telle approche, il faudrait par exemple enfermer à titre préventif tout homme qui se met en ménage (dès lors qu’il est établi qu’au moins une femme sur 10 est victime de violences conjugales).

La condamnation des actes du dernier réveillon à Cologne et ailleurs est totalement légitime. La punition des auteurs doit être ferme et juste. Mais utiliser la grille d’analyse de la migration comme point de vue d’analyse principal est une perversion politique. Si l’on avait pris comme point de vue la situation sociale des agresseurs, on aurait sans doute pu dire qu’il faut désormais se méfier de toute personne en situation précaire. Si l’on avait considéré le niveau scolaire, qui sait à quelle conclusion on serait arrivé ?

La question de l’intégration des migrants au vivre ensemble est d’abord une question qui s’adresse à nos autorités politiques. Lorsqu’ils arrivent chez nous, la plupart des migrants sont désireux de vivre paisiblement et en harmonie avec nous. Tout comme nous ne les connaissons pas (ce pourquoi ils nous font souvent peur), eux non plus ne nous connaissent pas (ce qui leur fait avoir peur de nous). Ce n’est pas en les rejetant dans des centres fermés, en ne leur donnant aucune possibilité de participer à la vie sociale que nous les aiderons à découvrir pour eux-mêmes si nos modes de vie sont compatibles avec leurs attentes. En restant ferme sur le respect de la loi, de l’intégrité et des droits de chacun.

Ceux qui comme certains de nos responsables politiques stigmatisent les étrangers et appellent directement ou indirectement aux pogroms sont tout autant criminels que les migrants qui n’ont pas voulu ou pu comprendre à temps les règles auxquelles ils doivent se soumettre pour vivre en harmonie chez nous. Peut-être le sont-ils même plus, eux qui ont souvent contribué à l’élaboration de règles qu’ils ne respectent pas nécessairement.

Le niveau 0 de la démocratie est proche

Depuis la mi-novembre 2015, notre pays vit une situation politique particulière. Sans en avoir référé au parlement, notre gouvernement a mis en place une politique sécuritaire qui n’est basée sur aucun élément objectif. Bien entendu il y a eu une série d’attentats à Paris (nul ne contestera l’ampleur médiatique de ce drame), bien entendu une partie des pistes parisiennes mènent à Bruxelles. Les faits s’arrêtent très exactement là. Pas un millimètre plus loin.

Tout ce qui dépasse cela, c’est de la conjecture. Ce sont des mots (« menaces », « imminentes », « concrètes »,…) mais dont personne, hors ceux qui les prononcent ne peut contrôler la réalité.

Ce qui n’est pas observable n’est que très relativement concret. Or, ce qui est observable en matière de sécurité, c’est qu’à Bruxelles, le 1er janvier 2016, il n’est pas possible de faire 300 m au centre ville sans rencontrer un groupe de militaires ou de policiers. Ce qui était observable le 31 décembre à 21h00 au centre de Bruxelles, c’est qu’il fallait passer deux cordons de policiers pour atteindre le sapin de Noël de la Grand-Place, que la fouille au corps était obligatoire pour chaque personne, mais qu’en montrant spontanément l’intérieur de la moitié d’un sac à dos, personne n’en contrôlait l’autre moitié (expérience totalement personnelle !), que personne ne m’a demandé quel était l’objet plat et rigide de 20 cm x 10 cm que j’avais dans une de mes poches… Mais partout, bien visibles, ces véhicules blindés, ces camions militaires, stationnés sur des places vides des fêtards qui auraient dû les remplir.

Ce qui est également observable, ce sont les atteintes de plus en plus importantes aux libertés fondamentales, décidées dans un contexte  hyper-émotif. La stratégie est connue et ne date pas d’aujourd’hui: créer une peur extérieure (ici des terroristes barbus) à coup d’émotions médiatiques (images des massacres réels en Syrie, en Irak,…), utiliser un événement déclencheur pour transformer l’émotion en peur (les attentats de Paris), renforcer cette peur par des éléments non vérifiables mais plausibles (les yoyos de niveaux de menace de l’OCAM, instrument de la politique sécuritaire du gouvernement N-VA), et se retrancher derrière des mesures dites « préventives », basées sur le principe « celui qui n’a rien à se reprocher n’a rien à cacher » pour permettre aux forces de l’ordre de contrôler plus en étant elles-mêmes moins contrôlées.

Mais comme les-dites « forces de l’ordre » restent principalement dirigées par des femmes et des hommes qui pourraient avoir conservés un certain sens des droits fondamentaux, il est aussi essentiel de les « aider », par exemple en installant de manière de plus en plus permanente l’armée dans nos rues. L’armée qui elle, est un instrument du pouvoir qui « exécute ». Bien entendu, on insistera beaucoup (surtout les premières semaines) sur le fait que le maintien de l’ordre est l’affaire des forces de police et que l’armée ne fait que du « sécuritaire ». Puis, peu à peu, on annoncera la « mutation » possible de quelques milliers de ces militaires au sein de la police… (annonce faite la semaine dernière par notre gouvernement N-VA).

Jusqu’ici, je n’ai évoqué que des faits. Et ces faits nous montrent une réalité qu’il faut savoir regarder en face:

  • le terrorisme existe, il frappe tous les jours en Syrie, en Irak, et depuis 2001, il a dû frapper une vingtaine de fois en dehors de ses « zones de confort »;
  • le seul acte terroriste effectif répertorié ces dernières années en Belgique est l’attentat du musée Juif de Bruxelles. Tous les autres ont été, selon les autorités, « déjoués ». En d’autres termes, ils n’ont pas eu lieu et il est impossible de savoir s’ils auraient pu avoir lieu.
  • le gouvernement N-VA/MR a pris une série de mesures qui dans les faits réduisent les libertés fondamentales (droit de circuler, de se rassembler, inviolabilité du domicile), et augmentent le contrôle militaire et policier sur la population civile.

Ces faits nous montrent bien que si le terrorisme est une menace hypothétique, l’atteinte à nos libertés fondamentales est bien réelle. Que si le degré de la menace est un OVNI qui se ballade dans les sphères du 3 ou du 4, la démocratie, elle est une réalité qui risque de se réduire d’ici peu à 0.

Ce ne sont pas les électeurs nationalistes qu’il faut fustiger

Ce sont les candidats dits « démocrates » qui, en s’appropriant les discours de la peur et du rejet se sont montrés incapables de faire une différence pédagogique positive pour une vraie politique du vivre ensemble.

Bien sûr, il existe des différences dans le « profil » socio-éducatif des différents électoraux, de l’extrême gauche à l’extrême droite, mais on trouve des électeurs de tous âges et de toutes origines dans tous les partis. C’est la proposition politique faite par les candidats qui amènera l’électeur à le rejoindre ou pas. Penser que c’est l’électeur qui s’est trompé, c’est se dédouaner un peu trop facilement d’une incapacité maladive à lui « vendre » un choix réellement alternatif.

Les grandes ONG humanitaires et écologiques ont souvent réussi cette transition vers un « marketing » des valeurs. Elles sont capables de mobiliser des moyens humains et financiers auprès des mêmes citoyens qui voteront deux semaines plus tard pour la N-VA ou le FN. Il suffit de voir comment les images de certaines détresses servent à la fois les récoltes de fonds solidaires et les discours de rejet identitaire auprès du même « citoyen lambda ».

A mon avis, l’erreur des politiciens soit-disants « démocrates », de gauche comme de droite, est de tenter l’impossible mélange entre solidarité et sécurité. Vouloir faire croire qu’être solidaire avec des personnes en détresse sans se remettre personnellement en question est possible relève du rêve chimérique. C’est le mythe d’un confort né de l’absence de changement qui doit être éradiqué de la pensée collective. Pourquoi les politiciens ne sont-ils pas capables de vendre aux électeurs un monde de paix, serait-ce au prix de l’acceptation de l’autre, tel qu’il est ?

Les évolutions politiques les plus récentes montrent des victoires du repli sur soi, du Nord au Sud de l’Europe, mais aussi la percée de discours outranciers aux États-Unis. Sans en être un spécialiste de la région, il vaudrait peut-être la peine de s’attarder sur la situation canadienne qui me semble avoir porté au pouvoir un parti et un homme porteur d’une rupture positive par rapport au discours ambiant. Faire campagne sur l’acceptation de 25.000 réfugiés, gagner et mettre en place cet accueil positif, voilà ce que fait Justin Trudeau. Il a un mode de communication avec son électorat qui me semble faire preuve d’une grande franchise, doublée d’un optimisme raisonnable. Même si son discours économique libéral ne me plait pas toujours, même si sa politique de défiscalisation des revenus moyens ne renchérit pas les plus pauvres, je crois qu’il y a de sérieuses leçons à retenir de ce qui se passe là-bas.

Suivre l’évolution de la presse canadienne autour de ce sujet ces dernières semaines est édifiant. Après l’euphorie de la victoire de J. Trudeau sont intervenus les attentats de Paris qui ont provoqué là aussi de vives réactions de peur. Mais le gouvernement canadien est resté ferme, a expliqué sa méthode et sa logique d’intégration. A rappeler que les forces vives du pays attendaient ces réfugiés. Dans une approche proactive, c’est le gouvernement Canadien qui invite des réfugiés à venir sur son territoire, qui affrète des vols depuis Beyrouth ou Ankara, et qui organise l’accueil de 80% des nouveaux arrivants par des « sponsors privés ».

Aujourd’hui à la Chambre des communes, c’est empli de fierté que j’ai annoncé l’arrivée des premiers réfugiés syriens au Canada à la fin de la semaine :

Posté par Justin Trudeau sur mercredi 9 décembre 2015

La question pour moi n’est pas de savoir si le modèle d’accueil canadien est le bon (il est tellement inspiré du modèle néo-libéral que je ne peux que m’en méfier), par contre le modèle pédagogique vis à vis de la population me semble beaucoup plus efficace que celui mis en place à Paris ou à Bruxelles…

La réponse du Cabinet de la Ministre de l’Enseignement Obligatoire

Je vous avais communiqué hier la lettre que j’avais envoyée à Madame la Ministre de l’Enseignement Obligatoire.

Je viens de recevoir une réponse, et il me semble plus honnête de ma part de la reproduire. En effet, l’élégance de répondre à un courrier comme celui que j’ai adressé doit être reconnue, même si le contenu est bien entendu sans surprise (et ne me pose d’ailleurs pas problème).

J’ai cru comprendre hier soir qu’une commission d’enquête spéciale sur le terrorisme serait  lancée au Parlement, j’espère que celle-ci aura bien pour mission d’examiner la mesure dans laquelle le Gouvernement aura été respectueux des droits et des libertés individuelles dans ses interventions policières et militaires.

Voici le texte de la réponse du Cabinet de la Ministre de l’Enseignement Obligatoire:

J’accuse bonne réception de votre courriel  de ce 24 novembre à Madame la Ministre, et vous en remercie.

Par la présente, je souhaite vous indiquer que Madame la Ministre a travaillé en étroite collaboration avec les autorités compétentes et sur base des informations et des recommandations qui étaient communiquées, tout en intégrant les approches des membres du cabinet qui avaient une connaissance pragmatique de l’école, comme anciens préfets, ou directeurs d’école primaire ou secondaire.

Elle comprend les réflexions que vous formulez, les hypothèses que vous avancez.

Elle mesure la tâche particulièrement complexe qui est la vôtre dans le cadre scolaire qui est le vôtre.

Elle vous demande de faire confiance à votre expérience et votre bon sens pédagogique pour mener à bien, autant que possible, cette rencontre avec les questions particulières de vos élèves dans leurs spécificités.

Si certaines mesures de prévention et/ou de protections devaient être adaptées ou réévaluées, n’hésitez pas à en parler à votre direction, à vos représentants syndicaux et/ou, le cas échéant aux membres de votre Conseil de prévention et de protection du travail  ou de votre Conseil d’entreprise.

Conscient de la difficulté de cette période, je vous prie d’agréer mes salutations respectueuses,

Qui veut la peau de Bruxelles ?

Je suis bien entendu horrifié par les attentats du Sinaï, de Beyrouth, de Paris et de Bamako, comme je suis horrifié par les centaines de morts quotidiens en Syrie, en Afghanistan et dans tant de contrées qui n’apparaissent jamais sur nos écrans plats…

Je ne désire pas plus qu’un autre périr sous le feu d’une arme, qu’elle soit de guerre, de chasse ou d’autre chose. Et j’attends des services régaliens de l’Etat auquel je verse annuellement des impôts qu’il assure avec ses forces ma sécurité et garantisse ma liberté, sans sacrifier la seconde à la première.

Ces précautions étant prises, il me faut aussi poser maintenant la question de savoir ce qui se passe aujourd’hui à Bruxelles, et en particulier de distinguer les faits avérés des spéculations.

Dans la catégorie faits absolument avérés:

  • 7, 8 ou 9 personnes ont semé la terreur et la mort à Paris, le vendredi 13/11/2015
  • plus de 130 personnes sont mortes dans ces actions
  • des revendications émanant de DAESH existent pour ces actes criminels
  • des véhicules utilisés dans ces attaques venaient de Belgique, loués par un ressortissant belge, et plusieurs des assaillants étaient belges
  • toutes les fonctions régaliennes de l’Etat belge sont aux mains de ministres flamands non bruxellois, et les plus exécutives (intérieur et défense) sont aux mains de la N-VA. Le premier ministre n’est pas non plus bruxellois
  • Les autorités bruxelloises sont très peu présentes au Centre de Crise et au Conseil de Sécurité
  • Les décisions les plus graves, portant atteinte aux libertés fondamentales sous couvert de la sécurité concernent principalement Bruxelles et les bruxellois
  • Le Conseil de Sécurité a décidé d’étendre sa période de pouvoir « hors contrôle » au moins d’une semaine
  • Aucun dispositif de contrôle démocratique par le Parlement des décisions prises par le Conseil de Sécurité n’est à l’ordre du jour

Ce qui relève (à divers degrés) de la spéculation:

  • les attaques étaient coordonnées (hautement probable – les faits se sont déroulés en public)
  • il existe au moins un de acteurs de ce scénario morbide qui est encore en vie, il semble qu’il n’ait pas « osé » se faire sauter, il s’appellerait Salah Abdeslam (hautement probable – les informations sont assez précises)
  • le « cerveau » qui aurait organisé tout cela est belge (probabilité questionnable – relevant de l’information secrète et incontrôlable par le public)
  • la Belgique serait visée par des attentats du même type (probabilité questionnable – aucune trace publique de la menace exprimée par les autorités alors que généralement les menaces de DAESH sont explicites)
  • Salah Abdeslam serait dangereux et planifierait quelque chose « contre la Belgique », on ne sait pas très bien quoi ni où, mais on sait que ça ne vise pas les écoles qui vont rouvrir mercredi, et suffisamment peu le principal ensemble de tunnels bruxellois (le métro) que pour pouvoir le rouvrir lui aussi mercredi (le gars qui n’a pas osé se faire sauter à Paris serait tout à fait prêt à le faire à Bruxelles – parce qu’il aurait le mal du pays ? – probabilité faible à invérifiable)

Des magistrats s’élèvent contre cette situation, ainsi que des avocats. Je ne suis donc pas le seul à m’inquiéter du manque de contrôle démocratique face à cette situation. Depuis ce mardi matin, un parti politique s’est enfin réveillé et réclame une commission parlementaire spéciale.

Politiquement parlant, la situation doit aussi être regardée à travers les ambitions politiques des partis au pouvoir. En écornant l’image de Bruxelles, les ministres N-VA du gouvernement préparent sa mise sous tutelle. On sait aujourd’hui qu’il ne faut plus compter sur le MR pour défendre les francophones: Charles Michel est prêt à toutes les concessions pour rester au pouvoir. Il s’est tellement contredit depuis la campagne électorale  (comme par exemple ceci ou cela) qu’il n’y a plus aucun espoir à mettre en lui de voir le franchissement d’une « ligne rouge » de la part de son partenaire au gouvernement. Il est finalement beaucoup plus triste de constater qu’aucun parti n’a jusqu’ici osé soulever ce problème fondamental: quand le gouvernement se présentera-t-il devant un ensemble d’élus – y compris de l’opposition – pour leur démontrer la réalité de l’imminence de cette soit-disant menace ?

Car de deux choses l’une: soit cette menace est réelle, avérée et documentée, et alors le Premier Ministre ne doit pas craindre de l’expliquer aux représentants du peuple – fut-ce à huis clos, soit il refuse cette explication et la seule raison possible est que ces éléments déterminants d’information n’existent pas.

Lorsqu’un régime démocratique s’effondre, c’est rarement du jour au lendemain. Par contre, l’aveuglement des partis traditionnels, même dans l’opposition, face aux déclarations de « bonne foi » (ou ici « d’âme et conscience »), est toujours le déclencheur de la perte de contrôle d’une population sur son propre destin.

Aujourd’hui la seule vraie certitude est celle que Bruxelles n’est plus une région autonome, elle est tombée sous le contrôle de l’état fédéral qui lui dicte comment elle doit vivre, éduquer, circuler. Un premier pas important vers l’objectif clair du nationalisme flamand.

Vivre dans un état de non-droit…

Depuis maintenant trois jours, la Région Bruxelloise vit une expérience socio-politique particulière: les libertés fondamentales des citoyens sont de facto limitées (accès limités aux transports publics, fermeture de certains services publics, accès interdit à l’éducation, injonction au silence sur les réseaux sociaux pendant que se déroulent des actions policières dont les justifications précises ne sont pas données, absence totale d’explication sur les opérations militaro-policières en cours ou terminées,…).

Bien sur, tout cela se fait dans la suite de faits terroristes avérés en dehors du territoire et au nom d’une menace que la plupart d’entre nous considère (sans doute à juste titre) comme tangible.

Il reste que, contrairement à nos voisins français qui ont choisit une voie de contrôle démocratique à travers le choix par le législateur de l’état d’urgence, et de sa limitation dans le temps, en Belgique, c’est le pouvoir exécutif qui se substitue de fait au législatif.

La disqualification du pouvoir législatif dans les processus policiers en cours est flagrante: quand les français réunissent leur Congrès pour faire voter l’état d’urgence pour une période limitée de 3 mois, le gouvernement belge ne se soumet à aucun moment à un processus transparent de contrôle par le parlement. Bien entendu Mr Michel ira dire à la Chambre ce que Jan Jambon (et donc BdW) lui souffleront à l’oreille, et bien entendu, au nom de « l’unité nationale » contre les « horreurs » du terrorisme, aucun député n’osera suggérer qu’une action soutenue et émanant du Parlement serait plus adéquate qu’un « license to kill » délivré a postériori. Personne ne demandera que l’on vote quoi que ce soit, et sans autre limitation dans le temps que celle que voudra bien décider la marionnette qui dirige notre gouvernement, ses sbires sécuritaires N-VA (qui dirigent l’Intérieur et la Défense) vont pouvoir parader devant leurs électeurs, bien loin de la Flandre, en montrant encore du doigt Bruxelles comme porte d’entrée du Royaume du Mal.

Encore une fois, je ne nie pas la très haute probabilité d’une justification des mesures prises par le gouvernement. Il me semble simplement qu’elle pourrait faire l’objet d’une loi de pouvoirs spéciaux qui autoriserait l’exécutif à cumuler les fonctions du législatif et du judiciaire pendant un temps déterminé.

Il semble que pour l’instant le pouvoir judiciaire ne soit pas plus inféodé au pouvoir exécutif qu’il ne l’a toujours été (les magistrats restent des hommes nommés par des politiciens), même si les derniers développements en matière de liberté de la presse peuvent générer certaines inquiétudes. Mais une vigilance absolue me semble requise là aussi…

Répondre démocratiquement aux violences économiques

Le plaidoyer de Jean-Luc Mélenchon pour expliquer le geste de violence des (futurs ex) salariés d’Air France à l’égard de leur DRH avait emporté une première réaction de ma part en faveur du discours du leader de la Gauche.

Le discours de Xavier Mathieu qui déclare au « Grand Journal » qu’il a été pacifiste toute sa vie. Mais qu’il  n’y croit plus m’a amené à penser à  nouveau cette question.

En quelque sorte, le dilemme qui nous est présenté est le suivant:

  • D’une part, les actionnaires de grandes entreprises, voire d’entreprises nationales ou nationalisées prennent des décisions dont les conséquences sont d’une violence inouïe pour les travailleurs: licenciements massifs, pertes de revenus, destructions de familles, suicides. Ces décisions, économiques ou administratives, sont prises dans le cadre de la stricte légalité, sous le couvert de lois votées par les représentants du peuple.
  • D’un autre côté, la colère que génère ces décisions entraine des femmes et des hommes, encadrés, soutenus par leurs organisations syndicales, à s’en prendre physiquement aux représentants de ces actionnaires, quitte à les séquestrer ou à leur déchirer leurs vêtements. Certains avec humour se contentent de les entarter.
  • La force publique, bras armé d’un pouvoir démocratiquement élu, ne peut qu’agir face à cette violence physique directement observable, utilisée par les médias plus sensibles à leur chiffre d’audience  qu’à leur fonction pédagogique. Elle s’attaque donc aux « déchireurs de chemises » tout en laissant courir les destructeurs de vies.

Nous mêmes, pris dans le tournis des images, des cris et des harangues, nous avons alors tendance à nous positionner non plus face au fait social que constitue la destruction d’emplois au nom de la compétitivité, mais bien face aux images émotionnelles qui font dire que soit c’est un scandale de s’attaquer à un homme et de le « lyncher » publiquement, soit qu’il faut comprendre la violence de ceux à qui l’on a tout enlevé. Mais lorsque Xavier Mathieu nous dit qu’il ne croit plus au pacifisme, il nous entraîne dans une voie sans issue.

En effet, je continue à croire qu’aucun système socio-politique ne peut offrir mieux aujourd’hui qu’un régime basé sur l’écoute et la représentativité de toutes les composantes de la société. Ce que l’on appelle peut-être un peu rapidement la démocratie. C’est pour cette raison que si je me sens, ici en Belgique, de grandes sympathies avec des partis comme le PTB, je ne pourrais leur donner ma voix aussi longtemps qu’il n’auront pas fait un aggiornamento vers le respect total de la légitimité démocratique. Et la proposition de Xavier Mathieu, lorsqu’il dit qu’il faudra désormais compter avec la violence est un constat d’échec de la démocratie dans sa configuration actuelle doublé d’un appel à passer à un régime socio-économique basé sur les rapports de forces et non sur la négociation: l’histoire est malheureusement témoin des drames que de tels régimes ont causé que ce soit ici en Europe, en Chine, en Corée du Nord, en Russie ou dans l’Afrique post-coloniale (et passim…).

Or, qu’est-ce qui cause problème aujourd’hui ? Ce n’est pas tant l’illégitimité des violences physiques à l’égard des êtres humains. Il me semble que tout corpus de règles de vivre ensemble inclus nécessairement le refus de la violence physique comme solution aux conflits. Et cette promulgation de l’illégalité de la violence est d’autant plus importante qu’il reste chez chacun d’entre nous des bribes de réactions émanant de notre cerveau reptilien qui nous poussent vers le combat lorsque nous ressentons la colère…

La question qui pourrait être réglée par un processus démocratique ne serait-elle pas plutôt celle de faire subir effectivement les conséquences de leurs actes aux auteurs de violences administratives et économiques. De reconnaître le lien de causalité entre la décision de licenciement (collectif ou individuel) et ses conséquences non seulement financières, mais également vitales. La colère de Xavier Mathieu, la justification de Mr Mélenchon vient surtout de l’incompréhensible hiatus qui existe entre la pénalisation judiciaire d’un arrachage de chemise et des éventuels coups, blessures et séquestration qui l’ont accompagné (je ne minimise pas le fait, je le qualifie) et la simple obligation de négocier un plan social (donc de trouver une solution financière négociée et donc dépénalisée) pour l’auteur de la violence administrative et économique.

Que se passerait-il si demain, les membres d’un Comité de Direction ou d’un Conseil d’Administration pouvaient se trouver pénalement responsable des conséquences physiques de leurs actes. Si à côté des coups et blessures volontaires ayant entraîné des conséquences définies (invalidité, mort,…) on pouvait qualifier un licenciement décidé et choisi pour des raisons économiques par l’employeur de torture morale pouvant entrainer des conséquences tout aussi définies ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Les membres des comités exécutifs, de direction, des conseils d’administration, savent très bien ce que leurs décisions auront comme conséquences sur le plan humain. Mais l’absence de responsabilité personnelle sur ces conséquences les dédouane de toute réflexion sur l’opportunité sociale de leur décision. Pour l’avoir vécu dans le passé, assis à la table d’un comité de direction (mais sans y avoir voix au chapitre), j’ai vu ces gens décider de licencier quelques centaines de collaborateurs afin de satisfaire les exigences de l’actionnaire. Je les ai vu porter les uns sur les autres des regards graves, montrant combien ils mesuraient cyniquement l’importance de l’enjeu humain, mais prenant la décision qui montrait objectivement combien cet enjeu humain comptait peu face à la volonté de l’actionnaire. Je les ai vu se lancer alors dans le calcul cynique de la solution de licenciement la plus économique. Puis se distribuer le « boulot difficile » comme ils disaient (lisez « annoncer les licenciements individuellement pour éviter la longue et couteuse procédure du licenciement collectif »). Puis établir des tableaux dignes des camps de concentration où l’on allait comparer, semaine après semaine, la bonne « exécution » du plan.

Que se passerait-il si ces dames et ces messieurs devaient intégrer la composante « responsabilité pénale des conséquences morales et physiques » dans chaque licenciement. Aujourd’hui, la décision de licencier un collaborateur pour augmenter le profit de l’actionnaire reçoit un traitement judiciaire ridicule. Que penserait-on du juge qui condamnerait à quelques centaines ou milliers d’euros d’amende le chasseur de prime qui aurait acheté un fusil, se serait entraîné, aurait observé les déplacements de sa victime, puis tiré dans ses jambes « pour lui donner une leçon », mais qui aurait par malheur « dérapé » et occis sa victime ? Or c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui dans le monde de l’entreprise. Un actionnaire vous donne ordre de « liquider sans tuer » quelques centaines de personnes, vous consultez quelques experts, spécialistes, juristes et consultants pour trouver la solution la moins couteuse – en ce compris le coût de devoir se défendre devant un Tribunal du Travail, vous analysez vos listes d’employés pour identifier ceux qui sont le moins susceptibles de vous causer du tort par la suite, puis vous tirez… pas de chance, il y en a un qui se suicide. C’était sans doute sa faute… Aucun espoir d’obtenir une décision de nature pénale pour un tel crime (ce n’est pas un crime, pas même une infraction… c’est un grand malheur).

Changez cette donne. Pénalisez les conséquences humaines des décisions économiques et financières. Montrez effectivement que ces crimes quotidiens, bien plus meurtriers et nombreux que les faits divers qui font la première page de sudPresse, sont punis sévèrement, pour le crime qu’ils représentent. Vous verrez alors l’attitude de ces soit-disants décideurs changer.

La réponse à la violence des actionnaires et des conseils d’administration, ce n’est pas la violence contre les biens et les personnes, c’est la re-qualification juste de la violence des actionnaires et des hommes qui les représentent. Une qualification de correctionnalisation et non de droit du travail. Un tel travail peut s’accomplir dans un cadre démocratique. Il ne serait sans doute pas sans conséquence, et l’on ne doit certainement pas compter sur un exécutif comme celui qui nous « exécute » aujourd’hui pour lancer un tel chantier. Mais ce serait là une approche enfin différente de la lutte sociale. Autre chose que les sempiternelles jérémiades autour des ajustements salariaux, allongement de la vie professionnelle, (non) indexation et service minimum… Un rafraichissement de notre démocratie qui permette à chacun de se sentir protégé contre l’arbitraire des organisations alors qu’il ne l’est souvent aujourd’hui que contre celui des individus.

Le silence des moutons…

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Hier, 23.000 personnes se sont mobilisées pour dire leur indignation face à l’indifférence. Elles sont venues alors qu’aucun grand média n’avait même parlé de cette manifestation. Elles sont venues malgré le silence honteux des politiciens mais aussi des syndicats.

Elles sont venues dans l’indignation, mais dans la dignité.

Et après ? Ce matin, forcés par l’importance de la foule qui s’est spontanément rassemblée hier, les médias tentent de rattraper la sauce. Mais toujours aucune déclaration d’un homme politique. Que du contraire, c’est d’aller porter le feu en Syrie que nous parle Monsieur Lutgen. C’est vrai qu’aller bombarder la Syrie, quelles que soient les cibles visées, cela fait vendre des armes. Mais que cela va mettre encore plus de réfugiés sur les routes, personne ne semble l’envisager.

Ah si, j’oublie ! Monsieur le Secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations (SEAM, ça fait un peu DAESH, non ?) prend ses responsabilités et lance une campagne Facebook pour dire aux Irakiens qu’ils vont se faire jeter s’ils viennent en Belgique… Je ne sais s’il faut rire ou pleurer d’une telle ignorance. Bien sur, avec ça campagne « timeline », notre Théo national(iste) va faire fuir tous les Bagdadis … ben où, au fait ? Au Liechtenstein, à Andorre, à Monaco ? Tout le monde le sait, à Bagdag la pression est maximale sur les passeurs: « Nous voulons tous aller à Bruxelles ! We want to go to Brussels ! » et surtout « We willen allemaal naar Brussel, waar vluchtelingen thuis voelen ! »

Dans l’actualité du jour, tant qu’on y est, il y a le cri de victoire de Francken : « le nombre de demandeurs d’asile à diminué cette semaine ». Que les déplacements de masse sur de grandes distances se font plutôt à la belle saison qu’en automne et en hiver, il n’y avait pas songé ? Ou pire, il y a tellement bien songé que sa campagne Facebook va faire un « tabac » en termes de résultats: l’hiver est là et les réfugiés Irakiens vont sans doute se mettre en attente de la grande traversée à l’intérieur de leur propre frontière ou en Turquie, jusqu’à ce que les temps soient plus cléments, et au printemps prochain, quand les chiffres recommenceront à grimper, que nous dira Théo ?

Bon, j’en étais où, moi ? Ah oui, les politiciens qui ne pipent pas mot du mouvement citoyen… Je crains que la stratégie soit de « laisser pisser le mouton » en faisant le moins de commentaires possibles. Dans quelques semaines, le flux sera résorbé, les « citoyens » seront préoccupés par le froid qui frappe les SDF (les « nôtres » comme les « zôtres », mais une fois couchés dans l’encoignure d’une porte ils ont tous la même couleur et la même odeur). Le sujet d’indignation saisonnier, lui aussi aura changé. Et eux auront survécu à leur propre indignité une année de plus. C’est un pari risqué. Il me rappelle l’âne de Buridan, la célèbre fable de Daudet…

Quelques faits sur « toute la misère du monde »

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C’est clair et net, bien acquis, etc… « Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde ».

Eh bien, voilà donc une bonne nouvelle ! Personne ne nous le demande. Nous, belges dont le PIB par habitant était de près de 50.000,- USD par an en 2013 (je sais, c’est pas vous, c’est pas moi, mais ce sont quand même ceux qui devraient payer des taxes dans notre beau plat pays…), nous allons (peut-être, sous condition, etc…) poser ce geste formidable d’accueillir 4500 réfugiés sur le « quota » de 120.000 que l’Union Européenne envisage pour les 2 prochaines années…

Les mêmes statistiques de la Banque Mondiale nous montre que la Jordanie (par exemple, et ce n’est pas le pays le plus pauvre) avec un PIB par habitant de 5.500,- USD par an en 2013 (soit dix fois moins que nous…) accueille pour le moment dans ses camps (voyez la photo ci-dessus)  plus de 600.000 réfugiés. Cela représente 10% de la population de ce pays de 6,5 millions d’habitants.

Soyons donc rassuré, comme je l’écrivais il n’y a pas très longtemps, la misère du monde reste bien avec la misère du monde.

 

A propos de faits et d’émotions

Je n’ai pas envie de parler d’un enfant, mort, couché sur une plage. Pour tout dire, cette image ne m’a pas particulièrement ému. Quand j’ai ouvert mon journal et que je l’ai vue, là sur la moitié de la première page, une pensée m’est venue: ce fait divers pourrait-il devenir un fait de société ?

Très vite malheureusement, il a fallu se rendre compte qu’il n’en était rien. N’est-il pas extraordinaire de voir comment nos responsables politiques exploitent habilement le moindre dérapage d’un immigré pour insister sur l’absolue nécessité de « ne pas se charger de toute la misère du monde », et de comparer cela au silence pesant qui règne de leur part depuis trois jours ?

J’ai intitulé cet article « à propos de faits et d’émotions ». Je veux y exprimer une opinion politique, mais je veux aussi baser cette opinion sur des faits, sur des bases aussi solides que possibles. Nos responsables politiques disposent de toutes les informations nécessaires pour apprécier correctement la situation migratoire actuelle, et cette situation est finalement non pas extrêmement complexe (comme tous les médias essaient de nous le faire croire), mais extrêmement simple:

  • Il y a aujourd’hui dans le monde un nombre important (des dizaines de millions de personnes) qui souffrent tellement de la guerre, de la discrimination, de la violence individuelle, des catastrophes écologiques, qu’elles ne peuvent plus supporter de vivre là où elles vivent.
  • Le niveau de souffrance de ces personnes est tel que les seuls choix qui s’offrent à elles est de tenter de vivre ailleurs, ou de mourir. C’est une situation qui n’a plus été vécue chez nous de manière collective depuis l’invasion nazie de 1939, et qu’il nous est donc bien difficile d’appréhender, mais c’est aussi une situation très simple: partir ou mourir.
  • Face à un tel choix, il faut absolument comprendre que la politique d’accueil de « ailleurs » est sans aucun intérêt pour la personne en souffrance. Nous ne pourrions créer un environnement pire pour elles qu’en renonçant aux principes humanitaires les plus élémentaires qui fondent même le plus ultra-libéral des modèle sociaux démocratiques. Certains politiques chez nous tentent bien de créer de telles conditions, mais ils continuent heureusement de se heurter aux barrières posées par notre système démocratique.
  • La grande masse de ceux qui fuient se réfugient dans les pays qui à la fois offrent des conditions de vie un peu meilleures et sont assez proches pour qu’ils puissent s’offrir le voyage: on estime à 98% aujourd’hui la part des réfugiés qui se « réfugient » dans leur propre pays ou dans un pays voisin. Ils n’ont simplement pas les moyens de se payer une traversée. « Toute la misère du monde » est donc en fait accueillie par… « toute l’autre misère du monde ». Quelqu’un n’a-t-il pas dit qu’il existait plus de solidarité entre pauvres qu’entre riches et pauvres ?
  • Mais ceux qui veulent aller plus loin, ceux qui disposent finalement de cet « esprit d’entreprise », ce « sens de l’initiative et de la prise de risque » que nos dirigeants posent souvent en vertus cardinales, ceux-là vont prendre tous les risques, embarquer sur des coquilles de noix, traverser les frontières les plus hostiles, passer à travers les barbelés, marcher encore sur les autoroutes de la honte. Nul ne les arrêtera, car ils ont abandonné tout espoir de retour. Ils sont comme les eaux d’un immense torrent en crue qui dévalent vers un misérable barrage de papier.
  • C’est cette vague, ce tsunami, annoncé par tous les observateurs experts du phénomène depuis de nombreuses années (sans me targuer du statut d’expert, cela fait plus de cinq ans que je répète partout où je passe que cette vague ne peut être arrêtée), qui  nous atteint aujourd’hui.
  • Face à une telle déferlante, nous pouvons continuer d’essayer de renforcer les digues. Elles continueront de s’écrouler. Elles rendront aussi nos visiteurs un peu plus déçus, mais pas pour autant plus motivés à rentrer chez eux. Le nombre de retours volontaires est infime, demandez à l’Office des Etrangers, si prolixe à donner des chiffres sur les « invasions », ses chiffres sur les retours « volontaires ». Silence. Car ce chiffre est tellement faible qu’il ne franchirait jamais la barrière statistique du pourcent de quoi que ce soit…
  • La solution est pourtant évidente: toutes les populations qui ont eu affaire à des fleuves en crue ont d’abord tenté de discipliner l’eau en l’arrêtant par des barrage. C’est ainsi que le Nil fut d’abord un fleuve charriant plus de cadavres que de richesses. Jusqu’au jour où l’on découvre que l’énergie mise en vain à arrêter le torrent peut être utilisée avec bonheur à canaliser le fleuve, pour irriguer les terres alentour.
  • Les faits, toujours les faits, nous montrent que malgré les obstacles que nous mettons sur leur chemin, les migrants qui débarquent chez nous sont plus efficace pour entrer dans la vie économique et sociale que n’importe quel autre personne nantie des mêmes moyens de départ. Près des trois quarts des migrants ayant obtenus une régularisation ne sont plus dépendants des systèmes sociaux, mais au contraire en sont des contributeurs nets, et ce quatre ans après leur arrivée. Sur la même période de temps, il est simplement accidentel qu’une personne régulièrement installée dans notre système social arrive au même résultat. Ce sont eux, ces migrants, qui peuvent nous aider à relancer et à repenser notre mode de vie. Ce sont eux la richesse de demain.

Les neurosciences nous enseignent que l’être le plus rationnel est parfois incapable de prendre une décision importante, un peu comme si notre capacité à analyser obturait dans notre cerveau notre capacité à décider. Dans ce cas, l’émotion agit un peu comme une clé, qui ouvre un espace dans l’ensemble des données analysées et permet enfin de choisir un chemin.

Ne serait-il pas temps que les émotions d’aujourd’hui permette enfin à ceux qui nous gouvernent, politiciens mais aussi (et surtout ?) médias, de communiquer que le choix qui se présente à nous, ce n’est pas de laisser entrer ou non chez nous tous ces migrants: ils finiront par entrer. Le choix qui se présente à nous, c’est de les accueillir humainement et de construire avec eux l’avenir de notre partie du monde, dans le respect de nos modes de vie, et dans le respect de leurs individualités, car si nous ne faisons pas ce choix, l’alternative est de les accueillir dans l’hostilité et de multiplier les « jungle de Calais » au milieu de nos jungles urbaines, au risque de voir les unes s’opposer aux autres dans une escalade de violence.

La question n’est déjà plus de savoir s’il faut s’afficher #refugeeswelcome. Le hashtag qui me caractérise en tous cas, s’appelle plutôt #everybodywelcome, car, comme je l’écrivais déjà en décembre 2013, no body is illegal.

Pour que nous ne devenions pas des assassins

Lorsque des centaines de milliers de migrants se présentent aux portes de l’Europe, le refus de les laisser entrer n’est pas l’attitude de raison.

D’abord, ces migrants, nous n’arriverons jamais à les renvoyer où que ce soit. Chez eux, ce n’est déjà plus chez eux. Ils ont tout quitté parce que rester était impossible.  Parce que derrière eux tout est détruit, en particulier l’espoir. Qu’y a-t-il de plus risible, de plus vain qu’un émissaire européen tentant de convaincre les « responsables » politiques d’un pays d’émigration qu’il doit lui-même convaincre ses compatriotes de rester chez eux ?

Qu’y a-t-il de plus risible, de plus vain qu’une mission occidentale tentant de persuader des masses croupissant dans la pire des misères que ce ne sera pas mieux dans ces pays où l’on a l’air si propre sur soi ?

Ensuite, en les repoussant, nous ne faisons que provoquer le redoublement de leurs efforts. Mais à chaque nouvelle tentative de rejoindre l’occident, quelques centaines meurent. Au coeur des zones de guerre qu’ils traversent, au fond des cales des misérables bateaux qui les font traverser…

En les repoussant, nous devenons nous mêmes assassins, car nous ne pouvons ignorer ce qui va leur arriver, et nous choisissons de les laisser dehors.

En leur interdisant l’accès à notre territoire, nous nous transformons en victimes car nous ne laissons pas s’exprimer les formidables compétences qu’apportent ces migrants et dont nous avons besoin. Un migrant, ce n’est pas d’abord quelqu’un qui vient profiter d’un système social dont il ne connaissait même pas l’existence. En permettant aux migrants de travailler autrement que dans la clandestinité, ce sont les fraudeurs qui disparaitraient, et les migrants ne représenteraient plus une concurrence déloyale pour nos propres travailleurs puisque leur coût deviendrait comparable. Jouissant de revenus plus confortables, les migrants deviendraient des consommateurs générateurs de croissance ici et dans leurs pays d’origine où ils pourraient enfin envoyer des moyens financiers plus conséquents.

Enfin, on ne le répétera jamais, il y a d’abord dans ce défi un question d’ordre humanitaire: quelle est la logique qui justifie sous quelque forme que ce soit que le fait d’être né d’un côté ou d’un autre d’une frontière fait de vous une femme, un homme ou un enfant avec moins ou plus de droits ?

Fondamentalement, le risque de se voir refuser un statut crée plus d’illégalité puisqu’un nombre significatif de migrants n’a d’autre solution que de rentrer dans la clandestinité dès lors que son statut risque de ne pas lui être accordé ?

Aucun chiffre, aucune mesure, rien n’a jamais établi qu’il existait un « seuil de tolérance » à l’immigration. Et pourtant, nos politiciens, confrontés aux peurs de leurs concitoyens continuent de choisir de les entretenir au lieu de remplir leur rôle éducatif. Le discours tenu par Monsieur Demotte est à cet égard parfaitement ignoble.

Faudra-t-il pour une fois reconnaître que le discours le plus humanitaire tenu par un politique ces derniers jours est celui de Mr Franken ?

Nous avons tué Cecil

Cecil vivait dans la jungle. Il y était arrivé il y a plusieurs mois, mais comme chacun le sait, la jungle n’est pas le milieu qui convient à Cecil.

Alors, Cecil s’est laissé attiré par les appâts que lui tendaient les hommes civilisés. Il s’est laissé entrainer loin de la jungle, de sa famille. A pas feutré, il a traversé les herbes hautes. Il a franchi une première barrière, s’est arraché la peau sur une deuxième. Presque rampant, il s’est avancé en terrain de plus en plus découvert.

Il se croyait en sécurité lorsqu’il a vu les phares avancer dans sa direction, de plus en plus vite. Alors il s’est relevé, s’est mis à courir, de plus en plus vite. Les phares le rattrapaient. Et Cecil continuait à courir.

Lorsque les phares sont arrivés à sa hauteur, Cecil s’est mis à bondir, il a tenté de s’accrocher, il a trébuché, s’est pris les pieds dans les rails et s’est fait avaler par le train qui continuait son chemin vers l’Angleterre et la liberté.

Il n’y avait pas de dentiste pour tuer Cecil. Il y avait l’extrême précarité, l’insécurité et la violence qu’il fuyait depuis des années. Il y avait les lois stupides qui décident qu’un homme est différent en droit selon l’endroit où il est né. Il y avait l’incroyable crédulité des hommes, prêts à affirmer que Cecil était responsable de la crise économique qui  nous empêche de renouveler notre smartphone aussi souvent que la publicité nous le recommande… Il n’y avait pas de dentiste pour tuer Cecil. Il y avait nous.

Cecil vivait dans la jungle, ce bidonville de Calais où tentent de survivre trois mille êtres humains que nos dirigeants, pour se donner bonne conscience, nous forcent à appeler illégaux…

Les nouveaux martyrs de l’Europe

Qu’importe qu’ils soient 300 ou 3000 à vouloir tenter de traverser le Tunnel sous la Manche pour atteindre un Eldorado qui ne cesse de se refuser à eux, les migrants qui s’entassent dans d’immondes bidonvilles Calais sont aujourd’hui les victimes – et parfois les martyrs, de la politique migratoire d’une Europe indigne de ses propres ambitions.

Les pères fondateurs de 1957 mesuraient-ils qu’en mettant l’accent sur la prospérité économique d’un continent pacifié, ils ne le feraient qu’en aggravant les disparités avec les pays les plus pauvres de la planète ? Pouvaient-ils alors imaginer ce qui se passerait lorsque nous aurions en Europe à la fois cette opulence qui se mesure plus à l’aune des différences de possession qu’à celle du bien-être collectif, ce village virtuel que nul n’imaginait à l’époque et qui impose le modèle de la consommation effrénée comme standard de vie idéal, mais aussi ces énormes différences de développement avec les pays du Sud ?

Une chose me semble évidente aujourd’hui, les barbelés ne seront jamais assez haut, les gendarmes assez nombreux pour décourager ceux qui fuient une mort programmée par la faim, la maladie, la violence des hommes ou de la nature. Ceux-là qui tentent de venir chez nous n’ont rien à perdre. Nous dépensons en pure perte des millions d’Euros à tenter de les retenir hors nos murs, tout en les laissant crever dans nos murs.

Combien de murs, de barbelés, combien de morts faudra-t-il encore pour se rendre compte que notre façon de réagir au flux somme toute limité d’immigrants est vaine et inefficace ? Alors même que tant au nom du réalisme économique, de notre bien-être futur qu’en celui de la solidarité humaine, la logique la plus évidente serait de mettre en place des solutions d’accueil et d’intégration en lieu et place du rejet.

Celui qui accepte une norme basée sur le rejet de celui qui a besoin de notre solidarité ne doit jamais oublier qu’il finira bien un jour par devenir celui qui a besoin de la solidarité d’un autre…