Quand Dalaï Lama trop vieux, lui parfois dire des (grosses) conneries…

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Donc, d’après le chef spirituel tibétain, Prix Nobel de la Paix, chantre de l’illumination, l’Europe doit arrêter d’accueillir des migrants. Et pour cela il y a une raison absolue: il y en a trop. Continuer la lecture de Quand Dalaï Lama trop vieux, lui parfois dire des (grosses) conneries…

Pourquoi, ce dimanche, je ne voterai pas pour un parti de la majorité fédérale…

J’ai souvent été un électeur qui se qualifiait de « réaliste ». Ce qui veut dire que je votais « utile » en choisissant un candidat – si possible que je connaisse plus que par les médias – dans un parti dont je partage « la plupart des valeurs », dans l’espoir de voir ce parti au pouvoir, avec le minimum de compromis nécessaire, après l’élection.

Dimanche, ce sera différent. Car je ne veux pas, dans dix ou quinze ans, me dire que j’ai été complice, le 25 mai 2014, de la prolongation d’un crime d’état dont j’avais connaissance.

Je ne peux pas dire que je ne suis pas au courant des crimes – meurtres et assassinats – commis au vu et au su de chacun d’entre nous, par nos femmes et nos hommes politiques. Je ne peux pas dire que je ne sais pas que nous avons créé une institution d’état, l’Office des Etrangers, dont le rôle est de renvoyer chez eux un maximum d’émigrants, sans plus tenir compte du danger que représente pour leur vie ce retour.

Je ne peux pas dire que je ne sais pas que des Afghans ont été renvoyés chez eux, « parce qu’ils n’étaient pas en danger » et que quelques jours plus tard ils mourraient assassinés.

Je ne peux pas dire que je ne sais pas que des malades du SIDA sont renvoyés mourir « à la maison » sous prétexte que dans leur pays, il existerait quelque part quelqu’un qui « pourrait les soigner » mais en oubliant que ces soins là sont réservés à ceux qui peuvent se les payer.

Je ne peux pas dire que je ne sais pas qu’au creux des années 30, ce n’est pas par l’élimination des juifs qu’a commencé la page la plus noire de notre histoire européenne.

Je ne peux pas ne pas savoir que chaque fois qu’elle a été interpellée sur le sujet, la Ministre en charge de l’immigration, Madame De Block, a clairement expliqué qu’elle ne faisait qu’exécuter l’accord de son gouvernement et que le rôle d’un ministre n’est pas d’utiliser le pouvoir discrétionnaire dont il dispose de par la loi pour résoudre les situations que son administrations ne peut arbitrer correctement.

Je ne peux donc pas ne pas savoir que derrière chaque départ, chaque déportation d’un être qui a juste eut la malchance de naître du mauvais côté d’une frontière, il y a Madame De Block, mais aussi Madame Milquet, Monsieur Di Rupo, Monsieur Reynders et chaque ministre de ce gouvernement, chaque militant qui défend le bilan assassin de cette législature.

Je ne peux qu’imaginer que c’est parce qu’ils sont paralysés par la peur d’affronter l’opinion publique en lui expliquant qu’on n’arrête pas les migrations à coup de déportations que ces messieurs-dames soutiennent et défendent cette politique d’exclusion. C’est parce qu’ils ne veulent pas expliquer – comme des scientifiques sérieux l’ont encore démontré récemment, que l’immigration est un facteur d’enrichissement pour la société qui accueille, que d’autres immigrés attendent dans des centres fermés inhumains leur prochain vol vers la mort.

Dimanche, je voterai pour des candidat(e)s qui se sont exprimés ouvertement sur ce sujet pendant la législature. Malheureusement, ces candidats ne se trouvent ni au MR, ni au CdH, ni au PS. Et ça non plus, je ne peux pas ne pas le savoir…

L’arme ultime de l’homme d’état en 2014

Passant quelques jours de vacances chez nos voisins d’outre Quiévrain, j’ai l’occasion tous les soirs de m’informer en regardant les programmes proposés par la télévision d’état (France Télévision). Dans une France dirigée par un gouvernement prétendument socialiste, mais menant une politique de plus en plus libérale, voire conservatrice, j’ai découvert un étonnant parallèle avec ce que nous vivions en Belgique, à quelques semaines de ce que quelques chroniqueurs – sans doute pas trop sérieux – continuent d’appeler « la mère des élections » (attention à la prononciation).

Il n’aura pas échappé aux observateurs attentifs du paysage politique que la transition entre le temps ou notre premier ministre « socialiste » a dirigé un gouvernement menant une politique sécuritaire et anti-humanitaire et le temps de la campagne électorale a été surtout  marqué par ceci:

Crédit photo: Gazet Van Antwerpen

Et la Belgique entière de penser que le monde tourne autour de deux ursidés qui nous font oublier nos petites misères tellement sans importance face à ces deux bestioles tellement attachantes.

Et nos politiciens d’en arriver à instrumentaliser l’investissement (parfaitement respectable) d’un entrepreneur pour en faire une arme de campagne. Quitte à utiliser l’image même de l’animal dans des apparitions de campagne.

Ici aussi (en France) un gouvernement supposément de gauche se prépare à faire passer un cocktail de mesures économiques et sociales qui vont renforcer l’exclusion des plus faibles et renforcer les emplois sous-payés (en inventant la défiscalisation des emplois au SMIG ce qui, dans un pays qui connaît une situation de l’emploi comparable à la notre revient à favoriser les employeurs qui créent des emplois qui propulsent les travailleurs en dessous du seuil de pauvreté). Que voyons nous à la télévision ? Des manifestations ? Pas du tout. Des syndicalistes en colères ? Si peu.

Mais alors qu’est-ce qui fait l’actualité de cette dernière semaine ? Aux journaux télévisés de ces derniers jours, le thème qui a reçu plus de temps d’antenne que la déclaration de politique générale du premier Ministre Emmanuel Vals, c’est ceci:

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Après 6 ans de fermeture, inauguration du nouveau zoo de Vincennes

Vous lisez bien: avant-hier sur FR3, hier sur France 2, ce matin toujours sur France 2, et demain sans doute en édition spéciale, tout comme nos télévisions nationales avaient couvert comme l’événement du siècle l’arrivée de Hoi-Hoi et des son copain (ou sa copine, je ne m’y retrouve plus très bien) à Pairi Daiza, de longues minutes sont consacrées à ce sujet tellement consensuel et terriblement d’actualité: la réouverture d’un zoo…

Un journaliste de mes amis m’a un jour expliqué que le point le plus important des conférences de rédaction de la chaine de télévision où il travaille consistait à trouver un sujet d’ouverture qui fasse consensus. Et il me disait « ce qui marche toujours, c’est la météo ». Je crois qu’avec « nos amies les bêtes, tellement plus n’importe quoi que les humains » nos politiciens ont trouvé la panacée pour résoudre nos difficultés.

Après tout, un Panda à la place de Maggie De Block, ce serait peut-être plus efficace. Ils connaissent l’importance d’une politique migratoire ouverte, et il paraît que sous leur air débonnaire, les Panda sont terriblement dangereux. Peut-être arriverait-il (notre Panda Ministre) à faire suffisamment peur à l’Office des Etrangers et au CGRA que pour enfin mettre en place une politique migratoire… humaine.

La peur de l’autre enterrera-t-elle la solidarité, la liberté et l’humanisme ?

1614016_3_09d5_a-peine-intronise-le-nouveau-gouvernementRegardez bien cette photo. C’est celle du gouvernement fédéral belge. Au premier plan, vous y voyez des chantres de la solidarité, du libéralisme et de l’humanisme.

La solidarité, défendue par le parti socialiste, celui-la même qui termine ses congrès, ses réunions publiques en chantant l’Internationale, cette internationale qui à chaque refrain nous parle de la lutte pour le bien-être du genre humain (pas des belgo-belges, pas des gens qui trouvent du boulot, pas non plus de ceux qui capitalisent leur fortune).

Le libéralisme, au coeur du discours… libéral. Qui prône le droit pour chacun de jouir du fruit de son travail, qui a fondé les grandes révolutions du XVIII ème siècle. Qui est au coeur de toutes les grandes réussites économiques. Qui est aussi un idéal de la réussite individuelle.

L’humanisme, ne serait-ce pas une approche de la société qui prône de mettre l’humain au coeur de l’action, qui demande à se recentrer sur les besoins de chaque femme, de chaque homme avant de prendre une décision. Qui pose les droits de l’homme (et de la femme) et ceux des enfants comme base de toute réflexion politique ?

Les gens qui sont au premier plan de cette photo sont censés représenter au plus haut point les valeurs qu’elles et qu’ils défendent. Ils sont les figures de proue de leurs partis. Tous ces partis se réclament de la démocratie. Si ils sont élus, ne peut-on penser que c’est parce que la nation leur demande de mettre les valeurs qu’ils défendent au coeur de leurs actions ?

Alors, comment les défenseurs de la solidarité, de la liberté et de l’humanisme en sont-ils arrivés à réduire la solidarité (en instituant par exemple la dégressivité des allocations sociales), la liberté (en supprimant les barrières entre pouvoir judiciaire et exécutif dans le cadre des peines administratives par exemple), l’humanisme (en renvoyant chez eux des personnes dites « illégales » mais qui n’ont commis d’autre crime que de tenter de s’intégrer dans notre société et d’avoir cru à nos idéaux) ?

Mais toutes ces personnes installées au premier rang de cette photo ont peur. Leur besoin de sécurité personnelle est en danger. Elles se sont accomplies par le pouvoir qu’elles ont acquis ou qu’elles prétendent détenir. Elles ont peur de le perdre. Et cette peur leur vient par contagion. Parce que leurs électeurs sont en danger. Les travailleurs perdent leurs emplois, les PME sont dans une insécurité financière souvent croissante, les hommes et les femmes de ce pays croient ce qu’on leur dit de l’accroissement de l’insécurité physique et sociale.

Quand on a peur, on cherche un coupable au lieu de chercher une solution. Et le coupable c’est l’autre. Mais comment trouver un autre que l’on puisse désigner comme coupable sans prendre le risque que son mécontentement (au coupable) ne se retourne contre l’homme ou la femme politique qui le stigmatise ? Mais bon sang, c’est évident: prenez un coupable qui ne vote pas.

C’est ainsi que nous nous retrouvons avec la peur de l’étranger, de celui qui est différent. On met les malades à l’hôpital, les fous à l’asile, les enfants à l’école, les « illégaux » dans des centres ouverts ou fermés, les protestataires en cabane… On exclut du chômage ceux que l’on n’arrive plus à inclure dans le travail.

Et puis surtout on construit un discours de l’efficacité. Et l’on confie ce discours à quelqu’un dont on espère un peu ou beaucoup qu’il l’exécutera et qu’il sera dont le seul à s’en prendre les conséquences (que l’on espère négative ?)

Et l’on crée un poste de ministre, avec un nom « neutre » : Ministre de la Politique Migratoire (on pourrait presque imaginer que sa mission est de faciliter la migration des candidats) avec une mission claire: DEPORTATION. Et c’est ainsi que la peur permet de substituer une politique d’exclusion, d’enfermement et de tortures (toutes réalités vues, filmées, constatées par diverses commissions indépendantes et internationales sur le traitement des « illégaux » dans notre pays) aux objectifs de solidarité, de liberté et d’humanisme.

Alors le 25 mai prochain, faut-il continuer à faire confiance à ceux qui nous ont vendu la solidarité, la liberté ou l’humanisme et qui nous ont donné l’exclusion, l’enfermement et les traitements inhumains, pour la seule raison qu’ils ont de l’expérience ? L’expérience de quoi ? Pourquoi changeraient-ils demain ce qu’ils font depuis des dizaines d’années ?

Notre démocratie est forte d’une administration de bons petits soldats qui obéissent aux ordres de leurs ministres. Donnons un signal fort aux hommes politiques pour que les ordres se modifient. Chassons la peur de l’autre par une peur plus grande: celle pour les politiques de perdre leur propre boulot. Quand le PS démontre sa panique à coup de publicités anti PTB, c’est un premier pas ! Mais il faut que cette peur les prenne réellement au ventre, sinon, la peur de l’autre redeviendra plus forte. Une peur plus grande que la peur que vous voulez combattre, c’est un des moteurs essentiels du changement.

Le 25 mai, je ne voterai pas pour un parti de la majorité actuelle. Je ne voterai pas pour un parti prônant l’exclusion de l’autre ou la pratiquant. Je ne sais pas pour qui je voterai, et je n’ai besoin des conseils de personne pour cela. Mais je voterai.

Oui, le parallèle avec les années 1933-1940 fait sens…

La publication par Ciné-Télé Revue de la caricature selon Kroll du « couple idéal », unissant Elio di Rupo à Maggie De Block

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m’a fait immédiatement penser à une autre caricature, entrevue je ne sais plus où, et retrouvée après une petite Googlisation…

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La similitude dans la présentation des personnages, leurs ressemblances physiques m’ont fait de suite penser que ceux qui liraient l’article que j’écris maintenant me voueraient aux gémonies pour avoir fait ce raccourci qu’il semble toujours aussi indécent de faire.

Et c’est vrai que jusqu’à très récemment, j’avais en horreur tous les appariements « simplificateurs » fait entre la situation de l’Europe de 1935 et celle dans laquelle nous vivons quatre-vingt ans plus tard.

Et pourtant… désorientés au coeur d’une crise économique qui met en péril notre bien-être et nos acquis sociaux, les européens d’aujourd’hui (et en particulier les classes moyennes et les plus défavorisés) sont prêts à écouter toutes les prophéties qui leur feront croire à une solution simple.

Et une solution simple, c’est quoi ? C’est d’abord de désigner un coupable facile à identifier. Un noir au milieu des blancs, un bronzé chez les pâles. Quelqu’un qui s’habille différemment, qui parle une autre langue, qui ne mange pas comme nous, ne prie pas comme nous, ne se marie pas comme nous. Mais à l’ère de la lutte contre le racisme (ne sied-t-il pas de commencer tout discours sur l’immigration par un pompeux « je ne suis pas raciste »), il faut que cet autre soit coupable de quelque chose. Alors, on va le rendre « illégal ». D’une façon très simple: en décrétant que si l’on n’est pas né « chez nous » on n’a pas le droit de venir y vivre. A partir de là, les enchainement deviennent simples. Celui qui est « illégal » ne doit recevoir aucun droit: ni le droit de travailler, ni le droit de résider dans le pays, et encore moins le droit à la parole.

Que peut alors faire l’illégal ? Il peut trouver des réseaux de solidarité, comme l’ont si bien fait les Afghans réfugiés à l’Eglise du Béguinage à Bruxelles. Et cela permettra d’étendre l’éventail des coupables à ceux qui les aident: les forums pullulent aujourd’hui d’injonction à « les accueillir dans votre maison si vous voulez vraiment qu’ils viennent piquer le travail des belges ». Le jour où les purges commenceront, on pourra ainsi désigner ceux qui « cachent » des illégaux ou se rendent complices de leur présence illégale.

S’il ne trouve pas de réseau de solidarité, il va alors tomber dans une clandestinité qui fini toujours par aller de pair avec des infractions bien réelles. Ainsi, comme on l’a vu la semaine dernière, on pourra organiser des « rafles » dans des stations de métro bien ciblées, au cours desquelles quelques illégaux se feront prendre, d’abord par la STIB, puis par les forces de police qui les secondaient, en vue d’une déportation.

Une solution simple, c’est aussi de s’assurer que les voix qui se feraient entendre pour dénoncer cette situation soient intimidées ou éteintes. Ainsi, toujours cette semaine, l’arrestation arbitraire d’un artiste et d’une journaliste (voir ici) afin de leur faire comprendre que la police est prête à intervenir pour couper la parole à ceux qui voudraient éveiller les consciences.

Une solution simple, c’est aussi d’utiliser toutes les ficelles de la communication populiste pour détourner l’attention du public, quitte à le faire avec une indécence écoeurante. Et dans ce domaine, la manière dont l’arrivée dans notre pays des deux pandas chinois a été traitée par le monde politique relève d’une manipulation digne des discours de propagande les plus éhontés. Encore une fois, je veux être très clair: je n’ai absolument rien contre le fait qu’un parc d’attraction wallon géré avec des fonds privés paie le prix qu’il estime nécessaire pour faire un investissement qui va assurer (on l’espère) sa croissance pendant une dizaine d’années et ainsi renforcer l’emploi dans un secteur clé de l’économie régionale !

Ce qui par contre m’a donné un haut le coeur insupportable, c’est le ramdam fait autour de l’octroi d’un « visa » d’entrée pour ces deux animaux. Chacun sait que les documents d’importation réels n’avaient rien à voir avec ce visa. Toutes les femmes, tous les enfants et tous les hommes qui souffrent de ne pouvoir obtenir un tel document, pour la simple raison qu’il ne sont pas nés au bon endroit ont du voir ce document octroyé à des animaux. Imaginez un instant: vous êtes un être humain, doué de la capacité de réfléchir, avec des émotions que vous partagez avec les autres êtres humains. Vous espérez un geste humain, d’une personne humaine, qui vous dise:

Vous voulez venir dans notre pays ? Vous êtes prêt à y travailler, à y consommer, à y payer taxes et cotisations sociales, à contribuer aux pensions de retraites des vieux qui y vivent, à créer par votre consommation de l’emploi pour les autres, à accepter les tâches que les résidents nationaux refusent d’effectuer ?

Vous essayez d’expliquer, comme le font de nombreux universitaires, qu’il n’y a pas de lien entre immigration et hausse du chômage (d’ailleurs, si c’était vrai, comment expliquer que les déportations massives – et la baisse du nombre d’immigrés qui l’accompagne – effectuées par Mme De Block coincident à une HAUSSE du chômage alors même que l’on nous dit que la relance est là ?)

Et l’on vous répond que

Dans moins de cent jours, ce sont les élections. Nos concitoyens sont trop bêtes pour comprendre que vous ne faites de tort à personne, par contre, vous êtes une cible idéale – vous ne votez pas – comme bouc émissaire. Alors, non, on garde le visa pour les pandas, eux de toute manières ils n’en n’ont pas besoin, mais pour vous, on a un ordre de quitter le territoire, et un billet d’avion pour un pays en guerre, en famine, en dictature, en misère… bref, celui d’où vous venez… On reparlera de tout cela le 26 mai.

Alors pour moi, le parallèle entre l’image du couple de l’année selon Kroll et ce vieux chromo de la fin des années 30 ne me semble pas usurpé. Sans doute ne connaitrons nous pas de sitôt la guerre sur nos territoires, mais le repli derrière des frontières de plus en plus hermétiques sonne le glas des espoirs d’une Europe pionnière de la démocratie. L’abandon des discours utopistes et idéalistes pour une « realpolitik » tournée vers les 50 prochains jours ne va faire qu’aggraver les attitudes de repli sur soi. La désinformation (comme la quasi-absence dans les médias francophones de toute analyse sur la place de l’extrême droite dans l’opposition soit-disant pro-européenne en Ukraine) va continuer à nous abreuver d’images chocs montrant la barbarie des lointains (la place Maiden en feu, Ohm sous les bombes), la douceur de vivre de nos propres contrées (les gentils pandas qui arrivent sous escorte presque royale à Mons) et à occulter la réalité qui exige pédagogie et explications.

L’espace de la pensée utopiste n’est alors plus occupé que par des formations politiques ultra minoritaires et souvent aux extrêmes de l’échiquier politique. Que peut alors faire l’honnête homme qui se sent « rouge » lorsque l’on parle de libertés individuelles et de solidarité, « vert » lorsque l’on parle énergie, écologie et développement, « orange » lorsque l’on parle du respect de l’être humain, de la place de l’enseignement, de la liberté de pensée, « bleu » lorsqu’il faut reconnaître le droit à un épanouissement économique personnel à travers le travail et l’épargne ?

Comment peut-il, cet honnête homme, faire passer son message et transmettre ses attentes et ses inquiétudes, espérer que l’on en tiendra raisonnablement compte dans l’après-élection ?

Reste-t-il autre chose à faire que de s’attacher à celle de ses valeurs qui est la plus mise en danger dans le discours consensuel actuel, et de toujours donner sa voix à ceux qui, de l’extérieur, pourront faire savoir les attentes d’une minorité croissante de la population ? Mais si je donne ma voix à l’extrême gauche, comment puis-je m’assurer qu’elle ne sera pas utilisée contre moi, en mettant en évidence non pas la valeur que j’aurai voulu défendre (ici le droit de chacun à s’établir là où il se sent le mieux tout en acceptant de respecter le mode de vie de son lieu d’établissement), mais bien une valeur que je serais d’autre part prêt à combattre (dans mon cas une approche trop collectiviste de l’économie).

Le 25 mai, les choix seront difficiles: voter pour un parti qui a soutenu la déportation d’hommes et de femmes vers des pays en guerre, tout simplement parce que ces hommes n’étaient pas « légalement » installés chez nous me sera impossible. Mais voter pour un parti qui risque de porter plus solidement la partie de son programme qui m’intéresse le moins sera sans doute presque aussi difficile…

Pour améliorer votre néerlandais…

La chaîne de télévision Vier va diffuser lundi soir un reportage sur Maggie qui fait déjà couler pas mal d’encre. Ce reportage est déjà visible sur le site meer.be qui publie en vidéo à la demande les reportages de ses chaînes soeurs. Je n’ai pu m’empêcher de regarder ce « documentaire » édifiant pour qui veut découvrir le « vrai » visage de Maggie De Block (tel qu’elle veut sans doute le faire apparaître). Continuer la lecture de Pour améliorer votre néerlandais…

Le souffle de la bête immonde

Ce matin, un jeune homme de 27 ans a été expulsé de Belgique, placé dans un avion qui l’envoie dans un pays qu’il a quitté il y a 21 ans. Un pays en guerre. Un pays où meurent tous les jours des dizaines de personnes sous les bombes et les coups de feu d’intégristes ou de militaires venus parfois même de Belgique. Continuer la lecture de Le souffle de la bête immonde

Les déportations n’arrêtent en rien l’immigration

Cette phrase, extraite d’une interview du Dr Liza Schulster, une éminente sociologue de City University (Londres), diplômée d’Oxford, est la conclusion logique d’une interview reprise dans Le Standaard de ce week-end (et merci à mon amie Sandrine de l’avoir remise en évidence sur Facebook).

Je voudrais simplement, en passant, vous offrir une traduction libre du passage qui me semble central dans l’intervention de Liza Schultster (et mes ami(e)s traducteurs/trices se feront un plaisir et un devoir de commenter l’article avec leurs précisions et corrections.

Si j’ai appris quelque chose de mes discussion avec des centaines d’Afghans qui ont été déportés de Norvège, du Royaume Uni et de France, c’est qu’il n’ont aucune chance de ré-intégration. Et pas simplement à cause du chômage (note personnelle: en Afghanistan). Ils n’ont plus aucun lien avec le pays parce que comme enfant, ils ont grandi en Iran ou au Pakistan ou parce qu’ils ne connaissent personne à Kaboul. De plus, ils sont accablés de honte. Ils ont échoué et leur entourage considère qu’ils sont « souillés », parce qu’ils ont des vêtements et un accent occidental en raison desquels ils sont repoussés.

Leur seule échappatoire est de fuir à nouveau. Les déportations n’arrêtent les migrations irrégulières en aucune manière.