La mode des « chroniques de Amid Faljaoui » potentiellement dangereuse

Quand un célèbre chroniqueur économique se lance sur un sujet qu’il ne domine pas bien, en se basant sur les documents d’un auteur mineur, il devient potentiellement dangereux pour l’esprit critique de ses lecteurs… Continuer la lecture de La mode des « chroniques de Amid Faljaoui » potentiellement dangereuse

« Ca » n’arrivera jamais… ou comment clôturer en beauté 2015 !

Voilà, c’est fait. Quand il y a trente ans toute l’Europe regardait goguenarde un vieux déjà gâteux invoquer Jeanne d’Arc en réclamant « La France aux français », l’immense majorité d’entre nous pensait à un épiphénomène qui s’éteindrait étouffé par sa propre vacuité ou son ridicule.

Et nous voici, ce lendemain de St Nicolas, improbables Bruxellois, coincés au milieu d’un territoire contrôlé par des nationalistes eux-mêmes otages d’une des extrêmes-droites les plus agressive d’Europe, et à 100 km d’un nouveau territoire soumis aux chemises brunes de la famille Le Pen.

Est-ce donc ici que nous ont amené septante années de paix gagnées par une coalition qui l’espace d’une guerre avait fait passer au second rang les formes les plus caricaturales du libéralisme et du socialisme pour vaincre ce que l’on appelait alors la bête immonde ?  Combien de familles déchirées, amputées pour cela ? Et aujourd’hui leurs enfants et les générations qui les suivent semblent avoir tout oublié. Faut-il avoir été marqué personnellement au fer rouge pour craindre le feu ? Voir les souffrances, les blessures de nos mères et de nos pères ne nous aura donc pas suffit.

Je ne sais quel sera l’événement retenu par les historiens lorsqu’il s’agira de définir le jour où l’Europe bascula à  nouveau dans l’obscurantisme. Il ne sera cependant pas loin de l’année 2015. Une année pendant laquelle ceux à qui nous avions confié le sort de l’Europe ont choisi de céder à  la peur et à la confrontation. Une année pendant laquelle cinq à six millions de réfugiés se sont retrouvés sur les routes du monde à fuir les meurtres, les viols, les mutilations et les catastrophes naturelles. Une année pendant laquelle l’Europe a vendu plus d’armes aux pays du tiers monde qu’il n’en faut pour détruire la planète. Une année pendant laquelle les banquiers du monde, ressuscités de la crise qui les avait mis au tapis il y a sept ans auront refusé d’aider ceux-là même qui les avaient nourris quand ils mourraient de faim. Une année pendant laquelle chaque jour qui passait aura vu des milliers d’êtres humains mourir soit de faim, soit sous la torture, soit sous les bombes financées par nos achats de pétrole, d’essence et de gaz. Une année pendant laquelle nous aurons continué d’acheter des T-shirts fabriqués avec la sueur d’enfants esclaves bien loin d’ici. Une année qui se terminera avec un arbre de Noël dont l’ombre couvrira des « objets connectés » fabriqués en Chine, en Inde ou en Corée, par des armées de travailleurs sous-payés. Une année pendant laquelle rien qu’en Belgique 600 personnes seront mortes sur les routes, la plupart fauchées par des conducteurs en excès de vitesse, d’alcool, ou des deux. Une année pendant laquelle comme toutes les précédentes, ce seront les crimes commis à l’intérieur même des familles qui auront fait le plus grand nombre de victimes.

Et pourtant, que retiendrons-nous de cette année ? Qu’est-ce qui va occuper la une des rétrospectives qui vont se succéder dans les prochains jours dans nos journaux et sur nos écrans ? La mort des journalistes de Charlie Hebdo, celle des 130 victimes du 13 novembre à Paris, celles du Musée Juif de Bruxelles. Et surtout la peur, cette peur que nos dirigeants incapables de nous faire aimer la paix ont choisi de distiller en nous pour assoir leur emprise. Cette peur qui nous fait accepter l’amputation systématique de nos libertés. Cette peur qui justifie de jeter dans nos rues des gamins en treillis militaire. Cette peur qui fait prendre à un Premier Ministre des airs de matamore à la proue d’un bateau parti faire une guerre impossible à un ennemi insaisissable.

Cette peur qui fait enfin que de Copenhague à Séville, une tâche brune s’étend de plus en plus sur l’Europe, que là où l’on voyait des foyers de résistance, ceux-ci se retrouvent bien vite éteints par de nouvelles peurs. Et l’incontestable victoire du Front National en France ce dimanche, couplée au manque d’intérêt évident de la population pour la chose politique (il suffit de voir le taux d’abstention de ces élections régionales pour s’en convaincre), nous montre l’ampleur de l’échec éducatif auquel nous sommes confrontés.

Je veux en effet parler d’échec éducatif, et donner à cet échec une dimension collective. Il serait trop facile de dire « c’est la faute aux politiciens ». Nous avons encore la chance – pour combien de temps encore ? – d’avoir à la tête de nos pays des femmes et des hommes choisis par l’ensemble de leurs populations. Que cela nous plaise ou pas, les femmes et les hommes qui nous gouvernent sont le reflet de ceux qui les ont élus. Prenons nos responsabilités collectives. Nous avons élu des représentants soumis aux injonctions des milieux nationalistes, économiques, financiers, sociaux et/ou sociétaux. Parmi ceux-ci, ce sont les représentants nationalistes, qui se nourrissent des peurs de l’autre qui ont aujourd’hui la cote et qui nous dirigent. Comme les leaders de mouvements sociaux (comme les syndicats) ou sociétaux (comme les écologistes) sont généralement centrés sur la défense des droits des êtres humains dans une approche internationale ou universelle, leurs intérêts sont rarement communs à ceux des nationalistes, centrés sur des politiques de soit disant identité culturelle. C’est ainsi laisser le chemin libre à une alliance entre nationalisme et libéralisme économique et financier. Car ce qui intéresse au plus haut point l’actionnariat des firmes transnationales, c’est la maximisation de ses profits. Et celle-ci se trouve finalement facilitée (du moins à court terme) par une forte liberté de circulation des biens, combinées à une faible liberté de circulation des personnes. Seule cette combinaison permet en effet de faire produire par des enfants esclaves les T-shirts ou les iPhones qui seront ensuite achetés par les consommateurs plus nantis.

Nous voici donc avec cette situation que doit craindre tout système un tant soit peu démocratique: élire des représentants dont les intérêts sont en conflit avec ceux du système. Et ce qui est prévisible se passe:

  1. Créer un sentiment de peur qui fasse se « resserrer » la population derrière ceux qui la gouvernent.
  2. Identifier un ennemi aussi différent que possible du « coeur de cible » électoral, et de préférence incapable (au sens juridique du terme) de se défendre: quoi de mieux aujourd’hui que d’hypothétiques barbus terroristes, si possibles réfugiés syriens mais à la fois tortionnaires de réfugiés syriens…
  3. Faire croître artificiellement le sentiment de peur de l’ennemi, par exemple en utilisant des événements extérieurs pour faire croire à une menace intérieure, quitte à devoir gérer l’absence totale de preuve d’une menace intérieure à coup de « secret de l’enquête »…
  4. Démanteler les outils de contrôle démocratique vis à vis du pouvoir en place (tentative de ré-introduire la censure – affaire Mythra/Médor, suppression des juges d’instruction en matière de criminalité financière, concentration des pouvoirs judiciaires dans les mains policières,…)
  5. Créer une prison émotionnelle pour les autres acteurs politiques qui – soumis à la peur de leur propre électorat sans doute – acceptent de jouer la « solidarité nationale » vis-à-vis d’une menace dont on refuse de leur montrer la réalité.

Les étapes suivantes sont malheureusement trop connues. Restriction des libertés individuelles (il est bien connu que « si vous n’avez rien à cacher », cela ne pose pas de problème que l’on puisse examiner en détail votre vie privée). Fin des mécanismes de solidarité sociale (exclusion des chômeurs, des pauvres, des étrangers…)

Dans le schéma qui se construit en Belgique, on voit comment la N-VA est en train de construire une situation dans laquelle, idéalement, ce ne sera plus elle qui demandera un démantèlement des solidarités nationales, mais bien les « autres » (Bruxellois ou Wallons). Ce qui lui permettra la plus ultime des forfanteries: comme c’est logiquement celui qui exige de pouvoir partir d’un système de solidarité qui doit en payer le prix, ce seront donc encore les Bruxellois et les Wallons qui passeront à la caisse… Là où tout le monde disait « laissons les nationalistes flamands partir d’eux-mêmes, ils seront confrontés à une note salée qui les fera réfléchir », on peut constater qu’en effet, ils ont réfléchi et retourné la phrase dans l’autre sens, tout en rendant la vie impossible sur le plan des valeurs aux partenaires bruxellois et wallons.

2015, après 70 années de paix relative, l’Europe de l’ouest retrouve ses démons. La génération qui avait connu le pire s’en est allée, et même ses enfants n’auront pas été capables de défendre les acquis de cette paix.

 

Les mauvais combats d’Yvan Mayeur

(c) RTBF 2014
(c) RTBF 2014

Les dernières décisions d’Yvan Mayeur me laissent perplexe. D’une part, j’apprends par la presse qu’il interdit au chef de corps de la police de Bruxelles de recevoir dans ses locaux la visite du ministre de l’Intérieur; d’autre part, la même presse m’annonce que le même bourgmestre de Bruxelles choisit de ne pas accéder à la demande d’Ecolo d’interdire Eric Zemour sur le territoire de la ville.

Je le (re-)dis tout net: je n’aime pas les propos racistes tenus par Monsieur Zemour et je n’aime pas les fréquentations (au moins anciennes) de Monsieur Jambon.

Néanmoins, autant je crois qu’il est inutile d’interdire à Monsieur Zemour de venir se produire dans une grande librairie du centre ville (qui prends ainsi le risque de s’éloigner d’une partie importante de ses clients), autant je crois que c’est une erreur de la part de Monsieur Mayeur de frapper d’ostracisme le Ministre de l’Intérieur. Les vrais combats pour la démocratie doivent se mener à un autre niveau.

Nul n’est obligé d’aller écouter Eric Zemour lors de sa visite en Belgique, nul n’est obligé de le financer en achetant son livre. Que ses employeurs lui fassent subir les conséquences de ses déclarations me parait une réponse proportionnée aux propos qu’il tient. Mais on voit bien que le refus d’Yvan Mayeur n’est pas tant dirigé vers le respect des règles démocratiques: il s’agit simplement d’un acte politique à l’égard d’un parti de son opposition.

Sur le refus de laisser le Ministre de l’Intérieur apporter la bûche de Noël aux policiers ce 24 décembre il me semble ici que les reproches justifiés faits à Monsieur Jambon pour ses fréquentations passées ne doivent pas l’empêcher de jouer son rôle, aussi longtemps que celui-ci se déroule dans un cadre démocratique. Il faut me semble-t-il accepter de séparer la fonction de Ministre de l’Intérieur de celui qui l’exerce, aussi longtemps que l’homme ne commet pas d’actes incompatibles avec sa fonction. C’est ce qui fait pour moi la différence entre Jan Jambon et Théo Francken. Ce dernier a posé, après sa prestation de serment comme Secrétaire d’Etat, des actes qui sont incompatibles avec sa fonction. Comme il le fait encore aujourd’hui avec la question des visites domiciliaires chez les sans papiers. Je ne crois pas que ce soit le cas de Monsieur Jambon.

De plus, d’un point de vue purement stratégique, Yvan Mayeur devrait être beaucoup plus prudent. Il traîne lui même derrière lui une série de casseroles – assez caractéristiques des casseroles classiques du PS – qui pourraient décrédibiliser totalement ses actes soit disant « démocrates ».

La Belgique est devenue aujourd’hui un pays qui  ne respecte plus les droits de l’homme. Les fondements de la démocratie sont en danger. Les intérêts de quelques riches passent avant la survie de 15 pour cent de notre population. Les solidarités quittent le domaine public pour rejoindre celui de la charité privée. Il est encore possible aujourd’hui d’écrire ce que l’on pense mais même cette liberté fondamentale risque d’être mise à mal. La presse libre est muselée par les intérêts financiers, et ce sont les feuilles de propagande populistes qui font l’actualité du citoyen ordinaire, l’abreuvant de peurs des autres, de haine de la différence et créant d’inutiles besoins sécuritaires.

Dans ce contexte, il est important de choisir habilement ses combats et ses cibles, afin de pointer les actes inacceptables tout en laissant aux hommes la possibilité de rester eux-mêmes. Et à ce petit jeu, Monsieur Mayeur vient, me semble-t-il de commettre quelques erreurs qui en font plus une marionnette de Bart de Wever qu’un héros de la résistance.

Quand un élu Ecolo dérape…

La toile se gausse aujourd’hui de la nouvelle parodie de « La Chute » réalisée par Stéphane Vanden Eede, élu écolo, conseiller CPAS à Ottignies-Louvain-la-Neuve et conseiller politique à la présidence du parlement wallon (ne voulant pas contribuer plus à la diffusion de ce torchon, je vous laisse le rechercher par vous même. Indice: Sud Presse adore !). Dans ce nouvel avatar, c’est Charles Michel qui est « incarné » par le personnage de Hitler et qui exprime toute sa rage et tout son désespoir face à la défaite politique qui fait suite au succès électoral, en rejetant la faute sur Didier Reynders, Willy Borsus et Corentin de Salle.

Quelle mouche a donc piqué le politicien vert pour ainsi tomber plus bas encore que ceux qu’il dénonce. Avec une telle vidéo, il se met au niveau des Laurent Louis et autre Alain Destexhe, remuant les plus viles émotions et les images les plus ignobles pour attaquer personnellement des gens qui restent aussi des êtres humains.

Tout qui me lit régulièrement sait mon aversion pour les politiques prônées par le Mouvement Réformateur, et peut facilement s’imaginer que le rejet du MR dans l’opposition pour quelques années ne peut que me réjouir. Leur projet politique ne passera pas. Mais électoralement parlant, c’est bien l’amertume de la défaite électorale qui me semble se cacher derrière l’opus de Stéphane Vanden Eede.

Je suis curieux de savoir si le parti écolo sera aussi sévère envers un populiste « de l’intérieur » qu’il peut l’être vis à vis de ceux auxquels ils s’opposent.

Et quand il déclare:

« Cette parodie, tirée du film ‘La Chute’ d’Oliver Hirschbiegel n’a, en aucun cas, l’intention d’assimiler les personnages d’aujourd’hui à Hitler, au nazisme ou aux événements qui endeuillèrent le monde entre janvier 1933 et août 1945 », précise le politicien. « Si j’avais trouvé des images de Martine ou des Barbapapa qui s’y prêtaient je les aurais utilisées de la même manière ».

Stéphane Vanden Eede sait très bien qu’il commet une immense hypocrisie. Ce qu’il a cherché, c’est l’odieux qui remue les tripes, et il n’avait bien entendu aucune chance de le trouver, ni chez Martine, ni chez les Barbapapa. Un politicien respectable soutient ou attaque des politiques, mais respecte toujours les hommes. Sans réaction rapide, claire et sévère de l’appareil du parti Ecolo, c’est celui-ci tout entier qui devra alors bien admettre être devenu un parti populiste.

RTBF, un JT de sévices publics ?

Je suis resté effaré devant la condescendance et l’absence de regard critique du JT de la RTBF de ce soir. En particulier les séquences sur la conférence de presse du président français et la présentation de l’évolution du marché de l’automobile en Belgique.

Dans le premier cas, c’est la manière hypocrite dont le sujet a été traité qui me choque: plus de la moitié du temps du sujet a été utilisé à nous expliquer que « chez nous à la RTBF, on ne fait pas dans le populisme, et la question de la vie privée du président français, c’est vraiment pas trop top de l’avoir abordée,… ». Faut dire que dans la séquence « C.Q.F.D.-Ce Qui Fait Débat » du Journal Parlé de La Première, on avait déjà longuement évoqué que ce qui valait le coup d’être débattu, c’était justement le caractère privé ou non des éventuelles relations extra-non-conjugales de Monsieur Hollande.

Pour les deux émissions, il est devenu rapidement clair que le fait qu’un président élu sur un programme de gauche annonce ouvertement un programme de centre droit et décide de s’aligner sur les politiques les plus rétrogrades de l’Union Européenne pouvait virtuellement passer à la trappe…

Quand au rôle éducatif de la télévision de service public, il a été mis particulièrement en évidence par la prestation incompréhensible de Valentin Boigelot à propos de l’évolution du marché automobile en Belgique. A l’heure où plus personne ne conteste que l’automobile est un contributeur majeur aux problèmes écologiques de la planète, nous avons entendu un panégyrique de l’automobile, nous expliquant que 20% d’automobiles en moins au cours des 5 dernières années, c’est une mauvaise nouvelle ! Que la Belgique est le « bon élève » de la classe européenne (bon, un peu moins bon que le Royaume Uni) parce que chez nous le marché s’est stabilisé, alors qu’en France, en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Italie, il a baissé de 10 ou 15 %. Jusqu’aux graphiques qui non montrent bien que « moins de voitures » c’est du ROUGE, et que « plus de voitures » c’est du VERT…

Le représentants écolo au C.A. de la R.T.B.F. feraient bien de s’exciter un peu plus pour ce genre de propos que pour les 69 minutes sans chichi d’Elio di Rupo.

Je ne veux pas cacher le fait que moins d’automobile, c’est un problème pour l’industrie automobile, et donc pour l’emploi dans ce secteur. Mais ne serait-il pas temps que nos politiciens mettent en place de vrais incitants pour la réorientation des outils de production qui servent aujourd’hui le dérèglement climatique vers des productions qui soient réellement au service de l’environnement et de la planète. Il n’y a aucune raison qu’une société avec moins de voitures soit globalement une société avec moins d’emplois.

Mais ça, c’est peut-être un peu plus difficile à expliquer à Mr « Tout le Monde ».