« Ca » n’arrivera jamais… ou comment clôturer en beauté 2015 !

Voilà, c’est fait. Quand il y a trente ans toute l’Europe regardait goguenarde un vieux déjà gâteux invoquer Jeanne d’Arc en réclamant « La France aux français », l’immense majorité d’entre nous pensait à un épiphénomène qui s’éteindrait étouffé par sa propre vacuité ou son ridicule.

Et nous voici, ce lendemain de St Nicolas, improbables Bruxellois, coincés au milieu d’un territoire contrôlé par des nationalistes eux-mêmes otages d’une des extrêmes-droites les plus agressive d’Europe, et à 100 km d’un nouveau territoire soumis aux chemises brunes de la famille Le Pen.

Est-ce donc ici que nous ont amené septante années de paix gagnées par une coalition qui l’espace d’une guerre avait fait passer au second rang les formes les plus caricaturales du libéralisme et du socialisme pour vaincre ce que l’on appelait alors la bête immonde ?  Combien de familles déchirées, amputées pour cela ? Et aujourd’hui leurs enfants et les générations qui les suivent semblent avoir tout oublié. Faut-il avoir été marqué personnellement au fer rouge pour craindre le feu ? Voir les souffrances, les blessures de nos mères et de nos pères ne nous aura donc pas suffit.

Je ne sais quel sera l’événement retenu par les historiens lorsqu’il s’agira de définir le jour où l’Europe bascula à  nouveau dans l’obscurantisme. Il ne sera cependant pas loin de l’année 2015. Une année pendant laquelle ceux à qui nous avions confié le sort de l’Europe ont choisi de céder à  la peur et à la confrontation. Une année pendant laquelle cinq à six millions de réfugiés se sont retrouvés sur les routes du monde à fuir les meurtres, les viols, les mutilations et les catastrophes naturelles. Une année pendant laquelle l’Europe a vendu plus d’armes aux pays du tiers monde qu’il n’en faut pour détruire la planète. Une année pendant laquelle les banquiers du monde, ressuscités de la crise qui les avait mis au tapis il y a sept ans auront refusé d’aider ceux-là même qui les avaient nourris quand ils mourraient de faim. Une année pendant laquelle chaque jour qui passait aura vu des milliers d’êtres humains mourir soit de faim, soit sous la torture, soit sous les bombes financées par nos achats de pétrole, d’essence et de gaz. Une année pendant laquelle nous aurons continué d’acheter des T-shirts fabriqués avec la sueur d’enfants esclaves bien loin d’ici. Une année qui se terminera avec un arbre de Noël dont l’ombre couvrira des « objets connectés » fabriqués en Chine, en Inde ou en Corée, par des armées de travailleurs sous-payés. Une année pendant laquelle rien qu’en Belgique 600 personnes seront mortes sur les routes, la plupart fauchées par des conducteurs en excès de vitesse, d’alcool, ou des deux. Une année pendant laquelle comme toutes les précédentes, ce seront les crimes commis à l’intérieur même des familles qui auront fait le plus grand nombre de victimes.

Et pourtant, que retiendrons-nous de cette année ? Qu’est-ce qui va occuper la une des rétrospectives qui vont se succéder dans les prochains jours dans nos journaux et sur nos écrans ? La mort des journalistes de Charlie Hebdo, celle des 130 victimes du 13 novembre à Paris, celles du Musée Juif de Bruxelles. Et surtout la peur, cette peur que nos dirigeants incapables de nous faire aimer la paix ont choisi de distiller en nous pour assoir leur emprise. Cette peur qui nous fait accepter l’amputation systématique de nos libertés. Cette peur qui justifie de jeter dans nos rues des gamins en treillis militaire. Cette peur qui fait prendre à un Premier Ministre des airs de matamore à la proue d’un bateau parti faire une guerre impossible à un ennemi insaisissable.

Cette peur qui fait enfin que de Copenhague à Séville, une tâche brune s’étend de plus en plus sur l’Europe, que là où l’on voyait des foyers de résistance, ceux-ci se retrouvent bien vite éteints par de nouvelles peurs. Et l’incontestable victoire du Front National en France ce dimanche, couplée au manque d’intérêt évident de la population pour la chose politique (il suffit de voir le taux d’abstention de ces élections régionales pour s’en convaincre), nous montre l’ampleur de l’échec éducatif auquel nous sommes confrontés.

Je veux en effet parler d’échec éducatif, et donner à cet échec une dimension collective. Il serait trop facile de dire « c’est la faute aux politiciens ». Nous avons encore la chance – pour combien de temps encore ? – d’avoir à la tête de nos pays des femmes et des hommes choisis par l’ensemble de leurs populations. Que cela nous plaise ou pas, les femmes et les hommes qui nous gouvernent sont le reflet de ceux qui les ont élus. Prenons nos responsabilités collectives. Nous avons élu des représentants soumis aux injonctions des milieux nationalistes, économiques, financiers, sociaux et/ou sociétaux. Parmi ceux-ci, ce sont les représentants nationalistes, qui se nourrissent des peurs de l’autre qui ont aujourd’hui la cote et qui nous dirigent. Comme les leaders de mouvements sociaux (comme les syndicats) ou sociétaux (comme les écologistes) sont généralement centrés sur la défense des droits des êtres humains dans une approche internationale ou universelle, leurs intérêts sont rarement communs à ceux des nationalistes, centrés sur des politiques de soit disant identité culturelle. C’est ainsi laisser le chemin libre à une alliance entre nationalisme et libéralisme économique et financier. Car ce qui intéresse au plus haut point l’actionnariat des firmes transnationales, c’est la maximisation de ses profits. Et celle-ci se trouve finalement facilitée (du moins à court terme) par une forte liberté de circulation des biens, combinées à une faible liberté de circulation des personnes. Seule cette combinaison permet en effet de faire produire par des enfants esclaves les T-shirts ou les iPhones qui seront ensuite achetés par les consommateurs plus nantis.

Nous voici donc avec cette situation que doit craindre tout système un tant soit peu démocratique: élire des représentants dont les intérêts sont en conflit avec ceux du système. Et ce qui est prévisible se passe:

  1. Créer un sentiment de peur qui fasse se « resserrer » la population derrière ceux qui la gouvernent.
  2. Identifier un ennemi aussi différent que possible du « coeur de cible » électoral, et de préférence incapable (au sens juridique du terme) de se défendre: quoi de mieux aujourd’hui que d’hypothétiques barbus terroristes, si possibles réfugiés syriens mais à la fois tortionnaires de réfugiés syriens…
  3. Faire croître artificiellement le sentiment de peur de l’ennemi, par exemple en utilisant des événements extérieurs pour faire croire à une menace intérieure, quitte à devoir gérer l’absence totale de preuve d’une menace intérieure à coup de « secret de l’enquête »…
  4. Démanteler les outils de contrôle démocratique vis à vis du pouvoir en place (tentative de ré-introduire la censure – affaire Mythra/Médor, suppression des juges d’instruction en matière de criminalité financière, concentration des pouvoirs judiciaires dans les mains policières,…)
  5. Créer une prison émotionnelle pour les autres acteurs politiques qui – soumis à la peur de leur propre électorat sans doute – acceptent de jouer la « solidarité nationale » vis-à-vis d’une menace dont on refuse de leur montrer la réalité.

Les étapes suivantes sont malheureusement trop connues. Restriction des libertés individuelles (il est bien connu que « si vous n’avez rien à cacher », cela ne pose pas de problème que l’on puisse examiner en détail votre vie privée). Fin des mécanismes de solidarité sociale (exclusion des chômeurs, des pauvres, des étrangers…)

Dans le schéma qui se construit en Belgique, on voit comment la N-VA est en train de construire une situation dans laquelle, idéalement, ce ne sera plus elle qui demandera un démantèlement des solidarités nationales, mais bien les « autres » (Bruxellois ou Wallons). Ce qui lui permettra la plus ultime des forfanteries: comme c’est logiquement celui qui exige de pouvoir partir d’un système de solidarité qui doit en payer le prix, ce seront donc encore les Bruxellois et les Wallons qui passeront à la caisse… Là où tout le monde disait « laissons les nationalistes flamands partir d’eux-mêmes, ils seront confrontés à une note salée qui les fera réfléchir », on peut constater qu’en effet, ils ont réfléchi et retourné la phrase dans l’autre sens, tout en rendant la vie impossible sur le plan des valeurs aux partenaires bruxellois et wallons.

2015, après 70 années de paix relative, l’Europe de l’ouest retrouve ses démons. La génération qui avait connu le pire s’en est allée, et même ses enfants n’auront pas été capables de défendre les acquis de cette paix.

 

Les mauvais combats d’Yvan Mayeur

(c) RTBF 2014
(c) RTBF 2014

Les dernières décisions d’Yvan Mayeur me laissent perplexe. D’une part, j’apprends par la presse qu’il interdit au chef de corps de la police de Bruxelles de recevoir dans ses locaux la visite du ministre de l’Intérieur; d’autre part, la même presse m’annonce que le même bourgmestre de Bruxelles choisit de ne pas accéder à la demande d’Ecolo d’interdire Eric Zemour sur le territoire de la ville.

Je le (re-)dis tout net: je n’aime pas les propos racistes tenus par Monsieur Zemour et je n’aime pas les fréquentations (au moins anciennes) de Monsieur Jambon.

Néanmoins, autant je crois qu’il est inutile d’interdire à Monsieur Zemour de venir se produire dans une grande librairie du centre ville (qui prends ainsi le risque de s’éloigner d’une partie importante de ses clients), autant je crois que c’est une erreur de la part de Monsieur Mayeur de frapper d’ostracisme le Ministre de l’Intérieur. Les vrais combats pour la démocratie doivent se mener à un autre niveau.

Nul n’est obligé d’aller écouter Eric Zemour lors de sa visite en Belgique, nul n’est obligé de le financer en achetant son livre. Que ses employeurs lui fassent subir les conséquences de ses déclarations me parait une réponse proportionnée aux propos qu’il tient. Mais on voit bien que le refus d’Yvan Mayeur n’est pas tant dirigé vers le respect des règles démocratiques: il s’agit simplement d’un acte politique à l’égard d’un parti de son opposition.

Sur le refus de laisser le Ministre de l’Intérieur apporter la bûche de Noël aux policiers ce 24 décembre il me semble ici que les reproches justifiés faits à Monsieur Jambon pour ses fréquentations passées ne doivent pas l’empêcher de jouer son rôle, aussi longtemps que celui-ci se déroule dans un cadre démocratique. Il faut me semble-t-il accepter de séparer la fonction de Ministre de l’Intérieur de celui qui l’exerce, aussi longtemps que l’homme ne commet pas d’actes incompatibles avec sa fonction. C’est ce qui fait pour moi la différence entre Jan Jambon et Théo Francken. Ce dernier a posé, après sa prestation de serment comme Secrétaire d’Etat, des actes qui sont incompatibles avec sa fonction. Comme il le fait encore aujourd’hui avec la question des visites domiciliaires chez les sans papiers. Je ne crois pas que ce soit le cas de Monsieur Jambon.

De plus, d’un point de vue purement stratégique, Yvan Mayeur devrait être beaucoup plus prudent. Il traîne lui même derrière lui une série de casseroles – assez caractéristiques des casseroles classiques du PS – qui pourraient décrédibiliser totalement ses actes soit disant « démocrates ».

La Belgique est devenue aujourd’hui un pays qui  ne respecte plus les droits de l’homme. Les fondements de la démocratie sont en danger. Les intérêts de quelques riches passent avant la survie de 15 pour cent de notre population. Les solidarités quittent le domaine public pour rejoindre celui de la charité privée. Il est encore possible aujourd’hui d’écrire ce que l’on pense mais même cette liberté fondamentale risque d’être mise à mal. La presse libre est muselée par les intérêts financiers, et ce sont les feuilles de propagande populistes qui font l’actualité du citoyen ordinaire, l’abreuvant de peurs des autres, de haine de la différence et créant d’inutiles besoins sécuritaires.

Dans ce contexte, il est important de choisir habilement ses combats et ses cibles, afin de pointer les actes inacceptables tout en laissant aux hommes la possibilité de rester eux-mêmes. Et à ce petit jeu, Monsieur Mayeur vient, me semble-t-il de commettre quelques erreurs qui en font plus une marionnette de Bart de Wever qu’un héros de la résistance.

Aan mijn Vlaamse lezers

Le texte en français se trouve ici

Beste,

Ik ben bewust dat wat ik de laatste dagen op Facebook en in mijn blog geschreven heb is door enkele mensen gezien als een vorm van agressiviteit tegen de Vlamingen in het algemeen.

Daarom vond ik belangrijk om dit boodschap te publiceren. Ik heb alle respect voor de democratische proces dat heeft de N-VA aan de leiding van ons land gestuurd. Eenvoudig gezegd: ze zijn de grootste partij in Vlaanderen, ze vertegenwoordigen meer dan 30 procent van de Vlaamse bevolking, hun leider is waarschijnlijk het populairste politicus van de land.

In een democratisch land, zoals ons, is het ook normaal dat de mensen zich informeren over de daden van diegene die zullen het land regeren voor vijf jaren. En als iemand iets abnormaal vindt, is het ook normaal dat hij vragen stelt. Zulke vragen zijn geen « foutaises ». Ze zijn gewoon vragen. Die moeten gesteld worden. Die moeten antwoorden krijgen. Die kunnen opvolgingen hebben.

De leden van het PS hebben veel van die vragen gekregen in de laatste jaren, meestal door MR- en N-VA-leden. Dat heeft voor een aantal schandalen gezorgd. En dat is normaal.

Wat ik doe voor het ogenblik in mijn blog en op de sociale  netwerken is gewoon informatie delen. Ik probeer altijd mijn bronnen te vergelijken om zeker te zijn dat de feiten, feiten blijven.

Ik heb zeker veel te zeggen over wat mensen zoals de heren Franken en Jambon hebben gezegd of gedaan, omdat die feiten zijn onaanvaardbare voor een grote deel van de Franse gemeenschap in ons land. Tot nu toe bestond er een consensus dat mensen die de collaboratie normaliseerden, of mensen die racisten commentaren maakden geen plaats hadden in de Belgische regeringen.

Dit is geldig op bijde kanten van de taalgrens. In 2004 mocht Isabelle Simonis, die Voorzitster van het Waalse parlement was, ontslag nemen. Ze had een brochure van de PS tegen de extreme rechts laten financieren door de parlement.

Voor mij, een Staat Secretaris aan Asiel en Migratie die racisten email stuurt, dat kan gewoon niet. En dat zijn feiten, geen foutaise. Het feit dat hij heeft zich verontschuldigd maakt van hem een heerlijker mens, maar geen mogelijke Staat Secretaris aan Asiel en Migratie. Dat een misdader de feiten erkent betekend niet dat hij geen gevolgen zal ondergaan.

Ik zal hier de problematiek van de Heren Franken en Jambon niet verder discussiëren. Dat zal wel plaats vinden later ;-). Ik wil gewoon opnieuw zeggen dat ik niets tegen de Vlamingen heb. Noch tegen Vlaanderen.

A mes lecteurs flamands

De nederlandse tekst vinden jullie hier

Chers lecteurs,

Je suis conscient que ce que j’ai publié ces derniers jours sur Facebook et sur mon blog a été perçu par certaines personnes comme une forme d’agressivité contre les flamands en général.

C’est pourquoi j’ai trouvé important de publier ce message. J’ai un respect infini pour le processus démocratique qui amène la N-VA à la direction de notre pays. Très simplement: il s’agit d’u plus grand parti de Flandre, représentant plus de 30% de la population flamande, et leur leader est sans doute un des politiciens les plus populaires du pays.

Dans un pays démocratique comme le notre, il est aussi normal que l’on s’informe sur les faits et gestes de ceux qui dirigeront le pays pendant 5 ans. Et si quelqu’un remarque quelque chose d’anormal, il est également normal qu’il pose des questions. De telles questions ne sont pas des « foutaises ». Ce sont des questions. Qui doivent être posées. Et qui méritent des réponses sérieuses et des conséquences.

Les membres du PS ont subit de nombreuses questions de ce type ces dernières années, la plupart venant du MR ou de la N-VA. Cela a également levé des scandales. Et c’est normal.

Ce que je fais pour le moment sur mon blog et sur les réseaux sociaux n’est que du partage d’informations. Je contrôle et croise mes sources d’informations pour être aussi certain que possible  que les faits restent des faits.

J’ai certainement beaucoup à dire à propos de ce que messieurs Franken et Jambon ont dit ou fait, car ces faits sont inaceeptables pour une grande partie de la population francophone de notre pays. Il y avait ainsi un consensus selon lequel les gens qui normalisaient la collaboration ou qui faisaient des commentaires racistes n’avaient pas leur place au gouvernement belge.

Ces pratiques sont valables des deux côtés de la frontière linguistique. En 2004, Isabelle Simonis qui était alors présidente du parlement wallon a ainsi du démissionner pour avoir voulu combattre l’extrême droite avec de mauvais moyens (ceux du parlement en faisant croire qu’il s’agissait du PS).

Pour moi, un Secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations qui envoie des emails racistes, c’est simplement incompatible. Ce sont des faits, pas des foutaises. Le fait qu’il ait présenté ses excuses – seraient-elles même sincères – ferait de lui un homme d’honneur, mais toujours pas un Secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations acceptable. Qu’un délinquant reconnaisse les faits qui lui sont reproché ne l’exonère pas des conséquences de ses actes.

Je ne vais pas discuter plus avant la question de messieurs Jambon et Franken. Je laisse cela à plus tard et ailleurs ;-). Je veux seulement redire que je n’ai rien contre les flamands. Ni contre la Flandre.

La déclaration de Jan Jambon que les médias n’analysent pas assez

J’ai déjà parlé de ce point dans un post précédent. Il y a une déclaration de Jan Jambon qui me paraît plus grave que toute autre dans la bouche d’un ministre de l’intérieur, c’est cette intention exprimée d’utiliser les outils à sa disposition pour empêcher notre système démocratique de fonctionner normalement. Comment la presse ne se saisit-elle pas de tels propos pour interpeller le personnel politique ?

Petit rappel: lorsque le 12 ou le 13 octobre, il parle de la philosophie qui a prévalu dans la construction de l’accord de gouvernement « N-VA-CD&V-Libéraux », Jan Jambon déclare explicitement ceci:

« Notre crainte, c’est que le PS revienne à la prochaine législature et détricote toutes les réformes que nous aurons entreprises. C’est pour cela que nous voulons un changement des institutions : pour sécuriser les réformes socio-économiques, juridiques, sur l’asile et l’immigration, etc »

Et clairement, les mesures qui sont déjà annoncées par ce gouvernement démontrent une volonté d’avancer dans cette direction:

  • participation de l’armée aux forces de maintien de l’ordre
  • répression des plaintes « manifestement injustifiées » à l’égard de policiers
  • modification du code électoral (suppression de l’effet dévolutif de la case de tête)
  • augmentation du nombre de caméras de surveillance
  • utilisation de l’argument de lutte contre le terrorisme pour surveiller de plus près tout qui serait considéré comme « subversif ».

pour ne citer que quelques unes des mesures liberticides qui nous attendent.

Vouloir changer les institutions pour éviter qu’un parti – pourtant légitime et respectueux de la démocratie – ne puisse plus accéder au pouvoir, c’est vouloir museler la démocratie non pas pour la protéger, mais bien pour la détruire.

Mettre aux commandes du ministère de l’Intérieur un homme qui a démontré par ses paroles et par ses actes qu’il ne fait que peu de cas des valeurs démocratiques, c’est tendre au parti liberticide le bâton pour nous battre.

Je lis sur de nombreux forums de discussion qu’il faut laisser à ce gouvernement le temps de mettre en place ses réformes socio-économiques pour voir si elles fonctionneront. Et s’il s’agissait d’un gouvernement de centre droit qui voulait mettre en place de telles politiques, sans ambitions cachées, je serais tenter de dire en effet: voyons un peu quels effets ces mesures vont avoir, et maintenons le cadre démocratique.

Mais ici, les réformes socio-économiques sont mise en place pour renforcer aux yeux de l’opinion politique flamande la perception d’une Wallonie qui ne veut pas travailler, et obtenir ainsi l’indépendance à laquelle semble tellement aspirer la N-VA et le VB. Le scénario est machiavélique:

  • la N-VA participe à un gouvernement en s’engageant à ne pas « faire de communautaire » et de fait, la déclaration gouvernementale ne comporte formellement aucun élément en ce sens: la N-VA est donc fréquentable…
  • le personnage clé de la N-VA, pourtant premier parti au gouvernement, ne prend pas le poste de premier ministre qui lui revient de droit. Au contraire, il s’installe au balcon de l’Hôtel de Ville d’Anvers (ou pire sur la place Tien An Men) pour observer « les foutaises » que les wallons ne manqueront pas de lancer…
  • le MR, aveuglé par cette étrange opportunité de pouvoir gouverner sans devoir se coaliser dans sa communauté, doit donc faire toutes ses concessions en termes d’influences communautaires et fédérales. Résultat: il hérite de la diplomatie, sans obtenir aucun ministère régalien. Il sera donc celui qui n’a rien à dire ni dans le domaine économique, ni dans le domaine social, ni dans celui de la sécurité, ni dans celui de la justice, mais qui devra affronter les instances internationales pour défendre les actions du gouvernement…
  • la N-VA, nouveau et inexpérimenté sur la place fédérale, y envoie ses cadors. Et là, il apparaît immanquablement que ceux-ci sont loin d’être des anges en terme de valeurs démocratiques: liens marqués avec l’extrême droite, amitiés collaboratives, comportements publics appelant ouvertement à la désobéissance civile, propos racistes et homophobes, nous en passons et des meilleures… Et lorsque des dérapages surviennent, comme ils n’ont pas (ou ne veulent pas avoir) de personnel de rechange au niveau approprié, ils arrivent à forcer leurs « partenaires » à se transformer en sous-fifres. « Attention dit Charles Michel le 14 octobre, si ça se reproduit [les scandales autour de Théo Francken], je vais me fâcher tout rouge, c’est inadmissible ». Et quand le 15 octobre, on apprend que l’on était loin de tout savoir sur le comportement homophobe et xénophobe du bonhomme… on se contente de fausses excuses
  • Le MR va être mis sous une pression énorme dans les prochains mois. Les syndicats vont occuper la rue. Les grèves vont se succéder, les bus et les trains ne circuleront pas, la poste ne distribuera plus le courrier… soit le MR tiendra le cap, soit il ne le tiendra pas.
  • Si le MR tient le cap, il ne pourra le faire qu’en faisant de plus en plus de concessions à ses partenaires. L’argument selon lequel il faut aussi obtenir « quelque chose » pour les wallons et les bruxellois risque de motiver la N-VA tout autant qu’un steak végétarien peut faire bouger un chacal. La Wallonie et Bruxelles souffriront tant et tant qu’en 2019, le désir de se séparer du reste du pays risque d’être aussi élevé, voir plus fort, au Sud qu’au Nord.
  • Si le MR ne tient pas le cap, la N-VA pourra crier à la démonstration absolue que « décidément ce pays ne peut plus fonctionner sous les diktats en formes de foutaises wallonnes et bruxelloises », renforçant encore sa position en Flandre et aggravant en tout état de cause le fossé entre Flandre, Bruxelles et la Wallonie.

Le résultat de cette analyse, c’est que d’une manière ou d’une autre, la 7ème réforme de l’état est en train de se dérouler sous nos yeux. Sans révision de la constitution, sans avoir l’air d’y toucher, et en reportant toute la responsabilité de la rupture finale sur les wallons et les bruxellois. Et c’est très clairement en renonçant à ses promesses de ne jamais gouverner avec la N-VA, pour assouvir une petite vengeance de court terme (son éviction des exécutifs régionaux et communautaires) que le MR a précipité cette situation.

Mais le MR est-il seul responsable du côté francophone ? Même s’il lui revenait de faire preuve de courage politique, il n’a sans doute pas reçu du PS et du CdH suffisamment de signaux d’encouragement pour s’engager sur une autre voie. Car les majorités alternatives existaient. Il y avait moyen, une fois encore, de se passer de la N-VA. Il y avait sans doute moyen aussi d’envisager non pas un enterrement de première classe pour notre démocratie, mais bien un sursaut des valeurs.

Il devait bien y avoir moyen quelque part, de redonner de vrais accents sociaux à une politique gouvernementale. De se décider à regarder par exemple pour une fois autrement notre politique migratoire. De se baser non plus sur les réflexes populistes du repli sur soi, mais sur les données plus rationnelles des grands centres de recherches (de droite, de gauche ou d’ailleurs) qui tendent toutes à prouver qu’une politique d’ouverture aux migrations permet une relance de l’économie, une augmentation des revenus de tous, une baisse du chômage.

Il apparaît cependant que tous les partis sont aujourd’hui concentrés sur l’activation d’émotions immédiates chez l’électeur. Alors même qu’un gouvernement qui se voudrait réellement de progrès social disposerait de cinq longues années pour éduquer et informer tout en agissant, ni les uns, ni les autres n’ont fait les démarches nécessaires.

Je ne renvoie pas dos à dos MR, PS et CdH. Je condamne sévèrement (mais ils s’en fichent comme un poisson d’une pomme) le MR de cautionner ce qui nous attend. Je crois cependant que tant le PS que le CdH (et dans une certaine mesure Ecolo-Groen et le FDF, ne peuvent se dédouaner de n’avoir pas fait assez d’effort pour offrir une véritable alternative à ce qui nous arrive aujourd’hui.

Lorsque dans ma classe ou dans les couloirs de mon école j’entends des propos parfois moins haineux que ceux qui ont été échangés ces derniers mois entre femmes et hommes politiques de ce pays, j’interviens pour redire ce qui me semble le bon sens: la haine n’amènera jamais des voisins forcés à vivre à côté l’un de l’autre à le faire mieux. Je trouve regrettable qu’ils puissent me répondre aujourd’hui en me disant que si ceux qui nous gouvernent se le permettent, pourquoi ne se le permettraient pas eux-mêmes.

Le coup d’état annoncé de Jan Jambon.

« Notre crainte, c’est que le PS revienne à la prochaine législature et détricote toutes les réformes que nous aurons entreprises. C’est pour cela que nous voulons un changement des institutions : pour sécuriser les réformes socio-économiques, juridiques, sur l’asile et l’immigration, etc »

C’est avec ces mots que le nouveau Ministre de l’Intérieur exprime le programme du nouveau gouvernement. Et, loin des polémiques (pas vaines) sur le caractère plus ou moins fascisant du monsieur en question, ces mots m’inquiètent plus que tous autres.

Jan Jambon – c’est bien de lui qu’il s’agit – déclare dans cette phrase que ce gouvernement veut un changement des institutions qui soit destiné à empêcher un gouvernement ultérieur de revenir sur les réformes qu’ils auraient entreprises. Il s’agit là purement et simplement de la définition d’un changement radical de régime politique. N’est-ce pas le fondement même d’un régime démocratique que de permettre au électeurs de donner les clés de la gestion du pays à un gouvernement pour une période déterminée, et avec la possibilité claire et nette de revenir en arrière si les solutions proposées par ce gouvernement ne fonctionnent pas ?

Les propos de Monsieur Jambon font peur. Il nous dit clairement: nous allons changer le système politique dans lequel nous vivons, pour que les électeurs ne puissent plus demander un changement après notre passage.

On laissera peut-être au nouveau vice-premier ministre le bénéfice du doute sur ses intentions lorsqu’il fréquentait le Sint Martensfonds et sa légion SS, mais on ne pourra pas dire qu’il ne nous a pas prévenu de ses intentions pour la législature actuelle.

Pourquoi, ce dimanche, je ne voterai pas pour un parti de la majorité fédérale…

J’ai souvent été un électeur qui se qualifiait de « réaliste ». Ce qui veut dire que je votais « utile » en choisissant un candidat – si possible que je connaisse plus que par les médias – dans un parti dont je partage « la plupart des valeurs », dans l’espoir de voir ce parti au pouvoir, avec le minimum de compromis nécessaire, après l’élection.

Dimanche, ce sera différent. Car je ne veux pas, dans dix ou quinze ans, me dire que j’ai été complice, le 25 mai 2014, de la prolongation d’un crime d’état dont j’avais connaissance.

Je ne peux pas dire que je ne suis pas au courant des crimes – meurtres et assassinats – commis au vu et au su de chacun d’entre nous, par nos femmes et nos hommes politiques. Je ne peux pas dire que je ne sais pas que nous avons créé une institution d’état, l’Office des Etrangers, dont le rôle est de renvoyer chez eux un maximum d’émigrants, sans plus tenir compte du danger que représente pour leur vie ce retour.

Je ne peux pas dire que je ne sais pas que des Afghans ont été renvoyés chez eux, « parce qu’ils n’étaient pas en danger » et que quelques jours plus tard ils mourraient assassinés.

Je ne peux pas dire que je ne sais pas que des malades du SIDA sont renvoyés mourir « à la maison » sous prétexte que dans leur pays, il existerait quelque part quelqu’un qui « pourrait les soigner » mais en oubliant que ces soins là sont réservés à ceux qui peuvent se les payer.

Je ne peux pas dire que je ne sais pas qu’au creux des années 30, ce n’est pas par l’élimination des juifs qu’a commencé la page la plus noire de notre histoire européenne.

Je ne peux pas ne pas savoir que chaque fois qu’elle a été interpellée sur le sujet, la Ministre en charge de l’immigration, Madame De Block, a clairement expliqué qu’elle ne faisait qu’exécuter l’accord de son gouvernement et que le rôle d’un ministre n’est pas d’utiliser le pouvoir discrétionnaire dont il dispose de par la loi pour résoudre les situations que son administrations ne peut arbitrer correctement.

Je ne peux donc pas ne pas savoir que derrière chaque départ, chaque déportation d’un être qui a juste eut la malchance de naître du mauvais côté d’une frontière, il y a Madame De Block, mais aussi Madame Milquet, Monsieur Di Rupo, Monsieur Reynders et chaque ministre de ce gouvernement, chaque militant qui défend le bilan assassin de cette législature.

Je ne peux qu’imaginer que c’est parce qu’ils sont paralysés par la peur d’affronter l’opinion publique en lui expliquant qu’on n’arrête pas les migrations à coup de déportations que ces messieurs-dames soutiennent et défendent cette politique d’exclusion. C’est parce qu’ils ne veulent pas expliquer – comme des scientifiques sérieux l’ont encore démontré récemment, que l’immigration est un facteur d’enrichissement pour la société qui accueille, que d’autres immigrés attendent dans des centres fermés inhumains leur prochain vol vers la mort.

Dimanche, je voterai pour des candidat(e)s qui se sont exprimés ouvertement sur ce sujet pendant la législature. Malheureusement, ces candidats ne se trouvent ni au MR, ni au CdH, ni au PS. Et ça non plus, je ne peux pas ne pas le savoir…

L’arme ultime de l’homme d’état en 2014

Passant quelques jours de vacances chez nos voisins d’outre Quiévrain, j’ai l’occasion tous les soirs de m’informer en regardant les programmes proposés par la télévision d’état (France Télévision). Dans une France dirigée par un gouvernement prétendument socialiste, mais menant une politique de plus en plus libérale, voire conservatrice, j’ai découvert un étonnant parallèle avec ce que nous vivions en Belgique, à quelques semaines de ce que quelques chroniqueurs – sans doute pas trop sérieux – continuent d’appeler « la mère des élections » (attention à la prononciation).

Il n’aura pas échappé aux observateurs attentifs du paysage politique que la transition entre le temps ou notre premier ministre « socialiste » a dirigé un gouvernement menant une politique sécuritaire et anti-humanitaire et le temps de la campagne électorale a été surtout  marqué par ceci:

Crédit photo: Gazet Van Antwerpen

Et la Belgique entière de penser que le monde tourne autour de deux ursidés qui nous font oublier nos petites misères tellement sans importance face à ces deux bestioles tellement attachantes.

Et nos politiciens d’en arriver à instrumentaliser l’investissement (parfaitement respectable) d’un entrepreneur pour en faire une arme de campagne. Quitte à utiliser l’image même de l’animal dans des apparitions de campagne.

Ici aussi (en France) un gouvernement supposément de gauche se prépare à faire passer un cocktail de mesures économiques et sociales qui vont renforcer l’exclusion des plus faibles et renforcer les emplois sous-payés (en inventant la défiscalisation des emplois au SMIG ce qui, dans un pays qui connaît une situation de l’emploi comparable à la notre revient à favoriser les employeurs qui créent des emplois qui propulsent les travailleurs en dessous du seuil de pauvreté). Que voyons nous à la télévision ? Des manifestations ? Pas du tout. Des syndicalistes en colères ? Si peu.

Mais alors qu’est-ce qui fait l’actualité de cette dernière semaine ? Aux journaux télévisés de ces derniers jours, le thème qui a reçu plus de temps d’antenne que la déclaration de politique générale du premier Ministre Emmanuel Vals, c’est ceci:

nouveau-zoo-de-Vincennes-Serre-Afrique-equatoriale-©-BTUA-AJOA
Après 6 ans de fermeture, inauguration du nouveau zoo de Vincennes

Vous lisez bien: avant-hier sur FR3, hier sur France 2, ce matin toujours sur France 2, et demain sans doute en édition spéciale, tout comme nos télévisions nationales avaient couvert comme l’événement du siècle l’arrivée de Hoi-Hoi et des son copain (ou sa copine, je ne m’y retrouve plus très bien) à Pairi Daiza, de longues minutes sont consacrées à ce sujet tellement consensuel et terriblement d’actualité: la réouverture d’un zoo…

Un journaliste de mes amis m’a un jour expliqué que le point le plus important des conférences de rédaction de la chaine de télévision où il travaille consistait à trouver un sujet d’ouverture qui fasse consensus. Et il me disait « ce qui marche toujours, c’est la météo ». Je crois qu’avec « nos amies les bêtes, tellement plus n’importe quoi que les humains » nos politiciens ont trouvé la panacée pour résoudre nos difficultés.

Après tout, un Panda à la place de Maggie De Block, ce serait peut-être plus efficace. Ils connaissent l’importance d’une politique migratoire ouverte, et il paraît que sous leur air débonnaire, les Panda sont terriblement dangereux. Peut-être arriverait-il (notre Panda Ministre) à faire suffisamment peur à l’Office des Etrangers et au CGRA que pour enfin mettre en place une politique migratoire… humaine.

Les plus grands spécialistes de l’hypnose…

En tant qu’hypnothérapeute, j’ai appris qu’une manière très efficace d’induire une transe profonde est d’attirer l’attention de mon patient sur une idée simple et répétitive, qui lui donne un sentiment de confort immédiat. Une fois bien installé dans cette transe confortable, il devient plus simple de suggérer au patient d’agir comme il n’aurait sans doute pas oser le faire avant, pour aller mieux.

Nos hommes politiques semblent avoir suivi le même type de formation, à cette différence qu’ils ne se sentent pas tenu par une déontologie qui veut que l’on ne déploie une stratégie envers un patient que pour lui permettre de se porter mieux, et qu’il est criminel de déployer une stratégie à l’insu du patient dont le bénéfice attendu soit essentiellement pour le thérapeute. Continuer la lecture de Les plus grands spécialistes de l’hypnose…

La peur de l’autre enterrera-t-elle la solidarité, la liberté et l’humanisme ?

1614016_3_09d5_a-peine-intronise-le-nouveau-gouvernementRegardez bien cette photo. C’est celle du gouvernement fédéral belge. Au premier plan, vous y voyez des chantres de la solidarité, du libéralisme et de l’humanisme.

La solidarité, défendue par le parti socialiste, celui-la même qui termine ses congrès, ses réunions publiques en chantant l’Internationale, cette internationale qui à chaque refrain nous parle de la lutte pour le bien-être du genre humain (pas des belgo-belges, pas des gens qui trouvent du boulot, pas non plus de ceux qui capitalisent leur fortune).

Le libéralisme, au coeur du discours… libéral. Qui prône le droit pour chacun de jouir du fruit de son travail, qui a fondé les grandes révolutions du XVIII ème siècle. Qui est au coeur de toutes les grandes réussites économiques. Qui est aussi un idéal de la réussite individuelle.

L’humanisme, ne serait-ce pas une approche de la société qui prône de mettre l’humain au coeur de l’action, qui demande à se recentrer sur les besoins de chaque femme, de chaque homme avant de prendre une décision. Qui pose les droits de l’homme (et de la femme) et ceux des enfants comme base de toute réflexion politique ?

Les gens qui sont au premier plan de cette photo sont censés représenter au plus haut point les valeurs qu’elles et qu’ils défendent. Ils sont les figures de proue de leurs partis. Tous ces partis se réclament de la démocratie. Si ils sont élus, ne peut-on penser que c’est parce que la nation leur demande de mettre les valeurs qu’ils défendent au coeur de leurs actions ?

Alors, comment les défenseurs de la solidarité, de la liberté et de l’humanisme en sont-ils arrivés à réduire la solidarité (en instituant par exemple la dégressivité des allocations sociales), la liberté (en supprimant les barrières entre pouvoir judiciaire et exécutif dans le cadre des peines administratives par exemple), l’humanisme (en renvoyant chez eux des personnes dites « illégales » mais qui n’ont commis d’autre crime que de tenter de s’intégrer dans notre société et d’avoir cru à nos idéaux) ?

Mais toutes ces personnes installées au premier rang de cette photo ont peur. Leur besoin de sécurité personnelle est en danger. Elles se sont accomplies par le pouvoir qu’elles ont acquis ou qu’elles prétendent détenir. Elles ont peur de le perdre. Et cette peur leur vient par contagion. Parce que leurs électeurs sont en danger. Les travailleurs perdent leurs emplois, les PME sont dans une insécurité financière souvent croissante, les hommes et les femmes de ce pays croient ce qu’on leur dit de l’accroissement de l’insécurité physique et sociale.

Quand on a peur, on cherche un coupable au lieu de chercher une solution. Et le coupable c’est l’autre. Mais comment trouver un autre que l’on puisse désigner comme coupable sans prendre le risque que son mécontentement (au coupable) ne se retourne contre l’homme ou la femme politique qui le stigmatise ? Mais bon sang, c’est évident: prenez un coupable qui ne vote pas.

C’est ainsi que nous nous retrouvons avec la peur de l’étranger, de celui qui est différent. On met les malades à l’hôpital, les fous à l’asile, les enfants à l’école, les « illégaux » dans des centres ouverts ou fermés, les protestataires en cabane… On exclut du chômage ceux que l’on n’arrive plus à inclure dans le travail.

Et puis surtout on construit un discours de l’efficacité. Et l’on confie ce discours à quelqu’un dont on espère un peu ou beaucoup qu’il l’exécutera et qu’il sera dont le seul à s’en prendre les conséquences (que l’on espère négative ?)

Et l’on crée un poste de ministre, avec un nom « neutre » : Ministre de la Politique Migratoire (on pourrait presque imaginer que sa mission est de faciliter la migration des candidats) avec une mission claire: DEPORTATION. Et c’est ainsi que la peur permet de substituer une politique d’exclusion, d’enfermement et de tortures (toutes réalités vues, filmées, constatées par diverses commissions indépendantes et internationales sur le traitement des « illégaux » dans notre pays) aux objectifs de solidarité, de liberté et d’humanisme.

Alors le 25 mai prochain, faut-il continuer à faire confiance à ceux qui nous ont vendu la solidarité, la liberté ou l’humanisme et qui nous ont donné l’exclusion, l’enfermement et les traitements inhumains, pour la seule raison qu’ils ont de l’expérience ? L’expérience de quoi ? Pourquoi changeraient-ils demain ce qu’ils font depuis des dizaines d’années ?

Notre démocratie est forte d’une administration de bons petits soldats qui obéissent aux ordres de leurs ministres. Donnons un signal fort aux hommes politiques pour que les ordres se modifient. Chassons la peur de l’autre par une peur plus grande: celle pour les politiques de perdre leur propre boulot. Quand le PS démontre sa panique à coup de publicités anti PTB, c’est un premier pas ! Mais il faut que cette peur les prenne réellement au ventre, sinon, la peur de l’autre redeviendra plus forte. Une peur plus grande que la peur que vous voulez combattre, c’est un des moteurs essentiels du changement.

Le 25 mai, je ne voterai pas pour un parti de la majorité actuelle. Je ne voterai pas pour un parti prônant l’exclusion de l’autre ou la pratiquant. Je ne sais pas pour qui je voterai, et je n’ai besoin des conseils de personne pour cela. Mais je voterai.