Votre « Soir », vous le prenez en Delvaux ou avec du Bouillon ?

Notre grand quotidien national vit certainement au rythme de débats internes intenses. Du moins je l’espère. Car au vu de deux des éditoriaux de ce samedi on peut y trouver tout et son contraire. Heureusement dirais-je, car je ne cacherai pas que la soumission des éditoriaux de Béatrice Delvaux au discours néo-libéral a bien besoin de l’analyse historique de Pierre Bouillon pour garder un minimum de sérieux au débat. Continuer la lecture de Votre « Soir », vous le prenez en Delvaux ou avec du Bouillon ?

Les actions syndicales actuelles sont-elles justes ?

Le débat sur les principales luttes syndicales en cours (gardiens de prison, cheminots, IRW-FGTB, etc…) se porte de plus en plus sur cette question de « prise en otage » de la population par ceux qui tentent de faire entendre leur voix.

Le gouvernement, en insistant sur le caractère « incontrôlé » de certaines actions, tente de révolter les usagers des transports, les familles des détenus, contre ceux qui ont choisi d’abandonner leurs salaires pour obtenir qui de meilleures conditions de vie pour les gens dont ils ont la garde (c’est bien de cela qu’il s’agit dans les prisons), qui le maintien d’acquis sociaux négociés dans un « package » que l’on tente de rendre impopulaire dans son détricotage (c’est bien ce que font les médias à la solde de la N-VA quand ils isolent la question des jours de récupération forfaitaires de la SNCB et les transforment en « jours de récupération pour des jours non prestés »).

Ce que l’on observe aussi aujourd’hui, c’est cette rupture communautaire entre représentations des travailleurs au Nord et au Sud du pays. Ces divergences viennent compléter la longue liste des différences qui se font chaque jour un peu plus forte entre nos deux communautés. On peut être nostalgique de la Belgique de papa, il faut bien constater qu’aujourd’hui même les organisations syndicales n’arrivent plus à parler de la même voix. La question n’est pas de savoir si cela est grave ou pas. Cela est.

Dans de telles conditions, ce que Monsieur Michel et ses amis flamands devraient accepter, c’est qu’en effet, ce gouvernement fédéral n’est plus légitime dans une grande partie du pays. Qu’il est parfaitement anormal que d’une part toutes les fonctions régaliennes soient confiées à des ministres flamands (et en particulier nationalistes flamands) et que les ministres fédéraux francophones brillent principalement par leur absence ou leur incapacité à gérer leur portefeuille.

Dans ces conditions où le pouvoir exécutif d’un pays tri-communautaire est confié en exclusivité à l’une des communautés, il me semble normal que toutes les forces vives des autres communautés se mettent en branle pour défendre leurs intérêts.

Peut-être les flamands sont-ils d’accord pour travailler jusque 67 ans, plus de 40 heures par semaine, avec moins de compensations pour les heures supplémentaires, pour un salaire qui ne sera pas indexé, avec une TVA en hausse sur les biens les plus essentiels comme le gaz, et en perdant un nombre considérable de libertés fondamentales au nom d’une sécurité qui de toutes manières n’est pas assurée…

Peut-être les flamands considèrent-ils qu’il est plus intelligent de libérer (pardon, de mettre en congé pénitenciaire à durée indéterminée) des centaines de prisonniers non en raison de leur ré-insertion future dans la société, mais simplement pour tuer un mouvement social.

Peut-être les flamands trouvent-ils juste que le ministre de la Justice change les règles de la rémunération de ses agents en grève afin de les condamner eux aussi à crever de faim plus vite.

Peut-être la Flandre se réjouit-elle de voir enfin la Belgique, cette construction surréaliste, s’effondrer enfin.

Mais alors, si ce ne sont plus que les 20 représentants du MR qui, au gouvernement fédéral, représentent tout le sud du pays, alors que celui-ci manifeste massivement son opposition, alors ce gouvernement n’est plus légitime, et les mouvements sociaux qui ont pris pour objectif de le faire tomber n’ont pas tort.

Il ne s’agit pas ici de prôner une quelconque action violente. Mais bien de mettre en place tous les outils d’une forme de résistance qui puisse amener ce gouvernement à déposer les armes.

Certains diront que dans le contexte – en particulier européen – dans lequel nous vivons, il n’y a pas d’alternative à l’austérité. Je répondrai comme de plus en plus de concitoyens le disent, que l’austérité prouve son inefficacité depuis près de 30 ans. J’ai l’impression de n’avoir jamais entendu d’autre mot que celui-là dans la bouche des politiciens depuis que je suis à même d’écouter, de voir ou de lire des informations. Et à chaque cycle, j’apprends que pendant que les plus pauvres s’enfoncent dans la crise, les plus riches s’enrichissent. Où que se porte le regard, c’est une bipolarisation croissante de nos sociétés. Dans un monde qui exige de chacun qu’il consomme pour exister, l’accès à la consommation devient de plus en plus précaire. La lutte pour l’existence, d’abord à travers les tentatives de continuer à consommer, ensuite lorsque les réserves sont épuisées, pour continuer simplement à survivre devient le quotidien de près d’un quart de notre population.

D’une manière ou d’une autre, il y a un « tipping point » qui risque de se dessiner à l’horizon. Un de ces points critiques où « la coupe pleine » déborde. Monsieur Michel et son gouvernement veulent nous faire croire que le terrorisme continue à nous menacer, mais il est le premier complice de tous les terroristes, religieux, financiers, racistes, communautaristes qui détruisent d’une manière ou d’une autre notre tissu social, s’acharnent sur les solidarités, dissèquent les droits de l’homme pour satisfaire leur plaisir d’être au pouvoir.

Alors oui, même si je dois me déplacer à pied ou à vélo pour continuer d’enseigner, même si les jours de grève me couteront quelques dizaines d’euros de salaire, même si je râlerai bien entendu de parfois perdre ma liberté de circuler en raison de l’un ou l’autre blocage, même si certains services ne me sont plus rendus et que cela est ennuyeux, je crois qu’il n’existe malheureusement plus d’autre moyen de lutter pour le retour à une démocratie normale dans notre pays que de laisser s’exprimer la colère du peuple à travers des organisations qui restent des acteurs institutionnels de notre démocratie, et leurs moyens légitimes d’action: les syndicats et les grèves.