De dikke vis en de sardien (fable nationale)

2016-02 Provence009

Ce matin, le président de la N-VA se gausse dans les médias du remarquable travail accompli par « son » ministre de l’Intérieur qui avait promis de nettoyer (au Karcher ?) Molenbeek. Sans doute considère-t-il que cette fois, dans sa poêle à frire, il y a un « dikke vis » !

Continuer la lecture de De dikke vis en de sardien (fable nationale)

« Ca » n’arrivera jamais… ou comment clôturer en beauté 2015 !

Voilà, c’est fait. Quand il y a trente ans toute l’Europe regardait goguenarde un vieux déjà gâteux invoquer Jeanne d’Arc en réclamant « La France aux français », l’immense majorité d’entre nous pensait à un épiphénomène qui s’éteindrait étouffé par sa propre vacuité ou son ridicule.

Et nous voici, ce lendemain de St Nicolas, improbables Bruxellois, coincés au milieu d’un territoire contrôlé par des nationalistes eux-mêmes otages d’une des extrêmes-droites les plus agressive d’Europe, et à 100 km d’un nouveau territoire soumis aux chemises brunes de la famille Le Pen.

Est-ce donc ici que nous ont amené septante années de paix gagnées par une coalition qui l’espace d’une guerre avait fait passer au second rang les formes les plus caricaturales du libéralisme et du socialisme pour vaincre ce que l’on appelait alors la bête immonde ?  Combien de familles déchirées, amputées pour cela ? Et aujourd’hui leurs enfants et les générations qui les suivent semblent avoir tout oublié. Faut-il avoir été marqué personnellement au fer rouge pour craindre le feu ? Voir les souffrances, les blessures de nos mères et de nos pères ne nous aura donc pas suffit.

Je ne sais quel sera l’événement retenu par les historiens lorsqu’il s’agira de définir le jour où l’Europe bascula à  nouveau dans l’obscurantisme. Il ne sera cependant pas loin de l’année 2015. Une année pendant laquelle ceux à qui nous avions confié le sort de l’Europe ont choisi de céder à  la peur et à la confrontation. Une année pendant laquelle cinq à six millions de réfugiés se sont retrouvés sur les routes du monde à fuir les meurtres, les viols, les mutilations et les catastrophes naturelles. Une année pendant laquelle l’Europe a vendu plus d’armes aux pays du tiers monde qu’il n’en faut pour détruire la planète. Une année pendant laquelle les banquiers du monde, ressuscités de la crise qui les avait mis au tapis il y a sept ans auront refusé d’aider ceux-là même qui les avaient nourris quand ils mourraient de faim. Une année pendant laquelle chaque jour qui passait aura vu des milliers d’êtres humains mourir soit de faim, soit sous la torture, soit sous les bombes financées par nos achats de pétrole, d’essence et de gaz. Une année pendant laquelle nous aurons continué d’acheter des T-shirts fabriqués avec la sueur d’enfants esclaves bien loin d’ici. Une année qui se terminera avec un arbre de Noël dont l’ombre couvrira des « objets connectés » fabriqués en Chine, en Inde ou en Corée, par des armées de travailleurs sous-payés. Une année pendant laquelle rien qu’en Belgique 600 personnes seront mortes sur les routes, la plupart fauchées par des conducteurs en excès de vitesse, d’alcool, ou des deux. Une année pendant laquelle comme toutes les précédentes, ce seront les crimes commis à l’intérieur même des familles qui auront fait le plus grand nombre de victimes.

Et pourtant, que retiendrons-nous de cette année ? Qu’est-ce qui va occuper la une des rétrospectives qui vont se succéder dans les prochains jours dans nos journaux et sur nos écrans ? La mort des journalistes de Charlie Hebdo, celle des 130 victimes du 13 novembre à Paris, celles du Musée Juif de Bruxelles. Et surtout la peur, cette peur que nos dirigeants incapables de nous faire aimer la paix ont choisi de distiller en nous pour assoir leur emprise. Cette peur qui nous fait accepter l’amputation systématique de nos libertés. Cette peur qui justifie de jeter dans nos rues des gamins en treillis militaire. Cette peur qui fait prendre à un Premier Ministre des airs de matamore à la proue d’un bateau parti faire une guerre impossible à un ennemi insaisissable.

Cette peur qui fait enfin que de Copenhague à Séville, une tâche brune s’étend de plus en plus sur l’Europe, que là où l’on voyait des foyers de résistance, ceux-ci se retrouvent bien vite éteints par de nouvelles peurs. Et l’incontestable victoire du Front National en France ce dimanche, couplée au manque d’intérêt évident de la population pour la chose politique (il suffit de voir le taux d’abstention de ces élections régionales pour s’en convaincre), nous montre l’ampleur de l’échec éducatif auquel nous sommes confrontés.

Je veux en effet parler d’échec éducatif, et donner à cet échec une dimension collective. Il serait trop facile de dire « c’est la faute aux politiciens ». Nous avons encore la chance – pour combien de temps encore ? – d’avoir à la tête de nos pays des femmes et des hommes choisis par l’ensemble de leurs populations. Que cela nous plaise ou pas, les femmes et les hommes qui nous gouvernent sont le reflet de ceux qui les ont élus. Prenons nos responsabilités collectives. Nous avons élu des représentants soumis aux injonctions des milieux nationalistes, économiques, financiers, sociaux et/ou sociétaux. Parmi ceux-ci, ce sont les représentants nationalistes, qui se nourrissent des peurs de l’autre qui ont aujourd’hui la cote et qui nous dirigent. Comme les leaders de mouvements sociaux (comme les syndicats) ou sociétaux (comme les écologistes) sont généralement centrés sur la défense des droits des êtres humains dans une approche internationale ou universelle, leurs intérêts sont rarement communs à ceux des nationalistes, centrés sur des politiques de soit disant identité culturelle. C’est ainsi laisser le chemin libre à une alliance entre nationalisme et libéralisme économique et financier. Car ce qui intéresse au plus haut point l’actionnariat des firmes transnationales, c’est la maximisation de ses profits. Et celle-ci se trouve finalement facilitée (du moins à court terme) par une forte liberté de circulation des biens, combinées à une faible liberté de circulation des personnes. Seule cette combinaison permet en effet de faire produire par des enfants esclaves les T-shirts ou les iPhones qui seront ensuite achetés par les consommateurs plus nantis.

Nous voici donc avec cette situation que doit craindre tout système un tant soit peu démocratique: élire des représentants dont les intérêts sont en conflit avec ceux du système. Et ce qui est prévisible se passe:

  1. Créer un sentiment de peur qui fasse se « resserrer » la population derrière ceux qui la gouvernent.
  2. Identifier un ennemi aussi différent que possible du « coeur de cible » électoral, et de préférence incapable (au sens juridique du terme) de se défendre: quoi de mieux aujourd’hui que d’hypothétiques barbus terroristes, si possibles réfugiés syriens mais à la fois tortionnaires de réfugiés syriens…
  3. Faire croître artificiellement le sentiment de peur de l’ennemi, par exemple en utilisant des événements extérieurs pour faire croire à une menace intérieure, quitte à devoir gérer l’absence totale de preuve d’une menace intérieure à coup de « secret de l’enquête »…
  4. Démanteler les outils de contrôle démocratique vis à vis du pouvoir en place (tentative de ré-introduire la censure – affaire Mythra/Médor, suppression des juges d’instruction en matière de criminalité financière, concentration des pouvoirs judiciaires dans les mains policières,…)
  5. Créer une prison émotionnelle pour les autres acteurs politiques qui – soumis à la peur de leur propre électorat sans doute – acceptent de jouer la « solidarité nationale » vis-à-vis d’une menace dont on refuse de leur montrer la réalité.

Les étapes suivantes sont malheureusement trop connues. Restriction des libertés individuelles (il est bien connu que « si vous n’avez rien à cacher », cela ne pose pas de problème que l’on puisse examiner en détail votre vie privée). Fin des mécanismes de solidarité sociale (exclusion des chômeurs, des pauvres, des étrangers…)

Dans le schéma qui se construit en Belgique, on voit comment la N-VA est en train de construire une situation dans laquelle, idéalement, ce ne sera plus elle qui demandera un démantèlement des solidarités nationales, mais bien les « autres » (Bruxellois ou Wallons). Ce qui lui permettra la plus ultime des forfanteries: comme c’est logiquement celui qui exige de pouvoir partir d’un système de solidarité qui doit en payer le prix, ce seront donc encore les Bruxellois et les Wallons qui passeront à la caisse… Là où tout le monde disait « laissons les nationalistes flamands partir d’eux-mêmes, ils seront confrontés à une note salée qui les fera réfléchir », on peut constater qu’en effet, ils ont réfléchi et retourné la phrase dans l’autre sens, tout en rendant la vie impossible sur le plan des valeurs aux partenaires bruxellois et wallons.

2015, après 70 années de paix relative, l’Europe de l’ouest retrouve ses démons. La génération qui avait connu le pire s’en est allée, et même ses enfants n’auront pas été capables de défendre les acquis de cette paix.

 

Répondre démocratiquement aux violences économiques

Le plaidoyer de Jean-Luc Mélenchon pour expliquer le geste de violence des (futurs ex) salariés d’Air France à l’égard de leur DRH avait emporté une première réaction de ma part en faveur du discours du leader de la Gauche.

Le discours de Xavier Mathieu qui déclare au « Grand Journal » qu’il a été pacifiste toute sa vie. Mais qu’il  n’y croit plus m’a amené à penser à  nouveau cette question.

En quelque sorte, le dilemme qui nous est présenté est le suivant:

  • D’une part, les actionnaires de grandes entreprises, voire d’entreprises nationales ou nationalisées prennent des décisions dont les conséquences sont d’une violence inouïe pour les travailleurs: licenciements massifs, pertes de revenus, destructions de familles, suicides. Ces décisions, économiques ou administratives, sont prises dans le cadre de la stricte légalité, sous le couvert de lois votées par les représentants du peuple.
  • D’un autre côté, la colère que génère ces décisions entraine des femmes et des hommes, encadrés, soutenus par leurs organisations syndicales, à s’en prendre physiquement aux représentants de ces actionnaires, quitte à les séquestrer ou à leur déchirer leurs vêtements. Certains avec humour se contentent de les entarter.
  • La force publique, bras armé d’un pouvoir démocratiquement élu, ne peut qu’agir face à cette violence physique directement observable, utilisée par les médias plus sensibles à leur chiffre d’audience  qu’à leur fonction pédagogique. Elle s’attaque donc aux « déchireurs de chemises » tout en laissant courir les destructeurs de vies.

Nous mêmes, pris dans le tournis des images, des cris et des harangues, nous avons alors tendance à nous positionner non plus face au fait social que constitue la destruction d’emplois au nom de la compétitivité, mais bien face aux images émotionnelles qui font dire que soit c’est un scandale de s’attaquer à un homme et de le « lyncher » publiquement, soit qu’il faut comprendre la violence de ceux à qui l’on a tout enlevé. Mais lorsque Xavier Mathieu nous dit qu’il ne croit plus au pacifisme, il nous entraîne dans une voie sans issue.

En effet, je continue à croire qu’aucun système socio-politique ne peut offrir mieux aujourd’hui qu’un régime basé sur l’écoute et la représentativité de toutes les composantes de la société. Ce que l’on appelle peut-être un peu rapidement la démocratie. C’est pour cette raison que si je me sens, ici en Belgique, de grandes sympathies avec des partis comme le PTB, je ne pourrais leur donner ma voix aussi longtemps qu’il n’auront pas fait un aggiornamento vers le respect total de la légitimité démocratique. Et la proposition de Xavier Mathieu, lorsqu’il dit qu’il faudra désormais compter avec la violence est un constat d’échec de la démocratie dans sa configuration actuelle doublé d’un appel à passer à un régime socio-économique basé sur les rapports de forces et non sur la négociation: l’histoire est malheureusement témoin des drames que de tels régimes ont causé que ce soit ici en Europe, en Chine, en Corée du Nord, en Russie ou dans l’Afrique post-coloniale (et passim…).

Or, qu’est-ce qui cause problème aujourd’hui ? Ce n’est pas tant l’illégitimité des violences physiques à l’égard des êtres humains. Il me semble que tout corpus de règles de vivre ensemble inclus nécessairement le refus de la violence physique comme solution aux conflits. Et cette promulgation de l’illégalité de la violence est d’autant plus importante qu’il reste chez chacun d’entre nous des bribes de réactions émanant de notre cerveau reptilien qui nous poussent vers le combat lorsque nous ressentons la colère…

La question qui pourrait être réglée par un processus démocratique ne serait-elle pas plutôt celle de faire subir effectivement les conséquences de leurs actes aux auteurs de violences administratives et économiques. De reconnaître le lien de causalité entre la décision de licenciement (collectif ou individuel) et ses conséquences non seulement financières, mais également vitales. La colère de Xavier Mathieu, la justification de Mr Mélenchon vient surtout de l’incompréhensible hiatus qui existe entre la pénalisation judiciaire d’un arrachage de chemise et des éventuels coups, blessures et séquestration qui l’ont accompagné (je ne minimise pas le fait, je le qualifie) et la simple obligation de négocier un plan social (donc de trouver une solution financière négociée et donc dépénalisée) pour l’auteur de la violence administrative et économique.

Que se passerait-il si demain, les membres d’un Comité de Direction ou d’un Conseil d’Administration pouvaient se trouver pénalement responsable des conséquences physiques de leurs actes. Si à côté des coups et blessures volontaires ayant entraîné des conséquences définies (invalidité, mort,…) on pouvait qualifier un licenciement décidé et choisi pour des raisons économiques par l’employeur de torture morale pouvant entrainer des conséquences tout aussi définies ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Les membres des comités exécutifs, de direction, des conseils d’administration, savent très bien ce que leurs décisions auront comme conséquences sur le plan humain. Mais l’absence de responsabilité personnelle sur ces conséquences les dédouane de toute réflexion sur l’opportunité sociale de leur décision. Pour l’avoir vécu dans le passé, assis à la table d’un comité de direction (mais sans y avoir voix au chapitre), j’ai vu ces gens décider de licencier quelques centaines de collaborateurs afin de satisfaire les exigences de l’actionnaire. Je les ai vu porter les uns sur les autres des regards graves, montrant combien ils mesuraient cyniquement l’importance de l’enjeu humain, mais prenant la décision qui montrait objectivement combien cet enjeu humain comptait peu face à la volonté de l’actionnaire. Je les ai vu se lancer alors dans le calcul cynique de la solution de licenciement la plus économique. Puis se distribuer le « boulot difficile » comme ils disaient (lisez « annoncer les licenciements individuellement pour éviter la longue et couteuse procédure du licenciement collectif »). Puis établir des tableaux dignes des camps de concentration où l’on allait comparer, semaine après semaine, la bonne « exécution » du plan.

Que se passerait-il si ces dames et ces messieurs devaient intégrer la composante « responsabilité pénale des conséquences morales et physiques » dans chaque licenciement. Aujourd’hui, la décision de licencier un collaborateur pour augmenter le profit de l’actionnaire reçoit un traitement judiciaire ridicule. Que penserait-on du juge qui condamnerait à quelques centaines ou milliers d’euros d’amende le chasseur de prime qui aurait acheté un fusil, se serait entraîné, aurait observé les déplacements de sa victime, puis tiré dans ses jambes « pour lui donner une leçon », mais qui aurait par malheur « dérapé » et occis sa victime ? Or c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui dans le monde de l’entreprise. Un actionnaire vous donne ordre de « liquider sans tuer » quelques centaines de personnes, vous consultez quelques experts, spécialistes, juristes et consultants pour trouver la solution la moins couteuse – en ce compris le coût de devoir se défendre devant un Tribunal du Travail, vous analysez vos listes d’employés pour identifier ceux qui sont le moins susceptibles de vous causer du tort par la suite, puis vous tirez… pas de chance, il y en a un qui se suicide. C’était sans doute sa faute… Aucun espoir d’obtenir une décision de nature pénale pour un tel crime (ce n’est pas un crime, pas même une infraction… c’est un grand malheur).

Changez cette donne. Pénalisez les conséquences humaines des décisions économiques et financières. Montrez effectivement que ces crimes quotidiens, bien plus meurtriers et nombreux que les faits divers qui font la première page de sudPresse, sont punis sévèrement, pour le crime qu’ils représentent. Vous verrez alors l’attitude de ces soit-disants décideurs changer.

La réponse à la violence des actionnaires et des conseils d’administration, ce n’est pas la violence contre les biens et les personnes, c’est la re-qualification juste de la violence des actionnaires et des hommes qui les représentent. Une qualification de correctionnalisation et non de droit du travail. Un tel travail peut s’accomplir dans un cadre démocratique. Il ne serait sans doute pas sans conséquence, et l’on ne doit certainement pas compter sur un exécutif comme celui qui nous « exécute » aujourd’hui pour lancer un tel chantier. Mais ce serait là une approche enfin différente de la lutte sociale. Autre chose que les sempiternelles jérémiades autour des ajustements salariaux, allongement de la vie professionnelle, (non) indexation et service minimum… Un rafraichissement de notre démocratie qui permette à chacun de se sentir protégé contre l’arbitraire des organisations alors qu’il ne l’est souvent aujourd’hui que contre celui des individus.

Le silence des moutons…

20150927_150910

Hier, 23.000 personnes se sont mobilisées pour dire leur indignation face à l’indifférence. Elles sont venues alors qu’aucun grand média n’avait même parlé de cette manifestation. Elles sont venues malgré le silence honteux des politiciens mais aussi des syndicats.

Elles sont venues dans l’indignation, mais dans la dignité.

Et après ? Ce matin, forcés par l’importance de la foule qui s’est spontanément rassemblée hier, les médias tentent de rattraper la sauce. Mais toujours aucune déclaration d’un homme politique. Que du contraire, c’est d’aller porter le feu en Syrie que nous parle Monsieur Lutgen. C’est vrai qu’aller bombarder la Syrie, quelles que soient les cibles visées, cela fait vendre des armes. Mais que cela va mettre encore plus de réfugiés sur les routes, personne ne semble l’envisager.

Ah si, j’oublie ! Monsieur le Secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations (SEAM, ça fait un peu DAESH, non ?) prend ses responsabilités et lance une campagne Facebook pour dire aux Irakiens qu’ils vont se faire jeter s’ils viennent en Belgique… Je ne sais s’il faut rire ou pleurer d’une telle ignorance. Bien sur, avec ça campagne « timeline », notre Théo national(iste) va faire fuir tous les Bagdadis … ben où, au fait ? Au Liechtenstein, à Andorre, à Monaco ? Tout le monde le sait, à Bagdag la pression est maximale sur les passeurs: « Nous voulons tous aller à Bruxelles ! We want to go to Brussels ! » et surtout « We willen allemaal naar Brussel, waar vluchtelingen thuis voelen ! »

Dans l’actualité du jour, tant qu’on y est, il y a le cri de victoire de Francken : « le nombre de demandeurs d’asile à diminué cette semaine ». Que les déplacements de masse sur de grandes distances se font plutôt à la belle saison qu’en automne et en hiver, il n’y avait pas songé ? Ou pire, il y a tellement bien songé que sa campagne Facebook va faire un « tabac » en termes de résultats: l’hiver est là et les réfugiés Irakiens vont sans doute se mettre en attente de la grande traversée à l’intérieur de leur propre frontière ou en Turquie, jusqu’à ce que les temps soient plus cléments, et au printemps prochain, quand les chiffres recommenceront à grimper, que nous dira Théo ?

Bon, j’en étais où, moi ? Ah oui, les politiciens qui ne pipent pas mot du mouvement citoyen… Je crains que la stratégie soit de « laisser pisser le mouton » en faisant le moins de commentaires possibles. Dans quelques semaines, le flux sera résorbé, les « citoyens » seront préoccupés par le froid qui frappe les SDF (les « nôtres » comme les « zôtres », mais une fois couchés dans l’encoignure d’une porte ils ont tous la même couleur et la même odeur). Le sujet d’indignation saisonnier, lui aussi aura changé. Et eux auront survécu à leur propre indignité une année de plus. C’est un pari risqué. Il me rappelle l’âne de Buridan, la célèbre fable de Daudet…

Quelques faits sur « toute la misère du monde »

refugeecampinjordan

C’est clair et net, bien acquis, etc… « Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde ».

Eh bien, voilà donc une bonne nouvelle ! Personne ne nous le demande. Nous, belges dont le PIB par habitant était de près de 50.000,- USD par an en 2013 (je sais, c’est pas vous, c’est pas moi, mais ce sont quand même ceux qui devraient payer des taxes dans notre beau plat pays…), nous allons (peut-être, sous condition, etc…) poser ce geste formidable d’accueillir 4500 réfugiés sur le « quota » de 120.000 que l’Union Européenne envisage pour les 2 prochaines années…

Les mêmes statistiques de la Banque Mondiale nous montre que la Jordanie (par exemple, et ce n’est pas le pays le plus pauvre) avec un PIB par habitant de 5.500,- USD par an en 2013 (soit dix fois moins que nous…) accueille pour le moment dans ses camps (voyez la photo ci-dessus)  plus de 600.000 réfugiés. Cela représente 10% de la population de ce pays de 6,5 millions d’habitants.

Soyons donc rassuré, comme je l’écrivais il n’y a pas très longtemps, la misère du monde reste bien avec la misère du monde.

 

A propos de faits et d’émotions

Je n’ai pas envie de parler d’un enfant, mort, couché sur une plage. Pour tout dire, cette image ne m’a pas particulièrement ému. Quand j’ai ouvert mon journal et que je l’ai vue, là sur la moitié de la première page, une pensée m’est venue: ce fait divers pourrait-il devenir un fait de société ?

Très vite malheureusement, il a fallu se rendre compte qu’il n’en était rien. N’est-il pas extraordinaire de voir comment nos responsables politiques exploitent habilement le moindre dérapage d’un immigré pour insister sur l’absolue nécessité de « ne pas se charger de toute la misère du monde », et de comparer cela au silence pesant qui règne de leur part depuis trois jours ?

J’ai intitulé cet article « à propos de faits et d’émotions ». Je veux y exprimer une opinion politique, mais je veux aussi baser cette opinion sur des faits, sur des bases aussi solides que possibles. Nos responsables politiques disposent de toutes les informations nécessaires pour apprécier correctement la situation migratoire actuelle, et cette situation est finalement non pas extrêmement complexe (comme tous les médias essaient de nous le faire croire), mais extrêmement simple:

  • Il y a aujourd’hui dans le monde un nombre important (des dizaines de millions de personnes) qui souffrent tellement de la guerre, de la discrimination, de la violence individuelle, des catastrophes écologiques, qu’elles ne peuvent plus supporter de vivre là où elles vivent.
  • Le niveau de souffrance de ces personnes est tel que les seuls choix qui s’offrent à elles est de tenter de vivre ailleurs, ou de mourir. C’est une situation qui n’a plus été vécue chez nous de manière collective depuis l’invasion nazie de 1939, et qu’il nous est donc bien difficile d’appréhender, mais c’est aussi une situation très simple: partir ou mourir.
  • Face à un tel choix, il faut absolument comprendre que la politique d’accueil de « ailleurs » est sans aucun intérêt pour la personne en souffrance. Nous ne pourrions créer un environnement pire pour elles qu’en renonçant aux principes humanitaires les plus élémentaires qui fondent même le plus ultra-libéral des modèle sociaux démocratiques. Certains politiques chez nous tentent bien de créer de telles conditions, mais ils continuent heureusement de se heurter aux barrières posées par notre système démocratique.
  • La grande masse de ceux qui fuient se réfugient dans les pays qui à la fois offrent des conditions de vie un peu meilleures et sont assez proches pour qu’ils puissent s’offrir le voyage: on estime à 98% aujourd’hui la part des réfugiés qui se « réfugient » dans leur propre pays ou dans un pays voisin. Ils n’ont simplement pas les moyens de se payer une traversée. « Toute la misère du monde » est donc en fait accueillie par… « toute l’autre misère du monde ». Quelqu’un n’a-t-il pas dit qu’il existait plus de solidarité entre pauvres qu’entre riches et pauvres ?
  • Mais ceux qui veulent aller plus loin, ceux qui disposent finalement de cet « esprit d’entreprise », ce « sens de l’initiative et de la prise de risque » que nos dirigeants posent souvent en vertus cardinales, ceux-là vont prendre tous les risques, embarquer sur des coquilles de noix, traverser les frontières les plus hostiles, passer à travers les barbelés, marcher encore sur les autoroutes de la honte. Nul ne les arrêtera, car ils ont abandonné tout espoir de retour. Ils sont comme les eaux d’un immense torrent en crue qui dévalent vers un misérable barrage de papier.
  • C’est cette vague, ce tsunami, annoncé par tous les observateurs experts du phénomène depuis de nombreuses années (sans me targuer du statut d’expert, cela fait plus de cinq ans que je répète partout où je passe que cette vague ne peut être arrêtée), qui  nous atteint aujourd’hui.
  • Face à une telle déferlante, nous pouvons continuer d’essayer de renforcer les digues. Elles continueront de s’écrouler. Elles rendront aussi nos visiteurs un peu plus déçus, mais pas pour autant plus motivés à rentrer chez eux. Le nombre de retours volontaires est infime, demandez à l’Office des Etrangers, si prolixe à donner des chiffres sur les « invasions », ses chiffres sur les retours « volontaires ». Silence. Car ce chiffre est tellement faible qu’il ne franchirait jamais la barrière statistique du pourcent de quoi que ce soit…
  • La solution est pourtant évidente: toutes les populations qui ont eu affaire à des fleuves en crue ont d’abord tenté de discipliner l’eau en l’arrêtant par des barrage. C’est ainsi que le Nil fut d’abord un fleuve charriant plus de cadavres que de richesses. Jusqu’au jour où l’on découvre que l’énergie mise en vain à arrêter le torrent peut être utilisée avec bonheur à canaliser le fleuve, pour irriguer les terres alentour.
  • Les faits, toujours les faits, nous montrent que malgré les obstacles que nous mettons sur leur chemin, les migrants qui débarquent chez nous sont plus efficace pour entrer dans la vie économique et sociale que n’importe quel autre personne nantie des mêmes moyens de départ. Près des trois quarts des migrants ayant obtenus une régularisation ne sont plus dépendants des systèmes sociaux, mais au contraire en sont des contributeurs nets, et ce quatre ans après leur arrivée. Sur la même période de temps, il est simplement accidentel qu’une personne régulièrement installée dans notre système social arrive au même résultat. Ce sont eux, ces migrants, qui peuvent nous aider à relancer et à repenser notre mode de vie. Ce sont eux la richesse de demain.

Les neurosciences nous enseignent que l’être le plus rationnel est parfois incapable de prendre une décision importante, un peu comme si notre capacité à analyser obturait dans notre cerveau notre capacité à décider. Dans ce cas, l’émotion agit un peu comme une clé, qui ouvre un espace dans l’ensemble des données analysées et permet enfin de choisir un chemin.

Ne serait-il pas temps que les émotions d’aujourd’hui permette enfin à ceux qui nous gouvernent, politiciens mais aussi (et surtout ?) médias, de communiquer que le choix qui se présente à nous, ce n’est pas de laisser entrer ou non chez nous tous ces migrants: ils finiront par entrer. Le choix qui se présente à nous, c’est de les accueillir humainement et de construire avec eux l’avenir de notre partie du monde, dans le respect de nos modes de vie, et dans le respect de leurs individualités, car si nous ne faisons pas ce choix, l’alternative est de les accueillir dans l’hostilité et de multiplier les « jungle de Calais » au milieu de nos jungles urbaines, au risque de voir les unes s’opposer aux autres dans une escalade de violence.

La question n’est déjà plus de savoir s’il faut s’afficher #refugeeswelcome. Le hashtag qui me caractérise en tous cas, s’appelle plutôt #everybodywelcome, car, comme je l’écrivais déjà en décembre 2013, no body is illegal.

Un défi, plus qu’une victoire

Une collègue de travail a placé ce soir sur les réseaux sociaux un poème déjà entendu à de multiples reprises. Comme je la suspecte peu d’activisme politique, il s’agissait sans doute d’une bienveillance remplie d’innocence.

– « C’est risqué », dit l’expérience
-« C’est sans issue » ,dit la raison.
– « C’est impossible », dit la fierté.
– Mais « Essayons » murmure le Coeur …

Il me semble que c’est un peu la sensation qui m’envahit en voyant s’afficher les résultats qui nous arrivent d’Athènes ce soir.

Je n’ai pas caché ma sympathie pour le « non ». Je n’ai pourtant aucune envie d’entamer une danse de victoire, ou de chanter quelque chant que ce soit, ici ou place Syntagma.

Y aura-t-il un « avant » et un « après » 5 juillet 2015 pour l’Union Européenne ? Verra-t-on enfin les préoccupations sociales occuper enfin le devant de la scène ?

Une chose me frappait dans une discussion tenue ce soir avec un de mes contradicteurs (au sens premier de participant à une discussion) préférés, chose que  je n’avais pas encore vraiment mis dans la balance de mes réflexions: comment les roumains, les bulgares et tous les autres peuples européens vivant dans une extrême précarité dans notre Europe de l’argent pourraient-ils accepter un accord qui libère la Grèce de son endettement sans leur permettre à eux aussi de bénéficier d’un traitement de faveur?

Le résultat du référendum ne marque pas une « victoire » de la Grèce contre l’Europe. Il comporte cependant une dose non négligeable de nationalisme. Le dernier discours d’Alexis Tsipras allait clairement dans ce sens. Ce résultat, il marque en quelque sorte le moment où la boule de neige « prend » et passe de l’agrégat de flocons à la fusion glacée. Elle est au sommet d’une pente qui part dans de nombreuses directions, et nul de peut dire où elle roulera, et ce qu’elle emportera sur son passage.

Ce qui est donc intéressant pour moi, ce n’est pas tant le fait que le résultat soit un « oui » ou un « non », mais bien que, face à un conflit d’intérêt majeur au sein de l’union européenne, portant sur des questions de priorités politiques, un gouvernement a pu invoquer une « clause de conscience » en s’en référant à son peuple. La question n’était pas tant de savoir si les grecs allaient être pour le oui ou le non, mais bien de savoir s’ils suivraient leur premier ministre dans cet appel à la clause de conscience. Le résultat semble très clair sur ce point.

Nous allons donc observer comment l’écosystème européen va maintenant devoir s’adapter à cette nouvelle situation. Rejet ou adaptation intégrative ? Ce sera bien entendu tout l’intérêt de ce qui va suivre. Car, comme j’aime à le répéter si souvent en citant T.S. Elliot,

Nous ne cesserons point nos investigations
Et le terme de notre quête
Sera d’arriver là d’où nous étions partis
Et d’en savoir le lieu pour la première fois…

Pourquoi, ce dimanche, je ne voterai pas pour un parti de la majorité fédérale…

J’ai souvent été un électeur qui se qualifiait de « réaliste ». Ce qui veut dire que je votais « utile » en choisissant un candidat – si possible que je connaisse plus que par les médias – dans un parti dont je partage « la plupart des valeurs », dans l’espoir de voir ce parti au pouvoir, avec le minimum de compromis nécessaire, après l’élection.

Dimanche, ce sera différent. Car je ne veux pas, dans dix ou quinze ans, me dire que j’ai été complice, le 25 mai 2014, de la prolongation d’un crime d’état dont j’avais connaissance.

Je ne peux pas dire que je ne suis pas au courant des crimes – meurtres et assassinats – commis au vu et au su de chacun d’entre nous, par nos femmes et nos hommes politiques. Je ne peux pas dire que je ne sais pas que nous avons créé une institution d’état, l’Office des Etrangers, dont le rôle est de renvoyer chez eux un maximum d’émigrants, sans plus tenir compte du danger que représente pour leur vie ce retour.

Je ne peux pas dire que je ne sais pas que des Afghans ont été renvoyés chez eux, « parce qu’ils n’étaient pas en danger » et que quelques jours plus tard ils mourraient assassinés.

Je ne peux pas dire que je ne sais pas que des malades du SIDA sont renvoyés mourir « à la maison » sous prétexte que dans leur pays, il existerait quelque part quelqu’un qui « pourrait les soigner » mais en oubliant que ces soins là sont réservés à ceux qui peuvent se les payer.

Je ne peux pas dire que je ne sais pas qu’au creux des années 30, ce n’est pas par l’élimination des juifs qu’a commencé la page la plus noire de notre histoire européenne.

Je ne peux pas ne pas savoir que chaque fois qu’elle a été interpellée sur le sujet, la Ministre en charge de l’immigration, Madame De Block, a clairement expliqué qu’elle ne faisait qu’exécuter l’accord de son gouvernement et que le rôle d’un ministre n’est pas d’utiliser le pouvoir discrétionnaire dont il dispose de par la loi pour résoudre les situations que son administrations ne peut arbitrer correctement.

Je ne peux donc pas ne pas savoir que derrière chaque départ, chaque déportation d’un être qui a juste eut la malchance de naître du mauvais côté d’une frontière, il y a Madame De Block, mais aussi Madame Milquet, Monsieur Di Rupo, Monsieur Reynders et chaque ministre de ce gouvernement, chaque militant qui défend le bilan assassin de cette législature.

Je ne peux qu’imaginer que c’est parce qu’ils sont paralysés par la peur d’affronter l’opinion publique en lui expliquant qu’on n’arrête pas les migrations à coup de déportations que ces messieurs-dames soutiennent et défendent cette politique d’exclusion. C’est parce qu’ils ne veulent pas expliquer – comme des scientifiques sérieux l’ont encore démontré récemment, que l’immigration est un facteur d’enrichissement pour la société qui accueille, que d’autres immigrés attendent dans des centres fermés inhumains leur prochain vol vers la mort.

Dimanche, je voterai pour des candidat(e)s qui se sont exprimés ouvertement sur ce sujet pendant la législature. Malheureusement, ces candidats ne se trouvent ni au MR, ni au CdH, ni au PS. Et ça non plus, je ne peux pas ne pas le savoir…

L’arme ultime de l’homme d’état en 2014

Passant quelques jours de vacances chez nos voisins d’outre Quiévrain, j’ai l’occasion tous les soirs de m’informer en regardant les programmes proposés par la télévision d’état (France Télévision). Dans une France dirigée par un gouvernement prétendument socialiste, mais menant une politique de plus en plus libérale, voire conservatrice, j’ai découvert un étonnant parallèle avec ce que nous vivions en Belgique, à quelques semaines de ce que quelques chroniqueurs – sans doute pas trop sérieux – continuent d’appeler « la mère des élections » (attention à la prononciation).

Il n’aura pas échappé aux observateurs attentifs du paysage politique que la transition entre le temps ou notre premier ministre « socialiste » a dirigé un gouvernement menant une politique sécuritaire et anti-humanitaire et le temps de la campagne électorale a été surtout  marqué par ceci:

Crédit photo: Gazet Van Antwerpen

Et la Belgique entière de penser que le monde tourne autour de deux ursidés qui nous font oublier nos petites misères tellement sans importance face à ces deux bestioles tellement attachantes.

Et nos politiciens d’en arriver à instrumentaliser l’investissement (parfaitement respectable) d’un entrepreneur pour en faire une arme de campagne. Quitte à utiliser l’image même de l’animal dans des apparitions de campagne.

Ici aussi (en France) un gouvernement supposément de gauche se prépare à faire passer un cocktail de mesures économiques et sociales qui vont renforcer l’exclusion des plus faibles et renforcer les emplois sous-payés (en inventant la défiscalisation des emplois au SMIG ce qui, dans un pays qui connaît une situation de l’emploi comparable à la notre revient à favoriser les employeurs qui créent des emplois qui propulsent les travailleurs en dessous du seuil de pauvreté). Que voyons nous à la télévision ? Des manifestations ? Pas du tout. Des syndicalistes en colères ? Si peu.

Mais alors qu’est-ce qui fait l’actualité de cette dernière semaine ? Aux journaux télévisés de ces derniers jours, le thème qui a reçu plus de temps d’antenne que la déclaration de politique générale du premier Ministre Emmanuel Vals, c’est ceci:

nouveau-zoo-de-Vincennes-Serre-Afrique-equatoriale-©-BTUA-AJOA
Après 6 ans de fermeture, inauguration du nouveau zoo de Vincennes

Vous lisez bien: avant-hier sur FR3, hier sur France 2, ce matin toujours sur France 2, et demain sans doute en édition spéciale, tout comme nos télévisions nationales avaient couvert comme l’événement du siècle l’arrivée de Hoi-Hoi et des son copain (ou sa copine, je ne m’y retrouve plus très bien) à Pairi Daiza, de longues minutes sont consacrées à ce sujet tellement consensuel et terriblement d’actualité: la réouverture d’un zoo…

Un journaliste de mes amis m’a un jour expliqué que le point le plus important des conférences de rédaction de la chaine de télévision où il travaille consistait à trouver un sujet d’ouverture qui fasse consensus. Et il me disait « ce qui marche toujours, c’est la météo ». Je crois qu’avec « nos amies les bêtes, tellement plus n’importe quoi que les humains » nos politiciens ont trouvé la panacée pour résoudre nos difficultés.

Après tout, un Panda à la place de Maggie De Block, ce serait peut-être plus efficace. Ils connaissent l’importance d’une politique migratoire ouverte, et il paraît que sous leur air débonnaire, les Panda sont terriblement dangereux. Peut-être arriverait-il (notre Panda Ministre) à faire suffisamment peur à l’Office des Etrangers et au CGRA que pour enfin mettre en place une politique migratoire… humaine.

La peur de l’autre enterrera-t-elle la solidarité, la liberté et l’humanisme ?

1614016_3_09d5_a-peine-intronise-le-nouveau-gouvernementRegardez bien cette photo. C’est celle du gouvernement fédéral belge. Au premier plan, vous y voyez des chantres de la solidarité, du libéralisme et de l’humanisme.

La solidarité, défendue par le parti socialiste, celui-la même qui termine ses congrès, ses réunions publiques en chantant l’Internationale, cette internationale qui à chaque refrain nous parle de la lutte pour le bien-être du genre humain (pas des belgo-belges, pas des gens qui trouvent du boulot, pas non plus de ceux qui capitalisent leur fortune).

Le libéralisme, au coeur du discours… libéral. Qui prône le droit pour chacun de jouir du fruit de son travail, qui a fondé les grandes révolutions du XVIII ème siècle. Qui est au coeur de toutes les grandes réussites économiques. Qui est aussi un idéal de la réussite individuelle.

L’humanisme, ne serait-ce pas une approche de la société qui prône de mettre l’humain au coeur de l’action, qui demande à se recentrer sur les besoins de chaque femme, de chaque homme avant de prendre une décision. Qui pose les droits de l’homme (et de la femme) et ceux des enfants comme base de toute réflexion politique ?

Les gens qui sont au premier plan de cette photo sont censés représenter au plus haut point les valeurs qu’elles et qu’ils défendent. Ils sont les figures de proue de leurs partis. Tous ces partis se réclament de la démocratie. Si ils sont élus, ne peut-on penser que c’est parce que la nation leur demande de mettre les valeurs qu’ils défendent au coeur de leurs actions ?

Alors, comment les défenseurs de la solidarité, de la liberté et de l’humanisme en sont-ils arrivés à réduire la solidarité (en instituant par exemple la dégressivité des allocations sociales), la liberté (en supprimant les barrières entre pouvoir judiciaire et exécutif dans le cadre des peines administratives par exemple), l’humanisme (en renvoyant chez eux des personnes dites « illégales » mais qui n’ont commis d’autre crime que de tenter de s’intégrer dans notre société et d’avoir cru à nos idéaux) ?

Mais toutes ces personnes installées au premier rang de cette photo ont peur. Leur besoin de sécurité personnelle est en danger. Elles se sont accomplies par le pouvoir qu’elles ont acquis ou qu’elles prétendent détenir. Elles ont peur de le perdre. Et cette peur leur vient par contagion. Parce que leurs électeurs sont en danger. Les travailleurs perdent leurs emplois, les PME sont dans une insécurité financière souvent croissante, les hommes et les femmes de ce pays croient ce qu’on leur dit de l’accroissement de l’insécurité physique et sociale.

Quand on a peur, on cherche un coupable au lieu de chercher une solution. Et le coupable c’est l’autre. Mais comment trouver un autre que l’on puisse désigner comme coupable sans prendre le risque que son mécontentement (au coupable) ne se retourne contre l’homme ou la femme politique qui le stigmatise ? Mais bon sang, c’est évident: prenez un coupable qui ne vote pas.

C’est ainsi que nous nous retrouvons avec la peur de l’étranger, de celui qui est différent. On met les malades à l’hôpital, les fous à l’asile, les enfants à l’école, les « illégaux » dans des centres ouverts ou fermés, les protestataires en cabane… On exclut du chômage ceux que l’on n’arrive plus à inclure dans le travail.

Et puis surtout on construit un discours de l’efficacité. Et l’on confie ce discours à quelqu’un dont on espère un peu ou beaucoup qu’il l’exécutera et qu’il sera dont le seul à s’en prendre les conséquences (que l’on espère négative ?)

Et l’on crée un poste de ministre, avec un nom « neutre » : Ministre de la Politique Migratoire (on pourrait presque imaginer que sa mission est de faciliter la migration des candidats) avec une mission claire: DEPORTATION. Et c’est ainsi que la peur permet de substituer une politique d’exclusion, d’enfermement et de tortures (toutes réalités vues, filmées, constatées par diverses commissions indépendantes et internationales sur le traitement des « illégaux » dans notre pays) aux objectifs de solidarité, de liberté et d’humanisme.

Alors le 25 mai prochain, faut-il continuer à faire confiance à ceux qui nous ont vendu la solidarité, la liberté ou l’humanisme et qui nous ont donné l’exclusion, l’enfermement et les traitements inhumains, pour la seule raison qu’ils ont de l’expérience ? L’expérience de quoi ? Pourquoi changeraient-ils demain ce qu’ils font depuis des dizaines d’années ?

Notre démocratie est forte d’une administration de bons petits soldats qui obéissent aux ordres de leurs ministres. Donnons un signal fort aux hommes politiques pour que les ordres se modifient. Chassons la peur de l’autre par une peur plus grande: celle pour les politiques de perdre leur propre boulot. Quand le PS démontre sa panique à coup de publicités anti PTB, c’est un premier pas ! Mais il faut que cette peur les prenne réellement au ventre, sinon, la peur de l’autre redeviendra plus forte. Une peur plus grande que la peur que vous voulez combattre, c’est un des moteurs essentiels du changement.

Le 25 mai, je ne voterai pas pour un parti de la majorité actuelle. Je ne voterai pas pour un parti prônant l’exclusion de l’autre ou la pratiquant. Je ne sais pas pour qui je voterai, et je n’ai besoin des conseils de personne pour cela. Mais je voterai.

RTBF, un JT de sévices publics ?

Je suis resté effaré devant la condescendance et l’absence de regard critique du JT de la RTBF de ce soir. En particulier les séquences sur la conférence de presse du président français et la présentation de l’évolution du marché de l’automobile en Belgique.

Dans le premier cas, c’est la manière hypocrite dont le sujet a été traité qui me choque: plus de la moitié du temps du sujet a été utilisé à nous expliquer que « chez nous à la RTBF, on ne fait pas dans le populisme, et la question de la vie privée du président français, c’est vraiment pas trop top de l’avoir abordée,… ». Faut dire que dans la séquence « C.Q.F.D.-Ce Qui Fait Débat » du Journal Parlé de La Première, on avait déjà longuement évoqué que ce qui valait le coup d’être débattu, c’était justement le caractère privé ou non des éventuelles relations extra-non-conjugales de Monsieur Hollande.

Pour les deux émissions, il est devenu rapidement clair que le fait qu’un président élu sur un programme de gauche annonce ouvertement un programme de centre droit et décide de s’aligner sur les politiques les plus rétrogrades de l’Union Européenne pouvait virtuellement passer à la trappe…

Quand au rôle éducatif de la télévision de service public, il a été mis particulièrement en évidence par la prestation incompréhensible de Valentin Boigelot à propos de l’évolution du marché automobile en Belgique. A l’heure où plus personne ne conteste que l’automobile est un contributeur majeur aux problèmes écologiques de la planète, nous avons entendu un panégyrique de l’automobile, nous expliquant que 20% d’automobiles en moins au cours des 5 dernières années, c’est une mauvaise nouvelle ! Que la Belgique est le « bon élève » de la classe européenne (bon, un peu moins bon que le Royaume Uni) parce que chez nous le marché s’est stabilisé, alors qu’en France, en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Italie, il a baissé de 10 ou 15 %. Jusqu’aux graphiques qui non montrent bien que « moins de voitures » c’est du ROUGE, et que « plus de voitures » c’est du VERT…

Le représentants écolo au C.A. de la R.T.B.F. feraient bien de s’exciter un peu plus pour ce genre de propos que pour les 69 minutes sans chichi d’Elio di Rupo.

Je ne veux pas cacher le fait que moins d’automobile, c’est un problème pour l’industrie automobile, et donc pour l’emploi dans ce secteur. Mais ne serait-il pas temps que nos politiciens mettent en place de vrais incitants pour la réorientation des outils de production qui servent aujourd’hui le dérèglement climatique vers des productions qui soient réellement au service de l’environnement et de la planète. Il n’y a aucune raison qu’une société avec moins de voitures soit globalement une société avec moins d’emplois.

Mais ça, c’est peut-être un peu plus difficile à expliquer à Mr « Tout le Monde ».