Une danse insignifiante

A mon tour de m’intéresser aux propos de Mr Jambon relatifs aux compétences chorégraphiques de la communauté musulmane, à travers le témoignage d’un enseignant (moi) confronté chaque semaine à 140 ados dont sans doute plus de 100 sont de confession musulmane. Continuer la lecture de Une danse insignifiante

De dikke vis en de sardien (fable nationale)

2016-02 Provence009

Ce matin, le président de la N-VA se gausse dans les médias du remarquable travail accompli par « son » ministre de l’Intérieur qui avait promis de nettoyer (au Karcher ?) Molenbeek. Sans doute considère-t-il que cette fois, dans sa poêle à frire, il y a un « dikke vis » !

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Qui veut la peau de Bruxelles ?

Je suis bien entendu horrifié par les attentats du Sinaï, de Beyrouth, de Paris et de Bamako, comme je suis horrifié par les centaines de morts quotidiens en Syrie, en Afghanistan et dans tant de contrées qui n’apparaissent jamais sur nos écrans plats…

Je ne désire pas plus qu’un autre périr sous le feu d’une arme, qu’elle soit de guerre, de chasse ou d’autre chose. Et j’attends des services régaliens de l’Etat auquel je verse annuellement des impôts qu’il assure avec ses forces ma sécurité et garantisse ma liberté, sans sacrifier la seconde à la première.

Ces précautions étant prises, il me faut aussi poser maintenant la question de savoir ce qui se passe aujourd’hui à Bruxelles, et en particulier de distinguer les faits avérés des spéculations.

Dans la catégorie faits absolument avérés:

  • 7, 8 ou 9 personnes ont semé la terreur et la mort à Paris, le vendredi 13/11/2015
  • plus de 130 personnes sont mortes dans ces actions
  • des revendications émanant de DAESH existent pour ces actes criminels
  • des véhicules utilisés dans ces attaques venaient de Belgique, loués par un ressortissant belge, et plusieurs des assaillants étaient belges
  • toutes les fonctions régaliennes de l’Etat belge sont aux mains de ministres flamands non bruxellois, et les plus exécutives (intérieur et défense) sont aux mains de la N-VA. Le premier ministre n’est pas non plus bruxellois
  • Les autorités bruxelloises sont très peu présentes au Centre de Crise et au Conseil de Sécurité
  • Les décisions les plus graves, portant atteinte aux libertés fondamentales sous couvert de la sécurité concernent principalement Bruxelles et les bruxellois
  • Le Conseil de Sécurité a décidé d’étendre sa période de pouvoir « hors contrôle » au moins d’une semaine
  • Aucun dispositif de contrôle démocratique par le Parlement des décisions prises par le Conseil de Sécurité n’est à l’ordre du jour

Ce qui relève (à divers degrés) de la spéculation:

  • les attaques étaient coordonnées (hautement probable – les faits se sont déroulés en public)
  • il existe au moins un de acteurs de ce scénario morbide qui est encore en vie, il semble qu’il n’ait pas « osé » se faire sauter, il s’appellerait Salah Abdeslam (hautement probable – les informations sont assez précises)
  • le « cerveau » qui aurait organisé tout cela est belge (probabilité questionnable – relevant de l’information secrète et incontrôlable par le public)
  • la Belgique serait visée par des attentats du même type (probabilité questionnable – aucune trace publique de la menace exprimée par les autorités alors que généralement les menaces de DAESH sont explicites)
  • Salah Abdeslam serait dangereux et planifierait quelque chose « contre la Belgique », on ne sait pas très bien quoi ni où, mais on sait que ça ne vise pas les écoles qui vont rouvrir mercredi, et suffisamment peu le principal ensemble de tunnels bruxellois (le métro) que pour pouvoir le rouvrir lui aussi mercredi (le gars qui n’a pas osé se faire sauter à Paris serait tout à fait prêt à le faire à Bruxelles – parce qu’il aurait le mal du pays ? – probabilité faible à invérifiable)

Des magistrats s’élèvent contre cette situation, ainsi que des avocats. Je ne suis donc pas le seul à m’inquiéter du manque de contrôle démocratique face à cette situation. Depuis ce mardi matin, un parti politique s’est enfin réveillé et réclame une commission parlementaire spéciale.

Politiquement parlant, la situation doit aussi être regardée à travers les ambitions politiques des partis au pouvoir. En écornant l’image de Bruxelles, les ministres N-VA du gouvernement préparent sa mise sous tutelle. On sait aujourd’hui qu’il ne faut plus compter sur le MR pour défendre les francophones: Charles Michel est prêt à toutes les concessions pour rester au pouvoir. Il s’est tellement contredit depuis la campagne électorale  (comme par exemple ceci ou cela) qu’il n’y a plus aucun espoir à mettre en lui de voir le franchissement d’une « ligne rouge » de la part de son partenaire au gouvernement. Il est finalement beaucoup plus triste de constater qu’aucun parti n’a jusqu’ici osé soulever ce problème fondamental: quand le gouvernement se présentera-t-il devant un ensemble d’élus – y compris de l’opposition – pour leur démontrer la réalité de l’imminence de cette soit-disant menace ?

Car de deux choses l’une: soit cette menace est réelle, avérée et documentée, et alors le Premier Ministre ne doit pas craindre de l’expliquer aux représentants du peuple – fut-ce à huis clos, soit il refuse cette explication et la seule raison possible est que ces éléments déterminants d’information n’existent pas.

Lorsqu’un régime démocratique s’effondre, c’est rarement du jour au lendemain. Par contre, l’aveuglement des partis traditionnels, même dans l’opposition, face aux déclarations de « bonne foi » (ou ici « d’âme et conscience »), est toujours le déclencheur de la perte de contrôle d’une population sur son propre destin.

Aujourd’hui la seule vraie certitude est celle que Bruxelles n’est plus une région autonome, elle est tombée sous le contrôle de l’état fédéral qui lui dicte comment elle doit vivre, éduquer, circuler. Un premier pas important vers l’objectif clair du nationalisme flamand.

Vivre dans un état de non-droit…

Depuis maintenant trois jours, la Région Bruxelloise vit une expérience socio-politique particulière: les libertés fondamentales des citoyens sont de facto limitées (accès limités aux transports publics, fermeture de certains services publics, accès interdit à l’éducation, injonction au silence sur les réseaux sociaux pendant que se déroulent des actions policières dont les justifications précises ne sont pas données, absence totale d’explication sur les opérations militaro-policières en cours ou terminées,…).

Bien sur, tout cela se fait dans la suite de faits terroristes avérés en dehors du territoire et au nom d’une menace que la plupart d’entre nous considère (sans doute à juste titre) comme tangible.

Il reste que, contrairement à nos voisins français qui ont choisit une voie de contrôle démocratique à travers le choix par le législateur de l’état d’urgence, et de sa limitation dans le temps, en Belgique, c’est le pouvoir exécutif qui se substitue de fait au législatif.

La disqualification du pouvoir législatif dans les processus policiers en cours est flagrante: quand les français réunissent leur Congrès pour faire voter l’état d’urgence pour une période limitée de 3 mois, le gouvernement belge ne se soumet à aucun moment à un processus transparent de contrôle par le parlement. Bien entendu Mr Michel ira dire à la Chambre ce que Jan Jambon (et donc BdW) lui souffleront à l’oreille, et bien entendu, au nom de « l’unité nationale » contre les « horreurs » du terrorisme, aucun député n’osera suggérer qu’une action soutenue et émanant du Parlement serait plus adéquate qu’un « license to kill » délivré a postériori. Personne ne demandera que l’on vote quoi que ce soit, et sans autre limitation dans le temps que celle que voudra bien décider la marionnette qui dirige notre gouvernement, ses sbires sécuritaires N-VA (qui dirigent l’Intérieur et la Défense) vont pouvoir parader devant leurs électeurs, bien loin de la Flandre, en montrant encore du doigt Bruxelles comme porte d’entrée du Royaume du Mal.

Encore une fois, je ne nie pas la très haute probabilité d’une justification des mesures prises par le gouvernement. Il me semble simplement qu’elle pourrait faire l’objet d’une loi de pouvoirs spéciaux qui autoriserait l’exécutif à cumuler les fonctions du législatif et du judiciaire pendant un temps déterminé.

Il semble que pour l’instant le pouvoir judiciaire ne soit pas plus inféodé au pouvoir exécutif qu’il ne l’a toujours été (les magistrats restent des hommes nommés par des politiciens), même si les derniers développements en matière de liberté de la presse peuvent générer certaines inquiétudes. Mais une vigilance absolue me semble requise là aussi…

Les mauvais combats d’Yvan Mayeur

(c) RTBF 2014
(c) RTBF 2014

Les dernières décisions d’Yvan Mayeur me laissent perplexe. D’une part, j’apprends par la presse qu’il interdit au chef de corps de la police de Bruxelles de recevoir dans ses locaux la visite du ministre de l’Intérieur; d’autre part, la même presse m’annonce que le même bourgmestre de Bruxelles choisit de ne pas accéder à la demande d’Ecolo d’interdire Eric Zemour sur le territoire de la ville.

Je le (re-)dis tout net: je n’aime pas les propos racistes tenus par Monsieur Zemour et je n’aime pas les fréquentations (au moins anciennes) de Monsieur Jambon.

Néanmoins, autant je crois qu’il est inutile d’interdire à Monsieur Zemour de venir se produire dans une grande librairie du centre ville (qui prends ainsi le risque de s’éloigner d’une partie importante de ses clients), autant je crois que c’est une erreur de la part de Monsieur Mayeur de frapper d’ostracisme le Ministre de l’Intérieur. Les vrais combats pour la démocratie doivent se mener à un autre niveau.

Nul n’est obligé d’aller écouter Eric Zemour lors de sa visite en Belgique, nul n’est obligé de le financer en achetant son livre. Que ses employeurs lui fassent subir les conséquences de ses déclarations me parait une réponse proportionnée aux propos qu’il tient. Mais on voit bien que le refus d’Yvan Mayeur n’est pas tant dirigé vers le respect des règles démocratiques: il s’agit simplement d’un acte politique à l’égard d’un parti de son opposition.

Sur le refus de laisser le Ministre de l’Intérieur apporter la bûche de Noël aux policiers ce 24 décembre il me semble ici que les reproches justifiés faits à Monsieur Jambon pour ses fréquentations passées ne doivent pas l’empêcher de jouer son rôle, aussi longtemps que celui-ci se déroule dans un cadre démocratique. Il faut me semble-t-il accepter de séparer la fonction de Ministre de l’Intérieur de celui qui l’exerce, aussi longtemps que l’homme ne commet pas d’actes incompatibles avec sa fonction. C’est ce qui fait pour moi la différence entre Jan Jambon et Théo Francken. Ce dernier a posé, après sa prestation de serment comme Secrétaire d’Etat, des actes qui sont incompatibles avec sa fonction. Comme il le fait encore aujourd’hui avec la question des visites domiciliaires chez les sans papiers. Je ne crois pas que ce soit le cas de Monsieur Jambon.

De plus, d’un point de vue purement stratégique, Yvan Mayeur devrait être beaucoup plus prudent. Il traîne lui même derrière lui une série de casseroles – assez caractéristiques des casseroles classiques du PS – qui pourraient décrédibiliser totalement ses actes soit disant « démocrates ».

La Belgique est devenue aujourd’hui un pays qui  ne respecte plus les droits de l’homme. Les fondements de la démocratie sont en danger. Les intérêts de quelques riches passent avant la survie de 15 pour cent de notre population. Les solidarités quittent le domaine public pour rejoindre celui de la charité privée. Il est encore possible aujourd’hui d’écrire ce que l’on pense mais même cette liberté fondamentale risque d’être mise à mal. La presse libre est muselée par les intérêts financiers, et ce sont les feuilles de propagande populistes qui font l’actualité du citoyen ordinaire, l’abreuvant de peurs des autres, de haine de la différence et créant d’inutiles besoins sécuritaires.

Dans ce contexte, il est important de choisir habilement ses combats et ses cibles, afin de pointer les actes inacceptables tout en laissant aux hommes la possibilité de rester eux-mêmes. Et à ce petit jeu, Monsieur Mayeur vient, me semble-t-il de commettre quelques erreurs qui en font plus une marionnette de Bart de Wever qu’un héros de la résistance.

Aan mijn Vlaamse lezers

Le texte en français se trouve ici

Beste,

Ik ben bewust dat wat ik de laatste dagen op Facebook en in mijn blog geschreven heb is door enkele mensen gezien als een vorm van agressiviteit tegen de Vlamingen in het algemeen.

Daarom vond ik belangrijk om dit boodschap te publiceren. Ik heb alle respect voor de democratische proces dat heeft de N-VA aan de leiding van ons land gestuurd. Eenvoudig gezegd: ze zijn de grootste partij in Vlaanderen, ze vertegenwoordigen meer dan 30 procent van de Vlaamse bevolking, hun leider is waarschijnlijk het populairste politicus van de land.

In een democratisch land, zoals ons, is het ook normaal dat de mensen zich informeren over de daden van diegene die zullen het land regeren voor vijf jaren. En als iemand iets abnormaal vindt, is het ook normaal dat hij vragen stelt. Zulke vragen zijn geen « foutaises ». Ze zijn gewoon vragen. Die moeten gesteld worden. Die moeten antwoorden krijgen. Die kunnen opvolgingen hebben.

De leden van het PS hebben veel van die vragen gekregen in de laatste jaren, meestal door MR- en N-VA-leden. Dat heeft voor een aantal schandalen gezorgd. En dat is normaal.

Wat ik doe voor het ogenblik in mijn blog en op de sociale  netwerken is gewoon informatie delen. Ik probeer altijd mijn bronnen te vergelijken om zeker te zijn dat de feiten, feiten blijven.

Ik heb zeker veel te zeggen over wat mensen zoals de heren Franken en Jambon hebben gezegd of gedaan, omdat die feiten zijn onaanvaardbare voor een grote deel van de Franse gemeenschap in ons land. Tot nu toe bestond er een consensus dat mensen die de collaboratie normaliseerden, of mensen die racisten commentaren maakden geen plaats hadden in de Belgische regeringen.

Dit is geldig op bijde kanten van de taalgrens. In 2004 mocht Isabelle Simonis, die Voorzitster van het Waalse parlement was, ontslag nemen. Ze had een brochure van de PS tegen de extreme rechts laten financieren door de parlement.

Voor mij, een Staat Secretaris aan Asiel en Migratie die racisten email stuurt, dat kan gewoon niet. En dat zijn feiten, geen foutaise. Het feit dat hij heeft zich verontschuldigd maakt van hem een heerlijker mens, maar geen mogelijke Staat Secretaris aan Asiel en Migratie. Dat een misdader de feiten erkent betekend niet dat hij geen gevolgen zal ondergaan.

Ik zal hier de problematiek van de Heren Franken en Jambon niet verder discussiëren. Dat zal wel plaats vinden later ;-). Ik wil gewoon opnieuw zeggen dat ik niets tegen de Vlamingen heb. Noch tegen Vlaanderen.

A mes lecteurs flamands

De nederlandse tekst vinden jullie hier

Chers lecteurs,

Je suis conscient que ce que j’ai publié ces derniers jours sur Facebook et sur mon blog a été perçu par certaines personnes comme une forme d’agressivité contre les flamands en général.

C’est pourquoi j’ai trouvé important de publier ce message. J’ai un respect infini pour le processus démocratique qui amène la N-VA à la direction de notre pays. Très simplement: il s’agit d’u plus grand parti de Flandre, représentant plus de 30% de la population flamande, et leur leader est sans doute un des politiciens les plus populaires du pays.

Dans un pays démocratique comme le notre, il est aussi normal que l’on s’informe sur les faits et gestes de ceux qui dirigeront le pays pendant 5 ans. Et si quelqu’un remarque quelque chose d’anormal, il est également normal qu’il pose des questions. De telles questions ne sont pas des « foutaises ». Ce sont des questions. Qui doivent être posées. Et qui méritent des réponses sérieuses et des conséquences.

Les membres du PS ont subit de nombreuses questions de ce type ces dernières années, la plupart venant du MR ou de la N-VA. Cela a également levé des scandales. Et c’est normal.

Ce que je fais pour le moment sur mon blog et sur les réseaux sociaux n’est que du partage d’informations. Je contrôle et croise mes sources d’informations pour être aussi certain que possible  que les faits restent des faits.

J’ai certainement beaucoup à dire à propos de ce que messieurs Franken et Jambon ont dit ou fait, car ces faits sont inaceeptables pour une grande partie de la population francophone de notre pays. Il y avait ainsi un consensus selon lequel les gens qui normalisaient la collaboration ou qui faisaient des commentaires racistes n’avaient pas leur place au gouvernement belge.

Ces pratiques sont valables des deux côtés de la frontière linguistique. En 2004, Isabelle Simonis qui était alors présidente du parlement wallon a ainsi du démissionner pour avoir voulu combattre l’extrême droite avec de mauvais moyens (ceux du parlement en faisant croire qu’il s’agissait du PS).

Pour moi, un Secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations qui envoie des emails racistes, c’est simplement incompatible. Ce sont des faits, pas des foutaises. Le fait qu’il ait présenté ses excuses – seraient-elles même sincères – ferait de lui un homme d’honneur, mais toujours pas un Secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations acceptable. Qu’un délinquant reconnaisse les faits qui lui sont reproché ne l’exonère pas des conséquences de ses actes.

Je ne vais pas discuter plus avant la question de messieurs Jambon et Franken. Je laisse cela à plus tard et ailleurs ;-). Je veux seulement redire que je n’ai rien contre les flamands. Ni contre la Flandre.

La déclaration de Jan Jambon que les médias n’analysent pas assez

J’ai déjà parlé de ce point dans un post précédent. Il y a une déclaration de Jan Jambon qui me paraît plus grave que toute autre dans la bouche d’un ministre de l’intérieur, c’est cette intention exprimée d’utiliser les outils à sa disposition pour empêcher notre système démocratique de fonctionner normalement. Comment la presse ne se saisit-elle pas de tels propos pour interpeller le personnel politique ?

Petit rappel: lorsque le 12 ou le 13 octobre, il parle de la philosophie qui a prévalu dans la construction de l’accord de gouvernement « N-VA-CD&V-Libéraux », Jan Jambon déclare explicitement ceci:

« Notre crainte, c’est que le PS revienne à la prochaine législature et détricote toutes les réformes que nous aurons entreprises. C’est pour cela que nous voulons un changement des institutions : pour sécuriser les réformes socio-économiques, juridiques, sur l’asile et l’immigration, etc »

Et clairement, les mesures qui sont déjà annoncées par ce gouvernement démontrent une volonté d’avancer dans cette direction:

  • participation de l’armée aux forces de maintien de l’ordre
  • répression des plaintes « manifestement injustifiées » à l’égard de policiers
  • modification du code électoral (suppression de l’effet dévolutif de la case de tête)
  • augmentation du nombre de caméras de surveillance
  • utilisation de l’argument de lutte contre le terrorisme pour surveiller de plus près tout qui serait considéré comme « subversif ».

pour ne citer que quelques unes des mesures liberticides qui nous attendent.

Vouloir changer les institutions pour éviter qu’un parti – pourtant légitime et respectueux de la démocratie – ne puisse plus accéder au pouvoir, c’est vouloir museler la démocratie non pas pour la protéger, mais bien pour la détruire.

Mettre aux commandes du ministère de l’Intérieur un homme qui a démontré par ses paroles et par ses actes qu’il ne fait que peu de cas des valeurs démocratiques, c’est tendre au parti liberticide le bâton pour nous battre.

Je lis sur de nombreux forums de discussion qu’il faut laisser à ce gouvernement le temps de mettre en place ses réformes socio-économiques pour voir si elles fonctionneront. Et s’il s’agissait d’un gouvernement de centre droit qui voulait mettre en place de telles politiques, sans ambitions cachées, je serais tenter de dire en effet: voyons un peu quels effets ces mesures vont avoir, et maintenons le cadre démocratique.

Mais ici, les réformes socio-économiques sont mise en place pour renforcer aux yeux de l’opinion politique flamande la perception d’une Wallonie qui ne veut pas travailler, et obtenir ainsi l’indépendance à laquelle semble tellement aspirer la N-VA et le VB. Le scénario est machiavélique:

  • la N-VA participe à un gouvernement en s’engageant à ne pas « faire de communautaire » et de fait, la déclaration gouvernementale ne comporte formellement aucun élément en ce sens: la N-VA est donc fréquentable…
  • le personnage clé de la N-VA, pourtant premier parti au gouvernement, ne prend pas le poste de premier ministre qui lui revient de droit. Au contraire, il s’installe au balcon de l’Hôtel de Ville d’Anvers (ou pire sur la place Tien An Men) pour observer « les foutaises » que les wallons ne manqueront pas de lancer…
  • le MR, aveuglé par cette étrange opportunité de pouvoir gouverner sans devoir se coaliser dans sa communauté, doit donc faire toutes ses concessions en termes d’influences communautaires et fédérales. Résultat: il hérite de la diplomatie, sans obtenir aucun ministère régalien. Il sera donc celui qui n’a rien à dire ni dans le domaine économique, ni dans le domaine social, ni dans celui de la sécurité, ni dans celui de la justice, mais qui devra affronter les instances internationales pour défendre les actions du gouvernement…
  • la N-VA, nouveau et inexpérimenté sur la place fédérale, y envoie ses cadors. Et là, il apparaît immanquablement que ceux-ci sont loin d’être des anges en terme de valeurs démocratiques: liens marqués avec l’extrême droite, amitiés collaboratives, comportements publics appelant ouvertement à la désobéissance civile, propos racistes et homophobes, nous en passons et des meilleures… Et lorsque des dérapages surviennent, comme ils n’ont pas (ou ne veulent pas avoir) de personnel de rechange au niveau approprié, ils arrivent à forcer leurs « partenaires » à se transformer en sous-fifres. « Attention dit Charles Michel le 14 octobre, si ça se reproduit [les scandales autour de Théo Francken], je vais me fâcher tout rouge, c’est inadmissible ». Et quand le 15 octobre, on apprend que l’on était loin de tout savoir sur le comportement homophobe et xénophobe du bonhomme… on se contente de fausses excuses
  • Le MR va être mis sous une pression énorme dans les prochains mois. Les syndicats vont occuper la rue. Les grèves vont se succéder, les bus et les trains ne circuleront pas, la poste ne distribuera plus le courrier… soit le MR tiendra le cap, soit il ne le tiendra pas.
  • Si le MR tient le cap, il ne pourra le faire qu’en faisant de plus en plus de concessions à ses partenaires. L’argument selon lequel il faut aussi obtenir « quelque chose » pour les wallons et les bruxellois risque de motiver la N-VA tout autant qu’un steak végétarien peut faire bouger un chacal. La Wallonie et Bruxelles souffriront tant et tant qu’en 2019, le désir de se séparer du reste du pays risque d’être aussi élevé, voir plus fort, au Sud qu’au Nord.
  • Si le MR ne tient pas le cap, la N-VA pourra crier à la démonstration absolue que « décidément ce pays ne peut plus fonctionner sous les diktats en formes de foutaises wallonnes et bruxelloises », renforçant encore sa position en Flandre et aggravant en tout état de cause le fossé entre Flandre, Bruxelles et la Wallonie.

Le résultat de cette analyse, c’est que d’une manière ou d’une autre, la 7ème réforme de l’état est en train de se dérouler sous nos yeux. Sans révision de la constitution, sans avoir l’air d’y toucher, et en reportant toute la responsabilité de la rupture finale sur les wallons et les bruxellois. Et c’est très clairement en renonçant à ses promesses de ne jamais gouverner avec la N-VA, pour assouvir une petite vengeance de court terme (son éviction des exécutifs régionaux et communautaires) que le MR a précipité cette situation.

Mais le MR est-il seul responsable du côté francophone ? Même s’il lui revenait de faire preuve de courage politique, il n’a sans doute pas reçu du PS et du CdH suffisamment de signaux d’encouragement pour s’engager sur une autre voie. Car les majorités alternatives existaient. Il y avait moyen, une fois encore, de se passer de la N-VA. Il y avait sans doute moyen aussi d’envisager non pas un enterrement de première classe pour notre démocratie, mais bien un sursaut des valeurs.

Il devait bien y avoir moyen quelque part, de redonner de vrais accents sociaux à une politique gouvernementale. De se décider à regarder par exemple pour une fois autrement notre politique migratoire. De se baser non plus sur les réflexes populistes du repli sur soi, mais sur les données plus rationnelles des grands centres de recherches (de droite, de gauche ou d’ailleurs) qui tendent toutes à prouver qu’une politique d’ouverture aux migrations permet une relance de l’économie, une augmentation des revenus de tous, une baisse du chômage.

Il apparaît cependant que tous les partis sont aujourd’hui concentrés sur l’activation d’émotions immédiates chez l’électeur. Alors même qu’un gouvernement qui se voudrait réellement de progrès social disposerait de cinq longues années pour éduquer et informer tout en agissant, ni les uns, ni les autres n’ont fait les démarches nécessaires.

Je ne renvoie pas dos à dos MR, PS et CdH. Je condamne sévèrement (mais ils s’en fichent comme un poisson d’une pomme) le MR de cautionner ce qui nous attend. Je crois cependant que tant le PS que le CdH (et dans une certaine mesure Ecolo-Groen et le FDF, ne peuvent se dédouaner de n’avoir pas fait assez d’effort pour offrir une véritable alternative à ce qui nous arrive aujourd’hui.

Lorsque dans ma classe ou dans les couloirs de mon école j’entends des propos parfois moins haineux que ceux qui ont été échangés ces derniers mois entre femmes et hommes politiques de ce pays, j’interviens pour redire ce qui me semble le bon sens: la haine n’amènera jamais des voisins forcés à vivre à côté l’un de l’autre à le faire mieux. Je trouve regrettable qu’ils puissent me répondre aujourd’hui en me disant que si ceux qui nous gouvernent se le permettent, pourquoi ne se le permettraient pas eux-mêmes.

Thierry Afschrift: le libertaire qui ne disait pas son nom

L’homme est un habitué des médias, dans lesquels il pourfend généralement « la rage taxatoire » de l’état à l’encontre de ses richissimes clients. Spécialiste de l’ingénierie fiscale (c’est le nom que l’on donne à la fraude quand vous avez plus de 5 millions d’euros à dissimuler au fisc), cet avocat défraie aussi la chronique pour ses frasques personnelles, comme ses déboires avec l’administration fiscale concernant l’immatriculation de son Hummer.

J’ai donc failli avoir un accident lorsque j’ai entendu le contenu de son tweet de ce week-end.20141010 Tweet Afschrift

 

 

et j’ai failli emboutir la voiture précédente en entendant son intervention dans l’émission Ce Qui Fait Débat dans « Soir première », que vous retrouvez en PodCast ici.

Je crois qu’il est vraiment intéressant de voir que même les valeurs ultra-libérales sont bafouées par ce gouvernement qui va principalement se concentrer sur des actions populistes. Toutes les informations distillées jusqu’ici vont dans ce sens. Assimilation des immigrants en situation illégale à des criminels, « travaux d’utilité publique » imposés aux chômeurs, mise à disponibilité de l’armée pour des missions de maintien de l’ordre…

Comme je l’indique dans un post précédent, il s’agit d’utiliser les résultats d’un processus électoral démocratique pour mettre en danger la démocratie elle-même. Avec un peu de (mal-)chance, l’écriture d’un article comme celui-ci sera un délit dans quelques mois !

Il est donc grand temps d’entrer en résistance civile contre les nombreuses atteintes aux droits démocratiques qui nous attendent.

20141010 Tweet Afschrift

Le coup d’état annoncé de Jan Jambon.

« Notre crainte, c’est que le PS revienne à la prochaine législature et détricote toutes les réformes que nous aurons entreprises. C’est pour cela que nous voulons un changement des institutions : pour sécuriser les réformes socio-économiques, juridiques, sur l’asile et l’immigration, etc »

C’est avec ces mots que le nouveau Ministre de l’Intérieur exprime le programme du nouveau gouvernement. Et, loin des polémiques (pas vaines) sur le caractère plus ou moins fascisant du monsieur en question, ces mots m’inquiètent plus que tous autres.

Jan Jambon – c’est bien de lui qu’il s’agit – déclare dans cette phrase que ce gouvernement veut un changement des institutions qui soit destiné à empêcher un gouvernement ultérieur de revenir sur les réformes qu’ils auraient entreprises. Il s’agit là purement et simplement de la définition d’un changement radical de régime politique. N’est-ce pas le fondement même d’un régime démocratique que de permettre au électeurs de donner les clés de la gestion du pays à un gouvernement pour une période déterminée, et avec la possibilité claire et nette de revenir en arrière si les solutions proposées par ce gouvernement ne fonctionnent pas ?

Les propos de Monsieur Jambon font peur. Il nous dit clairement: nous allons changer le système politique dans lequel nous vivons, pour que les électeurs ne puissent plus demander un changement après notre passage.

On laissera peut-être au nouveau vice-premier ministre le bénéfice du doute sur ses intentions lorsqu’il fréquentait le Sint Martensfonds et sa légion SS, mais on ne pourra pas dire qu’il ne nous a pas prévenu de ses intentions pour la législature actuelle.