Votre « Soir », vous le prenez en Delvaux ou avec du Bouillon ?

Notre grand quotidien national vit certainement au rythme de débats internes intenses. Du moins je l’espère. Car au vu de deux des éditoriaux de ce samedi on peut y trouver tout et son contraire. Heureusement dirais-je, car je ne cacherai pas que la soumission des éditoriaux de Béatrice Delvaux au discours néo-libéral a bien besoin de l’analyse historique de Pierre Bouillon pour garder un minimum de sérieux au débat. Continuer la lecture de Votre « Soir », vous le prenez en Delvaux ou avec du Bouillon ?

Les brumes du Soir

J’ai dénoncé ici même il y a deux jours les dérives éditoriales du « Soir », à travers notamment de la controverse intervenue entre le quotidien bruxellois et sa « correspondante » au Caire, Vinciane Jacquet. D’autres que moi ont écrit à ce sujet (et en particulier l’excellente analyse publiée par Adrien Foucart).

Les réactions ne se sont pas fait attendre, en particulier celle de Baudouin Loos, responsable du service « étranger » au Soir.

Difficile dans tout cela de distinguer les faits des émotions ou de la défense d’une ligne éditoriale. Sans doute Madame Jacquet et « Le Soir » partagent-ils un certain nombre de responsabilités dans leur rupture (comme c’est le cas dans la plupart des séparations), mais il reste que depuis quelques années, Le Soir perd chaque jour un peu plus ses qualités de journal de référence en Belgique.

Les enjeux économiques justifient sans doute une forte mutualisation des ressources entre le quotidien et les torchons du groupe Sud-Presse qui relèvent tous du même Conseil d’Administration. Mais le groupe Rossel n’est pas le seul à connaître cette problématique. Et il pourrait sans doute la résoudre autrement qu’en construisant un brouillard de plus en plus épais entre le produit pour lequel des abonnés dépensent plus de 300 euros par an et la production « online » qui ressemble de plus à un assemblage approximatif de blogs amateurs.

Un autre de mes bons lecteurs me faisait ainsi remarquer que la rédaction du « Monde » avait ainsi fait de manière beaucoup plus claire la distinction entre ce qui relevait de la ligne éditoriale du quotidien français de référence et ce qui tombait dans l’incontrôlable manque de qualité des autres production du « groupe ». Sans m’être livré à une analyse détaillée de l’approche du « Monde », je suppose qu’il serait malgré tout utile au « Soir » d’y réfléchir sérieusement.

Quand « Le Soir » remercie ses journalistes indépendants…

Hier, dans le cadre d’une formation à l’enseignement de l’histoire et de la géographie dans l’enseignement secondaire supérieur, les formateurs me remettent  un document de référence indiquant que « Le Soir » est un journal d’informations progressiste et indépendant.

Ce matin, je trouve dans mes messages personnels le coup de colère de Vinciane Jacquet, (ex-)correspondante du « Soir » au Caire.

Ne connaissant pas personnellement Vinciane Jacquet, je ne m’autorise bien entendu pas à recopier l’ensemble de son coup de colère (que vous trouverez sur sa page Facebook), mais je vous résume ce que j’en ai retenu.

Suite à la disparition de l’avion d’Egyptair, le « journal indépendant et progressiste » lui a demandé de ne pas faire dans le « factuel » mais dans « l’émotionnel ». On lui a demandé de parler de la « douleur des familles », alors même que personne ne pouvait avoir accès aux-dites familles, et de remettre en cause la sécurité des vols d’Egyptair alors que la cause du crash n’était toujours pas connue (et ne l’est pas au moment ou j’écris ces lignes).

Je dénonce depuis longtemps la disparition des valeurs de base du journalisme en Belgique. La fusion entre Sud-Presse et Le Soir devient de plus en plus une cons-fusion où seuls les caractères typographiques font encore la différence entre ce que l’un et l’autre publient.

S’il ne nous reste plus que Jean Quatremer pour savoir ce qui se passe dans notre propre pays, nous n’aurons bientôt plus aucune raison de railler la presse Nord-Coréenne…