Répondre démocratiquement aux violences économiques

Le plaidoyer de Jean-Luc Mélenchon pour expliquer le geste de violence des (futurs ex) salariés d’Air France à l’égard de leur DRH avait emporté une première réaction de ma part en faveur du discours du leader de la Gauche.

Le discours de Xavier Mathieu qui déclare au « Grand Journal » qu’il a été pacifiste toute sa vie. Mais qu’il  n’y croit plus m’a amené à penser à  nouveau cette question.

En quelque sorte, le dilemme qui nous est présenté est le suivant:

  • D’une part, les actionnaires de grandes entreprises, voire d’entreprises nationales ou nationalisées prennent des décisions dont les conséquences sont d’une violence inouïe pour les travailleurs: licenciements massifs, pertes de revenus, destructions de familles, suicides. Ces décisions, économiques ou administratives, sont prises dans le cadre de la stricte légalité, sous le couvert de lois votées par les représentants du peuple.
  • D’un autre côté, la colère que génère ces décisions entraine des femmes et des hommes, encadrés, soutenus par leurs organisations syndicales, à s’en prendre physiquement aux représentants de ces actionnaires, quitte à les séquestrer ou à leur déchirer leurs vêtements. Certains avec humour se contentent de les entarter.
  • La force publique, bras armé d’un pouvoir démocratiquement élu, ne peut qu’agir face à cette violence physique directement observable, utilisée par les médias plus sensibles à leur chiffre d’audience  qu’à leur fonction pédagogique. Elle s’attaque donc aux « déchireurs de chemises » tout en laissant courir les destructeurs de vies.

Nous mêmes, pris dans le tournis des images, des cris et des harangues, nous avons alors tendance à nous positionner non plus face au fait social que constitue la destruction d’emplois au nom de la compétitivité, mais bien face aux images émotionnelles qui font dire que soit c’est un scandale de s’attaquer à un homme et de le « lyncher » publiquement, soit qu’il faut comprendre la violence de ceux à qui l’on a tout enlevé. Mais lorsque Xavier Mathieu nous dit qu’il ne croit plus au pacifisme, il nous entraîne dans une voie sans issue.

En effet, je continue à croire qu’aucun système socio-politique ne peut offrir mieux aujourd’hui qu’un régime basé sur l’écoute et la représentativité de toutes les composantes de la société. Ce que l’on appelle peut-être un peu rapidement la démocratie. C’est pour cette raison que si je me sens, ici en Belgique, de grandes sympathies avec des partis comme le PTB, je ne pourrais leur donner ma voix aussi longtemps qu’il n’auront pas fait un aggiornamento vers le respect total de la légitimité démocratique. Et la proposition de Xavier Mathieu, lorsqu’il dit qu’il faudra désormais compter avec la violence est un constat d’échec de la démocratie dans sa configuration actuelle doublé d’un appel à passer à un régime socio-économique basé sur les rapports de forces et non sur la négociation: l’histoire est malheureusement témoin des drames que de tels régimes ont causé que ce soit ici en Europe, en Chine, en Corée du Nord, en Russie ou dans l’Afrique post-coloniale (et passim…).

Or, qu’est-ce qui cause problème aujourd’hui ? Ce n’est pas tant l’illégitimité des violences physiques à l’égard des êtres humains. Il me semble que tout corpus de règles de vivre ensemble inclus nécessairement le refus de la violence physique comme solution aux conflits. Et cette promulgation de l’illégalité de la violence est d’autant plus importante qu’il reste chez chacun d’entre nous des bribes de réactions émanant de notre cerveau reptilien qui nous poussent vers le combat lorsque nous ressentons la colère…

La question qui pourrait être réglée par un processus démocratique ne serait-elle pas plutôt celle de faire subir effectivement les conséquences de leurs actes aux auteurs de violences administratives et économiques. De reconnaître le lien de causalité entre la décision de licenciement (collectif ou individuel) et ses conséquences non seulement financières, mais également vitales. La colère de Xavier Mathieu, la justification de Mr Mélenchon vient surtout de l’incompréhensible hiatus qui existe entre la pénalisation judiciaire d’un arrachage de chemise et des éventuels coups, blessures et séquestration qui l’ont accompagné (je ne minimise pas le fait, je le qualifie) et la simple obligation de négocier un plan social (donc de trouver une solution financière négociée et donc dépénalisée) pour l’auteur de la violence administrative et économique.

Que se passerait-il si demain, les membres d’un Comité de Direction ou d’un Conseil d’Administration pouvaient se trouver pénalement responsable des conséquences physiques de leurs actes. Si à côté des coups et blessures volontaires ayant entraîné des conséquences définies (invalidité, mort,…) on pouvait qualifier un licenciement décidé et choisi pour des raisons économiques par l’employeur de torture morale pouvant entrainer des conséquences tout aussi définies ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Les membres des comités exécutifs, de direction, des conseils d’administration, savent très bien ce que leurs décisions auront comme conséquences sur le plan humain. Mais l’absence de responsabilité personnelle sur ces conséquences les dédouane de toute réflexion sur l’opportunité sociale de leur décision. Pour l’avoir vécu dans le passé, assis à la table d’un comité de direction (mais sans y avoir voix au chapitre), j’ai vu ces gens décider de licencier quelques centaines de collaborateurs afin de satisfaire les exigences de l’actionnaire. Je les ai vu porter les uns sur les autres des regards graves, montrant combien ils mesuraient cyniquement l’importance de l’enjeu humain, mais prenant la décision qui montrait objectivement combien cet enjeu humain comptait peu face à la volonté de l’actionnaire. Je les ai vu se lancer alors dans le calcul cynique de la solution de licenciement la plus économique. Puis se distribuer le « boulot difficile » comme ils disaient (lisez « annoncer les licenciements individuellement pour éviter la longue et couteuse procédure du licenciement collectif »). Puis établir des tableaux dignes des camps de concentration où l’on allait comparer, semaine après semaine, la bonne « exécution » du plan.

Que se passerait-il si ces dames et ces messieurs devaient intégrer la composante « responsabilité pénale des conséquences morales et physiques » dans chaque licenciement. Aujourd’hui, la décision de licencier un collaborateur pour augmenter le profit de l’actionnaire reçoit un traitement judiciaire ridicule. Que penserait-on du juge qui condamnerait à quelques centaines ou milliers d’euros d’amende le chasseur de prime qui aurait acheté un fusil, se serait entraîné, aurait observé les déplacements de sa victime, puis tiré dans ses jambes « pour lui donner une leçon », mais qui aurait par malheur « dérapé » et occis sa victime ? Or c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui dans le monde de l’entreprise. Un actionnaire vous donne ordre de « liquider sans tuer » quelques centaines de personnes, vous consultez quelques experts, spécialistes, juristes et consultants pour trouver la solution la moins couteuse – en ce compris le coût de devoir se défendre devant un Tribunal du Travail, vous analysez vos listes d’employés pour identifier ceux qui sont le moins susceptibles de vous causer du tort par la suite, puis vous tirez… pas de chance, il y en a un qui se suicide. C’était sans doute sa faute… Aucun espoir d’obtenir une décision de nature pénale pour un tel crime (ce n’est pas un crime, pas même une infraction… c’est un grand malheur).

Changez cette donne. Pénalisez les conséquences humaines des décisions économiques et financières. Montrez effectivement que ces crimes quotidiens, bien plus meurtriers et nombreux que les faits divers qui font la première page de sudPresse, sont punis sévèrement, pour le crime qu’ils représentent. Vous verrez alors l’attitude de ces soit-disants décideurs changer.

La réponse à la violence des actionnaires et des conseils d’administration, ce n’est pas la violence contre les biens et les personnes, c’est la re-qualification juste de la violence des actionnaires et des hommes qui les représentent. Une qualification de correctionnalisation et non de droit du travail. Un tel travail peut s’accomplir dans un cadre démocratique. Il ne serait sans doute pas sans conséquence, et l’on ne doit certainement pas compter sur un exécutif comme celui qui nous « exécute » aujourd’hui pour lancer un tel chantier. Mais ce serait là une approche enfin différente de la lutte sociale. Autre chose que les sempiternelles jérémiades autour des ajustements salariaux, allongement de la vie professionnelle, (non) indexation et service minimum… Un rafraichissement de notre démocratie qui permette à chacun de se sentir protégé contre l’arbitraire des organisations alors qu’il ne l’est souvent aujourd’hui que contre celui des individus.

Les 12 mesures qui n’empêcheront jamais un fou de commettre un acte terroriste

Après les attentats dramatiques et ignobles qui ont frappés la France et la Belgique au coeur de leurs valeurs fondamentales ces dernières semaines, on attendait logiquement de nos gouvernants qu’ils prennent des mesures symboliques pour protéger les populations des actes de folies de quelques fanatiques, sans mettre en danger ces valeurs mêmes qui ont été attaquées de l’extérieur.

C’était sans doute oublier que les gouvernements (et singulièrement le nôtre) sont aujourd’hui inféodés aux mouvements populistes qui profitent de la mauvaise gestion des crises économiques et sociales pour instiller leurs politiques de peur, de haine et d’exclusion.

Ainsi, on a sans surprise pu constater que les douze « mesures » prises par le gouvernement N-VA (car, au vu de la campagne d’affichage, il n’y a pas de doute, c’est la N-VA qui est au commande)

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allaient toutes dans le même sens: la réduction de nos libertés fondamentales. En quelque sorte, au nom de la défense de nos libertés fondamentales, pour lutter contre des gens qui sont prêt à mourir – et qui le prouvent – parce que leurs valeurs vont à l’encontre de ces libertés fondamentales, nous allons … réduire les libertés fondamentales.

Quelle plus belle victoire pouvons nous offrir aux radicaux de tous poils que d’agir dans le sens qu’ils veulent imposer à l’histoire, sous prétexte de les retarder dans leur combat ?

On aurait pu espérer, comme je le lisais hier encore sous la plume d’Anne Löwenthal et d’autres, que les fameuses douze mesures ressembleraient plutôt à ceci (piquées à Anne Löwenthal sur son mur Facebook):

1. Une réforme en profondeur de l’enseignement
2. La création d’un service d’accueil et de désintoxication des jeunes embrigadés par des extrémistes
3. La fin des exclusions des chômeurs et la réintégration des exclus
4. Un renforcement des associations d’alphabétisation
5. L’instauration d’une allocation universelle avec un partage du temps de travail
6. L’ouverture de crèches pour garantir un accueil de qualité à tous les enfants
7. Une réelle gratuité de l’enseignement
8. Un renforcement des moyens alloués à la culture
9. Un renforcement des services sociaux
10. La suppression des SAC
11. L’intensification de la lutte contre les discrimination
12. La fermeture des prisons au profit de mesures alternatives

Je ne dis pas que je partage à 100% ces propositions (en tous cas dans l’optique d’une lutte contre le radicalisme religieux), mais une chose me paraît certaine:

Aussi longtemps que nous nous contenterons de renforcer les mesures répressives à l’égard de gens qui n’aspirent qu’à devenir des martyrs, nous renforcerons leurs motivations à agir et donc risquons principalement d’être contre-productifs. Faire un mort chez les radicaux, c’est aussi motiver 10 autres à se lever.

Les mesures de protection des populations civiles ont du sens, aussi longtemps qu’elle ne serve pas principalement à restreindre les libertés individuelles. Or ce que va faire notre gouvernement c’est diminuer nos libertés individuelles (plus d’écoutes, plus de contrôles a priori, plus de délits de sale gueule, plus de fichage, moins de liberté d’association, …)

Les vraies mesures de prévention vont dans le sens de l’éducation et de la désintoxication: quels moyens sont aujourd’hui mis à la disposition des enseignants, confrontés aux discours d’ados en révoltes – rappelons que c’est le rôle d’un ado d’être en révolte – qui soutient les thèses complotistes ? Quels espoirs leur donner pour leur avenir ? Dans quelle mesure les responsables d’entreprise qui ont défilés dimanche dernier seront-ils moins curieux de la couleur de la peau des candidats employés pour ne se concentrer que sur les compétences offertes ? Verra-t-on demain la grande fraternité des marches « Charlie » se transformer en une fraternité et une égalité réelle face à l’emploi, à l’aide sociale, à la solidarité en général ?

Le débat n’est pas tant celui de l’intégration que celui de la véritable égalité des chances. Aussi longtemps que des jeunes se sentiront exclus de notre société parce qu’ils n’ont pas le bon patronyme, la bonne couleur de peau, le bon accent, le bon vêtement sur eux, la bonne casquette, le bon couvre-chef (honnêtement, qu’est-ce qui est le plus ridicule, le dernier bibi de Mathilde où le foulard de votre voisine ?), ces jeunes se regrouperont et écouterons ceux qui savent utiliser leurs ressentiment normal pour les transformer en martyrs potentiels.

Finalement, ce qui est le plus étonnant, ce n’est pas que quelques dizaines de jeunes exclus deviennent des terroristes. C’est que devant l’absence d’action contre l’exclusion, il n’y en ait pas des milliers…

 

Enseignement: mes pistes pour le nouveau premier degré

Travaillant dans l’enseignement depuis seulement trois ans, je ne peux que constater le peu de crédibilité que la nouvelle réforme du premier degré de l’enseignement secondaire semble recevoir de la part des acteurs de première ligne.

Il est vrai que pour un enseignant avec une longue carrière derrière lui, cette réforme est la énième et ne semble pas fondamentalement « révolutionnaire ». Heureusement d’ailleurs, car les mêmes acteurs de la première ligne se révolteraient sans doute face à un changement massif. Et pourtant…

Et pourtant, il me semble qu’il y a des pistes qui pourraient être examinées, sur base des éléments du nouveau décret, et sans doute même dans le respect de celui ci. Ce que j’ai compris de cette nouvelle organisation (en tous cas pour ce qui concerne le premier degré « commun » que fréquente la majorité de nos têtes blondes dès lors qu’elles ont franchi l’épreuve du CEB):

  • Il faut prendre le premier degré comme un ensemble de deux ou trois ans devant permettre aux élèves d’acquérir les compétences nécessaires pour s’insérer avec succès dans le deuxième degré qui conviendra le mieux à leurs aspirations et à leurs compétences;
  • cette notion d’ensemble implique la disparition du redoublement à quelque stade que ce soit: un élève passe normalement deux ans dans le degré pour obtenir son CE1D, et dispose d’une année supplémentaire (la 2ème S) pour renforcer ses compétences si elles ne sont pas suffisante pour envisager le 2ème degré de son choix.
  • si possible cette réforme doit se faire sans modification sensible en terme de personnel éducatif (heureusement, si l’on veut bien considérer que nous possédons le plus haut taux d’enseignant par élève au monde).

L’aversion de l’être humain face au changement nous pousse à croire que ces modifications devront se faire dans un schéma d’organisation scolaire inchangé. Si c’est le cas, on verra bien entendu des élèves arriver en première année d’humanité en se disant que « de toute manière, en trois ans, on passe d’office ».

Il me semble que l’on pourrait sans doute regarder les choses autrement, à condition de remettre en cause certains tabous:

  1. Le premier tabou que je mettrais à mal est celui de la remise à zéro des compteurs en début d’année scolaire: une fois les épreuves de juin terminées, la réussite ou l’échec constaté, les décrets actuels comptent sur des documents administratifs (les PIA) pour assurer la transition d’une année sur l’autre. Dans les faits, les professeurs trop concentrés sur la relation à créer avec leurs nouveaux élèves, ne lisent pas ces PIA, ne discutent que trop peu avec les collègues ayant pris en charge les élèves l’année précédente, et partent de l’hypothèse que leur cours de deuxième année « doit bien être donné ». Le matériel scolaire n’aide pas: les élèves ont « remis » les manuels de première année en vente, ou en retour de location, et disposent désormais de manuels (de deuxième année) qui n’est peut-être pas encore adapté à leur propre acquisition de compétence.
  2. Le deuxième tabou que je mettrais en question est celui de l’attachement du titulaire à un « groupe classe ». Le titulaire est responsable aujourd’hui d’un groupe d’élèves qui est construit comme un « bloc » immuable, avançant ensemble dans tous les domaines simultanément. Les élèves restent 80% du temps dans le même local (qu’il soit petit, grand, confortablement équipé ou pas), et ils voient se succéder au cours de leur semaine les professeurs. Le titulaire perçoit d’abord la classe comme un « groupe » qui lui appartient en tant que groupe. Il s’attache bien entendu aux individualités, mais ne peut s’empêcher de mettre chaque individualité en relation avec le groupe-classe en qualifiant des notions d’influences mutuelles de l’enfant sur le groupe et du groupe sur l’enfant.

Alors, quelle serait ma proposition ?

  1. Créer une continuité d’enseignement sur les deux premières années pour les élèves respectant un parcours « normal » dans un domaine de compétence: par exemple, comme professeur de néerlandais, une de mes attributions serait de faire suivre le cursus de base en néerlandais à une majorité d’élèves, et ce pendant deux années d’affilée. Je serais donc responsable de les amener à la réussite en deux ans ou à identifier suffisamment tôt un besoin de soutien ou de remédiation. J’enverrais ainsi en remédiation immédiate tout élève qui sur un point particulier du programme, n’arriverait pas à acquérir les compétences requises au même rythme que ses congénères. Ces deux premières années se caractériseraient donc par une continuité d’enseignement, des remédiations immédiates chaque fois que c’est nécessaire, et un bilan de compétences acquises exprimé positivement et pas en terme de réussite ou d’échec. Le complément de cette sanction serait de savoir si les compétences acquises permettent ou non d’affronter la matière proposée au 2ème degré. C’est la notion de « groupe-cours » qui remplace celle de « groupe-classe ».
  2. Du point de vue des élèves, il n’y aurait pas de remise à zéro des compteurs: il faut avoir acquis un niveau de compétence que l’on peut rendre perceptible de manière progressive: un peu comme un jauge qui indiquerait où l’on en est par rapport à un parcours idéal. Et ce parcours n’est pas décrit comme une suite de 2 années, mais bien comme un degré qui se parcours en deux ans. Il n’y a plus de « réussite » ou « d’échec » en première année… parce qu’il n’y a plus de « première » année. Il y a un plus long congé au milieu d’un cycle de deux années civiles. Et dans la grande majorité des cas, on retrouve dans chaque matière le professeur que l’on avait l’année précédente
    Bien entendu, cette proposition présente le risque des situations relationnelles difficiles entre un professeur et un élève. Il me semble que le rôle d’un médiateur scolaire pourrait alors aussi être d’aider à trouver des solutions à de telles situations, incluant à l’extrême le déplacement d’un élève d’un groupe-cours vers un autre…
  3. Que se passerait-il alors la troisième année ? Ne pourrait-on envisager une année beaucoup plus ciblée sur les compétences faisant défaut, et un simple « entretien » des connaissances et compétences dans les domaines qui ont donné satisfaction au cours des deux premières années ? Imaginons même un élève avec de très sérieuses difficultés dans quatre branches importantes: Langue Maternelle, Mathématique, Sciences et Néerlandais. Mon horaire de prof de néerlandais pourrait très bien comporter une plage horaire de quelques heures (plus que l’horaire normal du degré – par exemple 6 heures au lieu de 4) pendant laquelle je travaillerais les points faibles des élèves n’ayant pas acquis les compétences requises en néerlandais. Deux des ces (par exemple) six heures pourraient être consacrées à des travaux pratiques obligatoires pour TOUS les élèves de troisième année du premier degré, afin de maintenir leur niveau de compétence en néerlandais (par exemple en organisant des tables de conversation). J’imagine que tant un prof de math, qu’un prof de français ou de sciences pourrait imaginer une formule similaire.
  4. Un autre rôle qui change fondamentalement d’après moi dans une telle approche, est celui du « titulaire ». De mon point de vue, je ferais disparaître cette notion au profit d’une notion de « coach individuel », tout professeur pouvant être appelé à remplir ce rôle pour un ou plusieurs élèves. Chaque élève devrait choisir ou se voir assigner un professeur (peu importe la matière) qui serait son référent au sein de l’école, et le lien avec les parents en ce qui concerne la scolarité. L’avantage me paraît important: aujourd’hui, quelques professeurs se chargent de toutes les difficultés administratives liées à toute une classe. Cette charge est énorme et rend presque impossible l’individualisation des suivi. L’alternative serait de demander à chaque professeur (ou à des professeurs qui seraient volontaires pour cette démarche) d’effectuer le suivi individuel de trois, quatre ou cinq élèves. Il pourrait alors consacrer plus de temps individuel à chacun de ses « pupilles », et effectuer une coordination plus fine jusqu’au conseil de classe.

Beaucoup diront que mes idées ne sont pas nouvelles. Beaucoup trouveront des tas de raisons pour ne pas pouvoir les mettre en oeuvre. Mais peut-être que cette réflexion m’aidera moi à mettre mes propres idées au clair, et à envisager différemment les années qui se présentent devant moi.

Choix du nom de famille: le mieux est devenu ennemi du bien

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Tout cela était plutôt parti d’une bonne idée: réduire les inégalités entre hommes et femmes en intégrant le nom de famille de la mère à celui de l’enfant. Et je suis prêt à soutenir à deux cents pour cent cet idéal. Continuer la lecture de Choix du nom de famille: le mieux est devenu ennemi du bien