La réponse du Cabinet de la Ministre de l’Enseignement Obligatoire

Je vous avais communiqué hier la lettre que j’avais envoyée à Madame la Ministre de l’Enseignement Obligatoire.

Je viens de recevoir une réponse, et il me semble plus honnête de ma part de la reproduire. En effet, l’élégance de répondre à un courrier comme celui que j’ai adressé doit être reconnue, même si le contenu est bien entendu sans surprise (et ne me pose d’ailleurs pas problème).

J’ai cru comprendre hier soir qu’une commission d’enquête spéciale sur le terrorisme serait  lancée au Parlement, j’espère que celle-ci aura bien pour mission d’examiner la mesure dans laquelle le Gouvernement aura été respectueux des droits et des libertés individuelles dans ses interventions policières et militaires.

Voici le texte de la réponse du Cabinet de la Ministre de l’Enseignement Obligatoire:

J’accuse bonne réception de votre courriel  de ce 24 novembre à Madame la Ministre, et vous en remercie.

Par la présente, je souhaite vous indiquer que Madame la Ministre a travaillé en étroite collaboration avec les autorités compétentes et sur base des informations et des recommandations qui étaient communiquées, tout en intégrant les approches des membres du cabinet qui avaient une connaissance pragmatique de l’école, comme anciens préfets, ou directeurs d’école primaire ou secondaire.

Elle comprend les réflexions que vous formulez, les hypothèses que vous avancez.

Elle mesure la tâche particulièrement complexe qui est la vôtre dans le cadre scolaire qui est le vôtre.

Elle vous demande de faire confiance à votre expérience et votre bon sens pédagogique pour mener à bien, autant que possible, cette rencontre avec les questions particulières de vos élèves dans leurs spécificités.

Si certaines mesures de prévention et/ou de protections devaient être adaptées ou réévaluées, n’hésitez pas à en parler à votre direction, à vos représentants syndicaux et/ou, le cas échéant aux membres de votre Conseil de prévention et de protection du travail  ou de votre Conseil d’entreprise.

Conscient de la difficulté de cette période, je vous prie d’agréer mes salutations respectueuses,

Lettre à Madame la Ministre de l’Enseignement Obligatoire

Voici le courriel que je viens de faire parvenir à Mme Milquet. Je ne manquerai pas de vous tenir au courant des suites et réponses éventuelles.

Madame la Ministre,

Je suis enseignant dans un établissement bruxellois de l’enseignement secondaire libre subventionné. Vous comprendrez donc que j’ai suivi avec intérêt les développements de ces derniers jours concernant la situation sécuritaire à Bruxelles.

Je n’ai aucun mandat particulier pour m’adresser à vous, étant un simple enseignant dans la masse de ceux dont vous avez la responsabilité. Mais ce que je vais vous exprimer, je le ressens chez plusieurs collègues (qui liront une copie de ceci sur les réseaux sociaux et sur mon blog : www.foucart-dever.net).

Suite à la réunion du Conseil de Sécurité d’hier, vous avez décidé d’ouvrir les écoles dès demain matin, alors que le gouvernement fédéral maintient le niveau de la « menace » à son maximum. Un ou plusieurs attentats terroristes seraient donc « imminents » à Bruxelles. Vous demandez ainsi à des parents d’envoyer leurs enfants dans les écoles, vous demandez aux enseignants de rejoindre leurs classes, tout en sachant que un ou plusieurs terroristes attendent peut-être que suffisamment de lieux de rassemblement soient disponibles pour pouvoir frapper aveuglément.

Vous nous demandez aussi, à nous les enseignants, éducateurs, directions d’école, de rassurer les élèves et les parents sur les conditions dans lesquelles cette rentrée va s’effectuer. Mais sur quelle base voulez vous que nous puissions les rassurer, alors que nous-mêmes ne le sommes pas nécessairement.

Car enfin, soit cette menace est avérée, il y a vraiment l’un ou l’autre fanatique prêt à se faire exploser et à faire le maximum de dégâts et vous savez très bien que l’école (et par voie de conséquence les élèves et la communauté éducative) dont la mission première est de développer la conscience citoyenne et démocratique devient alors une cible privilégiée, soit cette menace est une mystification. Il reste bien une troisième hypothèse que j’ose à peine formuler: le renvoi des élèves dans les écoles va libérer les parents qui pourront reprendre le travail, ce qui permettra à l’activité économique de redémarrer, ce qui correspond surtout à utiliser cyniquement les enfants et leurs enseignants/éducateurs comme boucliers contre les pertes financières des entreprises.

Madame la Ministre, j’aimerais pouvoir arriver demain en classe en étant serein, prêt à répondre aux questions que ne manqueront pas de poser mes élèves, la plupart issus de populations turques ou maghrébines. Mais on ne trompe pas un enfant. Il est inutile que je leur dise « n’ayez pas peur » si je vis moi-même dans la crainte de ce qui peut advenir.

Aucun contrôle démocratique n’existe à l’heure actuelle pour nous rassurer sur ce qui se passe. La classe politique – à de très rares exceptions près – nous demande de faire confiance à des hommes (et très peu de femmes) qui se cachent systématiquement derrière le secret pour prendre des décisions vitales.

Que pouvez vous faire ou dire, Madame la Ministre, pour me rassurer, pour nous rassurer ? Et si vous ne pouvez pas nous rassurer quand à la nature exacte du risque qui nous attend demain et des motifs qui vous poussent à nous envoyer dans nos écoles alors que la menace terroriste reste présente, qu’allez vous faire pour que nous puissions quand même travailler sereinement ?

Avec mes salutations respectueuses,