Pour ne pas être taxé de « simplisme »

Parmi les commentaires reçus pour mon article précédent sur Une solution simple pour mettre fin aux grèves qui nous « ennuient », il en est quelques uns dont j’aimerais vous faire profiter, même s’ils ne se trouvent pas sous l’article… Continuer la lecture de Pour ne pas être taxé de « simplisme »

Une question de point de vue…

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Je veux invoquer aujourd’hui l’article premier de la déclaration universelle des droits de l’homme, pour parler de la manière dont les événements de la nuit du réveillon à Cologne sont aujourd’hui détournés par certains pour en faire un motif de rejet de l’ensemble des réfugiés.

Les agressions sexuelles commises  lors du dernier réveillon à Cologne et dans d’autres villes d’Europe sont inacceptables. Leurs auteurs doivent être poursuivis et punis.

Les autorités ne doivent pas cacher de tels faits, et ils ne doivent en aucun cas protéger leurs auteurs contre les poursuites dont ils feront l’objet.

Mais pour ces faits, comme pour de nombreux autres petits délits, la propension des autorités à organiser leurs statistiques sur la base de la nationalité des auteurs constitue un passage sémantique pervers entre les faits et leur interprétation.

En effet, dès lors que l’on tente de classifier les auteurs de faits (qu’ils soient délictueux ou pas d’ailleurs), ces « classifications » deviennent rapidement ce que Paul Watzlawick appelle de « terribles simplifications ». Il devient tellement simple de décréter que si un grand nombre d’auteurs sont des migrants, cela fait de chaque migrant un dangereux pervers sexuel… Ce serait là oublier que l’on ne peut tirer de conclusions générales de l’analyse de cas particuliers.

Les règles du vivre ensemble sont chez nous établies à travers un processus démocratique auxquels l’ensemble des citoyens contribue. Ces règles s’imposent à quiconque vit ici. Elles doivent également s’apprendre. Cet apprentissage ne saurait être plus automatique pour un homme fuyant des contrées où les règles sont différentes que pour ceux qui résident depuis toujours dans le pays. Leur transgression ne doit pas donner lieu à un traitement de faveur, mais il ne doit pas devenir la justification d’un rejet de masse.

Quitte à me faire mal voir de certains de mes lecteurs habituels, je n’hésiterai pas à dire qu’en effet, beaucoup de ces hommes qui arrivent de Syrie, d’Irak, de Somalie ou d’autres pays où un Islam radical impose sa loi doivent avoir l’impression d’arriver sur Mars lorsqu’ils voient comment nous vivons nos libertés. Certains peuvent être profondément choqués quand ils voient que chez nous une femme ou un homme est (presque) totalement libre de s’habiller, marcher, rire, parler, chanter, danser, … comme elle ou il lui plaît. Cela ne peut impliquer une obligation pour nous de changer notre manière d’être, ni justifier de fausses interprétations de ces libertés par ceux qui y sont confrontés.

Il serait cependant hypocrite de profiter d’incidents impliquant un pourcentage infime des migrants (on parle aujourd’hui d’une trentaine de personnes à Cologne, mettons même une centaine en Allemagne, pour près d’un million de migrants, soit un sur dix mille) pour stigmatiser l’ensemble des néo-arrivants. Sur base d’une telle approche, il faudrait par exemple enfermer à titre préventif tout homme qui se met en ménage (dès lors qu’il est établi qu’au moins une femme sur 10 est victime de violences conjugales).

La condamnation des actes du dernier réveillon à Cologne et ailleurs est totalement légitime. La punition des auteurs doit être ferme et juste. Mais utiliser la grille d’analyse de la migration comme point de vue d’analyse principal est une perversion politique. Si l’on avait pris comme point de vue la situation sociale des agresseurs, on aurait sans doute pu dire qu’il faut désormais se méfier de toute personne en situation précaire. Si l’on avait considéré le niveau scolaire, qui sait à quelle conclusion on serait arrivé ?

La question de l’intégration des migrants au vivre ensemble est d’abord une question qui s’adresse à nos autorités politiques. Lorsqu’ils arrivent chez nous, la plupart des migrants sont désireux de vivre paisiblement et en harmonie avec nous. Tout comme nous ne les connaissons pas (ce pourquoi ils nous font souvent peur), eux non plus ne nous connaissent pas (ce qui leur fait avoir peur de nous). Ce n’est pas en les rejetant dans des centres fermés, en ne leur donnant aucune possibilité de participer à la vie sociale que nous les aiderons à découvrir pour eux-mêmes si nos modes de vie sont compatibles avec leurs attentes. En restant ferme sur le respect de la loi, de l’intégrité et des droits de chacun.

Ceux qui comme certains de nos responsables politiques stigmatisent les étrangers et appellent directement ou indirectement aux pogroms sont tout autant criminels que les migrants qui n’ont pas voulu ou pu comprendre à temps les règles auxquelles ils doivent se soumettre pour vivre en harmonie chez nous. Peut-être le sont-ils même plus, eux qui ont souvent contribué à l’élaboration de règles qu’ils ne respectent pas nécessairement.

Ce ne sont pas les électeurs nationalistes qu’il faut fustiger

Ce sont les candidats dits « démocrates » qui, en s’appropriant les discours de la peur et du rejet se sont montrés incapables de faire une différence pédagogique positive pour une vraie politique du vivre ensemble.

Bien sûr, il existe des différences dans le « profil » socio-éducatif des différents électoraux, de l’extrême gauche à l’extrême droite, mais on trouve des électeurs de tous âges et de toutes origines dans tous les partis. C’est la proposition politique faite par les candidats qui amènera l’électeur à le rejoindre ou pas. Penser que c’est l’électeur qui s’est trompé, c’est se dédouaner un peu trop facilement d’une incapacité maladive à lui « vendre » un choix réellement alternatif.

Les grandes ONG humanitaires et écologiques ont souvent réussi cette transition vers un « marketing » des valeurs. Elles sont capables de mobiliser des moyens humains et financiers auprès des mêmes citoyens qui voteront deux semaines plus tard pour la N-VA ou le FN. Il suffit de voir comment les images de certaines détresses servent à la fois les récoltes de fonds solidaires et les discours de rejet identitaire auprès du même « citoyen lambda ».

A mon avis, l’erreur des politiciens soit-disants « démocrates », de gauche comme de droite, est de tenter l’impossible mélange entre solidarité et sécurité. Vouloir faire croire qu’être solidaire avec des personnes en détresse sans se remettre personnellement en question est possible relève du rêve chimérique. C’est le mythe d’un confort né de l’absence de changement qui doit être éradiqué de la pensée collective. Pourquoi les politiciens ne sont-ils pas capables de vendre aux électeurs un monde de paix, serait-ce au prix de l’acceptation de l’autre, tel qu’il est ?

Les évolutions politiques les plus récentes montrent des victoires du repli sur soi, du Nord au Sud de l’Europe, mais aussi la percée de discours outranciers aux États-Unis. Sans en être un spécialiste de la région, il vaudrait peut-être la peine de s’attarder sur la situation canadienne qui me semble avoir porté au pouvoir un parti et un homme porteur d’une rupture positive par rapport au discours ambiant. Faire campagne sur l’acceptation de 25.000 réfugiés, gagner et mettre en place cet accueil positif, voilà ce que fait Justin Trudeau. Il a un mode de communication avec son électorat qui me semble faire preuve d’une grande franchise, doublée d’un optimisme raisonnable. Même si son discours économique libéral ne me plait pas toujours, même si sa politique de défiscalisation des revenus moyens ne renchérit pas les plus pauvres, je crois qu’il y a de sérieuses leçons à retenir de ce qui se passe là-bas.

Suivre l’évolution de la presse canadienne autour de ce sujet ces dernières semaines est édifiant. Après l’euphorie de la victoire de J. Trudeau sont intervenus les attentats de Paris qui ont provoqué là aussi de vives réactions de peur. Mais le gouvernement canadien est resté ferme, a expliqué sa méthode et sa logique d’intégration. A rappeler que les forces vives du pays attendaient ces réfugiés. Dans une approche proactive, c’est le gouvernement Canadien qui invite des réfugiés à venir sur son territoire, qui affrète des vols depuis Beyrouth ou Ankara, et qui organise l’accueil de 80% des nouveaux arrivants par des « sponsors privés ».

Aujourd’hui à la Chambre des communes, c’est empli de fierté que j’ai annoncé l’arrivée des premiers réfugiés syriens au Canada à la fin de la semaine :

Posté par Justin Trudeau sur mercredi 9 décembre 2015

La question pour moi n’est pas de savoir si le modèle d’accueil canadien est le bon (il est tellement inspiré du modèle néo-libéral que je ne peux que m’en méfier), par contre le modèle pédagogique vis à vis de la population me semble beaucoup plus efficace que celui mis en place à Paris ou à Bruxelles…

Répondre démocratiquement aux violences économiques

Le plaidoyer de Jean-Luc Mélenchon pour expliquer le geste de violence des (futurs ex) salariés d’Air France à l’égard de leur DRH avait emporté une première réaction de ma part en faveur du discours du leader de la Gauche.

Le discours de Xavier Mathieu qui déclare au « Grand Journal » qu’il a été pacifiste toute sa vie. Mais qu’il  n’y croit plus m’a amené à penser à  nouveau cette question.

En quelque sorte, le dilemme qui nous est présenté est le suivant:

  • D’une part, les actionnaires de grandes entreprises, voire d’entreprises nationales ou nationalisées prennent des décisions dont les conséquences sont d’une violence inouïe pour les travailleurs: licenciements massifs, pertes de revenus, destructions de familles, suicides. Ces décisions, économiques ou administratives, sont prises dans le cadre de la stricte légalité, sous le couvert de lois votées par les représentants du peuple.
  • D’un autre côté, la colère que génère ces décisions entraine des femmes et des hommes, encadrés, soutenus par leurs organisations syndicales, à s’en prendre physiquement aux représentants de ces actionnaires, quitte à les séquestrer ou à leur déchirer leurs vêtements. Certains avec humour se contentent de les entarter.
  • La force publique, bras armé d’un pouvoir démocratiquement élu, ne peut qu’agir face à cette violence physique directement observable, utilisée par les médias plus sensibles à leur chiffre d’audience  qu’à leur fonction pédagogique. Elle s’attaque donc aux « déchireurs de chemises » tout en laissant courir les destructeurs de vies.

Nous mêmes, pris dans le tournis des images, des cris et des harangues, nous avons alors tendance à nous positionner non plus face au fait social que constitue la destruction d’emplois au nom de la compétitivité, mais bien face aux images émotionnelles qui font dire que soit c’est un scandale de s’attaquer à un homme et de le « lyncher » publiquement, soit qu’il faut comprendre la violence de ceux à qui l’on a tout enlevé. Mais lorsque Xavier Mathieu nous dit qu’il ne croit plus au pacifisme, il nous entraîne dans une voie sans issue.

En effet, je continue à croire qu’aucun système socio-politique ne peut offrir mieux aujourd’hui qu’un régime basé sur l’écoute et la représentativité de toutes les composantes de la société. Ce que l’on appelle peut-être un peu rapidement la démocratie. C’est pour cette raison que si je me sens, ici en Belgique, de grandes sympathies avec des partis comme le PTB, je ne pourrais leur donner ma voix aussi longtemps qu’il n’auront pas fait un aggiornamento vers le respect total de la légitimité démocratique. Et la proposition de Xavier Mathieu, lorsqu’il dit qu’il faudra désormais compter avec la violence est un constat d’échec de la démocratie dans sa configuration actuelle doublé d’un appel à passer à un régime socio-économique basé sur les rapports de forces et non sur la négociation: l’histoire est malheureusement témoin des drames que de tels régimes ont causé que ce soit ici en Europe, en Chine, en Corée du Nord, en Russie ou dans l’Afrique post-coloniale (et passim…).

Or, qu’est-ce qui cause problème aujourd’hui ? Ce n’est pas tant l’illégitimité des violences physiques à l’égard des êtres humains. Il me semble que tout corpus de règles de vivre ensemble inclus nécessairement le refus de la violence physique comme solution aux conflits. Et cette promulgation de l’illégalité de la violence est d’autant plus importante qu’il reste chez chacun d’entre nous des bribes de réactions émanant de notre cerveau reptilien qui nous poussent vers le combat lorsque nous ressentons la colère…

La question qui pourrait être réglée par un processus démocratique ne serait-elle pas plutôt celle de faire subir effectivement les conséquences de leurs actes aux auteurs de violences administratives et économiques. De reconnaître le lien de causalité entre la décision de licenciement (collectif ou individuel) et ses conséquences non seulement financières, mais également vitales. La colère de Xavier Mathieu, la justification de Mr Mélenchon vient surtout de l’incompréhensible hiatus qui existe entre la pénalisation judiciaire d’un arrachage de chemise et des éventuels coups, blessures et séquestration qui l’ont accompagné (je ne minimise pas le fait, je le qualifie) et la simple obligation de négocier un plan social (donc de trouver une solution financière négociée et donc dépénalisée) pour l’auteur de la violence administrative et économique.

Que se passerait-il si demain, les membres d’un Comité de Direction ou d’un Conseil d’Administration pouvaient se trouver pénalement responsable des conséquences physiques de leurs actes. Si à côté des coups et blessures volontaires ayant entraîné des conséquences définies (invalidité, mort,…) on pouvait qualifier un licenciement décidé et choisi pour des raisons économiques par l’employeur de torture morale pouvant entrainer des conséquences tout aussi définies ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Les membres des comités exécutifs, de direction, des conseils d’administration, savent très bien ce que leurs décisions auront comme conséquences sur le plan humain. Mais l’absence de responsabilité personnelle sur ces conséquences les dédouane de toute réflexion sur l’opportunité sociale de leur décision. Pour l’avoir vécu dans le passé, assis à la table d’un comité de direction (mais sans y avoir voix au chapitre), j’ai vu ces gens décider de licencier quelques centaines de collaborateurs afin de satisfaire les exigences de l’actionnaire. Je les ai vu porter les uns sur les autres des regards graves, montrant combien ils mesuraient cyniquement l’importance de l’enjeu humain, mais prenant la décision qui montrait objectivement combien cet enjeu humain comptait peu face à la volonté de l’actionnaire. Je les ai vu se lancer alors dans le calcul cynique de la solution de licenciement la plus économique. Puis se distribuer le « boulot difficile » comme ils disaient (lisez « annoncer les licenciements individuellement pour éviter la longue et couteuse procédure du licenciement collectif »). Puis établir des tableaux dignes des camps de concentration où l’on allait comparer, semaine après semaine, la bonne « exécution » du plan.

Que se passerait-il si ces dames et ces messieurs devaient intégrer la composante « responsabilité pénale des conséquences morales et physiques » dans chaque licenciement. Aujourd’hui, la décision de licencier un collaborateur pour augmenter le profit de l’actionnaire reçoit un traitement judiciaire ridicule. Que penserait-on du juge qui condamnerait à quelques centaines ou milliers d’euros d’amende le chasseur de prime qui aurait acheté un fusil, se serait entraîné, aurait observé les déplacements de sa victime, puis tiré dans ses jambes « pour lui donner une leçon », mais qui aurait par malheur « dérapé » et occis sa victime ? Or c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui dans le monde de l’entreprise. Un actionnaire vous donne ordre de « liquider sans tuer » quelques centaines de personnes, vous consultez quelques experts, spécialistes, juristes et consultants pour trouver la solution la moins couteuse – en ce compris le coût de devoir se défendre devant un Tribunal du Travail, vous analysez vos listes d’employés pour identifier ceux qui sont le moins susceptibles de vous causer du tort par la suite, puis vous tirez… pas de chance, il y en a un qui se suicide. C’était sans doute sa faute… Aucun espoir d’obtenir une décision de nature pénale pour un tel crime (ce n’est pas un crime, pas même une infraction… c’est un grand malheur).

Changez cette donne. Pénalisez les conséquences humaines des décisions économiques et financières. Montrez effectivement que ces crimes quotidiens, bien plus meurtriers et nombreux que les faits divers qui font la première page de sudPresse, sont punis sévèrement, pour le crime qu’ils représentent. Vous verrez alors l’attitude de ces soit-disants décideurs changer.

La réponse à la violence des actionnaires et des conseils d’administration, ce n’est pas la violence contre les biens et les personnes, c’est la re-qualification juste de la violence des actionnaires et des hommes qui les représentent. Une qualification de correctionnalisation et non de droit du travail. Un tel travail peut s’accomplir dans un cadre démocratique. Il ne serait sans doute pas sans conséquence, et l’on ne doit certainement pas compter sur un exécutif comme celui qui nous « exécute » aujourd’hui pour lancer un tel chantier. Mais ce serait là une approche enfin différente de la lutte sociale. Autre chose que les sempiternelles jérémiades autour des ajustements salariaux, allongement de la vie professionnelle, (non) indexation et service minimum… Un rafraichissement de notre démocratie qui permette à chacun de se sentir protégé contre l’arbitraire des organisations alors qu’il ne l’est souvent aujourd’hui que contre celui des individus.

Le silence des moutons…

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Hier, 23.000 personnes se sont mobilisées pour dire leur indignation face à l’indifférence. Elles sont venues alors qu’aucun grand média n’avait même parlé de cette manifestation. Elles sont venues malgré le silence honteux des politiciens mais aussi des syndicats.

Elles sont venues dans l’indignation, mais dans la dignité.

Et après ? Ce matin, forcés par l’importance de la foule qui s’est spontanément rassemblée hier, les médias tentent de rattraper la sauce. Mais toujours aucune déclaration d’un homme politique. Que du contraire, c’est d’aller porter le feu en Syrie que nous parle Monsieur Lutgen. C’est vrai qu’aller bombarder la Syrie, quelles que soient les cibles visées, cela fait vendre des armes. Mais que cela va mettre encore plus de réfugiés sur les routes, personne ne semble l’envisager.

Ah si, j’oublie ! Monsieur le Secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations (SEAM, ça fait un peu DAESH, non ?) prend ses responsabilités et lance une campagne Facebook pour dire aux Irakiens qu’ils vont se faire jeter s’ils viennent en Belgique… Je ne sais s’il faut rire ou pleurer d’une telle ignorance. Bien sur, avec ça campagne « timeline », notre Théo national(iste) va faire fuir tous les Bagdadis … ben où, au fait ? Au Liechtenstein, à Andorre, à Monaco ? Tout le monde le sait, à Bagdag la pression est maximale sur les passeurs: « Nous voulons tous aller à Bruxelles ! We want to go to Brussels ! » et surtout « We willen allemaal naar Brussel, waar vluchtelingen thuis voelen ! »

Dans l’actualité du jour, tant qu’on y est, il y a le cri de victoire de Francken : « le nombre de demandeurs d’asile à diminué cette semaine ». Que les déplacements de masse sur de grandes distances se font plutôt à la belle saison qu’en automne et en hiver, il n’y avait pas songé ? Ou pire, il y a tellement bien songé que sa campagne Facebook va faire un « tabac » en termes de résultats: l’hiver est là et les réfugiés Irakiens vont sans doute se mettre en attente de la grande traversée à l’intérieur de leur propre frontière ou en Turquie, jusqu’à ce que les temps soient plus cléments, et au printemps prochain, quand les chiffres recommenceront à grimper, que nous dira Théo ?

Bon, j’en étais où, moi ? Ah oui, les politiciens qui ne pipent pas mot du mouvement citoyen… Je crains que la stratégie soit de « laisser pisser le mouton » en faisant le moins de commentaires possibles. Dans quelques semaines, le flux sera résorbé, les « citoyens » seront préoccupés par le froid qui frappe les SDF (les « nôtres » comme les « zôtres », mais une fois couchés dans l’encoignure d’une porte ils ont tous la même couleur et la même odeur). Le sujet d’indignation saisonnier, lui aussi aura changé. Et eux auront survécu à leur propre indignité une année de plus. C’est un pari risqué. Il me rappelle l’âne de Buridan, la célèbre fable de Daudet…

Un défi, plus qu’une victoire

Une collègue de travail a placé ce soir sur les réseaux sociaux un poème déjà entendu à de multiples reprises. Comme je la suspecte peu d’activisme politique, il s’agissait sans doute d’une bienveillance remplie d’innocence.

– « C’est risqué », dit l’expérience
-« C’est sans issue » ,dit la raison.
– « C’est impossible », dit la fierté.
– Mais « Essayons » murmure le Coeur …

Il me semble que c’est un peu la sensation qui m’envahit en voyant s’afficher les résultats qui nous arrivent d’Athènes ce soir.

Je n’ai pas caché ma sympathie pour le « non ». Je n’ai pourtant aucune envie d’entamer une danse de victoire, ou de chanter quelque chant que ce soit, ici ou place Syntagma.

Y aura-t-il un « avant » et un « après » 5 juillet 2015 pour l’Union Européenne ? Verra-t-on enfin les préoccupations sociales occuper enfin le devant de la scène ?

Une chose me frappait dans une discussion tenue ce soir avec un de mes contradicteurs (au sens premier de participant à une discussion) préférés, chose que  je n’avais pas encore vraiment mis dans la balance de mes réflexions: comment les roumains, les bulgares et tous les autres peuples européens vivant dans une extrême précarité dans notre Europe de l’argent pourraient-ils accepter un accord qui libère la Grèce de son endettement sans leur permettre à eux aussi de bénéficier d’un traitement de faveur?

Le résultat du référendum ne marque pas une « victoire » de la Grèce contre l’Europe. Il comporte cependant une dose non négligeable de nationalisme. Le dernier discours d’Alexis Tsipras allait clairement dans ce sens. Ce résultat, il marque en quelque sorte le moment où la boule de neige « prend » et passe de l’agrégat de flocons à la fusion glacée. Elle est au sommet d’une pente qui part dans de nombreuses directions, et nul de peut dire où elle roulera, et ce qu’elle emportera sur son passage.

Ce qui est donc intéressant pour moi, ce n’est pas tant le fait que le résultat soit un « oui » ou un « non », mais bien que, face à un conflit d’intérêt majeur au sein de l’union européenne, portant sur des questions de priorités politiques, un gouvernement a pu invoquer une « clause de conscience » en s’en référant à son peuple. La question n’était pas tant de savoir si les grecs allaient être pour le oui ou le non, mais bien de savoir s’ils suivraient leur premier ministre dans cet appel à la clause de conscience. Le résultat semble très clair sur ce point.

Nous allons donc observer comment l’écosystème européen va maintenant devoir s’adapter à cette nouvelle situation. Rejet ou adaptation intégrative ? Ce sera bien entendu tout l’intérêt de ce qui va suivre. Car, comme j’aime à le répéter si souvent en citant T.S. Elliot,

Nous ne cesserons point nos investigations
Et le terme de notre quête
Sera d’arriver là d’où nous étions partis
Et d’en savoir le lieu pour la première fois…

La déclaration de Jan Jambon que les médias n’analysent pas assez

J’ai déjà parlé de ce point dans un post précédent. Il y a une déclaration de Jan Jambon qui me paraît plus grave que toute autre dans la bouche d’un ministre de l’intérieur, c’est cette intention exprimée d’utiliser les outils à sa disposition pour empêcher notre système démocratique de fonctionner normalement. Comment la presse ne se saisit-elle pas de tels propos pour interpeller le personnel politique ?

Petit rappel: lorsque le 12 ou le 13 octobre, il parle de la philosophie qui a prévalu dans la construction de l’accord de gouvernement « N-VA-CD&V-Libéraux », Jan Jambon déclare explicitement ceci:

« Notre crainte, c’est que le PS revienne à la prochaine législature et détricote toutes les réformes que nous aurons entreprises. C’est pour cela que nous voulons un changement des institutions : pour sécuriser les réformes socio-économiques, juridiques, sur l’asile et l’immigration, etc »

Et clairement, les mesures qui sont déjà annoncées par ce gouvernement démontrent une volonté d’avancer dans cette direction:

  • participation de l’armée aux forces de maintien de l’ordre
  • répression des plaintes « manifestement injustifiées » à l’égard de policiers
  • modification du code électoral (suppression de l’effet dévolutif de la case de tête)
  • augmentation du nombre de caméras de surveillance
  • utilisation de l’argument de lutte contre le terrorisme pour surveiller de plus près tout qui serait considéré comme « subversif ».

pour ne citer que quelques unes des mesures liberticides qui nous attendent.

Vouloir changer les institutions pour éviter qu’un parti – pourtant légitime et respectueux de la démocratie – ne puisse plus accéder au pouvoir, c’est vouloir museler la démocratie non pas pour la protéger, mais bien pour la détruire.

Mettre aux commandes du ministère de l’Intérieur un homme qui a démontré par ses paroles et par ses actes qu’il ne fait que peu de cas des valeurs démocratiques, c’est tendre au parti liberticide le bâton pour nous battre.

Je lis sur de nombreux forums de discussion qu’il faut laisser à ce gouvernement le temps de mettre en place ses réformes socio-économiques pour voir si elles fonctionneront. Et s’il s’agissait d’un gouvernement de centre droit qui voulait mettre en place de telles politiques, sans ambitions cachées, je serais tenter de dire en effet: voyons un peu quels effets ces mesures vont avoir, et maintenons le cadre démocratique.

Mais ici, les réformes socio-économiques sont mise en place pour renforcer aux yeux de l’opinion politique flamande la perception d’une Wallonie qui ne veut pas travailler, et obtenir ainsi l’indépendance à laquelle semble tellement aspirer la N-VA et le VB. Le scénario est machiavélique:

  • la N-VA participe à un gouvernement en s’engageant à ne pas « faire de communautaire » et de fait, la déclaration gouvernementale ne comporte formellement aucun élément en ce sens: la N-VA est donc fréquentable…
  • le personnage clé de la N-VA, pourtant premier parti au gouvernement, ne prend pas le poste de premier ministre qui lui revient de droit. Au contraire, il s’installe au balcon de l’Hôtel de Ville d’Anvers (ou pire sur la place Tien An Men) pour observer « les foutaises » que les wallons ne manqueront pas de lancer…
  • le MR, aveuglé par cette étrange opportunité de pouvoir gouverner sans devoir se coaliser dans sa communauté, doit donc faire toutes ses concessions en termes d’influences communautaires et fédérales. Résultat: il hérite de la diplomatie, sans obtenir aucun ministère régalien. Il sera donc celui qui n’a rien à dire ni dans le domaine économique, ni dans le domaine social, ni dans celui de la sécurité, ni dans celui de la justice, mais qui devra affronter les instances internationales pour défendre les actions du gouvernement…
  • la N-VA, nouveau et inexpérimenté sur la place fédérale, y envoie ses cadors. Et là, il apparaît immanquablement que ceux-ci sont loin d’être des anges en terme de valeurs démocratiques: liens marqués avec l’extrême droite, amitiés collaboratives, comportements publics appelant ouvertement à la désobéissance civile, propos racistes et homophobes, nous en passons et des meilleures… Et lorsque des dérapages surviennent, comme ils n’ont pas (ou ne veulent pas avoir) de personnel de rechange au niveau approprié, ils arrivent à forcer leurs « partenaires » à se transformer en sous-fifres. « Attention dit Charles Michel le 14 octobre, si ça se reproduit [les scandales autour de Théo Francken], je vais me fâcher tout rouge, c’est inadmissible ». Et quand le 15 octobre, on apprend que l’on était loin de tout savoir sur le comportement homophobe et xénophobe du bonhomme… on se contente de fausses excuses
  • Le MR va être mis sous une pression énorme dans les prochains mois. Les syndicats vont occuper la rue. Les grèves vont se succéder, les bus et les trains ne circuleront pas, la poste ne distribuera plus le courrier… soit le MR tiendra le cap, soit il ne le tiendra pas.
  • Si le MR tient le cap, il ne pourra le faire qu’en faisant de plus en plus de concessions à ses partenaires. L’argument selon lequel il faut aussi obtenir « quelque chose » pour les wallons et les bruxellois risque de motiver la N-VA tout autant qu’un steak végétarien peut faire bouger un chacal. La Wallonie et Bruxelles souffriront tant et tant qu’en 2019, le désir de se séparer du reste du pays risque d’être aussi élevé, voir plus fort, au Sud qu’au Nord.
  • Si le MR ne tient pas le cap, la N-VA pourra crier à la démonstration absolue que « décidément ce pays ne peut plus fonctionner sous les diktats en formes de foutaises wallonnes et bruxelloises », renforçant encore sa position en Flandre et aggravant en tout état de cause le fossé entre Flandre, Bruxelles et la Wallonie.

Le résultat de cette analyse, c’est que d’une manière ou d’une autre, la 7ème réforme de l’état est en train de se dérouler sous nos yeux. Sans révision de la constitution, sans avoir l’air d’y toucher, et en reportant toute la responsabilité de la rupture finale sur les wallons et les bruxellois. Et c’est très clairement en renonçant à ses promesses de ne jamais gouverner avec la N-VA, pour assouvir une petite vengeance de court terme (son éviction des exécutifs régionaux et communautaires) que le MR a précipité cette situation.

Mais le MR est-il seul responsable du côté francophone ? Même s’il lui revenait de faire preuve de courage politique, il n’a sans doute pas reçu du PS et du CdH suffisamment de signaux d’encouragement pour s’engager sur une autre voie. Car les majorités alternatives existaient. Il y avait moyen, une fois encore, de se passer de la N-VA. Il y avait sans doute moyen aussi d’envisager non pas un enterrement de première classe pour notre démocratie, mais bien un sursaut des valeurs.

Il devait bien y avoir moyen quelque part, de redonner de vrais accents sociaux à une politique gouvernementale. De se décider à regarder par exemple pour une fois autrement notre politique migratoire. De se baser non plus sur les réflexes populistes du repli sur soi, mais sur les données plus rationnelles des grands centres de recherches (de droite, de gauche ou d’ailleurs) qui tendent toutes à prouver qu’une politique d’ouverture aux migrations permet une relance de l’économie, une augmentation des revenus de tous, une baisse du chômage.

Il apparaît cependant que tous les partis sont aujourd’hui concentrés sur l’activation d’émotions immédiates chez l’électeur. Alors même qu’un gouvernement qui se voudrait réellement de progrès social disposerait de cinq longues années pour éduquer et informer tout en agissant, ni les uns, ni les autres n’ont fait les démarches nécessaires.

Je ne renvoie pas dos à dos MR, PS et CdH. Je condamne sévèrement (mais ils s’en fichent comme un poisson d’une pomme) le MR de cautionner ce qui nous attend. Je crois cependant que tant le PS que le CdH (et dans une certaine mesure Ecolo-Groen et le FDF, ne peuvent se dédouaner de n’avoir pas fait assez d’effort pour offrir une véritable alternative à ce qui nous arrive aujourd’hui.

Lorsque dans ma classe ou dans les couloirs de mon école j’entends des propos parfois moins haineux que ceux qui ont été échangés ces derniers mois entre femmes et hommes politiques de ce pays, j’interviens pour redire ce qui me semble le bon sens: la haine n’amènera jamais des voisins forcés à vivre à côté l’un de l’autre à le faire mieux. Je trouve regrettable qu’ils puissent me répondre aujourd’hui en me disant que si ceux qui nous gouvernent se le permettent, pourquoi ne se le permettraient pas eux-mêmes.

Il nous manque une banque…

Tout qui a eut affaire aux banques sait combien ces institutions traitent généralement avec arrogance les quidams qui n’ont pas de fortune à leur confier. Les banques généralistes participent allègrement à la fois au manque de financement de projets porteurs d’avenir, tout en finançant la surconsommation de biens généralement produits dans des conditions inacceptables et en créant chez leurs clients les conditions de l’entrée dans le surendettement.

Lorsqu’elles ont été confrontées aux conséquences de leur inconséquence, les banques se sont retournées vers les Etats qui, par peur d’une sois-disant faillite (dont on ne sait toujours pas ce qu’en auraient été les conséquences réelles), ont généreusement ouvert leurs bourses (financées par ceux-là même auxquelles les banques refusent le moindre prêt ou la moindre rémunération décente de l’épargne). Et dès lors qu’elles ont retrouvé un peu de couleurs… leur management retombe dans les mêmes errances de rémunérations démesurées tout en soutenant toujours aussi peu le développement économique durable.

Si par malheur (pour elles) un mouvement citoyen se forme et tente d’apporter une réponse alternative, sous la forme d’une banque durable, citoyenne, créée et contrôlée par ceux qui bénéficient de ses services, un vrai mouvement de panique s’installe. Car c’est vrai, la presse en parle, les gens en parlent… cela pourrait peut-être se faire. Ce monstre finit par avoir un nom, et par rassembler peu à peu de l’argent. Suffisamment que pour pouvoir rêver de passer le cap.

Ce serait oublier que le secteur bancaire est de facto autorégulé. La création d’une nouvelle banque, ça ne se fait qu’avec l’accord de l’organe de contrôle des banques, lui-même contrôlé par la Banque Nationale, elle même dirigée principalement par une clique de banquiers… Alors le premier d’entre eux, Luc Coene, le Gouverneur de la BNB, ne disposant d’aucun argument matériel pour arrêter le mouvement citoyen, use de l’argument d’autorité. « Il y a déjà trop de banques ». Voilà un excellent argument ! C’est justement cette banque là, la banque de trop. Ce n’est pas le CréditCommunalDexiaBelfius qui a plombé le budget de nos concitoyens et de nos collectivités pour les 20 prochaines années, ce n’est pas la SociétéGénéraleFortisBNPParibas qui a démantelé des milliers d’emplois, ce n’est pas CitiBeoBank qui a entubé jusqu’à un ex-premier ministre avec ses propositions mensongères de placement sans risque qui se cassent la figure au premier virage… La « Banque de Trop », ce doit surement être New-B, cette banque que des citoyens veulent créer de leurs propres deniers, dont ils veulent confier la gestion à des associations impliquées dans les projets responsables et durables, qui risque de ne pas danser sur la musique de Mr Coene…

Alors il faut réagir !

Il  nous manque une banque, il nous manque New-B et il faut que cela se sache.

La pétition c’est ici

Le thunderclap c’est 

On compte sur vous pour clouer le bec à Mr Coene et contribuer à la naissance d’une banque vraiment au service des citoyens.