Il faut protéger les banques !

Le « Comité de Bâle » qui regroupe les régulateurs du secteur financier dans le monde, veut la fin des prêts hypothécaires à taux fixes. C’est une nouvelle relayée entre autre par le journal Le Soir de ce matin (je ne me lasse pas de cette absurdité sémantique). Et cela principalement pour protéger les banques. Continuer la lecture de Il faut protéger les banques !

Votre « Soir », vous le prenez en Delvaux ou avec du Bouillon ?

Notre grand quotidien national vit certainement au rythme de débats internes intenses. Du moins je l’espère. Car au vu de deux des éditoriaux de ce samedi on peut y trouver tout et son contraire. Heureusement dirais-je, car je ne cacherai pas que la soumission des éditoriaux de Béatrice Delvaux au discours néo-libéral a bien besoin de l’analyse historique de Pierre Bouillon pour garder un minimum de sérieux au débat. Continuer la lecture de Votre « Soir », vous le prenez en Delvaux ou avec du Bouillon ?

La mémoire courte de Bart De Wever…

Sur VTM, mardi soir, Bart De Wever s’est offusqué en long et en large de la « pendaison » à Mons d’une poupée sensée représenter Charles Michel.


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Les relais populistes du gouvernement ne se privent pas se lancer dans des diatribes émotionnelles sur le thème des enfants de notre Premier Ministre qui seraient tellement traumatisés de voir leur papa ainsi virtuellement condamné.

Trois choses:

  1. Je ne suis favorable à aucune forme de violence envers les personnes, quelles qu’elles soient, et je n’éprouve aucune sympathie pour l’action menée par les syndicalistes montois;
  2. Je rappelle à Monsieur Michel que personne ne l’obligeait à occuper une fonction aussi publique que celle de Premier Ministre – en fait, 80% de la population de la Communauté dont il est issu ne voulait pas de lui. Etre au premier rang en politique entraîne des risques, il faut pouvoir les assumer. Se faire conspuer en fait partie;
  3. Que Monsieur Michel soit attristé de son sort est légitime. Mais que Monsieur De Wever oublie qu’en septembre 2011 son ami Ben Weyts a organisé avec la N-VA au marché annuel de Beersel un stand de « jeu de massacre » pour les enfants où ceux-ci étaient invités à viser le mieux possible des effigies d’Elio Di Rupo qui était alors formateur. Je répète: un jeu organisé pour les enfants dont l’objectif était de massacrer la figure d’Elio Di Rupo… Commentaire de Ben Weyts ? « Ach, het is een spelletje met een knipoog, helemaal geen provocatie » (Allons… ce n’est qu’un petit jeu avec un clin d’oeuil, absolument pas une provocation). On peut retrouver la relation de cela dans l’article de la Gazet Van Antwerpen du 19 septembre 2011.

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Je suis un enseignant. Je mesure pleinement la portée d’un acte aussi symbolique sur la psychologie des enfants auxquels on apprend qu’il est normal d’utiliser une figure politique pour l’abattre et la massacrer. Eduquer à la violence et au mépris de l’autre une génération n’est pas risible, beaucoup moins que de laisser quelques travailleurs en colère brûler l’effigie de celui grâce à qui de nombreux enfants de Wallonie et de Bruxelles s’entendent dire par leurs parents qu’ils ne partiront pas en vacances cette année, parce que le risque de perdre un emploi est devenu une réalité, parce que les revenus sont trop bas, parce qu’ils ont rejoint la horde des 20% de gens qui désormais vivent en Belgique sous le seuil de pauvreté…

Une solution simple pour mettre fin aux grèves qui nous « ennuient »

Le ‘Union bashing » bat son plein en Belgique. Alimenté par des médias qui préfèrent insister sur les inconvénients temporaires pour les usagers des transports en commun (et qui sait bientôt les clients de certains biens et services ?) que sur les raisons de la colère des travailleurs, les réseaux sociaux se lâchent: des manifestants qui brûlent des palettes sont comparés à des vacanciers autour d’un feu de camp, ceux qui après la manifestation vont boire ensemble un verre sont condamnés pour paresse, les étudiants qui ne peuvent se déplacer pour leurs examens hurlent à la « prise d’otage ».

Ce que tout le monde oublie, c’est que ces grévistes sont les premiers à payer, au prix de leur salaire, les mouvements auxquels ils participent. Ce que les pleurnicheurs des réseaux passent au blanc, c’est que c’est leurs pensions, leurs salaires, leur sécurité sociale, leur sécurité que défendent ces grévistes.

Qui nous avait dit que nous aurions 100 euros de plus en poche dans notre salaire, tout en nous cachant qu’il nous en retirerait 150 via des hausses d’accises et de TVA ? Les syndicats ?

Qui veut nous forcer à travailler 45 heures par semaine dans un système qui réduira de plus de moitié les compensations pour les heures supplémentaires ? Les syndicats ?

Qui veut nous amener à travailler jusque 67 ans pour pouvoir payer deux ans de pension en moins à chaque Belge ? Les syndicats ?

Qui réduit le séjour à l’hôpital des jeunes accouchées et augmente ainsi les risques de maltraitances d’enfants (par manque d’accompagnement à la naissance) et de mortalité péri-natale ? Les syndicats ?

Qui décide que « puisque la Flandre est servie », il est inutile de continuer à construire un RER entre Bruxelles et la Wallonie ? Les syndicats ?

Oui les grèves créent des difficultés pour chacun d’entre nous. Ces difficultés sont là pour nous faire réfléchir, pas pour nous laisser emporter par les propos populistes de journalistes qui ont depuis longtemps rangé leur déontologie au placard – parce que eux aussi sont en danger de perdre leur boulot !

Aujourd’hui, il y a ceux qui choisissent de baisser la tête et d’accepter chaque jour de nouvelles humiliations, avalant les pilules de la crise au nom d’une austérité soit-disant rédemptrice. Ceux là refusent de voir que depuis 30 ans, plus d’austérité ne nous a amené que plus d’inégalités.

Et puis il y a ceux qui refusent cette fatalité, qui ne voient d’autres moyens de se battre que la grève et les mouvements sociaux. Ceux là paient de leurs personnes en acceptant des pertes de revenus au  nom de lendemains meilleurs. Dans le froid, au coeur de la bataille, ils allument un feu qui rassemble et qui réchauffe. Après le combat, entre amis partageant la même lutte, ils vont ensemble refaire la bataille autour d’un verre. Ils ne prennent personne en otage. Ni les prisonniers dont les conditions de vie étaient indigne d’êtres humains bien avant la grève des gardiens, ni les étudiants qui sont mis en concurrence pour des jobs de plus en plus précaires et de moins en moins payés, ni les « travailleurs » dont les conditions quotidiennes de travail se dégradent aussi lentement que l’eau dans laquelle la grenouille se laisse cuire chauffe…

Les preneurs d’otages siègent rue de la Loi. Ils ne bougent pas le moindre petit doigt pour améliorer les choses. N’ont qu’un seul mot à la bouche: austérité.

Les actions syndicales actuelles sont-elles justes ?

Le débat sur les principales luttes syndicales en cours (gardiens de prison, cheminots, IRW-FGTB, etc…) se porte de plus en plus sur cette question de « prise en otage » de la population par ceux qui tentent de faire entendre leur voix.

Le gouvernement, en insistant sur le caractère « incontrôlé » de certaines actions, tente de révolter les usagers des transports, les familles des détenus, contre ceux qui ont choisi d’abandonner leurs salaires pour obtenir qui de meilleures conditions de vie pour les gens dont ils ont la garde (c’est bien de cela qu’il s’agit dans les prisons), qui le maintien d’acquis sociaux négociés dans un « package » que l’on tente de rendre impopulaire dans son détricotage (c’est bien ce que font les médias à la solde de la N-VA quand ils isolent la question des jours de récupération forfaitaires de la SNCB et les transforment en « jours de récupération pour des jours non prestés »).

Ce que l’on observe aussi aujourd’hui, c’est cette rupture communautaire entre représentations des travailleurs au Nord et au Sud du pays. Ces divergences viennent compléter la longue liste des différences qui se font chaque jour un peu plus forte entre nos deux communautés. On peut être nostalgique de la Belgique de papa, il faut bien constater qu’aujourd’hui même les organisations syndicales n’arrivent plus à parler de la même voix. La question n’est pas de savoir si cela est grave ou pas. Cela est.

Dans de telles conditions, ce que Monsieur Michel et ses amis flamands devraient accepter, c’est qu’en effet, ce gouvernement fédéral n’est plus légitime dans une grande partie du pays. Qu’il est parfaitement anormal que d’une part toutes les fonctions régaliennes soient confiées à des ministres flamands (et en particulier nationalistes flamands) et que les ministres fédéraux francophones brillent principalement par leur absence ou leur incapacité à gérer leur portefeuille.

Dans ces conditions où le pouvoir exécutif d’un pays tri-communautaire est confié en exclusivité à l’une des communautés, il me semble normal que toutes les forces vives des autres communautés se mettent en branle pour défendre leurs intérêts.

Peut-être les flamands sont-ils d’accord pour travailler jusque 67 ans, plus de 40 heures par semaine, avec moins de compensations pour les heures supplémentaires, pour un salaire qui ne sera pas indexé, avec une TVA en hausse sur les biens les plus essentiels comme le gaz, et en perdant un nombre considérable de libertés fondamentales au nom d’une sécurité qui de toutes manières n’est pas assurée…

Peut-être les flamands considèrent-ils qu’il est plus intelligent de libérer (pardon, de mettre en congé pénitenciaire à durée indéterminée) des centaines de prisonniers non en raison de leur ré-insertion future dans la société, mais simplement pour tuer un mouvement social.

Peut-être les flamands trouvent-ils juste que le ministre de la Justice change les règles de la rémunération de ses agents en grève afin de les condamner eux aussi à crever de faim plus vite.

Peut-être la Flandre se réjouit-elle de voir enfin la Belgique, cette construction surréaliste, s’effondrer enfin.

Mais alors, si ce ne sont plus que les 20 représentants du MR qui, au gouvernement fédéral, représentent tout le sud du pays, alors que celui-ci manifeste massivement son opposition, alors ce gouvernement n’est plus légitime, et les mouvements sociaux qui ont pris pour objectif de le faire tomber n’ont pas tort.

Il ne s’agit pas ici de prôner une quelconque action violente. Mais bien de mettre en place tous les outils d’une forme de résistance qui puisse amener ce gouvernement à déposer les armes.

Certains diront que dans le contexte – en particulier européen – dans lequel nous vivons, il n’y a pas d’alternative à l’austérité. Je répondrai comme de plus en plus de concitoyens le disent, que l’austérité prouve son inefficacité depuis près de 30 ans. J’ai l’impression de n’avoir jamais entendu d’autre mot que celui-là dans la bouche des politiciens depuis que je suis à même d’écouter, de voir ou de lire des informations. Et à chaque cycle, j’apprends que pendant que les plus pauvres s’enfoncent dans la crise, les plus riches s’enrichissent. Où que se porte le regard, c’est une bipolarisation croissante de nos sociétés. Dans un monde qui exige de chacun qu’il consomme pour exister, l’accès à la consommation devient de plus en plus précaire. La lutte pour l’existence, d’abord à travers les tentatives de continuer à consommer, ensuite lorsque les réserves sont épuisées, pour continuer simplement à survivre devient le quotidien de près d’un quart de notre population.

D’une manière ou d’une autre, il y a un « tipping point » qui risque de se dessiner à l’horizon. Un de ces points critiques où « la coupe pleine » déborde. Monsieur Michel et son gouvernement veulent nous faire croire que le terrorisme continue à nous menacer, mais il est le premier complice de tous les terroristes, religieux, financiers, racistes, communautaristes qui détruisent d’une manière ou d’une autre notre tissu social, s’acharnent sur les solidarités, dissèquent les droits de l’homme pour satisfaire leur plaisir d’être au pouvoir.

Alors oui, même si je dois me déplacer à pied ou à vélo pour continuer d’enseigner, même si les jours de grève me couteront quelques dizaines d’euros de salaire, même si je râlerai bien entendu de parfois perdre ma liberté de circuler en raison de l’un ou l’autre blocage, même si certains services ne me sont plus rendus et que cela est ennuyeux, je crois qu’il n’existe malheureusement plus d’autre moyen de lutter pour le retour à une démocratie normale dans notre pays que de laisser s’exprimer la colère du peuple à travers des organisations qui restent des acteurs institutionnels de notre démocratie, et leurs moyens légitimes d’action: les syndicats et les grèves.

« Ca » n’arrivera jamais… ou comment clôturer en beauté 2015 !

Voilà, c’est fait. Quand il y a trente ans toute l’Europe regardait goguenarde un vieux déjà gâteux invoquer Jeanne d’Arc en réclamant « La France aux français », l’immense majorité d’entre nous pensait à un épiphénomène qui s’éteindrait étouffé par sa propre vacuité ou son ridicule.

Et nous voici, ce lendemain de St Nicolas, improbables Bruxellois, coincés au milieu d’un territoire contrôlé par des nationalistes eux-mêmes otages d’une des extrêmes-droites les plus agressive d’Europe, et à 100 km d’un nouveau territoire soumis aux chemises brunes de la famille Le Pen.

Est-ce donc ici que nous ont amené septante années de paix gagnées par une coalition qui l’espace d’une guerre avait fait passer au second rang les formes les plus caricaturales du libéralisme et du socialisme pour vaincre ce que l’on appelait alors la bête immonde ?  Combien de familles déchirées, amputées pour cela ? Et aujourd’hui leurs enfants et les générations qui les suivent semblent avoir tout oublié. Faut-il avoir été marqué personnellement au fer rouge pour craindre le feu ? Voir les souffrances, les blessures de nos mères et de nos pères ne nous aura donc pas suffit.

Je ne sais quel sera l’événement retenu par les historiens lorsqu’il s’agira de définir le jour où l’Europe bascula à  nouveau dans l’obscurantisme. Il ne sera cependant pas loin de l’année 2015. Une année pendant laquelle ceux à qui nous avions confié le sort de l’Europe ont choisi de céder à  la peur et à la confrontation. Une année pendant laquelle cinq à six millions de réfugiés se sont retrouvés sur les routes du monde à fuir les meurtres, les viols, les mutilations et les catastrophes naturelles. Une année pendant laquelle l’Europe a vendu plus d’armes aux pays du tiers monde qu’il n’en faut pour détruire la planète. Une année pendant laquelle les banquiers du monde, ressuscités de la crise qui les avait mis au tapis il y a sept ans auront refusé d’aider ceux-là même qui les avaient nourris quand ils mourraient de faim. Une année pendant laquelle chaque jour qui passait aura vu des milliers d’êtres humains mourir soit de faim, soit sous la torture, soit sous les bombes financées par nos achats de pétrole, d’essence et de gaz. Une année pendant laquelle nous aurons continué d’acheter des T-shirts fabriqués avec la sueur d’enfants esclaves bien loin d’ici. Une année qui se terminera avec un arbre de Noël dont l’ombre couvrira des « objets connectés » fabriqués en Chine, en Inde ou en Corée, par des armées de travailleurs sous-payés. Une année pendant laquelle rien qu’en Belgique 600 personnes seront mortes sur les routes, la plupart fauchées par des conducteurs en excès de vitesse, d’alcool, ou des deux. Une année pendant laquelle comme toutes les précédentes, ce seront les crimes commis à l’intérieur même des familles qui auront fait le plus grand nombre de victimes.

Et pourtant, que retiendrons-nous de cette année ? Qu’est-ce qui va occuper la une des rétrospectives qui vont se succéder dans les prochains jours dans nos journaux et sur nos écrans ? La mort des journalistes de Charlie Hebdo, celle des 130 victimes du 13 novembre à Paris, celles du Musée Juif de Bruxelles. Et surtout la peur, cette peur que nos dirigeants incapables de nous faire aimer la paix ont choisi de distiller en nous pour assoir leur emprise. Cette peur qui nous fait accepter l’amputation systématique de nos libertés. Cette peur qui justifie de jeter dans nos rues des gamins en treillis militaire. Cette peur qui fait prendre à un Premier Ministre des airs de matamore à la proue d’un bateau parti faire une guerre impossible à un ennemi insaisissable.

Cette peur qui fait enfin que de Copenhague à Séville, une tâche brune s’étend de plus en plus sur l’Europe, que là où l’on voyait des foyers de résistance, ceux-ci se retrouvent bien vite éteints par de nouvelles peurs. Et l’incontestable victoire du Front National en France ce dimanche, couplée au manque d’intérêt évident de la population pour la chose politique (il suffit de voir le taux d’abstention de ces élections régionales pour s’en convaincre), nous montre l’ampleur de l’échec éducatif auquel nous sommes confrontés.

Je veux en effet parler d’échec éducatif, et donner à cet échec une dimension collective. Il serait trop facile de dire « c’est la faute aux politiciens ». Nous avons encore la chance – pour combien de temps encore ? – d’avoir à la tête de nos pays des femmes et des hommes choisis par l’ensemble de leurs populations. Que cela nous plaise ou pas, les femmes et les hommes qui nous gouvernent sont le reflet de ceux qui les ont élus. Prenons nos responsabilités collectives. Nous avons élu des représentants soumis aux injonctions des milieux nationalistes, économiques, financiers, sociaux et/ou sociétaux. Parmi ceux-ci, ce sont les représentants nationalistes, qui se nourrissent des peurs de l’autre qui ont aujourd’hui la cote et qui nous dirigent. Comme les leaders de mouvements sociaux (comme les syndicats) ou sociétaux (comme les écologistes) sont généralement centrés sur la défense des droits des êtres humains dans une approche internationale ou universelle, leurs intérêts sont rarement communs à ceux des nationalistes, centrés sur des politiques de soit disant identité culturelle. C’est ainsi laisser le chemin libre à une alliance entre nationalisme et libéralisme économique et financier. Car ce qui intéresse au plus haut point l’actionnariat des firmes transnationales, c’est la maximisation de ses profits. Et celle-ci se trouve finalement facilitée (du moins à court terme) par une forte liberté de circulation des biens, combinées à une faible liberté de circulation des personnes. Seule cette combinaison permet en effet de faire produire par des enfants esclaves les T-shirts ou les iPhones qui seront ensuite achetés par les consommateurs plus nantis.

Nous voici donc avec cette situation que doit craindre tout système un tant soit peu démocratique: élire des représentants dont les intérêts sont en conflit avec ceux du système. Et ce qui est prévisible se passe:

  1. Créer un sentiment de peur qui fasse se « resserrer » la population derrière ceux qui la gouvernent.
  2. Identifier un ennemi aussi différent que possible du « coeur de cible » électoral, et de préférence incapable (au sens juridique du terme) de se défendre: quoi de mieux aujourd’hui que d’hypothétiques barbus terroristes, si possibles réfugiés syriens mais à la fois tortionnaires de réfugiés syriens…
  3. Faire croître artificiellement le sentiment de peur de l’ennemi, par exemple en utilisant des événements extérieurs pour faire croire à une menace intérieure, quitte à devoir gérer l’absence totale de preuve d’une menace intérieure à coup de « secret de l’enquête »…
  4. Démanteler les outils de contrôle démocratique vis à vis du pouvoir en place (tentative de ré-introduire la censure – affaire Mythra/Médor, suppression des juges d’instruction en matière de criminalité financière, concentration des pouvoirs judiciaires dans les mains policières,…)
  5. Créer une prison émotionnelle pour les autres acteurs politiques qui – soumis à la peur de leur propre électorat sans doute – acceptent de jouer la « solidarité nationale » vis-à-vis d’une menace dont on refuse de leur montrer la réalité.

Les étapes suivantes sont malheureusement trop connues. Restriction des libertés individuelles (il est bien connu que « si vous n’avez rien à cacher », cela ne pose pas de problème que l’on puisse examiner en détail votre vie privée). Fin des mécanismes de solidarité sociale (exclusion des chômeurs, des pauvres, des étrangers…)

Dans le schéma qui se construit en Belgique, on voit comment la N-VA est en train de construire une situation dans laquelle, idéalement, ce ne sera plus elle qui demandera un démantèlement des solidarités nationales, mais bien les « autres » (Bruxellois ou Wallons). Ce qui lui permettra la plus ultime des forfanteries: comme c’est logiquement celui qui exige de pouvoir partir d’un système de solidarité qui doit en payer le prix, ce seront donc encore les Bruxellois et les Wallons qui passeront à la caisse… Là où tout le monde disait « laissons les nationalistes flamands partir d’eux-mêmes, ils seront confrontés à une note salée qui les fera réfléchir », on peut constater qu’en effet, ils ont réfléchi et retourné la phrase dans l’autre sens, tout en rendant la vie impossible sur le plan des valeurs aux partenaires bruxellois et wallons.

2015, après 70 années de paix relative, l’Europe de l’ouest retrouve ses démons. La génération qui avait connu le pire s’en est allée, et même ses enfants n’auront pas été capables de défendre les acquis de cette paix.

 

Le silence des moutons…

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Hier, 23.000 personnes se sont mobilisées pour dire leur indignation face à l’indifférence. Elles sont venues alors qu’aucun grand média n’avait même parlé de cette manifestation. Elles sont venues malgré le silence honteux des politiciens mais aussi des syndicats.

Elles sont venues dans l’indignation, mais dans la dignité.

Et après ? Ce matin, forcés par l’importance de la foule qui s’est spontanément rassemblée hier, les médias tentent de rattraper la sauce. Mais toujours aucune déclaration d’un homme politique. Que du contraire, c’est d’aller porter le feu en Syrie que nous parle Monsieur Lutgen. C’est vrai qu’aller bombarder la Syrie, quelles que soient les cibles visées, cela fait vendre des armes. Mais que cela va mettre encore plus de réfugiés sur les routes, personne ne semble l’envisager.

Ah si, j’oublie ! Monsieur le Secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations (SEAM, ça fait un peu DAESH, non ?) prend ses responsabilités et lance une campagne Facebook pour dire aux Irakiens qu’ils vont se faire jeter s’ils viennent en Belgique… Je ne sais s’il faut rire ou pleurer d’une telle ignorance. Bien sur, avec ça campagne « timeline », notre Théo national(iste) va faire fuir tous les Bagdadis … ben où, au fait ? Au Liechtenstein, à Andorre, à Monaco ? Tout le monde le sait, à Bagdag la pression est maximale sur les passeurs: « Nous voulons tous aller à Bruxelles ! We want to go to Brussels ! » et surtout « We willen allemaal naar Brussel, waar vluchtelingen thuis voelen ! »

Dans l’actualité du jour, tant qu’on y est, il y a le cri de victoire de Francken : « le nombre de demandeurs d’asile à diminué cette semaine ». Que les déplacements de masse sur de grandes distances se font plutôt à la belle saison qu’en automne et en hiver, il n’y avait pas songé ? Ou pire, il y a tellement bien songé que sa campagne Facebook va faire un « tabac » en termes de résultats: l’hiver est là et les réfugiés Irakiens vont sans doute se mettre en attente de la grande traversée à l’intérieur de leur propre frontière ou en Turquie, jusqu’à ce que les temps soient plus cléments, et au printemps prochain, quand les chiffres recommenceront à grimper, que nous dira Théo ?

Bon, j’en étais où, moi ? Ah oui, les politiciens qui ne pipent pas mot du mouvement citoyen… Je crains que la stratégie soit de « laisser pisser le mouton » en faisant le moins de commentaires possibles. Dans quelques semaines, le flux sera résorbé, les « citoyens » seront préoccupés par le froid qui frappe les SDF (les « nôtres » comme les « zôtres », mais une fois couchés dans l’encoignure d’une porte ils ont tous la même couleur et la même odeur). Le sujet d’indignation saisonnier, lui aussi aura changé. Et eux auront survécu à leur propre indignité une année de plus. C’est un pari risqué. Il me rappelle l’âne de Buridan, la célèbre fable de Daudet…

Quelques faits sur « toute la misère du monde »

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C’est clair et net, bien acquis, etc… « Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde ».

Eh bien, voilà donc une bonne nouvelle ! Personne ne nous le demande. Nous, belges dont le PIB par habitant était de près de 50.000,- USD par an en 2013 (je sais, c’est pas vous, c’est pas moi, mais ce sont quand même ceux qui devraient payer des taxes dans notre beau plat pays…), nous allons (peut-être, sous condition, etc…) poser ce geste formidable d’accueillir 4500 réfugiés sur le « quota » de 120.000 que l’Union Européenne envisage pour les 2 prochaines années…

Les mêmes statistiques de la Banque Mondiale nous montre que la Jordanie (par exemple, et ce n’est pas le pays le plus pauvre) avec un PIB par habitant de 5.500,- USD par an en 2013 (soit dix fois moins que nous…) accueille pour le moment dans ses camps (voyez la photo ci-dessus)  plus de 600.000 réfugiés. Cela représente 10% de la population de ce pays de 6,5 millions d’habitants.

Soyons donc rassuré, comme je l’écrivais il n’y a pas très longtemps, la misère du monde reste bien avec la misère du monde.

 

Nous avons tué Cecil

Cecil vivait dans la jungle. Il y était arrivé il y a plusieurs mois, mais comme chacun le sait, la jungle n’est pas le milieu qui convient à Cecil.

Alors, Cecil s’est laissé attiré par les appâts que lui tendaient les hommes civilisés. Il s’est laissé entrainer loin de la jungle, de sa famille. A pas feutré, il a traversé les herbes hautes. Il a franchi une première barrière, s’est arraché la peau sur une deuxième. Presque rampant, il s’est avancé en terrain de plus en plus découvert.

Il se croyait en sécurité lorsqu’il a vu les phares avancer dans sa direction, de plus en plus vite. Alors il s’est relevé, s’est mis à courir, de plus en plus vite. Les phares le rattrapaient. Et Cecil continuait à courir.

Lorsque les phares sont arrivés à sa hauteur, Cecil s’est mis à bondir, il a tenté de s’accrocher, il a trébuché, s’est pris les pieds dans les rails et s’est fait avaler par le train qui continuait son chemin vers l’Angleterre et la liberté.

Il n’y avait pas de dentiste pour tuer Cecil. Il y avait l’extrême précarité, l’insécurité et la violence qu’il fuyait depuis des années. Il y avait les lois stupides qui décident qu’un homme est différent en droit selon l’endroit où il est né. Il y avait l’incroyable crédulité des hommes, prêts à affirmer que Cecil était responsable de la crise économique qui  nous empêche de renouveler notre smartphone aussi souvent que la publicité nous le recommande… Il n’y avait pas de dentiste pour tuer Cecil. Il y avait nous.

Cecil vivait dans la jungle, ce bidonville de Calais où tentent de survivre trois mille êtres humains que nos dirigeants, pour se donner bonne conscience, nous forcent à appeler illégaux…

Les nouveaux martyrs de l’Europe

Qu’importe qu’ils soient 300 ou 3000 à vouloir tenter de traverser le Tunnel sous la Manche pour atteindre un Eldorado qui ne cesse de se refuser à eux, les migrants qui s’entassent dans d’immondes bidonvilles Calais sont aujourd’hui les victimes – et parfois les martyrs, de la politique migratoire d’une Europe indigne de ses propres ambitions.

Les pères fondateurs de 1957 mesuraient-ils qu’en mettant l’accent sur la prospérité économique d’un continent pacifié, ils ne le feraient qu’en aggravant les disparités avec les pays les plus pauvres de la planète ? Pouvaient-ils alors imaginer ce qui se passerait lorsque nous aurions en Europe à la fois cette opulence qui se mesure plus à l’aune des différences de possession qu’à celle du bien-être collectif, ce village virtuel que nul n’imaginait à l’époque et qui impose le modèle de la consommation effrénée comme standard de vie idéal, mais aussi ces énormes différences de développement avec les pays du Sud ?

Une chose me semble évidente aujourd’hui, les barbelés ne seront jamais assez haut, les gendarmes assez nombreux pour décourager ceux qui fuient une mort programmée par la faim, la maladie, la violence des hommes ou de la nature. Ceux-là qui tentent de venir chez nous n’ont rien à perdre. Nous dépensons en pure perte des millions d’Euros à tenter de les retenir hors nos murs, tout en les laissant crever dans nos murs.

Combien de murs, de barbelés, combien de morts faudra-t-il encore pour se rendre compte que notre façon de réagir au flux somme toute limité d’immigrants est vaine et inefficace ? Alors même que tant au nom du réalisme économique, de notre bien-être futur qu’en celui de la solidarité humaine, la logique la plus évidente serait de mettre en place des solutions d’accueil et d’intégration en lieu et place du rejet.

Celui qui accepte une norme basée sur le rejet de celui qui a besoin de notre solidarité ne doit jamais oublier qu’il finira bien un jour par devenir celui qui a besoin de la solidarité d’un autre…

Un presse servile et sans esprit critique

C’est en lisant leurs éditoriaux de ces derniers jours (et en particulier ceux du « Soir ») que j’ai été frappé de la facilité avec laquelle la pensée unique européenne avait pu se frayer un chemin dans la tête de nos meilleurs éditorialistes.

C’est à croire que la crainte des conséquences pour les euro-conformistes (ceux qui pensent devoir suivre les ukkases du FMI et de l’Eurogroup) d’un « Non » du peuple grec au référendum qui lui sera proposé dimanche tétanise ceux qui devraient réveiller notre opinion publique.

Balayés du revers de la main les journées d’enthousiasme lorsqu’une nation se levait pour demander que l’on restaure sa dignité.

Balayées du revers de l’autre main les études qui démontrent les unes après les autres la vanité des politiques d’austérité pour relancer un système économique qui tourne le dos aux hommes pour ne rémunérer que les capitaux.

Oubliées les analyses et les critiques venant du monde académique – des penseurs indépendants – et qui vont presque toutes dans un sens assez logique: cela fait maintenant vingt ans que l’on nous sert de l’austérité et cela fait vingt ans que les différences entre riches et pauvres s’exacerbent. Cela fait deux cents ans que l’on nous fait croire que c’est le travail qui enrichit alors que la seule certitude, c’est qu’il use la santé de millions de travailleurs. Cela fait des décennies que ces vieilles recettes montrent qu’elles ne fonctionnent que pour les nantis et les rentiers, mais qu’elles créent plus de misère, plus de précarité. Cela fait longtemps que l’on sait, que l’on voit que ces recettes prônées par le FMI, la BCE, l’Eurogroupe ne fonctionnent pas. Qui pourrait dire le contraire ? Qui peut montrer une réduction des écarts de pauvreté après une cure d’austérité ?

La tâche d’un éditorialiste indépendant ne serait-elle pas aussi d’aider ses lecteurs à se poser des questions sur l’intérêt d’un changement, d’une vraie expérience alternative ? Regardez l’Islande qui  a choisi, elle aussi par un choix populaire, de refuser les diktats de la Troïka d’alors qui voulait lui imposer également une réduction de la couverture sociale pour sortir de sa crise bancaire. Elle est aujourd’hui sortie gagnante de sa crise. Ses dettes finiront par être régularisées. Mais elle a choisi un autre chemin que celui de l’austérité.

La Grèce n’est pas l’Islande, loin s’en faut. Mais en six mois, ce pays a tenté de – et jusqu’ici réussi à – démontrer qu’un peuple pouvait faire le choix d’une alternative, être écouté par ses dirigeants élus, et relancer un vrai processus de démocratie participative. C’est avoir un mépris indigne pour la population grecque que de lui renier le droit de se prononcer sur un texte complexe sous prétexte qu’il ne peut le comprendre: ce texte n’est pas plus compris par Mr Michel que par le grec moyen ! Ce que les ministres de l’Eurogroupe ont compris, c’est ce que les technocrates de leurs administrations et du FMI leur ont expliqué.

Mais le peuple grec est parfaitement capable de comprendre que deux thèses s’opposent: soit ils choisissent de se résigner à plus d’austérité, à des choix aussi explicites que « moins de taxes pour les riches, moins de sécurité sociale pour les pauvres », soit ils tentent quelque chose de vraiment différent « nous nous occuperons de nos dettes (qui ne concernent que les banques et dont le non remboursement n’aura un impact réel que sur les détenteurs de dette privée grecque – c’est à dire des rentiers occidentaux) plus tard, nous nous occupons de notre santé et de notre survie maintenant. Ce faisant, nous activons un multiplicateur de croissance important (voir les études publiées dans ‘The body economics’ sur l’Islande) et contribuons à la relance de l’économie grecque en préservant le minimum vital pour chaque citoyen »

Est-il donc si compliqué pour un éditorial de rappeler – avec ses propres nuances – que c’est là que se situe le choix des grecs, mais aussi de l’Europe ?

Il suffit de voir l’engouement suscité par l’initiative de crowdfunding sur le Greek Bailout Fund pour comprendre qu’il y a de  nombreuses personnes en Europe qui pensent que l’attitude des institutions européennes et internationales est indécente.

Cela fait longtemps que la presse nationale ne publie plus les lettres et courriers de leurs lecteurs. Elle ne nous donne en pâture que des tweets populistes ou des articles d’experts. Mais alors, ne faudrait-il pas que les éditorialistes gardent la distance nécessaire par rapport aux premiers pour se concentrer sur les débats proposés par les seconds ?

Ce qu’il est grand temps que la « forteresse europe » entende…

Après avoir ouvert ses frontières aux riches, l’Europe ne cesse depuis des décennies de tenter de les fermer aux démunis. A ceux de l’intérieur comme à ceux de l’extérieur.

Et elle ne cesse de faire le constat que ces barricades qu’elle met devant sa porte n’empêchent aucun migrant (intérieur ou extérieur) d’arriver. Sans voir que l’énergie et les moyens consacrés à la construction de ces barrières inutiles pourraient être utilisés à favoriser l’intégration de ces migrants.

Fatou Diome exprime cela avec une justesse et une franchise qu’il est grand temps que nous écoutions

Les mauvais combats d’Yvan Mayeur

(c) RTBF 2014
(c) RTBF 2014

Les dernières décisions d’Yvan Mayeur me laissent perplexe. D’une part, j’apprends par la presse qu’il interdit au chef de corps de la police de Bruxelles de recevoir dans ses locaux la visite du ministre de l’Intérieur; d’autre part, la même presse m’annonce que le même bourgmestre de Bruxelles choisit de ne pas accéder à la demande d’Ecolo d’interdire Eric Zemour sur le territoire de la ville.

Je le (re-)dis tout net: je n’aime pas les propos racistes tenus par Monsieur Zemour et je n’aime pas les fréquentations (au moins anciennes) de Monsieur Jambon.

Néanmoins, autant je crois qu’il est inutile d’interdire à Monsieur Zemour de venir se produire dans une grande librairie du centre ville (qui prends ainsi le risque de s’éloigner d’une partie importante de ses clients), autant je crois que c’est une erreur de la part de Monsieur Mayeur de frapper d’ostracisme le Ministre de l’Intérieur. Les vrais combats pour la démocratie doivent se mener à un autre niveau.

Nul n’est obligé d’aller écouter Eric Zemour lors de sa visite en Belgique, nul n’est obligé de le financer en achetant son livre. Que ses employeurs lui fassent subir les conséquences de ses déclarations me parait une réponse proportionnée aux propos qu’il tient. Mais on voit bien que le refus d’Yvan Mayeur n’est pas tant dirigé vers le respect des règles démocratiques: il s’agit simplement d’un acte politique à l’égard d’un parti de son opposition.

Sur le refus de laisser le Ministre de l’Intérieur apporter la bûche de Noël aux policiers ce 24 décembre il me semble ici que les reproches justifiés faits à Monsieur Jambon pour ses fréquentations passées ne doivent pas l’empêcher de jouer son rôle, aussi longtemps que celui-ci se déroule dans un cadre démocratique. Il faut me semble-t-il accepter de séparer la fonction de Ministre de l’Intérieur de celui qui l’exerce, aussi longtemps que l’homme ne commet pas d’actes incompatibles avec sa fonction. C’est ce qui fait pour moi la différence entre Jan Jambon et Théo Francken. Ce dernier a posé, après sa prestation de serment comme Secrétaire d’Etat, des actes qui sont incompatibles avec sa fonction. Comme il le fait encore aujourd’hui avec la question des visites domiciliaires chez les sans papiers. Je ne crois pas que ce soit le cas de Monsieur Jambon.

De plus, d’un point de vue purement stratégique, Yvan Mayeur devrait être beaucoup plus prudent. Il traîne lui même derrière lui une série de casseroles – assez caractéristiques des casseroles classiques du PS – qui pourraient décrédibiliser totalement ses actes soit disant « démocrates ».

La Belgique est devenue aujourd’hui un pays qui  ne respecte plus les droits de l’homme. Les fondements de la démocratie sont en danger. Les intérêts de quelques riches passent avant la survie de 15 pour cent de notre population. Les solidarités quittent le domaine public pour rejoindre celui de la charité privée. Il est encore possible aujourd’hui d’écrire ce que l’on pense mais même cette liberté fondamentale risque d’être mise à mal. La presse libre est muselée par les intérêts financiers, et ce sont les feuilles de propagande populistes qui font l’actualité du citoyen ordinaire, l’abreuvant de peurs des autres, de haine de la différence et créant d’inutiles besoins sécuritaires.

Dans ce contexte, il est important de choisir habilement ses combats et ses cibles, afin de pointer les actes inacceptables tout en laissant aux hommes la possibilité de rester eux-mêmes. Et à ce petit jeu, Monsieur Mayeur vient, me semble-t-il de commettre quelques erreurs qui en font plus une marionnette de Bart de Wever qu’un héros de la résistance.

A votre santé !

 

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Voici donc le ministre le plus populaire du gouvernement Michel… Je n’ai jamais voulu attaquer Madame De Block sur son physique, et ce n’est pas mon intention aujourd’hui. D’autres l’ont fait, se posant la question du « modèle » que donnait un pays en confiant les rênes de son système de santé à une personne qui assume pleinement son rôle d’icône du plus gros fléau sanitaire de notre société dite d’abondance. Peut-être y reviendrais-je plus tard, un jour où mon humeur me garantira plus de respect pour le personnage.

Nous connaissions Mme De Block et son rôle de kapo dans l’équipe Di Rupo. Libérée de toute contrainte morale, responsable de la Santé dans un contexte de passage à l’ultra-libéralisme, c’est l’ensemble des populations fragilisées du pays qui va faire connaissance avec ses méthodes. Elle va exceller à reporter sur ceux qui ne seront jamais ses « clients » électoraux les réductions financières drastiques que ce gouvernement ne manquera pas de mettre en place dans le secteur des soins de santé. Maisons médicales au forfait, hôpitaux situés en zones défavorisées, allocataires sociaux en tous genres, préparez vous au pire. Maggie fait ce qu’on lui dit de faire. Attendons donc ces premiers actes, cela ne devrait pas tarder.

Il nous manque une banque…

Tout qui a eut affaire aux banques sait combien ces institutions traitent généralement avec arrogance les quidams qui n’ont pas de fortune à leur confier. Les banques généralistes participent allègrement à la fois au manque de financement de projets porteurs d’avenir, tout en finançant la surconsommation de biens généralement produits dans des conditions inacceptables et en créant chez leurs clients les conditions de l’entrée dans le surendettement.

Lorsqu’elles ont été confrontées aux conséquences de leur inconséquence, les banques se sont retournées vers les Etats qui, par peur d’une sois-disant faillite (dont on ne sait toujours pas ce qu’en auraient été les conséquences réelles), ont généreusement ouvert leurs bourses (financées par ceux-là même auxquelles les banques refusent le moindre prêt ou la moindre rémunération décente de l’épargne). Et dès lors qu’elles ont retrouvé un peu de couleurs… leur management retombe dans les mêmes errances de rémunérations démesurées tout en soutenant toujours aussi peu le développement économique durable.

Si par malheur (pour elles) un mouvement citoyen se forme et tente d’apporter une réponse alternative, sous la forme d’une banque durable, citoyenne, créée et contrôlée par ceux qui bénéficient de ses services, un vrai mouvement de panique s’installe. Car c’est vrai, la presse en parle, les gens en parlent… cela pourrait peut-être se faire. Ce monstre finit par avoir un nom, et par rassembler peu à peu de l’argent. Suffisamment que pour pouvoir rêver de passer le cap.

Ce serait oublier que le secteur bancaire est de facto autorégulé. La création d’une nouvelle banque, ça ne se fait qu’avec l’accord de l’organe de contrôle des banques, lui-même contrôlé par la Banque Nationale, elle même dirigée principalement par une clique de banquiers… Alors le premier d’entre eux, Luc Coene, le Gouverneur de la BNB, ne disposant d’aucun argument matériel pour arrêter le mouvement citoyen, use de l’argument d’autorité. « Il y a déjà trop de banques ». Voilà un excellent argument ! C’est justement cette banque là, la banque de trop. Ce n’est pas le CréditCommunalDexiaBelfius qui a plombé le budget de nos concitoyens et de nos collectivités pour les 20 prochaines années, ce n’est pas la SociétéGénéraleFortisBNPParibas qui a démantelé des milliers d’emplois, ce n’est pas CitiBeoBank qui a entubé jusqu’à un ex-premier ministre avec ses propositions mensongères de placement sans risque qui se cassent la figure au premier virage… La « Banque de Trop », ce doit surement être New-B, cette banque que des citoyens veulent créer de leurs propres deniers, dont ils veulent confier la gestion à des associations impliquées dans les projets responsables et durables, qui risque de ne pas danser sur la musique de Mr Coene…

Alors il faut réagir !

Il  nous manque une banque, il nous manque New-B et il faut que cela se sache.

La pétition c’est ici

Le thunderclap c’est 

On compte sur vous pour clouer le bec à Mr Coene et contribuer à la naissance d’une banque vraiment au service des citoyens.

Oui, le parallèle avec les années 1933-1940 fait sens…

La publication par Ciné-Télé Revue de la caricature selon Kroll du « couple idéal », unissant Elio di Rupo à Maggie De Block

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m’a fait immédiatement penser à une autre caricature, entrevue je ne sais plus où, et retrouvée après une petite Googlisation…

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La similitude dans la présentation des personnages, leurs ressemblances physiques m’ont fait de suite penser que ceux qui liraient l’article que j’écris maintenant me voueraient aux gémonies pour avoir fait ce raccourci qu’il semble toujours aussi indécent de faire.

Et c’est vrai que jusqu’à très récemment, j’avais en horreur tous les appariements « simplificateurs » fait entre la situation de l’Europe de 1935 et celle dans laquelle nous vivons quatre-vingt ans plus tard.

Et pourtant… désorientés au coeur d’une crise économique qui met en péril notre bien-être et nos acquis sociaux, les européens d’aujourd’hui (et en particulier les classes moyennes et les plus défavorisés) sont prêts à écouter toutes les prophéties qui leur feront croire à une solution simple.

Et une solution simple, c’est quoi ? C’est d’abord de désigner un coupable facile à identifier. Un noir au milieu des blancs, un bronzé chez les pâles. Quelqu’un qui s’habille différemment, qui parle une autre langue, qui ne mange pas comme nous, ne prie pas comme nous, ne se marie pas comme nous. Mais à l’ère de la lutte contre le racisme (ne sied-t-il pas de commencer tout discours sur l’immigration par un pompeux « je ne suis pas raciste »), il faut que cet autre soit coupable de quelque chose. Alors, on va le rendre « illégal ». D’une façon très simple: en décrétant que si l’on n’est pas né « chez nous » on n’a pas le droit de venir y vivre. A partir de là, les enchainement deviennent simples. Celui qui est « illégal » ne doit recevoir aucun droit: ni le droit de travailler, ni le droit de résider dans le pays, et encore moins le droit à la parole.

Que peut alors faire l’illégal ? Il peut trouver des réseaux de solidarité, comme l’ont si bien fait les Afghans réfugiés à l’Eglise du Béguinage à Bruxelles. Et cela permettra d’étendre l’éventail des coupables à ceux qui les aident: les forums pullulent aujourd’hui d’injonction à « les accueillir dans votre maison si vous voulez vraiment qu’ils viennent piquer le travail des belges ». Le jour où les purges commenceront, on pourra ainsi désigner ceux qui « cachent » des illégaux ou se rendent complices de leur présence illégale.

S’il ne trouve pas de réseau de solidarité, il va alors tomber dans une clandestinité qui fini toujours par aller de pair avec des infractions bien réelles. Ainsi, comme on l’a vu la semaine dernière, on pourra organiser des « rafles » dans des stations de métro bien ciblées, au cours desquelles quelques illégaux se feront prendre, d’abord par la STIB, puis par les forces de police qui les secondaient, en vue d’une déportation.

Une solution simple, c’est aussi de s’assurer que les voix qui se feraient entendre pour dénoncer cette situation soient intimidées ou éteintes. Ainsi, toujours cette semaine, l’arrestation arbitraire d’un artiste et d’une journaliste (voir ici) afin de leur faire comprendre que la police est prête à intervenir pour couper la parole à ceux qui voudraient éveiller les consciences.

Une solution simple, c’est aussi d’utiliser toutes les ficelles de la communication populiste pour détourner l’attention du public, quitte à le faire avec une indécence écoeurante. Et dans ce domaine, la manière dont l’arrivée dans notre pays des deux pandas chinois a été traitée par le monde politique relève d’une manipulation digne des discours de propagande les plus éhontés. Encore une fois, je veux être très clair: je n’ai absolument rien contre le fait qu’un parc d’attraction wallon géré avec des fonds privés paie le prix qu’il estime nécessaire pour faire un investissement qui va assurer (on l’espère) sa croissance pendant une dizaine d’années et ainsi renforcer l’emploi dans un secteur clé de l’économie régionale !

Ce qui par contre m’a donné un haut le coeur insupportable, c’est le ramdam fait autour de l’octroi d’un « visa » d’entrée pour ces deux animaux. Chacun sait que les documents d’importation réels n’avaient rien à voir avec ce visa. Toutes les femmes, tous les enfants et tous les hommes qui souffrent de ne pouvoir obtenir un tel document, pour la simple raison qu’il ne sont pas nés au bon endroit ont du voir ce document octroyé à des animaux. Imaginez un instant: vous êtes un être humain, doué de la capacité de réfléchir, avec des émotions que vous partagez avec les autres êtres humains. Vous espérez un geste humain, d’une personne humaine, qui vous dise:

Vous voulez venir dans notre pays ? Vous êtes prêt à y travailler, à y consommer, à y payer taxes et cotisations sociales, à contribuer aux pensions de retraites des vieux qui y vivent, à créer par votre consommation de l’emploi pour les autres, à accepter les tâches que les résidents nationaux refusent d’effectuer ?

Vous essayez d’expliquer, comme le font de nombreux universitaires, qu’il n’y a pas de lien entre immigration et hausse du chômage (d’ailleurs, si c’était vrai, comment expliquer que les déportations massives – et la baisse du nombre d’immigrés qui l’accompagne – effectuées par Mme De Block coincident à une HAUSSE du chômage alors même que l’on nous dit que la relance est là ?)

Et l’on vous répond que

Dans moins de cent jours, ce sont les élections. Nos concitoyens sont trop bêtes pour comprendre que vous ne faites de tort à personne, par contre, vous êtes une cible idéale – vous ne votez pas – comme bouc émissaire. Alors, non, on garde le visa pour les pandas, eux de toute manières ils n’en n’ont pas besoin, mais pour vous, on a un ordre de quitter le territoire, et un billet d’avion pour un pays en guerre, en famine, en dictature, en misère… bref, celui d’où vous venez… On reparlera de tout cela le 26 mai.

Alors pour moi, le parallèle entre l’image du couple de l’année selon Kroll et ce vieux chromo de la fin des années 30 ne me semble pas usurpé. Sans doute ne connaitrons nous pas de sitôt la guerre sur nos territoires, mais le repli derrière des frontières de plus en plus hermétiques sonne le glas des espoirs d’une Europe pionnière de la démocratie. L’abandon des discours utopistes et idéalistes pour une « realpolitik » tournée vers les 50 prochains jours ne va faire qu’aggraver les attitudes de repli sur soi. La désinformation (comme la quasi-absence dans les médias francophones de toute analyse sur la place de l’extrême droite dans l’opposition soit-disant pro-européenne en Ukraine) va continuer à nous abreuver d’images chocs montrant la barbarie des lointains (la place Maiden en feu, Ohm sous les bombes), la douceur de vivre de nos propres contrées (les gentils pandas qui arrivent sous escorte presque royale à Mons) et à occulter la réalité qui exige pédagogie et explications.

L’espace de la pensée utopiste n’est alors plus occupé que par des formations politiques ultra minoritaires et souvent aux extrêmes de l’échiquier politique. Que peut alors faire l’honnête homme qui se sent « rouge » lorsque l’on parle de libertés individuelles et de solidarité, « vert » lorsque l’on parle énergie, écologie et développement, « orange » lorsque l’on parle du respect de l’être humain, de la place de l’enseignement, de la liberté de pensée, « bleu » lorsqu’il faut reconnaître le droit à un épanouissement économique personnel à travers le travail et l’épargne ?

Comment peut-il, cet honnête homme, faire passer son message et transmettre ses attentes et ses inquiétudes, espérer que l’on en tiendra raisonnablement compte dans l’après-élection ?

Reste-t-il autre chose à faire que de s’attacher à celle de ses valeurs qui est la plus mise en danger dans le discours consensuel actuel, et de toujours donner sa voix à ceux qui, de l’extérieur, pourront faire savoir les attentes d’une minorité croissante de la population ? Mais si je donne ma voix à l’extrême gauche, comment puis-je m’assurer qu’elle ne sera pas utilisée contre moi, en mettant en évidence non pas la valeur que j’aurai voulu défendre (ici le droit de chacun à s’établir là où il se sent le mieux tout en acceptant de respecter le mode de vie de son lieu d’établissement), mais bien une valeur que je serais d’autre part prêt à combattre (dans mon cas une approche trop collectiviste de l’économie).

Le 25 mai, les choix seront difficiles: voter pour un parti qui a soutenu la déportation d’hommes et de femmes vers des pays en guerre, tout simplement parce que ces hommes n’étaient pas « légalement » installés chez nous me sera impossible. Mais voter pour un parti qui risque de porter plus solidement la partie de son programme qui m’intéresse le moins sera sans doute presque aussi difficile…

No body is illegal: pour en finir avec 2013…

Au moment de clôturer l’année 2013, la phrase qui m’a le plus interpellé ces derniers mois me revient en mémoire. Elle était inscrite autrement, sur cet autocollant plaqué à l’arrêt du bus 64, arrêt Maelbeek: « Nobody is illegal », mais en la prononçant intérieurement, c’est cette version en trois mots qui s’est imposée à moi. Continuer la lecture de No body is illegal: pour en finir avec 2013…

Le vrai bilan de Maggie De Block: moins d’immigrés, plus de pauvreté…

 

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C’est une étude réalisée par plusieurs organisations luttant contre la pauvreté en Flandres (publiée par Het Laatste Nieuws et relayée par laredactie.be) qui le rappelle: de plus en plus de personnes bénéficiant d’un revenu du travail n’arrivent plus à nouer les deux bouts. Continuer la lecture de Le vrai bilan de Maggie De Block: moins d’immigrés, plus de pauvreté…