Le choix du CETA, d’abord le choix du monde où nous voulons vivre

Depuis que j’ai écris mon premier article sur le refus par les Parlements wallons, bruxellois et francophones de Belgique  de donner leur délégation de signature pour les accords du CETA, j’ai vu beaucoup de commentaires, de réflexions, d’avis. Il me semble aujourd’hui que de ces débats se dégage un élément peut-être plus important que les autres: ce débat est celui du modèle social dans lequel nous voulons vivre. Continuer la lecture de Le choix du CETA, d’abord le choix du monde où nous voulons vivre

L’idéal Européen, utopie ou leurre ?

Il est souvent trop facile de vouloir trouver les causes des maux qui nous frappent dans les manquements de l’histoire. Ce qui n’a pas été dit ou fait, parmi l’infinité de choses qui pouvaient se dire ou se faire devient manquement et les acteurs du présent peuvent alors se décharger de leurs responsabilités sur ceux qui les ont précédés. Il n’est par contre peut-être pas inutile de relire ce qui a été dit dans le passé et de tenter de mesure le chemin parcouru. Continuer la lecture de L’idéal Européen, utopie ou leurre ?

Votre « Soir », vous le prenez en Delvaux ou avec du Bouillon ?

Notre grand quotidien national vit certainement au rythme de débats internes intenses. Du moins je l’espère. Car au vu de deux des éditoriaux de ce samedi on peut y trouver tout et son contraire. Heureusement dirais-je, car je ne cacherai pas que la soumission des éditoriaux de Béatrice Delvaux au discours néo-libéral a bien besoin de l’analyse historique de Pierre Bouillon pour garder un minimum de sérieux au débat. Continuer la lecture de Votre « Soir », vous le prenez en Delvaux ou avec du Bouillon ?

Pour ne pas être taxé de « simplisme »

Parmi les commentaires reçus pour mon article précédent sur Une solution simple pour mettre fin aux grèves qui nous « ennuient », il en est quelques uns dont j’aimerais vous faire profiter, même s’ils ne se trouvent pas sous l’article… Continuer la lecture de Pour ne pas être taxé de « simplisme »

Les actions syndicales actuelles sont-elles justes ?

Le débat sur les principales luttes syndicales en cours (gardiens de prison, cheminots, IRW-FGTB, etc…) se porte de plus en plus sur cette question de « prise en otage » de la population par ceux qui tentent de faire entendre leur voix.

Le gouvernement, en insistant sur le caractère « incontrôlé » de certaines actions, tente de révolter les usagers des transports, les familles des détenus, contre ceux qui ont choisi d’abandonner leurs salaires pour obtenir qui de meilleures conditions de vie pour les gens dont ils ont la garde (c’est bien de cela qu’il s’agit dans les prisons), qui le maintien d’acquis sociaux négociés dans un « package » que l’on tente de rendre impopulaire dans son détricotage (c’est bien ce que font les médias à la solde de la N-VA quand ils isolent la question des jours de récupération forfaitaires de la SNCB et les transforment en « jours de récupération pour des jours non prestés »).

Ce que l’on observe aussi aujourd’hui, c’est cette rupture communautaire entre représentations des travailleurs au Nord et au Sud du pays. Ces divergences viennent compléter la longue liste des différences qui se font chaque jour un peu plus forte entre nos deux communautés. On peut être nostalgique de la Belgique de papa, il faut bien constater qu’aujourd’hui même les organisations syndicales n’arrivent plus à parler de la même voix. La question n’est pas de savoir si cela est grave ou pas. Cela est.

Dans de telles conditions, ce que Monsieur Michel et ses amis flamands devraient accepter, c’est qu’en effet, ce gouvernement fédéral n’est plus légitime dans une grande partie du pays. Qu’il est parfaitement anormal que d’une part toutes les fonctions régaliennes soient confiées à des ministres flamands (et en particulier nationalistes flamands) et que les ministres fédéraux francophones brillent principalement par leur absence ou leur incapacité à gérer leur portefeuille.

Dans ces conditions où le pouvoir exécutif d’un pays tri-communautaire est confié en exclusivité à l’une des communautés, il me semble normal que toutes les forces vives des autres communautés se mettent en branle pour défendre leurs intérêts.

Peut-être les flamands sont-ils d’accord pour travailler jusque 67 ans, plus de 40 heures par semaine, avec moins de compensations pour les heures supplémentaires, pour un salaire qui ne sera pas indexé, avec une TVA en hausse sur les biens les plus essentiels comme le gaz, et en perdant un nombre considérable de libertés fondamentales au nom d’une sécurité qui de toutes manières n’est pas assurée…

Peut-être les flamands considèrent-ils qu’il est plus intelligent de libérer (pardon, de mettre en congé pénitenciaire à durée indéterminée) des centaines de prisonniers non en raison de leur ré-insertion future dans la société, mais simplement pour tuer un mouvement social.

Peut-être les flamands trouvent-ils juste que le ministre de la Justice change les règles de la rémunération de ses agents en grève afin de les condamner eux aussi à crever de faim plus vite.

Peut-être la Flandre se réjouit-elle de voir enfin la Belgique, cette construction surréaliste, s’effondrer enfin.

Mais alors, si ce ne sont plus que les 20 représentants du MR qui, au gouvernement fédéral, représentent tout le sud du pays, alors que celui-ci manifeste massivement son opposition, alors ce gouvernement n’est plus légitime, et les mouvements sociaux qui ont pris pour objectif de le faire tomber n’ont pas tort.

Il ne s’agit pas ici de prôner une quelconque action violente. Mais bien de mettre en place tous les outils d’une forme de résistance qui puisse amener ce gouvernement à déposer les armes.

Certains diront que dans le contexte – en particulier européen – dans lequel nous vivons, il n’y a pas d’alternative à l’austérité. Je répondrai comme de plus en plus de concitoyens le disent, que l’austérité prouve son inefficacité depuis près de 30 ans. J’ai l’impression de n’avoir jamais entendu d’autre mot que celui-là dans la bouche des politiciens depuis que je suis à même d’écouter, de voir ou de lire des informations. Et à chaque cycle, j’apprends que pendant que les plus pauvres s’enfoncent dans la crise, les plus riches s’enrichissent. Où que se porte le regard, c’est une bipolarisation croissante de nos sociétés. Dans un monde qui exige de chacun qu’il consomme pour exister, l’accès à la consommation devient de plus en plus précaire. La lutte pour l’existence, d’abord à travers les tentatives de continuer à consommer, ensuite lorsque les réserves sont épuisées, pour continuer simplement à survivre devient le quotidien de près d’un quart de notre population.

D’une manière ou d’une autre, il y a un « tipping point » qui risque de se dessiner à l’horizon. Un de ces points critiques où « la coupe pleine » déborde. Monsieur Michel et son gouvernement veulent nous faire croire que le terrorisme continue à nous menacer, mais il est le premier complice de tous les terroristes, religieux, financiers, racistes, communautaristes qui détruisent d’une manière ou d’une autre notre tissu social, s’acharnent sur les solidarités, dissèquent les droits de l’homme pour satisfaire leur plaisir d’être au pouvoir.

Alors oui, même si je dois me déplacer à pied ou à vélo pour continuer d’enseigner, même si les jours de grève me couteront quelques dizaines d’euros de salaire, même si je râlerai bien entendu de parfois perdre ma liberté de circuler en raison de l’un ou l’autre blocage, même si certains services ne me sont plus rendus et que cela est ennuyeux, je crois qu’il n’existe malheureusement plus d’autre moyen de lutter pour le retour à une démocratie normale dans notre pays que de laisser s’exprimer la colère du peuple à travers des organisations qui restent des acteurs institutionnels de notre démocratie, et leurs moyens légitimes d’action: les syndicats et les grèves.

Répondre démocratiquement aux violences économiques

Le plaidoyer de Jean-Luc Mélenchon pour expliquer le geste de violence des (futurs ex) salariés d’Air France à l’égard de leur DRH avait emporté une première réaction de ma part en faveur du discours du leader de la Gauche.

Le discours de Xavier Mathieu qui déclare au « Grand Journal » qu’il a été pacifiste toute sa vie. Mais qu’il  n’y croit plus m’a amené à penser à  nouveau cette question.

En quelque sorte, le dilemme qui nous est présenté est le suivant:

  • D’une part, les actionnaires de grandes entreprises, voire d’entreprises nationales ou nationalisées prennent des décisions dont les conséquences sont d’une violence inouïe pour les travailleurs: licenciements massifs, pertes de revenus, destructions de familles, suicides. Ces décisions, économiques ou administratives, sont prises dans le cadre de la stricte légalité, sous le couvert de lois votées par les représentants du peuple.
  • D’un autre côté, la colère que génère ces décisions entraine des femmes et des hommes, encadrés, soutenus par leurs organisations syndicales, à s’en prendre physiquement aux représentants de ces actionnaires, quitte à les séquestrer ou à leur déchirer leurs vêtements. Certains avec humour se contentent de les entarter.
  • La force publique, bras armé d’un pouvoir démocratiquement élu, ne peut qu’agir face à cette violence physique directement observable, utilisée par les médias plus sensibles à leur chiffre d’audience  qu’à leur fonction pédagogique. Elle s’attaque donc aux « déchireurs de chemises » tout en laissant courir les destructeurs de vies.

Nous mêmes, pris dans le tournis des images, des cris et des harangues, nous avons alors tendance à nous positionner non plus face au fait social que constitue la destruction d’emplois au nom de la compétitivité, mais bien face aux images émotionnelles qui font dire que soit c’est un scandale de s’attaquer à un homme et de le « lyncher » publiquement, soit qu’il faut comprendre la violence de ceux à qui l’on a tout enlevé. Mais lorsque Xavier Mathieu nous dit qu’il ne croit plus au pacifisme, il nous entraîne dans une voie sans issue.

En effet, je continue à croire qu’aucun système socio-politique ne peut offrir mieux aujourd’hui qu’un régime basé sur l’écoute et la représentativité de toutes les composantes de la société. Ce que l’on appelle peut-être un peu rapidement la démocratie. C’est pour cette raison que si je me sens, ici en Belgique, de grandes sympathies avec des partis comme le PTB, je ne pourrais leur donner ma voix aussi longtemps qu’il n’auront pas fait un aggiornamento vers le respect total de la légitimité démocratique. Et la proposition de Xavier Mathieu, lorsqu’il dit qu’il faudra désormais compter avec la violence est un constat d’échec de la démocratie dans sa configuration actuelle doublé d’un appel à passer à un régime socio-économique basé sur les rapports de forces et non sur la négociation: l’histoire est malheureusement témoin des drames que de tels régimes ont causé que ce soit ici en Europe, en Chine, en Corée du Nord, en Russie ou dans l’Afrique post-coloniale (et passim…).

Or, qu’est-ce qui cause problème aujourd’hui ? Ce n’est pas tant l’illégitimité des violences physiques à l’égard des êtres humains. Il me semble que tout corpus de règles de vivre ensemble inclus nécessairement le refus de la violence physique comme solution aux conflits. Et cette promulgation de l’illégalité de la violence est d’autant plus importante qu’il reste chez chacun d’entre nous des bribes de réactions émanant de notre cerveau reptilien qui nous poussent vers le combat lorsque nous ressentons la colère…

La question qui pourrait être réglée par un processus démocratique ne serait-elle pas plutôt celle de faire subir effectivement les conséquences de leurs actes aux auteurs de violences administratives et économiques. De reconnaître le lien de causalité entre la décision de licenciement (collectif ou individuel) et ses conséquences non seulement financières, mais également vitales. La colère de Xavier Mathieu, la justification de Mr Mélenchon vient surtout de l’incompréhensible hiatus qui existe entre la pénalisation judiciaire d’un arrachage de chemise et des éventuels coups, blessures et séquestration qui l’ont accompagné (je ne minimise pas le fait, je le qualifie) et la simple obligation de négocier un plan social (donc de trouver une solution financière négociée et donc dépénalisée) pour l’auteur de la violence administrative et économique.

Que se passerait-il si demain, les membres d’un Comité de Direction ou d’un Conseil d’Administration pouvaient se trouver pénalement responsable des conséquences physiques de leurs actes. Si à côté des coups et blessures volontaires ayant entraîné des conséquences définies (invalidité, mort,…) on pouvait qualifier un licenciement décidé et choisi pour des raisons économiques par l’employeur de torture morale pouvant entrainer des conséquences tout aussi définies ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Les membres des comités exécutifs, de direction, des conseils d’administration, savent très bien ce que leurs décisions auront comme conséquences sur le plan humain. Mais l’absence de responsabilité personnelle sur ces conséquences les dédouane de toute réflexion sur l’opportunité sociale de leur décision. Pour l’avoir vécu dans le passé, assis à la table d’un comité de direction (mais sans y avoir voix au chapitre), j’ai vu ces gens décider de licencier quelques centaines de collaborateurs afin de satisfaire les exigences de l’actionnaire. Je les ai vu porter les uns sur les autres des regards graves, montrant combien ils mesuraient cyniquement l’importance de l’enjeu humain, mais prenant la décision qui montrait objectivement combien cet enjeu humain comptait peu face à la volonté de l’actionnaire. Je les ai vu se lancer alors dans le calcul cynique de la solution de licenciement la plus économique. Puis se distribuer le « boulot difficile » comme ils disaient (lisez « annoncer les licenciements individuellement pour éviter la longue et couteuse procédure du licenciement collectif »). Puis établir des tableaux dignes des camps de concentration où l’on allait comparer, semaine après semaine, la bonne « exécution » du plan.

Que se passerait-il si ces dames et ces messieurs devaient intégrer la composante « responsabilité pénale des conséquences morales et physiques » dans chaque licenciement. Aujourd’hui, la décision de licencier un collaborateur pour augmenter le profit de l’actionnaire reçoit un traitement judiciaire ridicule. Que penserait-on du juge qui condamnerait à quelques centaines ou milliers d’euros d’amende le chasseur de prime qui aurait acheté un fusil, se serait entraîné, aurait observé les déplacements de sa victime, puis tiré dans ses jambes « pour lui donner une leçon », mais qui aurait par malheur « dérapé » et occis sa victime ? Or c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui dans le monde de l’entreprise. Un actionnaire vous donne ordre de « liquider sans tuer » quelques centaines de personnes, vous consultez quelques experts, spécialistes, juristes et consultants pour trouver la solution la moins couteuse – en ce compris le coût de devoir se défendre devant un Tribunal du Travail, vous analysez vos listes d’employés pour identifier ceux qui sont le moins susceptibles de vous causer du tort par la suite, puis vous tirez… pas de chance, il y en a un qui se suicide. C’était sans doute sa faute… Aucun espoir d’obtenir une décision de nature pénale pour un tel crime (ce n’est pas un crime, pas même une infraction… c’est un grand malheur).

Changez cette donne. Pénalisez les conséquences humaines des décisions économiques et financières. Montrez effectivement que ces crimes quotidiens, bien plus meurtriers et nombreux que les faits divers qui font la première page de sudPresse, sont punis sévèrement, pour le crime qu’ils représentent. Vous verrez alors l’attitude de ces soit-disants décideurs changer.

La réponse à la violence des actionnaires et des conseils d’administration, ce n’est pas la violence contre les biens et les personnes, c’est la re-qualification juste de la violence des actionnaires et des hommes qui les représentent. Une qualification de correctionnalisation et non de droit du travail. Un tel travail peut s’accomplir dans un cadre démocratique. Il ne serait sans doute pas sans conséquence, et l’on ne doit certainement pas compter sur un exécutif comme celui qui nous « exécute » aujourd’hui pour lancer un tel chantier. Mais ce serait là une approche enfin différente de la lutte sociale. Autre chose que les sempiternelles jérémiades autour des ajustements salariaux, allongement de la vie professionnelle, (non) indexation et service minimum… Un rafraichissement de notre démocratie qui permette à chacun de se sentir protégé contre l’arbitraire des organisations alors qu’il ne l’est souvent aujourd’hui que contre celui des individus.

Le silence des moutons…

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Hier, 23.000 personnes se sont mobilisées pour dire leur indignation face à l’indifférence. Elles sont venues alors qu’aucun grand média n’avait même parlé de cette manifestation. Elles sont venues malgré le silence honteux des politiciens mais aussi des syndicats.

Elles sont venues dans l’indignation, mais dans la dignité.

Et après ? Ce matin, forcés par l’importance de la foule qui s’est spontanément rassemblée hier, les médias tentent de rattraper la sauce. Mais toujours aucune déclaration d’un homme politique. Que du contraire, c’est d’aller porter le feu en Syrie que nous parle Monsieur Lutgen. C’est vrai qu’aller bombarder la Syrie, quelles que soient les cibles visées, cela fait vendre des armes. Mais que cela va mettre encore plus de réfugiés sur les routes, personne ne semble l’envisager.

Ah si, j’oublie ! Monsieur le Secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations (SEAM, ça fait un peu DAESH, non ?) prend ses responsabilités et lance une campagne Facebook pour dire aux Irakiens qu’ils vont se faire jeter s’ils viennent en Belgique… Je ne sais s’il faut rire ou pleurer d’une telle ignorance. Bien sur, avec ça campagne « timeline », notre Théo national(iste) va faire fuir tous les Bagdadis … ben où, au fait ? Au Liechtenstein, à Andorre, à Monaco ? Tout le monde le sait, à Bagdag la pression est maximale sur les passeurs: « Nous voulons tous aller à Bruxelles ! We want to go to Brussels ! » et surtout « We willen allemaal naar Brussel, waar vluchtelingen thuis voelen ! »

Dans l’actualité du jour, tant qu’on y est, il y a le cri de victoire de Francken : « le nombre de demandeurs d’asile à diminué cette semaine ». Que les déplacements de masse sur de grandes distances se font plutôt à la belle saison qu’en automne et en hiver, il n’y avait pas songé ? Ou pire, il y a tellement bien songé que sa campagne Facebook va faire un « tabac » en termes de résultats: l’hiver est là et les réfugiés Irakiens vont sans doute se mettre en attente de la grande traversée à l’intérieur de leur propre frontière ou en Turquie, jusqu’à ce que les temps soient plus cléments, et au printemps prochain, quand les chiffres recommenceront à grimper, que nous dira Théo ?

Bon, j’en étais où, moi ? Ah oui, les politiciens qui ne pipent pas mot du mouvement citoyen… Je crains que la stratégie soit de « laisser pisser le mouton » en faisant le moins de commentaires possibles. Dans quelques semaines, le flux sera résorbé, les « citoyens » seront préoccupés par le froid qui frappe les SDF (les « nôtres » comme les « zôtres », mais une fois couchés dans l’encoignure d’une porte ils ont tous la même couleur et la même odeur). Le sujet d’indignation saisonnier, lui aussi aura changé. Et eux auront survécu à leur propre indignité une année de plus. C’est un pari risqué. Il me rappelle l’âne de Buridan, la célèbre fable de Daudet…

A propos de faits et d’émotions

Je n’ai pas envie de parler d’un enfant, mort, couché sur une plage. Pour tout dire, cette image ne m’a pas particulièrement ému. Quand j’ai ouvert mon journal et que je l’ai vue, là sur la moitié de la première page, une pensée m’est venue: ce fait divers pourrait-il devenir un fait de société ?

Très vite malheureusement, il a fallu se rendre compte qu’il n’en était rien. N’est-il pas extraordinaire de voir comment nos responsables politiques exploitent habilement le moindre dérapage d’un immigré pour insister sur l’absolue nécessité de « ne pas se charger de toute la misère du monde », et de comparer cela au silence pesant qui règne de leur part depuis trois jours ?

J’ai intitulé cet article « à propos de faits et d’émotions ». Je veux y exprimer une opinion politique, mais je veux aussi baser cette opinion sur des faits, sur des bases aussi solides que possibles. Nos responsables politiques disposent de toutes les informations nécessaires pour apprécier correctement la situation migratoire actuelle, et cette situation est finalement non pas extrêmement complexe (comme tous les médias essaient de nous le faire croire), mais extrêmement simple:

  • Il y a aujourd’hui dans le monde un nombre important (des dizaines de millions de personnes) qui souffrent tellement de la guerre, de la discrimination, de la violence individuelle, des catastrophes écologiques, qu’elles ne peuvent plus supporter de vivre là où elles vivent.
  • Le niveau de souffrance de ces personnes est tel que les seuls choix qui s’offrent à elles est de tenter de vivre ailleurs, ou de mourir. C’est une situation qui n’a plus été vécue chez nous de manière collective depuis l’invasion nazie de 1939, et qu’il nous est donc bien difficile d’appréhender, mais c’est aussi une situation très simple: partir ou mourir.
  • Face à un tel choix, il faut absolument comprendre que la politique d’accueil de « ailleurs » est sans aucun intérêt pour la personne en souffrance. Nous ne pourrions créer un environnement pire pour elles qu’en renonçant aux principes humanitaires les plus élémentaires qui fondent même le plus ultra-libéral des modèle sociaux démocratiques. Certains politiques chez nous tentent bien de créer de telles conditions, mais ils continuent heureusement de se heurter aux barrières posées par notre système démocratique.
  • La grande masse de ceux qui fuient se réfugient dans les pays qui à la fois offrent des conditions de vie un peu meilleures et sont assez proches pour qu’ils puissent s’offrir le voyage: on estime à 98% aujourd’hui la part des réfugiés qui se « réfugient » dans leur propre pays ou dans un pays voisin. Ils n’ont simplement pas les moyens de se payer une traversée. « Toute la misère du monde » est donc en fait accueillie par… « toute l’autre misère du monde ». Quelqu’un n’a-t-il pas dit qu’il existait plus de solidarité entre pauvres qu’entre riches et pauvres ?
  • Mais ceux qui veulent aller plus loin, ceux qui disposent finalement de cet « esprit d’entreprise », ce « sens de l’initiative et de la prise de risque » que nos dirigeants posent souvent en vertus cardinales, ceux-là vont prendre tous les risques, embarquer sur des coquilles de noix, traverser les frontières les plus hostiles, passer à travers les barbelés, marcher encore sur les autoroutes de la honte. Nul ne les arrêtera, car ils ont abandonné tout espoir de retour. Ils sont comme les eaux d’un immense torrent en crue qui dévalent vers un misérable barrage de papier.
  • C’est cette vague, ce tsunami, annoncé par tous les observateurs experts du phénomène depuis de nombreuses années (sans me targuer du statut d’expert, cela fait plus de cinq ans que je répète partout où je passe que cette vague ne peut être arrêtée), qui  nous atteint aujourd’hui.
  • Face à une telle déferlante, nous pouvons continuer d’essayer de renforcer les digues. Elles continueront de s’écrouler. Elles rendront aussi nos visiteurs un peu plus déçus, mais pas pour autant plus motivés à rentrer chez eux. Le nombre de retours volontaires est infime, demandez à l’Office des Etrangers, si prolixe à donner des chiffres sur les « invasions », ses chiffres sur les retours « volontaires ». Silence. Car ce chiffre est tellement faible qu’il ne franchirait jamais la barrière statistique du pourcent de quoi que ce soit…
  • La solution est pourtant évidente: toutes les populations qui ont eu affaire à des fleuves en crue ont d’abord tenté de discipliner l’eau en l’arrêtant par des barrage. C’est ainsi que le Nil fut d’abord un fleuve charriant plus de cadavres que de richesses. Jusqu’au jour où l’on découvre que l’énergie mise en vain à arrêter le torrent peut être utilisée avec bonheur à canaliser le fleuve, pour irriguer les terres alentour.
  • Les faits, toujours les faits, nous montrent que malgré les obstacles que nous mettons sur leur chemin, les migrants qui débarquent chez nous sont plus efficace pour entrer dans la vie économique et sociale que n’importe quel autre personne nantie des mêmes moyens de départ. Près des trois quarts des migrants ayant obtenus une régularisation ne sont plus dépendants des systèmes sociaux, mais au contraire en sont des contributeurs nets, et ce quatre ans après leur arrivée. Sur la même période de temps, il est simplement accidentel qu’une personne régulièrement installée dans notre système social arrive au même résultat. Ce sont eux, ces migrants, qui peuvent nous aider à relancer et à repenser notre mode de vie. Ce sont eux la richesse de demain.

Les neurosciences nous enseignent que l’être le plus rationnel est parfois incapable de prendre une décision importante, un peu comme si notre capacité à analyser obturait dans notre cerveau notre capacité à décider. Dans ce cas, l’émotion agit un peu comme une clé, qui ouvre un espace dans l’ensemble des données analysées et permet enfin de choisir un chemin.

Ne serait-il pas temps que les émotions d’aujourd’hui permette enfin à ceux qui nous gouvernent, politiciens mais aussi (et surtout ?) médias, de communiquer que le choix qui se présente à nous, ce n’est pas de laisser entrer ou non chez nous tous ces migrants: ils finiront par entrer. Le choix qui se présente à nous, c’est de les accueillir humainement et de construire avec eux l’avenir de notre partie du monde, dans le respect de nos modes de vie, et dans le respect de leurs individualités, car si nous ne faisons pas ce choix, l’alternative est de les accueillir dans l’hostilité et de multiplier les « jungle de Calais » au milieu de nos jungles urbaines, au risque de voir les unes s’opposer aux autres dans une escalade de violence.

La question n’est déjà plus de savoir s’il faut s’afficher #refugeeswelcome. Le hashtag qui me caractérise en tous cas, s’appelle plutôt #everybodywelcome, car, comme je l’écrivais déjà en décembre 2013, no body is illegal.

Les nouveaux martyrs de l’Europe

Qu’importe qu’ils soient 300 ou 3000 à vouloir tenter de traverser le Tunnel sous la Manche pour atteindre un Eldorado qui ne cesse de se refuser à eux, les migrants qui s’entassent dans d’immondes bidonvilles Calais sont aujourd’hui les victimes – et parfois les martyrs, de la politique migratoire d’une Europe indigne de ses propres ambitions.

Les pères fondateurs de 1957 mesuraient-ils qu’en mettant l’accent sur la prospérité économique d’un continent pacifié, ils ne le feraient qu’en aggravant les disparités avec les pays les plus pauvres de la planète ? Pouvaient-ils alors imaginer ce qui se passerait lorsque nous aurions en Europe à la fois cette opulence qui se mesure plus à l’aune des différences de possession qu’à celle du bien-être collectif, ce village virtuel que nul n’imaginait à l’époque et qui impose le modèle de la consommation effrénée comme standard de vie idéal, mais aussi ces énormes différences de développement avec les pays du Sud ?

Une chose me semble évidente aujourd’hui, les barbelés ne seront jamais assez haut, les gendarmes assez nombreux pour décourager ceux qui fuient une mort programmée par la faim, la maladie, la violence des hommes ou de la nature. Ceux-là qui tentent de venir chez nous n’ont rien à perdre. Nous dépensons en pure perte des millions d’Euros à tenter de les retenir hors nos murs, tout en les laissant crever dans nos murs.

Combien de murs, de barbelés, combien de morts faudra-t-il encore pour se rendre compte que notre façon de réagir au flux somme toute limité d’immigrants est vaine et inefficace ? Alors même que tant au nom du réalisme économique, de notre bien-être futur qu’en celui de la solidarité humaine, la logique la plus évidente serait de mettre en place des solutions d’accueil et d’intégration en lieu et place du rejet.

Celui qui accepte une norme basée sur le rejet de celui qui a besoin de notre solidarité ne doit jamais oublier qu’il finira bien un jour par devenir celui qui a besoin de la solidarité d’un autre…

Un défi, plus qu’une victoire

Une collègue de travail a placé ce soir sur les réseaux sociaux un poème déjà entendu à de multiples reprises. Comme je la suspecte peu d’activisme politique, il s’agissait sans doute d’une bienveillance remplie d’innocence.

– « C’est risqué », dit l’expérience
-« C’est sans issue » ,dit la raison.
– « C’est impossible », dit la fierté.
– Mais « Essayons » murmure le Coeur …

Il me semble que c’est un peu la sensation qui m’envahit en voyant s’afficher les résultats qui nous arrivent d’Athènes ce soir.

Je n’ai pas caché ma sympathie pour le « non ». Je n’ai pourtant aucune envie d’entamer une danse de victoire, ou de chanter quelque chant que ce soit, ici ou place Syntagma.

Y aura-t-il un « avant » et un « après » 5 juillet 2015 pour l’Union Européenne ? Verra-t-on enfin les préoccupations sociales occuper enfin le devant de la scène ?

Une chose me frappait dans une discussion tenue ce soir avec un de mes contradicteurs (au sens premier de participant à une discussion) préférés, chose que  je n’avais pas encore vraiment mis dans la balance de mes réflexions: comment les roumains, les bulgares et tous les autres peuples européens vivant dans une extrême précarité dans notre Europe de l’argent pourraient-ils accepter un accord qui libère la Grèce de son endettement sans leur permettre à eux aussi de bénéficier d’un traitement de faveur?

Le résultat du référendum ne marque pas une « victoire » de la Grèce contre l’Europe. Il comporte cependant une dose non négligeable de nationalisme. Le dernier discours d’Alexis Tsipras allait clairement dans ce sens. Ce résultat, il marque en quelque sorte le moment où la boule de neige « prend » et passe de l’agrégat de flocons à la fusion glacée. Elle est au sommet d’une pente qui part dans de nombreuses directions, et nul de peut dire où elle roulera, et ce qu’elle emportera sur son passage.

Ce qui est donc intéressant pour moi, ce n’est pas tant le fait que le résultat soit un « oui » ou un « non », mais bien que, face à un conflit d’intérêt majeur au sein de l’union européenne, portant sur des questions de priorités politiques, un gouvernement a pu invoquer une « clause de conscience » en s’en référant à son peuple. La question n’était pas tant de savoir si les grecs allaient être pour le oui ou le non, mais bien de savoir s’ils suivraient leur premier ministre dans cet appel à la clause de conscience. Le résultat semble très clair sur ce point.

Nous allons donc observer comment l’écosystème européen va maintenant devoir s’adapter à cette nouvelle situation. Rejet ou adaptation intégrative ? Ce sera bien entendu tout l’intérêt de ce qui va suivre. Car, comme j’aime à le répéter si souvent en citant T.S. Elliot,

Nous ne cesserons point nos investigations
Et le terme de notre quête
Sera d’arriver là d’où nous étions partis
Et d’en savoir le lieu pour la première fois…

Les mauvais combats d’Yvan Mayeur

(c) RTBF 2014
(c) RTBF 2014

Les dernières décisions d’Yvan Mayeur me laissent perplexe. D’une part, j’apprends par la presse qu’il interdit au chef de corps de la police de Bruxelles de recevoir dans ses locaux la visite du ministre de l’Intérieur; d’autre part, la même presse m’annonce que le même bourgmestre de Bruxelles choisit de ne pas accéder à la demande d’Ecolo d’interdire Eric Zemour sur le territoire de la ville.

Je le (re-)dis tout net: je n’aime pas les propos racistes tenus par Monsieur Zemour et je n’aime pas les fréquentations (au moins anciennes) de Monsieur Jambon.

Néanmoins, autant je crois qu’il est inutile d’interdire à Monsieur Zemour de venir se produire dans une grande librairie du centre ville (qui prends ainsi le risque de s’éloigner d’une partie importante de ses clients), autant je crois que c’est une erreur de la part de Monsieur Mayeur de frapper d’ostracisme le Ministre de l’Intérieur. Les vrais combats pour la démocratie doivent se mener à un autre niveau.

Nul n’est obligé d’aller écouter Eric Zemour lors de sa visite en Belgique, nul n’est obligé de le financer en achetant son livre. Que ses employeurs lui fassent subir les conséquences de ses déclarations me parait une réponse proportionnée aux propos qu’il tient. Mais on voit bien que le refus d’Yvan Mayeur n’est pas tant dirigé vers le respect des règles démocratiques: il s’agit simplement d’un acte politique à l’égard d’un parti de son opposition.

Sur le refus de laisser le Ministre de l’Intérieur apporter la bûche de Noël aux policiers ce 24 décembre il me semble ici que les reproches justifiés faits à Monsieur Jambon pour ses fréquentations passées ne doivent pas l’empêcher de jouer son rôle, aussi longtemps que celui-ci se déroule dans un cadre démocratique. Il faut me semble-t-il accepter de séparer la fonction de Ministre de l’Intérieur de celui qui l’exerce, aussi longtemps que l’homme ne commet pas d’actes incompatibles avec sa fonction. C’est ce qui fait pour moi la différence entre Jan Jambon et Théo Francken. Ce dernier a posé, après sa prestation de serment comme Secrétaire d’Etat, des actes qui sont incompatibles avec sa fonction. Comme il le fait encore aujourd’hui avec la question des visites domiciliaires chez les sans papiers. Je ne crois pas que ce soit le cas de Monsieur Jambon.

De plus, d’un point de vue purement stratégique, Yvan Mayeur devrait être beaucoup plus prudent. Il traîne lui même derrière lui une série de casseroles – assez caractéristiques des casseroles classiques du PS – qui pourraient décrédibiliser totalement ses actes soit disant « démocrates ».

La Belgique est devenue aujourd’hui un pays qui  ne respecte plus les droits de l’homme. Les fondements de la démocratie sont en danger. Les intérêts de quelques riches passent avant la survie de 15 pour cent de notre population. Les solidarités quittent le domaine public pour rejoindre celui de la charité privée. Il est encore possible aujourd’hui d’écrire ce que l’on pense mais même cette liberté fondamentale risque d’être mise à mal. La presse libre est muselée par les intérêts financiers, et ce sont les feuilles de propagande populistes qui font l’actualité du citoyen ordinaire, l’abreuvant de peurs des autres, de haine de la différence et créant d’inutiles besoins sécuritaires.

Dans ce contexte, il est important de choisir habilement ses combats et ses cibles, afin de pointer les actes inacceptables tout en laissant aux hommes la possibilité de rester eux-mêmes. Et à ce petit jeu, Monsieur Mayeur vient, me semble-t-il de commettre quelques erreurs qui en font plus une marionnette de Bart de Wever qu’un héros de la résistance.

La déclaration de Jan Jambon que les médias n’analysent pas assez

J’ai déjà parlé de ce point dans un post précédent. Il y a une déclaration de Jan Jambon qui me paraît plus grave que toute autre dans la bouche d’un ministre de l’intérieur, c’est cette intention exprimée d’utiliser les outils à sa disposition pour empêcher notre système démocratique de fonctionner normalement. Comment la presse ne se saisit-elle pas de tels propos pour interpeller le personnel politique ?

Petit rappel: lorsque le 12 ou le 13 octobre, il parle de la philosophie qui a prévalu dans la construction de l’accord de gouvernement « N-VA-CD&V-Libéraux », Jan Jambon déclare explicitement ceci:

« Notre crainte, c’est que le PS revienne à la prochaine législature et détricote toutes les réformes que nous aurons entreprises. C’est pour cela que nous voulons un changement des institutions : pour sécuriser les réformes socio-économiques, juridiques, sur l’asile et l’immigration, etc »

Et clairement, les mesures qui sont déjà annoncées par ce gouvernement démontrent une volonté d’avancer dans cette direction:

  • participation de l’armée aux forces de maintien de l’ordre
  • répression des plaintes « manifestement injustifiées » à l’égard de policiers
  • modification du code électoral (suppression de l’effet dévolutif de la case de tête)
  • augmentation du nombre de caméras de surveillance
  • utilisation de l’argument de lutte contre le terrorisme pour surveiller de plus près tout qui serait considéré comme « subversif ».

pour ne citer que quelques unes des mesures liberticides qui nous attendent.

Vouloir changer les institutions pour éviter qu’un parti – pourtant légitime et respectueux de la démocratie – ne puisse plus accéder au pouvoir, c’est vouloir museler la démocratie non pas pour la protéger, mais bien pour la détruire.

Mettre aux commandes du ministère de l’Intérieur un homme qui a démontré par ses paroles et par ses actes qu’il ne fait que peu de cas des valeurs démocratiques, c’est tendre au parti liberticide le bâton pour nous battre.

Je lis sur de nombreux forums de discussion qu’il faut laisser à ce gouvernement le temps de mettre en place ses réformes socio-économiques pour voir si elles fonctionneront. Et s’il s’agissait d’un gouvernement de centre droit qui voulait mettre en place de telles politiques, sans ambitions cachées, je serais tenter de dire en effet: voyons un peu quels effets ces mesures vont avoir, et maintenons le cadre démocratique.

Mais ici, les réformes socio-économiques sont mise en place pour renforcer aux yeux de l’opinion politique flamande la perception d’une Wallonie qui ne veut pas travailler, et obtenir ainsi l’indépendance à laquelle semble tellement aspirer la N-VA et le VB. Le scénario est machiavélique:

  • la N-VA participe à un gouvernement en s’engageant à ne pas « faire de communautaire » et de fait, la déclaration gouvernementale ne comporte formellement aucun élément en ce sens: la N-VA est donc fréquentable…
  • le personnage clé de la N-VA, pourtant premier parti au gouvernement, ne prend pas le poste de premier ministre qui lui revient de droit. Au contraire, il s’installe au balcon de l’Hôtel de Ville d’Anvers (ou pire sur la place Tien An Men) pour observer « les foutaises » que les wallons ne manqueront pas de lancer…
  • le MR, aveuglé par cette étrange opportunité de pouvoir gouverner sans devoir se coaliser dans sa communauté, doit donc faire toutes ses concessions en termes d’influences communautaires et fédérales. Résultat: il hérite de la diplomatie, sans obtenir aucun ministère régalien. Il sera donc celui qui n’a rien à dire ni dans le domaine économique, ni dans le domaine social, ni dans celui de la sécurité, ni dans celui de la justice, mais qui devra affronter les instances internationales pour défendre les actions du gouvernement…
  • la N-VA, nouveau et inexpérimenté sur la place fédérale, y envoie ses cadors. Et là, il apparaît immanquablement que ceux-ci sont loin d’être des anges en terme de valeurs démocratiques: liens marqués avec l’extrême droite, amitiés collaboratives, comportements publics appelant ouvertement à la désobéissance civile, propos racistes et homophobes, nous en passons et des meilleures… Et lorsque des dérapages surviennent, comme ils n’ont pas (ou ne veulent pas avoir) de personnel de rechange au niveau approprié, ils arrivent à forcer leurs « partenaires » à se transformer en sous-fifres. « Attention dit Charles Michel le 14 octobre, si ça se reproduit [les scandales autour de Théo Francken], je vais me fâcher tout rouge, c’est inadmissible ». Et quand le 15 octobre, on apprend que l’on était loin de tout savoir sur le comportement homophobe et xénophobe du bonhomme… on se contente de fausses excuses
  • Le MR va être mis sous une pression énorme dans les prochains mois. Les syndicats vont occuper la rue. Les grèves vont se succéder, les bus et les trains ne circuleront pas, la poste ne distribuera plus le courrier… soit le MR tiendra le cap, soit il ne le tiendra pas.
  • Si le MR tient le cap, il ne pourra le faire qu’en faisant de plus en plus de concessions à ses partenaires. L’argument selon lequel il faut aussi obtenir « quelque chose » pour les wallons et les bruxellois risque de motiver la N-VA tout autant qu’un steak végétarien peut faire bouger un chacal. La Wallonie et Bruxelles souffriront tant et tant qu’en 2019, le désir de se séparer du reste du pays risque d’être aussi élevé, voir plus fort, au Sud qu’au Nord.
  • Si le MR ne tient pas le cap, la N-VA pourra crier à la démonstration absolue que « décidément ce pays ne peut plus fonctionner sous les diktats en formes de foutaises wallonnes et bruxelloises », renforçant encore sa position en Flandre et aggravant en tout état de cause le fossé entre Flandre, Bruxelles et la Wallonie.

Le résultat de cette analyse, c’est que d’une manière ou d’une autre, la 7ème réforme de l’état est en train de se dérouler sous nos yeux. Sans révision de la constitution, sans avoir l’air d’y toucher, et en reportant toute la responsabilité de la rupture finale sur les wallons et les bruxellois. Et c’est très clairement en renonçant à ses promesses de ne jamais gouverner avec la N-VA, pour assouvir une petite vengeance de court terme (son éviction des exécutifs régionaux et communautaires) que le MR a précipité cette situation.

Mais le MR est-il seul responsable du côté francophone ? Même s’il lui revenait de faire preuve de courage politique, il n’a sans doute pas reçu du PS et du CdH suffisamment de signaux d’encouragement pour s’engager sur une autre voie. Car les majorités alternatives existaient. Il y avait moyen, une fois encore, de se passer de la N-VA. Il y avait sans doute moyen aussi d’envisager non pas un enterrement de première classe pour notre démocratie, mais bien un sursaut des valeurs.

Il devait bien y avoir moyen quelque part, de redonner de vrais accents sociaux à une politique gouvernementale. De se décider à regarder par exemple pour une fois autrement notre politique migratoire. De se baser non plus sur les réflexes populistes du repli sur soi, mais sur les données plus rationnelles des grands centres de recherches (de droite, de gauche ou d’ailleurs) qui tendent toutes à prouver qu’une politique d’ouverture aux migrations permet une relance de l’économie, une augmentation des revenus de tous, une baisse du chômage.

Il apparaît cependant que tous les partis sont aujourd’hui concentrés sur l’activation d’émotions immédiates chez l’électeur. Alors même qu’un gouvernement qui se voudrait réellement de progrès social disposerait de cinq longues années pour éduquer et informer tout en agissant, ni les uns, ni les autres n’ont fait les démarches nécessaires.

Je ne renvoie pas dos à dos MR, PS et CdH. Je condamne sévèrement (mais ils s’en fichent comme un poisson d’une pomme) le MR de cautionner ce qui nous attend. Je crois cependant que tant le PS que le CdH (et dans une certaine mesure Ecolo-Groen et le FDF, ne peuvent se dédouaner de n’avoir pas fait assez d’effort pour offrir une véritable alternative à ce qui nous arrive aujourd’hui.

Lorsque dans ma classe ou dans les couloirs de mon école j’entends des propos parfois moins haineux que ceux qui ont été échangés ces derniers mois entre femmes et hommes politiques de ce pays, j’interviens pour redire ce qui me semble le bon sens: la haine n’amènera jamais des voisins forcés à vivre à côté l’un de l’autre à le faire mieux. Je trouve regrettable qu’ils puissent me répondre aujourd’hui en me disant que si ceux qui nous gouvernent se le permettent, pourquoi ne se le permettraient pas eux-mêmes.

Thierry Afschrift: le libertaire qui ne disait pas son nom

L’homme est un habitué des médias, dans lesquels il pourfend généralement « la rage taxatoire » de l’état à l’encontre de ses richissimes clients. Spécialiste de l’ingénierie fiscale (c’est le nom que l’on donne à la fraude quand vous avez plus de 5 millions d’euros à dissimuler au fisc), cet avocat défraie aussi la chronique pour ses frasques personnelles, comme ses déboires avec l’administration fiscale concernant l’immatriculation de son Hummer.

J’ai donc failli avoir un accident lorsque j’ai entendu le contenu de son tweet de ce week-end.20141010 Tweet Afschrift

 

 

et j’ai failli emboutir la voiture précédente en entendant son intervention dans l’émission Ce Qui Fait Débat dans « Soir première », que vous retrouvez en PodCast ici.

Je crois qu’il est vraiment intéressant de voir que même les valeurs ultra-libérales sont bafouées par ce gouvernement qui va principalement se concentrer sur des actions populistes. Toutes les informations distillées jusqu’ici vont dans ce sens. Assimilation des immigrants en situation illégale à des criminels, « travaux d’utilité publique » imposés aux chômeurs, mise à disponibilité de l’armée pour des missions de maintien de l’ordre…

Comme je l’indique dans un post précédent, il s’agit d’utiliser les résultats d’un processus électoral démocratique pour mettre en danger la démocratie elle-même. Avec un peu de (mal-)chance, l’écriture d’un article comme celui-ci sera un délit dans quelques mois !

Il est donc grand temps d’entrer en résistance civile contre les nombreuses atteintes aux droits démocratiques qui nous attendent.

20141010 Tweet Afschrift

Enseignement: mes pistes pour le nouveau premier degré

Travaillant dans l’enseignement depuis seulement trois ans, je ne peux que constater le peu de crédibilité que la nouvelle réforme du premier degré de l’enseignement secondaire semble recevoir de la part des acteurs de première ligne.

Il est vrai que pour un enseignant avec une longue carrière derrière lui, cette réforme est la énième et ne semble pas fondamentalement « révolutionnaire ». Heureusement d’ailleurs, car les mêmes acteurs de la première ligne se révolteraient sans doute face à un changement massif. Et pourtant…

Et pourtant, il me semble qu’il y a des pistes qui pourraient être examinées, sur base des éléments du nouveau décret, et sans doute même dans le respect de celui ci. Ce que j’ai compris de cette nouvelle organisation (en tous cas pour ce qui concerne le premier degré « commun » que fréquente la majorité de nos têtes blondes dès lors qu’elles ont franchi l’épreuve du CEB):

  • Il faut prendre le premier degré comme un ensemble de deux ou trois ans devant permettre aux élèves d’acquérir les compétences nécessaires pour s’insérer avec succès dans le deuxième degré qui conviendra le mieux à leurs aspirations et à leurs compétences;
  • cette notion d’ensemble implique la disparition du redoublement à quelque stade que ce soit: un élève passe normalement deux ans dans le degré pour obtenir son CE1D, et dispose d’une année supplémentaire (la 2ème S) pour renforcer ses compétences si elles ne sont pas suffisante pour envisager le 2ème degré de son choix.
  • si possible cette réforme doit se faire sans modification sensible en terme de personnel éducatif (heureusement, si l’on veut bien considérer que nous possédons le plus haut taux d’enseignant par élève au monde).

L’aversion de l’être humain face au changement nous pousse à croire que ces modifications devront se faire dans un schéma d’organisation scolaire inchangé. Si c’est le cas, on verra bien entendu des élèves arriver en première année d’humanité en se disant que « de toute manière, en trois ans, on passe d’office ».

Il me semble que l’on pourrait sans doute regarder les choses autrement, à condition de remettre en cause certains tabous:

  1. Le premier tabou que je mettrais à mal est celui de la remise à zéro des compteurs en début d’année scolaire: une fois les épreuves de juin terminées, la réussite ou l’échec constaté, les décrets actuels comptent sur des documents administratifs (les PIA) pour assurer la transition d’une année sur l’autre. Dans les faits, les professeurs trop concentrés sur la relation à créer avec leurs nouveaux élèves, ne lisent pas ces PIA, ne discutent que trop peu avec les collègues ayant pris en charge les élèves l’année précédente, et partent de l’hypothèse que leur cours de deuxième année « doit bien être donné ». Le matériel scolaire n’aide pas: les élèves ont « remis » les manuels de première année en vente, ou en retour de location, et disposent désormais de manuels (de deuxième année) qui n’est peut-être pas encore adapté à leur propre acquisition de compétence.
  2. Le deuxième tabou que je mettrais en question est celui de l’attachement du titulaire à un « groupe classe ». Le titulaire est responsable aujourd’hui d’un groupe d’élèves qui est construit comme un « bloc » immuable, avançant ensemble dans tous les domaines simultanément. Les élèves restent 80% du temps dans le même local (qu’il soit petit, grand, confortablement équipé ou pas), et ils voient se succéder au cours de leur semaine les professeurs. Le titulaire perçoit d’abord la classe comme un « groupe » qui lui appartient en tant que groupe. Il s’attache bien entendu aux individualités, mais ne peut s’empêcher de mettre chaque individualité en relation avec le groupe-classe en qualifiant des notions d’influences mutuelles de l’enfant sur le groupe et du groupe sur l’enfant.

Alors, quelle serait ma proposition ?

  1. Créer une continuité d’enseignement sur les deux premières années pour les élèves respectant un parcours « normal » dans un domaine de compétence: par exemple, comme professeur de néerlandais, une de mes attributions serait de faire suivre le cursus de base en néerlandais à une majorité d’élèves, et ce pendant deux années d’affilée. Je serais donc responsable de les amener à la réussite en deux ans ou à identifier suffisamment tôt un besoin de soutien ou de remédiation. J’enverrais ainsi en remédiation immédiate tout élève qui sur un point particulier du programme, n’arriverait pas à acquérir les compétences requises au même rythme que ses congénères. Ces deux premières années se caractériseraient donc par une continuité d’enseignement, des remédiations immédiates chaque fois que c’est nécessaire, et un bilan de compétences acquises exprimé positivement et pas en terme de réussite ou d’échec. Le complément de cette sanction serait de savoir si les compétences acquises permettent ou non d’affronter la matière proposée au 2ème degré. C’est la notion de « groupe-cours » qui remplace celle de « groupe-classe ».
  2. Du point de vue des élèves, il n’y aurait pas de remise à zéro des compteurs: il faut avoir acquis un niveau de compétence que l’on peut rendre perceptible de manière progressive: un peu comme un jauge qui indiquerait où l’on en est par rapport à un parcours idéal. Et ce parcours n’est pas décrit comme une suite de 2 années, mais bien comme un degré qui se parcours en deux ans. Il n’y a plus de « réussite » ou « d’échec » en première année… parce qu’il n’y a plus de « première » année. Il y a un plus long congé au milieu d’un cycle de deux années civiles. Et dans la grande majorité des cas, on retrouve dans chaque matière le professeur que l’on avait l’année précédente
    Bien entendu, cette proposition présente le risque des situations relationnelles difficiles entre un professeur et un élève. Il me semble que le rôle d’un médiateur scolaire pourrait alors aussi être d’aider à trouver des solutions à de telles situations, incluant à l’extrême le déplacement d’un élève d’un groupe-cours vers un autre…
  3. Que se passerait-il alors la troisième année ? Ne pourrait-on envisager une année beaucoup plus ciblée sur les compétences faisant défaut, et un simple « entretien » des connaissances et compétences dans les domaines qui ont donné satisfaction au cours des deux premières années ? Imaginons même un élève avec de très sérieuses difficultés dans quatre branches importantes: Langue Maternelle, Mathématique, Sciences et Néerlandais. Mon horaire de prof de néerlandais pourrait très bien comporter une plage horaire de quelques heures (plus que l’horaire normal du degré – par exemple 6 heures au lieu de 4) pendant laquelle je travaillerais les points faibles des élèves n’ayant pas acquis les compétences requises en néerlandais. Deux des ces (par exemple) six heures pourraient être consacrées à des travaux pratiques obligatoires pour TOUS les élèves de troisième année du premier degré, afin de maintenir leur niveau de compétence en néerlandais (par exemple en organisant des tables de conversation). J’imagine que tant un prof de math, qu’un prof de français ou de sciences pourrait imaginer une formule similaire.
  4. Un autre rôle qui change fondamentalement d’après moi dans une telle approche, est celui du « titulaire ». De mon point de vue, je ferais disparaître cette notion au profit d’une notion de « coach individuel », tout professeur pouvant être appelé à remplir ce rôle pour un ou plusieurs élèves. Chaque élève devrait choisir ou se voir assigner un professeur (peu importe la matière) qui serait son référent au sein de l’école, et le lien avec les parents en ce qui concerne la scolarité. L’avantage me paraît important: aujourd’hui, quelques professeurs se chargent de toutes les difficultés administratives liées à toute une classe. Cette charge est énorme et rend presque impossible l’individualisation des suivi. L’alternative serait de demander à chaque professeur (ou à des professeurs qui seraient volontaires pour cette démarche) d’effectuer le suivi individuel de trois, quatre ou cinq élèves. Il pourrait alors consacrer plus de temps individuel à chacun de ses « pupilles », et effectuer une coordination plus fine jusqu’au conseil de classe.

Beaucoup diront que mes idées ne sont pas nouvelles. Beaucoup trouveront des tas de raisons pour ne pas pouvoir les mettre en oeuvre. Mais peut-être que cette réflexion m’aidera moi à mettre mes propres idées au clair, et à envisager différemment les années qui se présentent devant moi.

Les plus grands spécialistes de l’hypnose…

En tant qu’hypnothérapeute, j’ai appris qu’une manière très efficace d’induire une transe profonde est d’attirer l’attention de mon patient sur une idée simple et répétitive, qui lui donne un sentiment de confort immédiat. Une fois bien installé dans cette transe confortable, il devient plus simple de suggérer au patient d’agir comme il n’aurait sans doute pas oser le faire avant, pour aller mieux.

Nos hommes politiques semblent avoir suivi le même type de formation, à cette différence qu’ils ne se sentent pas tenu par une déontologie qui veut que l’on ne déploie une stratégie envers un patient que pour lui permettre de se porter mieux, et qu’il est criminel de déployer une stratégie à l’insu du patient dont le bénéfice attendu soit essentiellement pour le thérapeute. Continuer la lecture de Les plus grands spécialistes de l’hypnose…

La peur de l’autre enterrera-t-elle la solidarité, la liberté et l’humanisme ?

1614016_3_09d5_a-peine-intronise-le-nouveau-gouvernementRegardez bien cette photo. C’est celle du gouvernement fédéral belge. Au premier plan, vous y voyez des chantres de la solidarité, du libéralisme et de l’humanisme.

La solidarité, défendue par le parti socialiste, celui-la même qui termine ses congrès, ses réunions publiques en chantant l’Internationale, cette internationale qui à chaque refrain nous parle de la lutte pour le bien-être du genre humain (pas des belgo-belges, pas des gens qui trouvent du boulot, pas non plus de ceux qui capitalisent leur fortune).

Le libéralisme, au coeur du discours… libéral. Qui prône le droit pour chacun de jouir du fruit de son travail, qui a fondé les grandes révolutions du XVIII ème siècle. Qui est au coeur de toutes les grandes réussites économiques. Qui est aussi un idéal de la réussite individuelle.

L’humanisme, ne serait-ce pas une approche de la société qui prône de mettre l’humain au coeur de l’action, qui demande à se recentrer sur les besoins de chaque femme, de chaque homme avant de prendre une décision. Qui pose les droits de l’homme (et de la femme) et ceux des enfants comme base de toute réflexion politique ?

Les gens qui sont au premier plan de cette photo sont censés représenter au plus haut point les valeurs qu’elles et qu’ils défendent. Ils sont les figures de proue de leurs partis. Tous ces partis se réclament de la démocratie. Si ils sont élus, ne peut-on penser que c’est parce que la nation leur demande de mettre les valeurs qu’ils défendent au coeur de leurs actions ?

Alors, comment les défenseurs de la solidarité, de la liberté et de l’humanisme en sont-ils arrivés à réduire la solidarité (en instituant par exemple la dégressivité des allocations sociales), la liberté (en supprimant les barrières entre pouvoir judiciaire et exécutif dans le cadre des peines administratives par exemple), l’humanisme (en renvoyant chez eux des personnes dites « illégales » mais qui n’ont commis d’autre crime que de tenter de s’intégrer dans notre société et d’avoir cru à nos idéaux) ?

Mais toutes ces personnes installées au premier rang de cette photo ont peur. Leur besoin de sécurité personnelle est en danger. Elles se sont accomplies par le pouvoir qu’elles ont acquis ou qu’elles prétendent détenir. Elles ont peur de le perdre. Et cette peur leur vient par contagion. Parce que leurs électeurs sont en danger. Les travailleurs perdent leurs emplois, les PME sont dans une insécurité financière souvent croissante, les hommes et les femmes de ce pays croient ce qu’on leur dit de l’accroissement de l’insécurité physique et sociale.

Quand on a peur, on cherche un coupable au lieu de chercher une solution. Et le coupable c’est l’autre. Mais comment trouver un autre que l’on puisse désigner comme coupable sans prendre le risque que son mécontentement (au coupable) ne se retourne contre l’homme ou la femme politique qui le stigmatise ? Mais bon sang, c’est évident: prenez un coupable qui ne vote pas.

C’est ainsi que nous nous retrouvons avec la peur de l’étranger, de celui qui est différent. On met les malades à l’hôpital, les fous à l’asile, les enfants à l’école, les « illégaux » dans des centres ouverts ou fermés, les protestataires en cabane… On exclut du chômage ceux que l’on n’arrive plus à inclure dans le travail.

Et puis surtout on construit un discours de l’efficacité. Et l’on confie ce discours à quelqu’un dont on espère un peu ou beaucoup qu’il l’exécutera et qu’il sera dont le seul à s’en prendre les conséquences (que l’on espère négative ?)

Et l’on crée un poste de ministre, avec un nom « neutre » : Ministre de la Politique Migratoire (on pourrait presque imaginer que sa mission est de faciliter la migration des candidats) avec une mission claire: DEPORTATION. Et c’est ainsi que la peur permet de substituer une politique d’exclusion, d’enfermement et de tortures (toutes réalités vues, filmées, constatées par diverses commissions indépendantes et internationales sur le traitement des « illégaux » dans notre pays) aux objectifs de solidarité, de liberté et d’humanisme.

Alors le 25 mai prochain, faut-il continuer à faire confiance à ceux qui nous ont vendu la solidarité, la liberté ou l’humanisme et qui nous ont donné l’exclusion, l’enfermement et les traitements inhumains, pour la seule raison qu’ils ont de l’expérience ? L’expérience de quoi ? Pourquoi changeraient-ils demain ce qu’ils font depuis des dizaines d’années ?

Notre démocratie est forte d’une administration de bons petits soldats qui obéissent aux ordres de leurs ministres. Donnons un signal fort aux hommes politiques pour que les ordres se modifient. Chassons la peur de l’autre par une peur plus grande: celle pour les politiques de perdre leur propre boulot. Quand le PS démontre sa panique à coup de publicités anti PTB, c’est un premier pas ! Mais il faut que cette peur les prenne réellement au ventre, sinon, la peur de l’autre redeviendra plus forte. Une peur plus grande que la peur que vous voulez combattre, c’est un des moteurs essentiels du changement.

Le 25 mai, je ne voterai pas pour un parti de la majorité actuelle. Je ne voterai pas pour un parti prônant l’exclusion de l’autre ou la pratiquant. Je ne sais pas pour qui je voterai, et je n’ai besoin des conseils de personne pour cela. Mais je voterai.