Comment la presse tue Schengen …

Ce soir, toute la presse semble ne parler que de cela: Anis Amri, le présumé terroriste responsable de l’attentat sur un des marchés de Noël de Berlin serait passé par Nimègue (Pays-Bas), Anvers (Belgique), Paris (France), Lyon (idem) avant de se diriger vers Turin et l’Italie où un contrôle policier a permis de l’identifier (et de mettre un terme définitif à sa carrière de tueur). Cela ferait donc de l’Allemagne, des Pays-Bas, de la Belgique, de la France et de l’Italie des Etats aux frontières « passoires » qui permettent la libre circulation des terroristes… Continuer la lecture de Comment la presse tue Schengen …

Quand Dalaï Lama trop vieux, lui parfois dire des (grosses) conneries…

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Donc, d’après le chef spirituel tibétain, Prix Nobel de la Paix, chantre de l’illumination, l’Europe doit arrêter d’accueillir des migrants. Et pour cela il y a une raison absolue: il y en a trop. Continuer la lecture de Quand Dalaï Lama trop vieux, lui parfois dire des (grosses) conneries…

Mea Culpa…

 

Une chose que m’a appris mon expérience de la gestion des hommes, c’est que pour être crédible et sincère, la reconnaissance d’une erreur ne doit jamais s’accompagner de justification(s) ni surtout servir de tremplin à de nouvelles demandes, accusations, invitations, etc …

Donc je serai à la fois clair et bref. En laissant entendre à de multiples reprises qu’il pourrait y avoir un « complot » de notre gouvernement pour cacher son échec budgétaire et la lourde facture que celui-ci va faire reposer sur les épaules des plus démunis de notre pays, et que ce « complot » avait pour toile de fond la lutte contre le terrorisme, je me suis livré à ce que je condamne souvent comme une « terrible simplification ».

Devant l’horreur qui a frappé durement Bruxelles et la Flandre hier après avoir détruit des populations entières en de multiples endroits de la planète, je veux reconnaître une erreur de jugement. Non, je ne crois pas que qui que ce soit dans notre gouvernement, pas même les sbires de BdW n’a voulu cela.

De dikke vis en de sardien (fable nationale)

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Ce matin, le président de la N-VA se gausse dans les médias du remarquable travail accompli par « son » ministre de l’Intérieur qui avait promis de nettoyer (au Karcher ?) Molenbeek. Sans doute considère-t-il que cette fois, dans sa poêle à frire, il y a un « dikke vis » !

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Comment le gouvernement NVA-MR se sort du piège budgétaire

Ceci est peut-être une fiction
Lors du « kern » extraordinaire de ce lundi 14 mars 2016, l’ambiance au 16 rue de la Loi est on ne peut plus tendue. Les propositions budgétaires sur la table sont clairement incompatibles. Les chiffres disponibles pour travailler sont encore moins fiables que s’ils avaient été calculés par un comptable de l’Office Wallon des Déchets.

Les titres qui pourraient barrer les « Unes » de la presse, même flamande ont de quoi faire peur aux éminences réunies en conclave. Il est grand temps de trouver une solution. Quand soudain l’un des vice-premiers (selon des sources concordantes) prend incidemment la parole: « si seulement un attentat pouvait nous tomber dessus … »

Sans en dire plus, un homme se lève alors. C’est le Ministre de l’intérieur qui se rapproche de Charles Michel pour lui glisser quelques mots à l’oreille. Un sourire se dessine sur leurs deux visages et le chef de file NVA au gouvernement se retire discrètement.

Quelques heures plus tard, des experts des différents départements concernés par le budget, en particulier la Santé Publique et l’emploi écoutent religieusement les instructions des experts de la NVA. La Ministre du Budget, elle, écoute les conseils de son Président de parti. Rapidement le tour de la question est fait: il y en avait pour 2 milliards et demis d’euros, on reprend toutes les mesures dont tous les experts nous disent qu’elles ne vont pas fonctionner, mais on s’en f… l’important c’est de (vite) donner le change. Et « Abracadabra… le déficit n’est plus que d’un milliard (ce qui ne fait qu’une centaine d’euros par citoyen, une paille n’est-ce pas ?)

Mais la pièce principale se joue ailleurs, un peu plus loin dans la rue de la Loi, au cabinet de Jan Jambon. Dans la salle de réunion, des représentants de la Police Fédérale, des Affaires Étrangères, de la coordination « Attentats de Paris ». Il ne leur faut pas plus de deux heures pour monter l’opération « St Denis-Forest ». Objectif:  un suspect lié aux attentats de Paris est « tracé » par les services belges depuis quelques semaines. La logique voudrait que l’on attende encore un peu avant d’intervenir, car on sait qu’il doit bientôt rencontrer l’ennemi public numéro un. Certains signes indiquent que la Presse risque de s’emparer du sujet d’un jour à l’autre. Tous les efforts auraient alors été vains.

Alors, puisque les fuites sont là, on va les exploiter, d’autant que les éditorialistes sont super bonnes poires lorsqu’il s’agit de leur vendre du terrorisme. Il suffit de leur dire que l’on fouille dans une affaire liée aux attentats de Paris pour qu’ils écrivent tout seuls qu’on a déjoué un attentat à Bruxelles. Depuis novembre, des bombes explosent tous les jours en Syrie, en Irak, tous les mois en Turquie ou dans le Maghreb. Elles ont explosé à Paris, jamais à Bruxelles. Sommes nous donc le seul pays d’Europe capable de déjouer les attentats tout en ayant la police qui ne détecte pas les terroristes qui vont ailleurs en Europe ? Ou sommes nous un de ces pays qui de par leur petite taille, leur petit rayonnement géopolitique et leur absence de tout symbole important n’intéresse pas les terroristes ? Vous imaginez, vous, toute la portée d’une destruction de Manneken Pis sur les pontes de l’ONU et de l’UNESCO ?

Mais pour être crédible, cette fois, il faudrait vraiment que l’on ait quelque chose à se mettre sous la dent. Et là, il y a ce bonhomme à Forest…

6h30 du matin. Mon réveil sonne. J’ai du rêver. Mais sur mon journal du matin, il n’y a plus aucune trace du trou budgétaire. Il y a aussi un éditorial de Béa Delvaux qui prétend que la Belgique a échappé à de  nouveaux attentats. Mais surtout comme toujours depuis Novembre, il n’y a rien.

Le niveau 0 de la démocratie est proche

Depuis la mi-novembre 2015, notre pays vit une situation politique particulière. Sans en avoir référé au parlement, notre gouvernement a mis en place une politique sécuritaire qui n’est basée sur aucun élément objectif. Bien entendu il y a eu une série d’attentats à Paris (nul ne contestera l’ampleur médiatique de ce drame), bien entendu une partie des pistes parisiennes mènent à Bruxelles. Les faits s’arrêtent très exactement là. Pas un millimètre plus loin.

Tout ce qui dépasse cela, c’est de la conjecture. Ce sont des mots (« menaces », « imminentes », « concrètes »,…) mais dont personne, hors ceux qui les prononcent ne peut contrôler la réalité.

Ce qui n’est pas observable n’est que très relativement concret. Or, ce qui est observable en matière de sécurité, c’est qu’à Bruxelles, le 1er janvier 2016, il n’est pas possible de faire 300 m au centre ville sans rencontrer un groupe de militaires ou de policiers. Ce qui était observable le 31 décembre à 21h00 au centre de Bruxelles, c’est qu’il fallait passer deux cordons de policiers pour atteindre le sapin de Noël de la Grand-Place, que la fouille au corps était obligatoire pour chaque personne, mais qu’en montrant spontanément l’intérieur de la moitié d’un sac à dos, personne n’en contrôlait l’autre moitié (expérience totalement personnelle !), que personne ne m’a demandé quel était l’objet plat et rigide de 20 cm x 10 cm que j’avais dans une de mes poches… Mais partout, bien visibles, ces véhicules blindés, ces camions militaires, stationnés sur des places vides des fêtards qui auraient dû les remplir.

Ce qui est également observable, ce sont les atteintes de plus en plus importantes aux libertés fondamentales, décidées dans un contexte  hyper-émotif. La stratégie est connue et ne date pas d’aujourd’hui: créer une peur extérieure (ici des terroristes barbus) à coup d’émotions médiatiques (images des massacres réels en Syrie, en Irak,…), utiliser un événement déclencheur pour transformer l’émotion en peur (les attentats de Paris), renforcer cette peur par des éléments non vérifiables mais plausibles (les yoyos de niveaux de menace de l’OCAM, instrument de la politique sécuritaire du gouvernement N-VA), et se retrancher derrière des mesures dites « préventives », basées sur le principe « celui qui n’a rien à se reprocher n’a rien à cacher » pour permettre aux forces de l’ordre de contrôler plus en étant elles-mêmes moins contrôlées.

Mais comme les-dites « forces de l’ordre » restent principalement dirigées par des femmes et des hommes qui pourraient avoir conservés un certain sens des droits fondamentaux, il est aussi essentiel de les « aider », par exemple en installant de manière de plus en plus permanente l’armée dans nos rues. L’armée qui elle, est un instrument du pouvoir qui « exécute ». Bien entendu, on insistera beaucoup (surtout les premières semaines) sur le fait que le maintien de l’ordre est l’affaire des forces de police et que l’armée ne fait que du « sécuritaire ». Puis, peu à peu, on annoncera la « mutation » possible de quelques milliers de ces militaires au sein de la police… (annonce faite la semaine dernière par notre gouvernement N-VA).

Jusqu’ici, je n’ai évoqué que des faits. Et ces faits nous montrent une réalité qu’il faut savoir regarder en face:

  • le terrorisme existe, il frappe tous les jours en Syrie, en Irak, et depuis 2001, il a dû frapper une vingtaine de fois en dehors de ses « zones de confort »;
  • le seul acte terroriste effectif répertorié ces dernières années en Belgique est l’attentat du musée Juif de Bruxelles. Tous les autres ont été, selon les autorités, « déjoués ». En d’autres termes, ils n’ont pas eu lieu et il est impossible de savoir s’ils auraient pu avoir lieu.
  • le gouvernement N-VA/MR a pris une série de mesures qui dans les faits réduisent les libertés fondamentales (droit de circuler, de se rassembler, inviolabilité du domicile), et augmentent le contrôle militaire et policier sur la population civile.

Ces faits nous montrent bien que si le terrorisme est une menace hypothétique, l’atteinte à nos libertés fondamentales est bien réelle. Que si le degré de la menace est un OVNI qui se ballade dans les sphères du 3 ou du 4, la démocratie, elle est une réalité qui risque de se réduire d’ici peu à 0.

« Ca » n’arrivera jamais… ou comment clôturer en beauté 2015 !

Voilà, c’est fait. Quand il y a trente ans toute l’Europe regardait goguenarde un vieux déjà gâteux invoquer Jeanne d’Arc en réclamant « La France aux français », l’immense majorité d’entre nous pensait à un épiphénomène qui s’éteindrait étouffé par sa propre vacuité ou son ridicule.

Et nous voici, ce lendemain de St Nicolas, improbables Bruxellois, coincés au milieu d’un territoire contrôlé par des nationalistes eux-mêmes otages d’une des extrêmes-droites les plus agressive d’Europe, et à 100 km d’un nouveau territoire soumis aux chemises brunes de la famille Le Pen.

Est-ce donc ici que nous ont amené septante années de paix gagnées par une coalition qui l’espace d’une guerre avait fait passer au second rang les formes les plus caricaturales du libéralisme et du socialisme pour vaincre ce que l’on appelait alors la bête immonde ?  Combien de familles déchirées, amputées pour cela ? Et aujourd’hui leurs enfants et les générations qui les suivent semblent avoir tout oublié. Faut-il avoir été marqué personnellement au fer rouge pour craindre le feu ? Voir les souffrances, les blessures de nos mères et de nos pères ne nous aura donc pas suffit.

Je ne sais quel sera l’événement retenu par les historiens lorsqu’il s’agira de définir le jour où l’Europe bascula à  nouveau dans l’obscurantisme. Il ne sera cependant pas loin de l’année 2015. Une année pendant laquelle ceux à qui nous avions confié le sort de l’Europe ont choisi de céder à  la peur et à la confrontation. Une année pendant laquelle cinq à six millions de réfugiés se sont retrouvés sur les routes du monde à fuir les meurtres, les viols, les mutilations et les catastrophes naturelles. Une année pendant laquelle l’Europe a vendu plus d’armes aux pays du tiers monde qu’il n’en faut pour détruire la planète. Une année pendant laquelle les banquiers du monde, ressuscités de la crise qui les avait mis au tapis il y a sept ans auront refusé d’aider ceux-là même qui les avaient nourris quand ils mourraient de faim. Une année pendant laquelle chaque jour qui passait aura vu des milliers d’êtres humains mourir soit de faim, soit sous la torture, soit sous les bombes financées par nos achats de pétrole, d’essence et de gaz. Une année pendant laquelle nous aurons continué d’acheter des T-shirts fabriqués avec la sueur d’enfants esclaves bien loin d’ici. Une année qui se terminera avec un arbre de Noël dont l’ombre couvrira des « objets connectés » fabriqués en Chine, en Inde ou en Corée, par des armées de travailleurs sous-payés. Une année pendant laquelle rien qu’en Belgique 600 personnes seront mortes sur les routes, la plupart fauchées par des conducteurs en excès de vitesse, d’alcool, ou des deux. Une année pendant laquelle comme toutes les précédentes, ce seront les crimes commis à l’intérieur même des familles qui auront fait le plus grand nombre de victimes.

Et pourtant, que retiendrons-nous de cette année ? Qu’est-ce qui va occuper la une des rétrospectives qui vont se succéder dans les prochains jours dans nos journaux et sur nos écrans ? La mort des journalistes de Charlie Hebdo, celle des 130 victimes du 13 novembre à Paris, celles du Musée Juif de Bruxelles. Et surtout la peur, cette peur que nos dirigeants incapables de nous faire aimer la paix ont choisi de distiller en nous pour assoir leur emprise. Cette peur qui nous fait accepter l’amputation systématique de nos libertés. Cette peur qui justifie de jeter dans nos rues des gamins en treillis militaire. Cette peur qui fait prendre à un Premier Ministre des airs de matamore à la proue d’un bateau parti faire une guerre impossible à un ennemi insaisissable.

Cette peur qui fait enfin que de Copenhague à Séville, une tâche brune s’étend de plus en plus sur l’Europe, que là où l’on voyait des foyers de résistance, ceux-ci se retrouvent bien vite éteints par de nouvelles peurs. Et l’incontestable victoire du Front National en France ce dimanche, couplée au manque d’intérêt évident de la population pour la chose politique (il suffit de voir le taux d’abstention de ces élections régionales pour s’en convaincre), nous montre l’ampleur de l’échec éducatif auquel nous sommes confrontés.

Je veux en effet parler d’échec éducatif, et donner à cet échec une dimension collective. Il serait trop facile de dire « c’est la faute aux politiciens ». Nous avons encore la chance – pour combien de temps encore ? – d’avoir à la tête de nos pays des femmes et des hommes choisis par l’ensemble de leurs populations. Que cela nous plaise ou pas, les femmes et les hommes qui nous gouvernent sont le reflet de ceux qui les ont élus. Prenons nos responsabilités collectives. Nous avons élu des représentants soumis aux injonctions des milieux nationalistes, économiques, financiers, sociaux et/ou sociétaux. Parmi ceux-ci, ce sont les représentants nationalistes, qui se nourrissent des peurs de l’autre qui ont aujourd’hui la cote et qui nous dirigent. Comme les leaders de mouvements sociaux (comme les syndicats) ou sociétaux (comme les écologistes) sont généralement centrés sur la défense des droits des êtres humains dans une approche internationale ou universelle, leurs intérêts sont rarement communs à ceux des nationalistes, centrés sur des politiques de soit disant identité culturelle. C’est ainsi laisser le chemin libre à une alliance entre nationalisme et libéralisme économique et financier. Car ce qui intéresse au plus haut point l’actionnariat des firmes transnationales, c’est la maximisation de ses profits. Et celle-ci se trouve finalement facilitée (du moins à court terme) par une forte liberté de circulation des biens, combinées à une faible liberté de circulation des personnes. Seule cette combinaison permet en effet de faire produire par des enfants esclaves les T-shirts ou les iPhones qui seront ensuite achetés par les consommateurs plus nantis.

Nous voici donc avec cette situation que doit craindre tout système un tant soit peu démocratique: élire des représentants dont les intérêts sont en conflit avec ceux du système. Et ce qui est prévisible se passe:

  1. Créer un sentiment de peur qui fasse se « resserrer » la population derrière ceux qui la gouvernent.
  2. Identifier un ennemi aussi différent que possible du « coeur de cible » électoral, et de préférence incapable (au sens juridique du terme) de se défendre: quoi de mieux aujourd’hui que d’hypothétiques barbus terroristes, si possibles réfugiés syriens mais à la fois tortionnaires de réfugiés syriens…
  3. Faire croître artificiellement le sentiment de peur de l’ennemi, par exemple en utilisant des événements extérieurs pour faire croire à une menace intérieure, quitte à devoir gérer l’absence totale de preuve d’une menace intérieure à coup de « secret de l’enquête »…
  4. Démanteler les outils de contrôle démocratique vis à vis du pouvoir en place (tentative de ré-introduire la censure – affaire Mythra/Médor, suppression des juges d’instruction en matière de criminalité financière, concentration des pouvoirs judiciaires dans les mains policières,…)
  5. Créer une prison émotionnelle pour les autres acteurs politiques qui – soumis à la peur de leur propre électorat sans doute – acceptent de jouer la « solidarité nationale » vis-à-vis d’une menace dont on refuse de leur montrer la réalité.

Les étapes suivantes sont malheureusement trop connues. Restriction des libertés individuelles (il est bien connu que « si vous n’avez rien à cacher », cela ne pose pas de problème que l’on puisse examiner en détail votre vie privée). Fin des mécanismes de solidarité sociale (exclusion des chômeurs, des pauvres, des étrangers…)

Dans le schéma qui se construit en Belgique, on voit comment la N-VA est en train de construire une situation dans laquelle, idéalement, ce ne sera plus elle qui demandera un démantèlement des solidarités nationales, mais bien les « autres » (Bruxellois ou Wallons). Ce qui lui permettra la plus ultime des forfanteries: comme c’est logiquement celui qui exige de pouvoir partir d’un système de solidarité qui doit en payer le prix, ce seront donc encore les Bruxellois et les Wallons qui passeront à la caisse… Là où tout le monde disait « laissons les nationalistes flamands partir d’eux-mêmes, ils seront confrontés à une note salée qui les fera réfléchir », on peut constater qu’en effet, ils ont réfléchi et retourné la phrase dans l’autre sens, tout en rendant la vie impossible sur le plan des valeurs aux partenaires bruxellois et wallons.

2015, après 70 années de paix relative, l’Europe de l’ouest retrouve ses démons. La génération qui avait connu le pire s’en est allée, et même ses enfants n’auront pas été capables de défendre les acquis de cette paix.

 

Réfugiés, terroristes, et nous, et nous, et nous…

Trois informations qui retiennent mon attention dans les « fils info » du jour:

Pourquoi ces trois informations ? Parce qu’elles démontrent une fois encore que la politique de peur et de terreur n’est pas l’apanage d’un seul camp. Parce que notre pays préfère « surveiller » les candidats réfugiés et les laisser se précariser dans la rue. Parce que si nous sommes prompts à pleurer les morts parisiens des attaques de DAESH, nous considérons comme « normales » les victimes collatérales des bombardements que « notre » coalition effectue à l’étranger.

Si nous trouvons que « nos » morts justifient que « nous » portions la mort chez les autres, pourquoi en serait-il autrement pour eux ?

L’on connaît le cynisme de ceux qui partent en guerre au nom de la défense des droits de l’homme, mais qui en fait n’opèrent que sur les « théâtres » d’où ils peuvent espérer un bénéfice économique, immédiat dans le commerce des armes, et à moyen et long terme par l’accès privilégié qu’ils se garantissent à certaines ressources naturelles ou financières.

La réponse du Cabinet de la Ministre de l’Enseignement Obligatoire

Je vous avais communiqué hier la lettre que j’avais envoyée à Madame la Ministre de l’Enseignement Obligatoire.

Je viens de recevoir une réponse, et il me semble plus honnête de ma part de la reproduire. En effet, l’élégance de répondre à un courrier comme celui que j’ai adressé doit être reconnue, même si le contenu est bien entendu sans surprise (et ne me pose d’ailleurs pas problème).

J’ai cru comprendre hier soir qu’une commission d’enquête spéciale sur le terrorisme serait  lancée au Parlement, j’espère que celle-ci aura bien pour mission d’examiner la mesure dans laquelle le Gouvernement aura été respectueux des droits et des libertés individuelles dans ses interventions policières et militaires.

Voici le texte de la réponse du Cabinet de la Ministre de l’Enseignement Obligatoire:

J’accuse bonne réception de votre courriel  de ce 24 novembre à Madame la Ministre, et vous en remercie.

Par la présente, je souhaite vous indiquer que Madame la Ministre a travaillé en étroite collaboration avec les autorités compétentes et sur base des informations et des recommandations qui étaient communiquées, tout en intégrant les approches des membres du cabinet qui avaient une connaissance pragmatique de l’école, comme anciens préfets, ou directeurs d’école primaire ou secondaire.

Elle comprend les réflexions que vous formulez, les hypothèses que vous avancez.

Elle mesure la tâche particulièrement complexe qui est la vôtre dans le cadre scolaire qui est le vôtre.

Elle vous demande de faire confiance à votre expérience et votre bon sens pédagogique pour mener à bien, autant que possible, cette rencontre avec les questions particulières de vos élèves dans leurs spécificités.

Si certaines mesures de prévention et/ou de protections devaient être adaptées ou réévaluées, n’hésitez pas à en parler à votre direction, à vos représentants syndicaux et/ou, le cas échéant aux membres de votre Conseil de prévention et de protection du travail  ou de votre Conseil d’entreprise.

Conscient de la difficulté de cette période, je vous prie d’agréer mes salutations respectueuses,

Qui veut la peau de Bruxelles ?

Je suis bien entendu horrifié par les attentats du Sinaï, de Beyrouth, de Paris et de Bamako, comme je suis horrifié par les centaines de morts quotidiens en Syrie, en Afghanistan et dans tant de contrées qui n’apparaissent jamais sur nos écrans plats…

Je ne désire pas plus qu’un autre périr sous le feu d’une arme, qu’elle soit de guerre, de chasse ou d’autre chose. Et j’attends des services régaliens de l’Etat auquel je verse annuellement des impôts qu’il assure avec ses forces ma sécurité et garantisse ma liberté, sans sacrifier la seconde à la première.

Ces précautions étant prises, il me faut aussi poser maintenant la question de savoir ce qui se passe aujourd’hui à Bruxelles, et en particulier de distinguer les faits avérés des spéculations.

Dans la catégorie faits absolument avérés:

  • 7, 8 ou 9 personnes ont semé la terreur et la mort à Paris, le vendredi 13/11/2015
  • plus de 130 personnes sont mortes dans ces actions
  • des revendications émanant de DAESH existent pour ces actes criminels
  • des véhicules utilisés dans ces attaques venaient de Belgique, loués par un ressortissant belge, et plusieurs des assaillants étaient belges
  • toutes les fonctions régaliennes de l’Etat belge sont aux mains de ministres flamands non bruxellois, et les plus exécutives (intérieur et défense) sont aux mains de la N-VA. Le premier ministre n’est pas non plus bruxellois
  • Les autorités bruxelloises sont très peu présentes au Centre de Crise et au Conseil de Sécurité
  • Les décisions les plus graves, portant atteinte aux libertés fondamentales sous couvert de la sécurité concernent principalement Bruxelles et les bruxellois
  • Le Conseil de Sécurité a décidé d’étendre sa période de pouvoir « hors contrôle » au moins d’une semaine
  • Aucun dispositif de contrôle démocratique par le Parlement des décisions prises par le Conseil de Sécurité n’est à l’ordre du jour

Ce qui relève (à divers degrés) de la spéculation:

  • les attaques étaient coordonnées (hautement probable – les faits se sont déroulés en public)
  • il existe au moins un de acteurs de ce scénario morbide qui est encore en vie, il semble qu’il n’ait pas « osé » se faire sauter, il s’appellerait Salah Abdeslam (hautement probable – les informations sont assez précises)
  • le « cerveau » qui aurait organisé tout cela est belge (probabilité questionnable – relevant de l’information secrète et incontrôlable par le public)
  • la Belgique serait visée par des attentats du même type (probabilité questionnable – aucune trace publique de la menace exprimée par les autorités alors que généralement les menaces de DAESH sont explicites)
  • Salah Abdeslam serait dangereux et planifierait quelque chose « contre la Belgique », on ne sait pas très bien quoi ni où, mais on sait que ça ne vise pas les écoles qui vont rouvrir mercredi, et suffisamment peu le principal ensemble de tunnels bruxellois (le métro) que pour pouvoir le rouvrir lui aussi mercredi (le gars qui n’a pas osé se faire sauter à Paris serait tout à fait prêt à le faire à Bruxelles – parce qu’il aurait le mal du pays ? – probabilité faible à invérifiable)

Des magistrats s’élèvent contre cette situation, ainsi que des avocats. Je ne suis donc pas le seul à m’inquiéter du manque de contrôle démocratique face à cette situation. Depuis ce mardi matin, un parti politique s’est enfin réveillé et réclame une commission parlementaire spéciale.

Politiquement parlant, la situation doit aussi être regardée à travers les ambitions politiques des partis au pouvoir. En écornant l’image de Bruxelles, les ministres N-VA du gouvernement préparent sa mise sous tutelle. On sait aujourd’hui qu’il ne faut plus compter sur le MR pour défendre les francophones: Charles Michel est prêt à toutes les concessions pour rester au pouvoir. Il s’est tellement contredit depuis la campagne électorale  (comme par exemple ceci ou cela) qu’il n’y a plus aucun espoir à mettre en lui de voir le franchissement d’une « ligne rouge » de la part de son partenaire au gouvernement. Il est finalement beaucoup plus triste de constater qu’aucun parti n’a jusqu’ici osé soulever ce problème fondamental: quand le gouvernement se présentera-t-il devant un ensemble d’élus – y compris de l’opposition – pour leur démontrer la réalité de l’imminence de cette soit-disant menace ?

Car de deux choses l’une: soit cette menace est réelle, avérée et documentée, et alors le Premier Ministre ne doit pas craindre de l’expliquer aux représentants du peuple – fut-ce à huis clos, soit il refuse cette explication et la seule raison possible est que ces éléments déterminants d’information n’existent pas.

Lorsqu’un régime démocratique s’effondre, c’est rarement du jour au lendemain. Par contre, l’aveuglement des partis traditionnels, même dans l’opposition, face aux déclarations de « bonne foi » (ou ici « d’âme et conscience »), est toujours le déclencheur de la perte de contrôle d’une population sur son propre destin.

Aujourd’hui la seule vraie certitude est celle que Bruxelles n’est plus une région autonome, elle est tombée sous le contrôle de l’état fédéral qui lui dicte comment elle doit vivre, éduquer, circuler. Un premier pas important vers l’objectif clair du nationalisme flamand.

Vivre dans un état de non-droit…

Depuis maintenant trois jours, la Région Bruxelloise vit une expérience socio-politique particulière: les libertés fondamentales des citoyens sont de facto limitées (accès limités aux transports publics, fermeture de certains services publics, accès interdit à l’éducation, injonction au silence sur les réseaux sociaux pendant que se déroulent des actions policières dont les justifications précises ne sont pas données, absence totale d’explication sur les opérations militaro-policières en cours ou terminées,…).

Bien sur, tout cela se fait dans la suite de faits terroristes avérés en dehors du territoire et au nom d’une menace que la plupart d’entre nous considère (sans doute à juste titre) comme tangible.

Il reste que, contrairement à nos voisins français qui ont choisit une voie de contrôle démocratique à travers le choix par le législateur de l’état d’urgence, et de sa limitation dans le temps, en Belgique, c’est le pouvoir exécutif qui se substitue de fait au législatif.

La disqualification du pouvoir législatif dans les processus policiers en cours est flagrante: quand les français réunissent leur Congrès pour faire voter l’état d’urgence pour une période limitée de 3 mois, le gouvernement belge ne se soumet à aucun moment à un processus transparent de contrôle par le parlement. Bien entendu Mr Michel ira dire à la Chambre ce que Jan Jambon (et donc BdW) lui souffleront à l’oreille, et bien entendu, au nom de « l’unité nationale » contre les « horreurs » du terrorisme, aucun député n’osera suggérer qu’une action soutenue et émanant du Parlement serait plus adéquate qu’un « license to kill » délivré a postériori. Personne ne demandera que l’on vote quoi que ce soit, et sans autre limitation dans le temps que celle que voudra bien décider la marionnette qui dirige notre gouvernement, ses sbires sécuritaires N-VA (qui dirigent l’Intérieur et la Défense) vont pouvoir parader devant leurs électeurs, bien loin de la Flandre, en montrant encore du doigt Bruxelles comme porte d’entrée du Royaume du Mal.

Encore une fois, je ne nie pas la très haute probabilité d’une justification des mesures prises par le gouvernement. Il me semble simplement qu’elle pourrait faire l’objet d’une loi de pouvoirs spéciaux qui autoriserait l’exécutif à cumuler les fonctions du législatif et du judiciaire pendant un temps déterminé.

Il semble que pour l’instant le pouvoir judiciaire ne soit pas plus inféodé au pouvoir exécutif qu’il ne l’a toujours été (les magistrats restent des hommes nommés par des politiciens), même si les derniers développements en matière de liberté de la presse peuvent générer certaines inquiétudes. Mais une vigilance absolue me semble requise là aussi…

Les 12 mesures qui n’empêcheront jamais un fou de commettre un acte terroriste

Après les attentats dramatiques et ignobles qui ont frappés la France et la Belgique au coeur de leurs valeurs fondamentales ces dernières semaines, on attendait logiquement de nos gouvernants qu’ils prennent des mesures symboliques pour protéger les populations des actes de folies de quelques fanatiques, sans mettre en danger ces valeurs mêmes qui ont été attaquées de l’extérieur.

C’était sans doute oublier que les gouvernements (et singulièrement le nôtre) sont aujourd’hui inféodés aux mouvements populistes qui profitent de la mauvaise gestion des crises économiques et sociales pour instiller leurs politiques de peur, de haine et d’exclusion.

Ainsi, on a sans surprise pu constater que les douze « mesures » prises par le gouvernement N-VA (car, au vu de la campagne d’affichage, il n’y a pas de doute, c’est la N-VA qui est au commande)

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allaient toutes dans le même sens: la réduction de nos libertés fondamentales. En quelque sorte, au nom de la défense de nos libertés fondamentales, pour lutter contre des gens qui sont prêt à mourir – et qui le prouvent – parce que leurs valeurs vont à l’encontre de ces libertés fondamentales, nous allons … réduire les libertés fondamentales.

Quelle plus belle victoire pouvons nous offrir aux radicaux de tous poils que d’agir dans le sens qu’ils veulent imposer à l’histoire, sous prétexte de les retarder dans leur combat ?

On aurait pu espérer, comme je le lisais hier encore sous la plume d’Anne Löwenthal et d’autres, que les fameuses douze mesures ressembleraient plutôt à ceci (piquées à Anne Löwenthal sur son mur Facebook):

1. Une réforme en profondeur de l’enseignement
2. La création d’un service d’accueil et de désintoxication des jeunes embrigadés par des extrémistes
3. La fin des exclusions des chômeurs et la réintégration des exclus
4. Un renforcement des associations d’alphabétisation
5. L’instauration d’une allocation universelle avec un partage du temps de travail
6. L’ouverture de crèches pour garantir un accueil de qualité à tous les enfants
7. Une réelle gratuité de l’enseignement
8. Un renforcement des moyens alloués à la culture
9. Un renforcement des services sociaux
10. La suppression des SAC
11. L’intensification de la lutte contre les discrimination
12. La fermeture des prisons au profit de mesures alternatives

Je ne dis pas que je partage à 100% ces propositions (en tous cas dans l’optique d’une lutte contre le radicalisme religieux), mais une chose me paraît certaine:

Aussi longtemps que nous nous contenterons de renforcer les mesures répressives à l’égard de gens qui n’aspirent qu’à devenir des martyrs, nous renforcerons leurs motivations à agir et donc risquons principalement d’être contre-productifs. Faire un mort chez les radicaux, c’est aussi motiver 10 autres à se lever.

Les mesures de protection des populations civiles ont du sens, aussi longtemps qu’elle ne serve pas principalement à restreindre les libertés individuelles. Or ce que va faire notre gouvernement c’est diminuer nos libertés individuelles (plus d’écoutes, plus de contrôles a priori, plus de délits de sale gueule, plus de fichage, moins de liberté d’association, …)

Les vraies mesures de prévention vont dans le sens de l’éducation et de la désintoxication: quels moyens sont aujourd’hui mis à la disposition des enseignants, confrontés aux discours d’ados en révoltes – rappelons que c’est le rôle d’un ado d’être en révolte – qui soutient les thèses complotistes ? Quels espoirs leur donner pour leur avenir ? Dans quelle mesure les responsables d’entreprise qui ont défilés dimanche dernier seront-ils moins curieux de la couleur de la peau des candidats employés pour ne se concentrer que sur les compétences offertes ? Verra-t-on demain la grande fraternité des marches « Charlie » se transformer en une fraternité et une égalité réelle face à l’emploi, à l’aide sociale, à la solidarité en général ?

Le débat n’est pas tant celui de l’intégration que celui de la véritable égalité des chances. Aussi longtemps que des jeunes se sentiront exclus de notre société parce qu’ils n’ont pas le bon patronyme, la bonne couleur de peau, le bon accent, le bon vêtement sur eux, la bonne casquette, le bon couvre-chef (honnêtement, qu’est-ce qui est le plus ridicule, le dernier bibi de Mathilde où le foulard de votre voisine ?), ces jeunes se regrouperont et écouterons ceux qui savent utiliser leurs ressentiment normal pour les transformer en martyrs potentiels.

Finalement, ce qui est le plus étonnant, ce n’est pas que quelques dizaines de jeunes exclus deviennent des terroristes. C’est que devant l’absence d’action contre l’exclusion, il n’y en ait pas des milliers…

 

Sagesse chinoise, Charlie et la systémique

Je m’étais dit que je ne reviendrais plus sur la question de Charlie, mais une anecdote et un bout de vidéo me sont parvenus, par des voies parfois distinctes, et qui me permettent d’apporter une vision systémique dans le débat sur les responsabilités respectives du drame de Charlie Hebdo.

Comme enseignant, je me suis bien entendu retrouvé confronté au discours déjà mentionné à de nombreuses reprises dans la presse du « bien entendu, ce n’est pas bien de tuer 12 personnes comme cela [sic]… MAIS il faut bien reconnaître qu’ils l’avaient bien cherché… qu’ON les avait prévenus, ON leur avait même envoyé un cocktail Molotov [resic] ». Et bien entendu, j’ai retravaillé avec ces chères têtes blondes (ou pas) les notions de liberté et de neutralité religieuse de l’Etat et du Droit.

Puis m’est arrivé aujourd’hui un email d’un proche, me contant le dialogue suivant entre des enfants belges et une jeune fille chinoise que je connais bien:

Les « autres »: Les gars de Charlie, ils avaient provoqués les Musulmans en insultant le prophète, et toute action entraîne une réaction…

La « chinoise »: S’il n’y avait pas eu d’intégrisme, il n’y aurait pas eu matière à caricaturer, et tout action entraînant une réaction …

Ce qui m’a fait remonter un « cycle » plus haut dans le temps, et, toujours grâce à ces proches, retrouver ce film de 2008 dont la première scène résume bien l’enchaînement, une fois que l’on renverse le point de vue des interactions. Au lieu de nous dire, l’acte terroriste est une réaction à la provocation de la caricature, posons nous la question de savoir à quoi la caricature répondait …

[Malheureusement, Dailymotion a retiré la vidéo de son catalogue. Si je retrouve une version du film sur le net, je vous la proposerai]

Alors, plutôt que de se demander si il y a ici du bien ou du mal, ne vaudrait-il pas le coup de relire ce vieux conte chinois (encore eux !) surla portée morale à donner aux événements ?

Donnez nous de la justice, pas de la vengeance.

charlie hebdo bw

J’ai mis plusieurs heures avant de pouvoir écrire quoi que ce soit sur l’événement qui aura marqué le début de cette année 2015. A la fois je me sens triste et en colère, et en même temps j’aimerais tellement que ce drame ne se transforme pas en déferlement de haine.

Et tout en reconnaissant que la proximité des faits (c’est arrivé près de chez vous…) amplifie l’émotion qu’ils génèrent, je ne peux m’empêcher de penser également à toutes les victimes de violences ordinaires qui semblent effacées par l’attentat contre Charlie Hebdo.

Ainsi, j’ai longtemps hésité à afficher une image de profil « Je suis Charlie », non pas parce que je ne me voudrais pas solidaire de l’émotion qui se propage sur les réseaux sociaux, mais bien par crainte d’y rejoindre aussi ceux qui ne manqueront pas de réclamer la vengeance au lieu de la justice.

Depuis des années, les observateurs les plus pointus de ce que l’on appelle l’Islamisme radical nous annoncent que grâce au travail mené depuis le 11 septembre 2001, les terroristes n’étaient plus en mesure d’organiser des attentats de grande envergure, et qu’il fallait donc s’attendre à un long « chant du cygne » qui serait ponctué d’épisodes dramatiques de guerilla urbaine. Les attentats dans les métros parisiens et londoniens en étant les exemples les plus connus. A l’écoute des médias, ce qui s’est passé aujourd’hui relèverait d’une autre stratégie puisque la phrase la plus en vogue ce soir semble être « Nous sommes en guerre ».

Or les faits, toujours les faits, nous disent pour le moment que trois hommes, relativement bien organisés, ont exécuté un massacre sanglant, à la hauteur de leurs moyens, sur une cible hautement symbolique. Et que le monde entier semble déplorer cette abomination dans un bel unisson qui quelque part me dérange.

Mais ce que je vois aussi, c’est cette première réaction, particulièrement stigmatisante, qui est de vérifier si chaque musulman que nous connaissons n’oublie pas de bien condamner fermement les attentats, et de poster sur sa page Facebook, lui aussi, une photo de profil qui dit « Je suis Charlie ». Et l’on voit ainsi un chroniqueur émérite comme Franz-Olivier Giesbert faire  la leçon sur le plateau de France 2 au représentant de la communauté musulmane, lui demandant de s’assurer que chacune de ses ouailles fasse bien son acte de contrition publique pour un crime commis par d’autres.

J’ai d’ailleurs trouvé tout aussi pathétique la réponse du représentant en question insistant sur le fait que la tâche principale de sa communauté était d’éduquer et de faire de la prévention en son sein. N’y a-t-il pas là quelque chose de pervers dans cet acte d’auto culpabilisation ?

Enfin, la plus grande perversion de ce drame, c’est qu’il risque de renforcer le discours de tous ceux qui veulent faire porter les problèmes de notre société par des « autres », différents, étrangers. Combien de temps faudra-t-il pour faire l’amalgame entre un « commando djihadiste » et l’ensemble des étrangers à la peau sombre ? C’est sans justification aucune que nos gouvernements sécuritaires bien pensants pourront appuyer un peu plus sur la touche « répression » à l’égard de tout ceux qui dérangent parce qu’ils sont différents.

Ce serait faire beaucoup trop d’honneur aux misérables lâches qui ont tués les journalistes de Charlie Hebdo que de les transformer en héros. Laissons les être de « simples » criminels en bandes, condamnables à ce titre.

Je peux bien entendu me tromper, mais je suis persuadé que nos démocraties sont moins mises en danger par les crimes odieux de quelques fanatiques que par les politiques de contrôle et de répression de tous ceux qui sont « différents » préparées par ceux qui nous gouvernent.