Fini le baratin… libérons la langue

Tout enseignant, et en particulier tout enseignant en langue(s) – et singulièrement en français, se doit d’aller voir « La Convivialité » au théâtre National. Ecrit par deux romanistes, enseignants dans le secondaire, ce court opus est une ode à la libération de la langue du carcan de l’orthographe.

Fini le baratin. L’écriture ne constitue ni la finalité, ni la nature première de l’idiome. Inutile d’alourdir la plume par une pénible fioriture. si le code s’améliore il existera une manière directe de traduire le son par le signe, libre de toute morale.

Le texte nous montre l’absurdité de l’obsession orthographique, en plongeant dans les racines de la langue pour démonter les mythes qui nous poussent à défendre à tous crins une orthographe qui ne sert pas le sens, mais nous en distrait.

Ainsi de cet absurde accord du participe passé avec le complément d’objet lorsque celui ci le précède, simple résidu de l’économie des moines copistes qui, ne pouvant revenir en arrière dans leurs oeuvres, ne pouvaient accorder le participe avec son complément lorsque celui ci le suivait, tout en réclamant une variation de genre ou de nombre. Lorsqu’arrivait le mot « pommes » dans la phrase dictée « Il avait mangé pour son petit déjeuner, en compagnie de toute sa famille, et alors même que le soleil se levait, les pommes de son jardin », il était bien trop tard pour encore trouver une place pour un « e » et un « s » à la fin du mot « mangé »…

Ou encore de ces quatorze manières d’écrire le son [s] et des trois de prononcer la lettre « s », le tout menant à une confusion qui ne sert qu’à désigner l’élite d’une nation en fonction de sa servilité à des règles qui ne s’intéressent qu’à la forme et nous distraient du sens.

Bref, allez voir ces cinquante minutes (eh oui, ce sont des profs, des vrais) de joyeuse culture et vous en reviendrez en vous sentant un peu moins coupable de vous concentrer parfois plus sur le fond que sur la forme.