Comment le gouvernement de Charles Michel stimule l’immigration clandestine

Le refus par le gouvernement de Charles Michel – et en particulier par Didier Reynders et son Secrétaire d’Etat à la migration – d’octroyer un visa à une famille Syrienne est présenté par les ministres concernés comme un instrument symbolique de lutte contre l’afflux des réfugiés (« l’appel d’air »). En fait, il se pourrait bien que l’effet obtenu soit exactement inverse… Continuer la lecture de Comment le gouvernement de Charles Michel stimule l’immigration clandestine

Faut-il craindre un « appel d’air » de réfugiés vers la Belgique ?

Pour tous ceux qui pensent qu’un afflux de réfugiés pourrait être dangereux pour notre pays, l’explication donnée par notre gouvernement dans sa persistance à refuser un visa d’entrée à une famille syrienne qui veut venir en Belgique à l’invitation (et à la charge) d’une famille namuroise, peut apparaître comme une évidence.

J’ai cependant du mal à comprendre la démarche de nos éminences. Les réfugiés qui arrivent en Belgique par dizaines ne le font pas avec un passeport et un visa. Ils viennent clandestinement et demandent un statut de réfugié qui leur donne un permis de séjour, c’est à dire un titre les autorisant à rester dans le pays pour une période (in)déterminée. Plus de la moitié de ceux qui demandent ce statut de réfugié ne l’obtiennent pas et se retrouvent majoritairement dans la clandestinité. Ils tombent « à charge » de la communauté humaine et de la solidarité privée – avec toutes les dérives qui peuvent alors se produire.

Celui qui demande un visa accepte une enquête détaillée sur ses motivations et les moyens qui seront déployés pour assurer sa survie une fois sur le territoire. Si nous désirons aller nous installer pour 6 mois ou un an au Canada, en Afrique du Sud ou en Thailande, nous devrons peu ou prou nous soumettre au même type de procédure: permettre au pays qui va nous accueillir de s’assurer que nous ne le mettons pas en danger physiquement et financièrement. La liberté de circulation veut qu’une fois ces deux conditions remplies, il n’y ait pas de raison de refuser le visa au demandeur.

C’est parce que l’Office des Etrangers est incapable de motiver son refus de visa, malgré plusieurs injonctions à le faire de la part de la Justice, que celle-ci a finalement décidé d’en exiger l’octroi. Un peu comme si, ayant fourni toutes les preuves que vous n’avez pas d’intentions malhonnêtes et que vous pourrez subvenir à vos propres besoins, le gouvernement canadien vous refusait néanmoins le visa et qu’en conséquence, vous obteniez de la justice canadienne qu’elle force l’état à respecter sa propre législation…

Alors, qu’en est-il de cet « appel d’air » ? Parmi les milliers de personnes qui fuient Alep et la Syrie chaque jour, où sont celles qui se sont présentées à l’ambassade de Belgique pour obtenir le précieux sésame ? Combien de familles, souffrant sous les bombes de toutes les coalitions qui s’entretuent au Moyen Orient, sont-elles désireuses de venir s’installer à Namur, Mons, Liège, Bruxelles ou pire encore Anvers ?

Lorsque le gouvernement tente de nous terroriser avec ces hordes assoiffées de frites et de ballekes qui se presseraient aux portes des Ambassades de Belgique à Mossoul, Bagdad ou Alep, oublie-t-il vraiment les images de ces villes que nous voyons quotidiennement à la télévision ? Y a-t-il seulement encore un service consulaire belge dans ces villes ?

Cette idée « d’appel d’air » est simplement absurde. Le jour où soixante mille familles feront la file pour obtenir un visa d’entrée sera au contraire une bonne nouvelle pour la Belgique et le monde: nous pourrons nous assurer avant leur départ de la contribution potentielle des candidats au bien-être de notre pays, nous pourrons nous assurer de ce que leur accueil est bien préparé en Belgique, nous pourrons nous assurer des conditions dans lesquels leur séjour pourra se prolonger ou pas. Et nous pourrons nous dire que l’ère des passeurs de des trafiquants d’êtres humains est enfin terminée. Mais malheureusement, il n’y a toujours qu’une seule famille qui ait fait cette demande, une seule famille qui pourrait être un exemple de la seule procédure qui devrait exister pour accueillir ici ceux qui veulent nous prouver qu’ils vont contribuer à notre développement. Et cette famille, notre gouvernement attend simplement qu’elle se fasse massacrer sous les bombes à Alep.

Quand on nous annoncera demain ou après-demain que ces quatre personnes sont mortes dans les décombres de leur maison, sous les bombes d’une coalition dont nous faisons explicitement ou implicitement partie, la question de leurs visa ne se posera plus. Mais qu’en sera-t-il de la conscience de ceux qui se seront opposés à ce que la loi leur impose ? Encore faudrait-il qu’il leur reste un minimum de conscience, bien entendu.

Ce gouvernement va vous faire payer PLUS pour les réfugiés

Un titre comme celui-là sur mon blog va sans doute en faire sursauter plus d’un, mais il me semble important de démontrer une fois de plus l’hypocrisie d’un gouvernement qui bâtit sa politique migratoire sur la peur des étrangers, notamment celle du coût de l’accueil pour chaque citoyen, tout en développant une politique qui coutera beaucoup plus cher à chaque belge pour chaque migrant accueilli. Continuer la lecture de Ce gouvernement va vous faire payer PLUS pour les réfugiés

Quand Dalaï Lama trop vieux, lui parfois dire des (grosses) conneries…

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Donc, d’après le chef spirituel tibétain, Prix Nobel de la Paix, chantre de l’illumination, l’Europe doit arrêter d’accueillir des migrants. Et pour cela il y a une raison absolue: il y en a trop. Continuer la lecture de Quand Dalaï Lama trop vieux, lui parfois dire des (grosses) conneries…

Réfugiés, terroristes, et nous, et nous, et nous…

Trois informations qui retiennent mon attention dans les « fils info » du jour:

Pourquoi ces trois informations ? Parce qu’elles démontrent une fois encore que la politique de peur et de terreur n’est pas l’apanage d’un seul camp. Parce que notre pays préfère « surveiller » les candidats réfugiés et les laisser se précariser dans la rue. Parce que si nous sommes prompts à pleurer les morts parisiens des attaques de DAESH, nous considérons comme « normales » les victimes collatérales des bombardements que « notre » coalition effectue à l’étranger.

Si nous trouvons que « nos » morts justifient que « nous » portions la mort chez les autres, pourquoi en serait-il autrement pour eux ?

L’on connaît le cynisme de ceux qui partent en guerre au nom de la défense des droits de l’homme, mais qui en fait n’opèrent que sur les « théâtres » d’où ils peuvent espérer un bénéfice économique, immédiat dans le commerce des armes, et à moyen et long terme par l’accès privilégié qu’ils se garantissent à certaines ressources naturelles ou financières.

Une autre histoire de parc…

Les événements de ces dernières semaines, et paradoxalement de ces dernières heures, n’ont cessé de ramener à ma mémoire le souvenir d’un autre parc, toujours bien vivant lui: People’s park à Berkeley (Californie).

J’ai eu l’occasion de loger aux abords immédiats de ce parc, dans mon véhicule, par choix personnel, cet été. J’étais intrigué par l’énorme densité de sans abris qui y dormaient, par le calme et l’organisation qui y régnait, et par le « vivre ensemble » qui existe entre les occupants de ce parc et les autres habitants du quartier, nettement plus « upper middle class », puisqu’il s’agit du quartier immédiatement voisin de la prestigieuse University of California Berkeley.

Il se fait que j’utilisais presque quotidiennement les toilettes publiques de ce parc, et c’est sur le mur de celles-ci (au demeurant toujours propres) que l’histoire du lieu est racontée par un magnifique graffiti (voir photo).

L’histoire du parc remonte à la fin des années 50 lorsque l’université de Californie acquis des terres proche de son campus pour ériger des logements étudiants et des terrains de sports, tout en ne disposant pas des fonds pour réaliser les projets de construction.

Entre 1967 et 1969, l’université se mit cependant à construire la zone, à l’exception d’un petit terrain qui servait de plus en plus de dépôt d’immondices et de carcasses de voitures accidentées. Et c’est en avril 1969 que les habitants du quartier décidèrent de transformer cet espace en parc public, malgré le refus opposé par l’Université, propriétaire des lieux.

Rapidement, un groupe d’un millier de personnes se constitua et commença à transformer la décharge en un parc dont la fonction principale était d’offrir une grande liberté de parole aux étudiants, aux portes, mais en dehors du campus. Les autorités de l’université firent mine de laisser de l’autonomie aux occupants du parc puis annoncèrent sans crier gare le 13 mai 1969 qu’elles allaient placer une clôture et commencer les travaux de construction immédiatement.

Le gouverneur de la Californie était un certain Ronald Reagan… et il disait du campus de Berkeley que c’était un « port » pour les sympathisants communistes, les manifestants et les déviants sexuels. Il considérait la création du parc comme un défi gauchiste aux droits de propriété de l’université et pensait que c’était une opportunité pour sa campagne électorale. Passant outre la promesse de l’Université de ne rien faire au parc sans concertation, il envoya la troupe pour vider les lieux le 6 mai 1969 à l’aube, et fit placer une clôture de fils barbelés. Cette action est toujours connue comme l’acte le plus violent de toute l’histoire de cette université.

En quelques heures, 4000 résidents du quartier se rassemblèrent et affrontèrent les policiers qui gardaient le parc. Ceux-ci firent usage de leurs armes et blessèrent près de 150 personnes. James Rector, un étudiant, tomba sous les balles de la police.

L’université était déchirée par des conflits internes sur le sort à réserver au parc, mais les autorités de l’état étaient elles décidées à en découdre. L’armée fut appelée sur place et l’escalade continua jusqu’au 30 mai.

Ce jour là, un tiers de la population de Berkeley, soit 30.000 personnes défilèrent et reprirent possession du parc. Un groupe de jeunes filles s’enhardit à fleurir les bayonnettes des gardes civils… le romantisme du « flower power ». Mais ce n’est qu’en 1972, en pleine contestation de la guerre du Vietnam que le parc fut enfin concédé à ses occupants.

Aujourd’hui, et malgré les tentatives récurrentes de l’Université pour monnayer (sous forme de parking) la surface du parc, le lieu est devenu « People’s park ». Il est organisé par une plateforme citoyenne qui peut, elle bénéficier d’une chose qui n’est pas disponible à notre plateforme citoyenne: une météo toujours clémente, avec des températures qui ne descendent guère sous les 15° et une humidité relative assez faible… Mais leur combat reste permanent, même s’il permet aux « NosSDF » locaux d’avoir un endroit pour se poser, et aux ONG du lieu de leur fournir régulièrement soins et aliments…

Je n’ai pu m’empêcher d’évoquer People’s Park en regardant les mésaventures de notre Parc Maximilien. Et je ne peux m’empêcher de faire un parallèle entre le gouvernement de Ronald Reagan et celui de Charles Michel. C’est d’ailleurs sans doute là que se cache le plus bel espoir : face à la réalité citoyenne, les rêves de pouvoir finissent par s’écraser.

Le silence des moutons…

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Hier, 23.000 personnes se sont mobilisées pour dire leur indignation face à l’indifférence. Elles sont venues alors qu’aucun grand média n’avait même parlé de cette manifestation. Elles sont venues malgré le silence honteux des politiciens mais aussi des syndicats.

Elles sont venues dans l’indignation, mais dans la dignité.

Et après ? Ce matin, forcés par l’importance de la foule qui s’est spontanément rassemblée hier, les médias tentent de rattraper la sauce. Mais toujours aucune déclaration d’un homme politique. Que du contraire, c’est d’aller porter le feu en Syrie que nous parle Monsieur Lutgen. C’est vrai qu’aller bombarder la Syrie, quelles que soient les cibles visées, cela fait vendre des armes. Mais que cela va mettre encore plus de réfugiés sur les routes, personne ne semble l’envisager.

Ah si, j’oublie ! Monsieur le Secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations (SEAM, ça fait un peu DAESH, non ?) prend ses responsabilités et lance une campagne Facebook pour dire aux Irakiens qu’ils vont se faire jeter s’ils viennent en Belgique… Je ne sais s’il faut rire ou pleurer d’une telle ignorance. Bien sur, avec ça campagne « timeline », notre Théo national(iste) va faire fuir tous les Bagdadis … ben où, au fait ? Au Liechtenstein, à Andorre, à Monaco ? Tout le monde le sait, à Bagdag la pression est maximale sur les passeurs: « Nous voulons tous aller à Bruxelles ! We want to go to Brussels ! » et surtout « We willen allemaal naar Brussel, waar vluchtelingen thuis voelen ! »

Dans l’actualité du jour, tant qu’on y est, il y a le cri de victoire de Francken : « le nombre de demandeurs d’asile à diminué cette semaine ». Que les déplacements de masse sur de grandes distances se font plutôt à la belle saison qu’en automne et en hiver, il n’y avait pas songé ? Ou pire, il y a tellement bien songé que sa campagne Facebook va faire un « tabac » en termes de résultats: l’hiver est là et les réfugiés Irakiens vont sans doute se mettre en attente de la grande traversée à l’intérieur de leur propre frontière ou en Turquie, jusqu’à ce que les temps soient plus cléments, et au printemps prochain, quand les chiffres recommenceront à grimper, que nous dira Théo ?

Bon, j’en étais où, moi ? Ah oui, les politiciens qui ne pipent pas mot du mouvement citoyen… Je crains que la stratégie soit de « laisser pisser le mouton » en faisant le moins de commentaires possibles. Dans quelques semaines, le flux sera résorbé, les « citoyens » seront préoccupés par le froid qui frappe les SDF (les « nôtres » comme les « zôtres », mais une fois couchés dans l’encoignure d’une porte ils ont tous la même couleur et la même odeur). Le sujet d’indignation saisonnier, lui aussi aura changé. Et eux auront survécu à leur propre indignité une année de plus. C’est un pari risqué. Il me rappelle l’âne de Buridan, la célèbre fable de Daudet…

Pour que nous ne devenions pas des assassins

Lorsque des centaines de milliers de migrants se présentent aux portes de l’Europe, le refus de les laisser entrer n’est pas l’attitude de raison.

D’abord, ces migrants, nous n’arriverons jamais à les renvoyer où que ce soit. Chez eux, ce n’est déjà plus chez eux. Ils ont tout quitté parce que rester était impossible.  Parce que derrière eux tout est détruit, en particulier l’espoir. Qu’y a-t-il de plus risible, de plus vain qu’un émissaire européen tentant de convaincre les « responsables » politiques d’un pays d’émigration qu’il doit lui-même convaincre ses compatriotes de rester chez eux ?

Qu’y a-t-il de plus risible, de plus vain qu’une mission occidentale tentant de persuader des masses croupissant dans la pire des misères que ce ne sera pas mieux dans ces pays où l’on a l’air si propre sur soi ?

Ensuite, en les repoussant, nous ne faisons que provoquer le redoublement de leurs efforts. Mais à chaque nouvelle tentative de rejoindre l’occident, quelques centaines meurent. Au coeur des zones de guerre qu’ils traversent, au fond des cales des misérables bateaux qui les font traverser…

En les repoussant, nous devenons nous mêmes assassins, car nous ne pouvons ignorer ce qui va leur arriver, et nous choisissons de les laisser dehors.

En leur interdisant l’accès à notre territoire, nous nous transformons en victimes car nous ne laissons pas s’exprimer les formidables compétences qu’apportent ces migrants et dont nous avons besoin. Un migrant, ce n’est pas d’abord quelqu’un qui vient profiter d’un système social dont il ne connaissait même pas l’existence. En permettant aux migrants de travailler autrement que dans la clandestinité, ce sont les fraudeurs qui disparaitraient, et les migrants ne représenteraient plus une concurrence déloyale pour nos propres travailleurs puisque leur coût deviendrait comparable. Jouissant de revenus plus confortables, les migrants deviendraient des consommateurs générateurs de croissance ici et dans leurs pays d’origine où ils pourraient enfin envoyer des moyens financiers plus conséquents.

Enfin, on ne le répétera jamais, il y a d’abord dans ce défi un question d’ordre humanitaire: quelle est la logique qui justifie sous quelque forme que ce soit que le fait d’être né d’un côté ou d’un autre d’une frontière fait de vous une femme, un homme ou un enfant avec moins ou plus de droits ?

Fondamentalement, le risque de se voir refuser un statut crée plus d’illégalité puisqu’un nombre significatif de migrants n’a d’autre solution que de rentrer dans la clandestinité dès lors que son statut risque de ne pas lui être accordé ?

Aucun chiffre, aucune mesure, rien n’a jamais établi qu’il existait un « seuil de tolérance » à l’immigration. Et pourtant, nos politiciens, confrontés aux peurs de leurs concitoyens continuent de choisir de les entretenir au lieu de remplir leur rôle éducatif. Le discours tenu par Monsieur Demotte est à cet égard parfaitement ignoble.

Faudra-t-il pour une fois reconnaître que le discours le plus humanitaire tenu par un politique ces derniers jours est celui de Mr Franken ?

L’homme qui pensait arrêter les ouragans…

 

Il nous l’avait promis, nous allions voir ce que nous allions voir: avec une politique empreinte de fermeté, le nombre de demandeurs d’asile en Belgique allait baisser. D’ailleurs, sa consoeur et presque co-religionnaire Maggie De Block avait entamé le travail, et on pouvait commencer à fermer les centres d’accueil de FEDASIL.

Las, l’ami Théo va apprendre qu’il ne sert à rien de dresser un mur face à un ouragan. Il lui faudra relire encore Jean de la Fontaine. A force de se prendre pour l’arbre, lorsque

Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût porté jusque-là dans ses flancs.
L’Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au ciel était voisine,
Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts.

Le voilà aujourd’hui obligé d’annoncer la réouverture des centres si joyeusement fermés par dame Maggie… face à l’afflux des demandeurs aux portes de notre Royaume.

De quel aveuglement faut-il souffrir pour penser que celui qui s’apprête à fuir des conditions de vie insupportables pour n’importe lequel d’entre nous va se laisser influencer par un discours quelconque de nos dirigeants. Celui qui fuit la mort n’a plus peur de rien, et rien ne peut être pire que ce qu’il fuit.

Notre bonne vieille Europe devrait se réjouir de n’avoir à accueillir que 2% des réfugiés (les autres s’arrêtent dans les pays voisins de leurs pays d’origine). Elle devrait d’autant plus se réjouir qu’il s’agit généralement là d’une population jeune, souvent même qualifiée, mais surtout désireuse de vivre, de travailler, de consommer et donc de contribuer également au développement économique de nos pays.

Mais tout cela, notre Théo Francken national(iste flamand) semble ne l’avoir toujours pas compris. Et à l’inverse des Danaïdes, le voilà condamné à vider par le bas un tonneau qu’il ne cesse de remplir par le haut…

Les mauvais combats d’Yvan Mayeur

(c) RTBF 2014
(c) RTBF 2014

Les dernières décisions d’Yvan Mayeur me laissent perplexe. D’une part, j’apprends par la presse qu’il interdit au chef de corps de la police de Bruxelles de recevoir dans ses locaux la visite du ministre de l’Intérieur; d’autre part, la même presse m’annonce que le même bourgmestre de Bruxelles choisit de ne pas accéder à la demande d’Ecolo d’interdire Eric Zemour sur le territoire de la ville.

Je le (re-)dis tout net: je n’aime pas les propos racistes tenus par Monsieur Zemour et je n’aime pas les fréquentations (au moins anciennes) de Monsieur Jambon.

Néanmoins, autant je crois qu’il est inutile d’interdire à Monsieur Zemour de venir se produire dans une grande librairie du centre ville (qui prends ainsi le risque de s’éloigner d’une partie importante de ses clients), autant je crois que c’est une erreur de la part de Monsieur Mayeur de frapper d’ostracisme le Ministre de l’Intérieur. Les vrais combats pour la démocratie doivent se mener à un autre niveau.

Nul n’est obligé d’aller écouter Eric Zemour lors de sa visite en Belgique, nul n’est obligé de le financer en achetant son livre. Que ses employeurs lui fassent subir les conséquences de ses déclarations me parait une réponse proportionnée aux propos qu’il tient. Mais on voit bien que le refus d’Yvan Mayeur n’est pas tant dirigé vers le respect des règles démocratiques: il s’agit simplement d’un acte politique à l’égard d’un parti de son opposition.

Sur le refus de laisser le Ministre de l’Intérieur apporter la bûche de Noël aux policiers ce 24 décembre il me semble ici que les reproches justifiés faits à Monsieur Jambon pour ses fréquentations passées ne doivent pas l’empêcher de jouer son rôle, aussi longtemps que celui-ci se déroule dans un cadre démocratique. Il faut me semble-t-il accepter de séparer la fonction de Ministre de l’Intérieur de celui qui l’exerce, aussi longtemps que l’homme ne commet pas d’actes incompatibles avec sa fonction. C’est ce qui fait pour moi la différence entre Jan Jambon et Théo Francken. Ce dernier a posé, après sa prestation de serment comme Secrétaire d’Etat, des actes qui sont incompatibles avec sa fonction. Comme il le fait encore aujourd’hui avec la question des visites domiciliaires chez les sans papiers. Je ne crois pas que ce soit le cas de Monsieur Jambon.

De plus, d’un point de vue purement stratégique, Yvan Mayeur devrait être beaucoup plus prudent. Il traîne lui même derrière lui une série de casseroles – assez caractéristiques des casseroles classiques du PS – qui pourraient décrédibiliser totalement ses actes soit disant « démocrates ».

La Belgique est devenue aujourd’hui un pays qui  ne respecte plus les droits de l’homme. Les fondements de la démocratie sont en danger. Les intérêts de quelques riches passent avant la survie de 15 pour cent de notre population. Les solidarités quittent le domaine public pour rejoindre celui de la charité privée. Il est encore possible aujourd’hui d’écrire ce que l’on pense mais même cette liberté fondamentale risque d’être mise à mal. La presse libre est muselée par les intérêts financiers, et ce sont les feuilles de propagande populistes qui font l’actualité du citoyen ordinaire, l’abreuvant de peurs des autres, de haine de la différence et créant d’inutiles besoins sécuritaires.

Dans ce contexte, il est important de choisir habilement ses combats et ses cibles, afin de pointer les actes inacceptables tout en laissant aux hommes la possibilité de rester eux-mêmes. Et à ce petit jeu, Monsieur Mayeur vient, me semble-t-il de commettre quelques erreurs qui en font plus une marionnette de Bart de Wever qu’un héros de la résistance.

Aan mijn Vlaamse lezers

Le texte en français se trouve ici

Beste,

Ik ben bewust dat wat ik de laatste dagen op Facebook en in mijn blog geschreven heb is door enkele mensen gezien als een vorm van agressiviteit tegen de Vlamingen in het algemeen.

Daarom vond ik belangrijk om dit boodschap te publiceren. Ik heb alle respect voor de democratische proces dat heeft de N-VA aan de leiding van ons land gestuurd. Eenvoudig gezegd: ze zijn de grootste partij in Vlaanderen, ze vertegenwoordigen meer dan 30 procent van de Vlaamse bevolking, hun leider is waarschijnlijk het populairste politicus van de land.

In een democratisch land, zoals ons, is het ook normaal dat de mensen zich informeren over de daden van diegene die zullen het land regeren voor vijf jaren. En als iemand iets abnormaal vindt, is het ook normaal dat hij vragen stelt. Zulke vragen zijn geen « foutaises ». Ze zijn gewoon vragen. Die moeten gesteld worden. Die moeten antwoorden krijgen. Die kunnen opvolgingen hebben.

De leden van het PS hebben veel van die vragen gekregen in de laatste jaren, meestal door MR- en N-VA-leden. Dat heeft voor een aantal schandalen gezorgd. En dat is normaal.

Wat ik doe voor het ogenblik in mijn blog en op de sociale  netwerken is gewoon informatie delen. Ik probeer altijd mijn bronnen te vergelijken om zeker te zijn dat de feiten, feiten blijven.

Ik heb zeker veel te zeggen over wat mensen zoals de heren Franken en Jambon hebben gezegd of gedaan, omdat die feiten zijn onaanvaardbare voor een grote deel van de Franse gemeenschap in ons land. Tot nu toe bestond er een consensus dat mensen die de collaboratie normaliseerden, of mensen die racisten commentaren maakden geen plaats hadden in de Belgische regeringen.

Dit is geldig op bijde kanten van de taalgrens. In 2004 mocht Isabelle Simonis, die Voorzitster van het Waalse parlement was, ontslag nemen. Ze had een brochure van de PS tegen de extreme rechts laten financieren door de parlement.

Voor mij, een Staat Secretaris aan Asiel en Migratie die racisten email stuurt, dat kan gewoon niet. En dat zijn feiten, geen foutaise. Het feit dat hij heeft zich verontschuldigd maakt van hem een heerlijker mens, maar geen mogelijke Staat Secretaris aan Asiel en Migratie. Dat een misdader de feiten erkent betekend niet dat hij geen gevolgen zal ondergaan.

Ik zal hier de problematiek van de Heren Franken en Jambon niet verder discussiëren. Dat zal wel plaats vinden later ;-). Ik wil gewoon opnieuw zeggen dat ik niets tegen de Vlamingen heb. Noch tegen Vlaanderen.

A mes lecteurs flamands

De nederlandse tekst vinden jullie hier

Chers lecteurs,

Je suis conscient que ce que j’ai publié ces derniers jours sur Facebook et sur mon blog a été perçu par certaines personnes comme une forme d’agressivité contre les flamands en général.

C’est pourquoi j’ai trouvé important de publier ce message. J’ai un respect infini pour le processus démocratique qui amène la N-VA à la direction de notre pays. Très simplement: il s’agit d’u plus grand parti de Flandre, représentant plus de 30% de la population flamande, et leur leader est sans doute un des politiciens les plus populaires du pays.

Dans un pays démocratique comme le notre, il est aussi normal que l’on s’informe sur les faits et gestes de ceux qui dirigeront le pays pendant 5 ans. Et si quelqu’un remarque quelque chose d’anormal, il est également normal qu’il pose des questions. De telles questions ne sont pas des « foutaises ». Ce sont des questions. Qui doivent être posées. Et qui méritent des réponses sérieuses et des conséquences.

Les membres du PS ont subit de nombreuses questions de ce type ces dernières années, la plupart venant du MR ou de la N-VA. Cela a également levé des scandales. Et c’est normal.

Ce que je fais pour le moment sur mon blog et sur les réseaux sociaux n’est que du partage d’informations. Je contrôle et croise mes sources d’informations pour être aussi certain que possible  que les faits restent des faits.

J’ai certainement beaucoup à dire à propos de ce que messieurs Franken et Jambon ont dit ou fait, car ces faits sont inaceeptables pour une grande partie de la population francophone de notre pays. Il y avait ainsi un consensus selon lequel les gens qui normalisaient la collaboration ou qui faisaient des commentaires racistes n’avaient pas leur place au gouvernement belge.

Ces pratiques sont valables des deux côtés de la frontière linguistique. En 2004, Isabelle Simonis qui était alors présidente du parlement wallon a ainsi du démissionner pour avoir voulu combattre l’extrême droite avec de mauvais moyens (ceux du parlement en faisant croire qu’il s’agissait du PS).

Pour moi, un Secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations qui envoie des emails racistes, c’est simplement incompatible. Ce sont des faits, pas des foutaises. Le fait qu’il ait présenté ses excuses – seraient-elles même sincères – ferait de lui un homme d’honneur, mais toujours pas un Secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations acceptable. Qu’un délinquant reconnaisse les faits qui lui sont reproché ne l’exonère pas des conséquences de ses actes.

Je ne vais pas discuter plus avant la question de messieurs Jambon et Franken. Je laisse cela à plus tard et ailleurs ;-). Je veux seulement redire que je n’ai rien contre les flamands. Ni contre la Flandre.

Petite leçon de communication pragmatique: la congruence

J’ai déjà eu l’occasion il y a quelques années de parler de l’importance de la congruence dans la construction d’une communication pragmatique et efficace.

Ce sont les travaux de Virginia Satir, l’une des consultantes les plus expertes du Mental Research Institute de Palo Alto, qui expliquait combien ce phénomène de congruence était essentiel pour établir la crédibilité d’un message. Et par congruence, il faut entendre la cohérence entre deux composants essentiels de tout message: l’indice et l’ordre.

L’indice, ce sont les faits énoncés dans le message, le plus souvent sous forme verbale. L’ordre c’est ce que la manière dont le message est délivré nous dit de l’intention réelle du locuteur. Nous venons d’avoir une illustration exceptionnelle du problème de congruence dans le message dit « d’excuses » du Secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations, par rapport aux propos xénophobes qu’il a tenu sur les réseaux sociaux.

On trouvera une vidéo très expressive à ce sujet ici. Je vous propose d’y poser le regard du consultant en communication pragmatique; tout d’abord le texte (la traduction est personnelle et libre, mais faite en toute bonne foi):

Ces derniers jours, il y a eu beaucoup de remous autour de propos de certaines de mes déclarations dans le passé. Je comprends que j’ai par là blessé certaines personnes, cela n’a jamais été mes intentions. Je veux clairement m’excuser de cela. Je vous promets que je serai un Secrétaire d’Etat qui travaille dans l’intérêt de tous les habitants de ce pays avec un grand respect pour chacun.

On remarquera que ce texte est incontestablement un texte ou le Secrétaire d’Etat présente des excuses aux personnes qu’il « aurait blessées ». On pourrait prétendre que le message formel – « l’indice » en langage de communication est clair. Et pourtant, il comporte déjà d’énormes ambiguïtés: sur quels propos précisément le Secrétaire d’Etat veut-il revenir ? Aucune mention spécifique. Nous savons tous que des excuses qui ne sont pas reliées spécifiquement à des faits n’ont qu’un impact très limité. Et d’un point de vue encore plus formel, le Secrétaire d’Etat s’engage à travailler dans l’intérêt de tous les habitants de ce pays, ce qui – a priori – exclut les immigrés au statut non régularisé (puisque ceux-ci ne disposent par définition  pas d’un titre de séjour).

Deuxième point à analyser: le langage non verbal du Secrétaire d’Etat. Son texte fait environ 60 ou 70 mots. Il exprime en principe des remords sincères, qui devraient venir du fond de sa personne. Il s’agit en effet ici de confier une puissance régalienne (le droit aveugle de rejeter ou non une personne du territoire) a quelqu’un qui a tenu des propos xénophobes à l’égard des congolais, des marocains et des algériens. On pourrait donc s’attendre, s’ils sont sincères, que ces remords s’expriment avec une vraie liberté de parole. Ici, Monsieur Francken lit son texte (on voit même qu’il est étroitement surveillé par son « patron », Jan Jambon, sans un regard pour son auditoire. Et lorsqu’il arrive à la fin de son texte, on le voit relever la tête, qui à ce moment n’exprime aucune émotion particulière, sauf l’indifférence; on le voit appuyer sur l’interrupteur de son micro, et surtout on le voit rabattre énergiquement son micro, ce qui est un geste qui exprime clairement l’obligation qu’il avait de faire cette déclaration.

En clair, son discours dit « je m’excuse », mais tant le contenu du texte, le ton de sa voix, la manière de délivrer le contenu et les gestes posés en fin de discours traduisent une pensée qui dit juste le contraire.

Au final, un discours qui ne peut passer la test de la congruence, et qui aura donc beaucoup de difficulté à se faire accepter comme sincère.