Une solution simple pour mettre fin aux grèves qui nous « ennuient »

Le ‘Union bashing » bat son plein en Belgique. Alimenté par des médias qui préfèrent insister sur les inconvénients temporaires pour les usagers des transports en commun (et qui sait bientôt les clients de certains biens et services ?) que sur les raisons de la colère des travailleurs, les réseaux sociaux se lâchent: des manifestants qui brûlent des palettes sont comparés à des vacanciers autour d’un feu de camp, ceux qui après la manifestation vont boire ensemble un verre sont condamnés pour paresse, les étudiants qui ne peuvent se déplacer pour leurs examens hurlent à la « prise d’otage ».

Ce que tout le monde oublie, c’est que ces grévistes sont les premiers à payer, au prix de leur salaire, les mouvements auxquels ils participent. Ce que les pleurnicheurs des réseaux passent au blanc, c’est que c’est leurs pensions, leurs salaires, leur sécurité sociale, leur sécurité que défendent ces grévistes.

Qui nous avait dit que nous aurions 100 euros de plus en poche dans notre salaire, tout en nous cachant qu’il nous en retirerait 150 via des hausses d’accises et de TVA ? Les syndicats ?

Qui veut nous forcer à travailler 45 heures par semaine dans un système qui réduira de plus de moitié les compensations pour les heures supplémentaires ? Les syndicats ?

Qui veut nous amener à travailler jusque 67 ans pour pouvoir payer deux ans de pension en moins à chaque Belge ? Les syndicats ?

Qui réduit le séjour à l’hôpital des jeunes accouchées et augmente ainsi les risques de maltraitances d’enfants (par manque d’accompagnement à la naissance) et de mortalité péri-natale ? Les syndicats ?

Qui décide que « puisque la Flandre est servie », il est inutile de continuer à construire un RER entre Bruxelles et la Wallonie ? Les syndicats ?

Oui les grèves créent des difficultés pour chacun d’entre nous. Ces difficultés sont là pour nous faire réfléchir, pas pour nous laisser emporter par les propos populistes de journalistes qui ont depuis longtemps rangé leur déontologie au placard – parce que eux aussi sont en danger de perdre leur boulot !

Aujourd’hui, il y a ceux qui choisissent de baisser la tête et d’accepter chaque jour de nouvelles humiliations, avalant les pilules de la crise au nom d’une austérité soit-disant rédemptrice. Ceux là refusent de voir que depuis 30 ans, plus d’austérité ne nous a amené que plus d’inégalités.

Et puis il y a ceux qui refusent cette fatalité, qui ne voient d’autres moyens de se battre que la grève et les mouvements sociaux. Ceux là paient de leurs personnes en acceptant des pertes de revenus au  nom de lendemains meilleurs. Dans le froid, au coeur de la bataille, ils allument un feu qui rassemble et qui réchauffe. Après le combat, entre amis partageant la même lutte, ils vont ensemble refaire la bataille autour d’un verre. Ils ne prennent personne en otage. Ni les prisonniers dont les conditions de vie étaient indigne d’êtres humains bien avant la grève des gardiens, ni les étudiants qui sont mis en concurrence pour des jobs de plus en plus précaires et de moins en moins payés, ni les « travailleurs » dont les conditions quotidiennes de travail se dégradent aussi lentement que l’eau dans laquelle la grenouille se laisse cuire chauffe…

Les preneurs d’otages siègent rue de la Loi. Ils ne bougent pas le moindre petit doigt pour améliorer les choses. N’ont qu’un seul mot à la bouche: austérité.

Les actions syndicales actuelles sont-elles justes ?

Le débat sur les principales luttes syndicales en cours (gardiens de prison, cheminots, IRW-FGTB, etc…) se porte de plus en plus sur cette question de « prise en otage » de la population par ceux qui tentent de faire entendre leur voix.

Le gouvernement, en insistant sur le caractère « incontrôlé » de certaines actions, tente de révolter les usagers des transports, les familles des détenus, contre ceux qui ont choisi d’abandonner leurs salaires pour obtenir qui de meilleures conditions de vie pour les gens dont ils ont la garde (c’est bien de cela qu’il s’agit dans les prisons), qui le maintien d’acquis sociaux négociés dans un « package » que l’on tente de rendre impopulaire dans son détricotage (c’est bien ce que font les médias à la solde de la N-VA quand ils isolent la question des jours de récupération forfaitaires de la SNCB et les transforment en « jours de récupération pour des jours non prestés »).

Ce que l’on observe aussi aujourd’hui, c’est cette rupture communautaire entre représentations des travailleurs au Nord et au Sud du pays. Ces divergences viennent compléter la longue liste des différences qui se font chaque jour un peu plus forte entre nos deux communautés. On peut être nostalgique de la Belgique de papa, il faut bien constater qu’aujourd’hui même les organisations syndicales n’arrivent plus à parler de la même voix. La question n’est pas de savoir si cela est grave ou pas. Cela est.

Dans de telles conditions, ce que Monsieur Michel et ses amis flamands devraient accepter, c’est qu’en effet, ce gouvernement fédéral n’est plus légitime dans une grande partie du pays. Qu’il est parfaitement anormal que d’une part toutes les fonctions régaliennes soient confiées à des ministres flamands (et en particulier nationalistes flamands) et que les ministres fédéraux francophones brillent principalement par leur absence ou leur incapacité à gérer leur portefeuille.

Dans ces conditions où le pouvoir exécutif d’un pays tri-communautaire est confié en exclusivité à l’une des communautés, il me semble normal que toutes les forces vives des autres communautés se mettent en branle pour défendre leurs intérêts.

Peut-être les flamands sont-ils d’accord pour travailler jusque 67 ans, plus de 40 heures par semaine, avec moins de compensations pour les heures supplémentaires, pour un salaire qui ne sera pas indexé, avec une TVA en hausse sur les biens les plus essentiels comme le gaz, et en perdant un nombre considérable de libertés fondamentales au nom d’une sécurité qui de toutes manières n’est pas assurée…

Peut-être les flamands considèrent-ils qu’il est plus intelligent de libérer (pardon, de mettre en congé pénitenciaire à durée indéterminée) des centaines de prisonniers non en raison de leur ré-insertion future dans la société, mais simplement pour tuer un mouvement social.

Peut-être les flamands trouvent-ils juste que le ministre de la Justice change les règles de la rémunération de ses agents en grève afin de les condamner eux aussi à crever de faim plus vite.

Peut-être la Flandre se réjouit-elle de voir enfin la Belgique, cette construction surréaliste, s’effondrer enfin.

Mais alors, si ce ne sont plus que les 20 représentants du MR qui, au gouvernement fédéral, représentent tout le sud du pays, alors que celui-ci manifeste massivement son opposition, alors ce gouvernement n’est plus légitime, et les mouvements sociaux qui ont pris pour objectif de le faire tomber n’ont pas tort.

Il ne s’agit pas ici de prôner une quelconque action violente. Mais bien de mettre en place tous les outils d’une forme de résistance qui puisse amener ce gouvernement à déposer les armes.

Certains diront que dans le contexte – en particulier européen – dans lequel nous vivons, il n’y a pas d’alternative à l’austérité. Je répondrai comme de plus en plus de concitoyens le disent, que l’austérité prouve son inefficacité depuis près de 30 ans. J’ai l’impression de n’avoir jamais entendu d’autre mot que celui-là dans la bouche des politiciens depuis que je suis à même d’écouter, de voir ou de lire des informations. Et à chaque cycle, j’apprends que pendant que les plus pauvres s’enfoncent dans la crise, les plus riches s’enrichissent. Où que se porte le regard, c’est une bipolarisation croissante de nos sociétés. Dans un monde qui exige de chacun qu’il consomme pour exister, l’accès à la consommation devient de plus en plus précaire. La lutte pour l’existence, d’abord à travers les tentatives de continuer à consommer, ensuite lorsque les réserves sont épuisées, pour continuer simplement à survivre devient le quotidien de près d’un quart de notre population.

D’une manière ou d’une autre, il y a un « tipping point » qui risque de se dessiner à l’horizon. Un de ces points critiques où « la coupe pleine » déborde. Monsieur Michel et son gouvernement veulent nous faire croire que le terrorisme continue à nous menacer, mais il est le premier complice de tous les terroristes, religieux, financiers, racistes, communautaristes qui détruisent d’une manière ou d’une autre notre tissu social, s’acharnent sur les solidarités, dissèquent les droits de l’homme pour satisfaire leur plaisir d’être au pouvoir.

Alors oui, même si je dois me déplacer à pied ou à vélo pour continuer d’enseigner, même si les jours de grève me couteront quelques dizaines d’euros de salaire, même si je râlerai bien entendu de parfois perdre ma liberté de circuler en raison de l’un ou l’autre blocage, même si certains services ne me sont plus rendus et que cela est ennuyeux, je crois qu’il n’existe malheureusement plus d’autre moyen de lutter pour le retour à une démocratie normale dans notre pays que de laisser s’exprimer la colère du peuple à travers des organisations qui restent des acteurs institutionnels de notre démocratie, et leurs moyens légitimes d’action: les syndicats et les grèves.

Les brumes du Soir

J’ai dénoncé ici même il y a deux jours les dérives éditoriales du « Soir », à travers notamment de la controverse intervenue entre le quotidien bruxellois et sa « correspondante » au Caire, Vinciane Jacquet. D’autres que moi ont écrit à ce sujet (et en particulier l’excellente analyse publiée par Adrien Foucart).

Les réactions ne se sont pas fait attendre, en particulier celle de Baudouin Loos, responsable du service « étranger » au Soir.

Difficile dans tout cela de distinguer les faits des émotions ou de la défense d’une ligne éditoriale. Sans doute Madame Jacquet et « Le Soir » partagent-ils un certain nombre de responsabilités dans leur rupture (comme c’est le cas dans la plupart des séparations), mais il reste que depuis quelques années, Le Soir perd chaque jour un peu plus ses qualités de journal de référence en Belgique.

Les enjeux économiques justifient sans doute une forte mutualisation des ressources entre le quotidien et les torchons du groupe Sud-Presse qui relèvent tous du même Conseil d’Administration. Mais le groupe Rossel n’est pas le seul à connaître cette problématique. Et il pourrait sans doute la résoudre autrement qu’en construisant un brouillard de plus en plus épais entre le produit pour lequel des abonnés dépensent plus de 300 euros par an et la production « online » qui ressemble de plus à un assemblage approximatif de blogs amateurs.

Un autre de mes bons lecteurs me faisait ainsi remarquer que la rédaction du « Monde » avait ainsi fait de manière beaucoup plus claire la distinction entre ce qui relevait de la ligne éditoriale du quotidien français de référence et ce qui tombait dans l’incontrôlable manque de qualité des autres production du « groupe ». Sans m’être livré à une analyse détaillée de l’approche du « Monde », je suppose qu’il serait malgré tout utile au « Soir » d’y réfléchir sérieusement.

Quand « Le Soir » remercie ses journalistes indépendants…

Hier, dans le cadre d’une formation à l’enseignement de l’histoire et de la géographie dans l’enseignement secondaire supérieur, les formateurs me remettent  un document de référence indiquant que « Le Soir » est un journal d’informations progressiste et indépendant.

Ce matin, je trouve dans mes messages personnels le coup de colère de Vinciane Jacquet, (ex-)correspondante du « Soir » au Caire.

Ne connaissant pas personnellement Vinciane Jacquet, je ne m’autorise bien entendu pas à recopier l’ensemble de son coup de colère (que vous trouverez sur sa page Facebook), mais je vous résume ce que j’en ai retenu.

Suite à la disparition de l’avion d’Egyptair, le « journal indépendant et progressiste » lui a demandé de ne pas faire dans le « factuel » mais dans « l’émotionnel ». On lui a demandé de parler de la « douleur des familles », alors même que personne ne pouvait avoir accès aux-dites familles, et de remettre en cause la sécurité des vols d’Egyptair alors que la cause du crash n’était toujours pas connue (et ne l’est pas au moment ou j’écris ces lignes).

Je dénonce depuis longtemps la disparition des valeurs de base du journalisme en Belgique. La fusion entre Sud-Presse et Le Soir devient de plus en plus une cons-fusion où seuls les caractères typographiques font encore la différence entre ce que l’un et l’autre publient.

S’il ne nous reste plus que Jean Quatremer pour savoir ce qui se passe dans notre propre pays, nous n’aurons bientôt plus aucune raison de railler la presse Nord-Coréenne…

Dans les prisons belges le service minimum n’est plus assuré depuis longtemps…

Les liens croisés de facebook m’ont confronté aujourd’hui à un article d’Olivier Hofman sur le service minimum dans les prisons belges dont la lecture est extrêmement pénible sur le plan littéraire, tout en étant très pertinente au niveau du contenu. J’ai beaucoup de mal en particulier avec le mépris qui transparaît à l’égard des hommes et des femmes qui se sont commis d’une lettre publiée par La Libre.be, qui fustige le manque d’humanité des grévistes à l’égard des prisonniers. Continuer la lecture de Dans les prisons belges le service minimum n’est plus assuré depuis longtemps…

Une danse insignifiante

A mon tour de m’intéresser aux propos de Mr Jambon relatifs aux compétences chorégraphiques de la communauté musulmane, à travers le témoignage d’un enseignant (moi) confronté chaque semaine à 140 ados dont sans doute plus de 100 sont de confession musulmane. Continuer la lecture de Une danse insignifiante

La démocratie, c’est aussi donner aux gouvernants leur chance de gouverner

Il est bien connu que l’humanité, qui vit par le changement, en a peur. Les récentes modifications apportées au gouvernement de la Communauté Française Wallonie-Bruxelles en sont une belle illustration. Continuer la lecture de La démocratie, c’est aussi donner aux gouvernants leur chance de gouverner

Pourquoi il ne faut pas devenir tuteur MENA …

Il y a en Belgique plus de 1000 Mineurs étrangers Non Accompagnés qui sont sans le tuteur que la loi exige de leur « fournir » pour les accompagner dans leur parcours. Le SPF Justice vient de lancer un appel pour recruter des tuteurs « bénévoles », fonction que j’ai exercé pendant plusieurs années. Ma recommandation est de ne pas répondre à l’appel du SPF Justice. Voici pourquoi … Continuer la lecture de Pourquoi il ne faut pas devenir tuteur MENA …

Enseigner « à la finlandaise » à Bruxelles

Je viens de visionner le reportage diffusé il y a deux jours par la RTBF sur la visite en Finlande de jeunes Bruxellois.

Je ne suis pas certain de me retrouver dans l’ensemble des commentaires donnés par ces jeunes, et surtout dans leurs accusations implicites sur le manque d’intérêt des enseignants belges par rapport au bien-être des élèves, j’ai cependant noté l’une ou l’autre chose qui me paraissent essentielles, certainement si je les mesure à l’aune de ma petite expérience d’enseignant dans les trois degrés de l’enseignement secondaire bruxellois, et dans deux des trois filières (général et qualifiant).

L’école dans laquelle j’enseigne fait partie de ces écoles qui accueillent plus de 80% de jeunes issus de l’immigration, d’un nombre incalculable d’origines et de nationalités. Enseignant dans sept classes différentes, sur les quelques 120 à 140 élèves que je rencontre chaque semaine, il y en a moins de 10 qui sont ce que d’aucun appellent des « belges de souche ». Et leur réussite n’est ni meilleure, ni pire que celle de leurs congénères.

Dans le reportage mentionné ci-dessus, il y a un passage qui m’a frappé, c’est celui où l’on explique qu’en Finlande, tout est mis en oeuvre pour que l’enfant se sente mieux à l’école qu’à la maison. Ce que je traduis par « donner l’envie de venir à l’école ». S’il est un point où je peux totalement rejoindre l’analyse des jeunes qui s’expriment, c’est celui là: l’école que  nous proposons à nos élèves n’est pas un lieu qui leur propose une expérience personnelle plus satisfaisante que celle qu’ils ont à la maison. Lorsque j’écoute mes élèves, je ne les entends pourtant pas me raconter des expériences extraordinaires à la maison: promiscuité, ennui, absence des parents me semblent souvent la norme. Face à cette expérience émotionnelle, les mécanismes de défense qu’ils déploient sont ceux de l’isolement et de la plongée dans l’univers virtuel des jeux en ligne et des réseaux sociaux. Le Wifi remplace souvent le dialogue familial.

Il suffit d’ailleurs de voir comment nos élèves réagissent dès lors qu’on leur propose une journée qui sort un tout petit peu des sentiers battus: une sortie, même minime, est une fête anticipée. Il me semble donc qu’une réflexion sur les modalités qui pourraient rendre l’école plus attractive que la maison serait une première stratégie intéressante dans le développement d’une école réussie (à défaut d’être une école de la réussite – ce qui ne veut pas dire grand chose).

L’autre aspect qui me frappe énormément, surtout lorsque l’on aborde les éléments d’apprentissage de nos élèves, c’est la précipitation avec laquelle nous voulons absolument leur faire absorber un « tronc commun » de connaissance, sans avoir d’abord totalement consolidé les moyens d’acquérir ce tronc commun.

Tout apprentissage passe par le langage. Or s’il est un élément que nos élèves en difficulté ont presque toujours en commun, c’est un contrôle insuffisant, voire inexistant de la langue dans laquelle l’enseignement est effectué. Je suis particulièrement confronté à ce problème comme professeur de langue moderne au premier degré. Quel sens cela a-t-il d’exiger l’apprentissage d’une « seconde » langue moderne (en l’occurrence le néerlandais) à des élèves dont la « première » langue  n’est pas le français et qui éprouvent encore les plus grandes difficultés à le pratiquer et le comprendre. A force de vouloir délivrer le CEB, puis le CE1D à des enfants qui ne sont pas capables d’aborder un texte conceptuel en français, on les force à étudier par coeur l’ensemble des autres matières, et donc à dépenser une énergie qui leur parait totalement inutile, puisqu’ils ne comprennent pas les concepts qu’il leur est demandé d’étudier dans les autres matières.

Je me prends ainsi à rêver d’une approche du premier degré du secondaire qui ne coûterait sans doute pas plus cher que celui que nous pratiquons aujourd’hui. Un premier degré où l’on commencerait par identifier les élèves qui ne disposent pas d’une langue d’enseignement suffisamment développée que pour l’utiliser dans leur démarche d’apprentissage. On pourrait peut-être consacrer l’ensemble de la première année avec ces élèves à leur donner une base solide d’apprentissage de la langue française, et de son application dans l’apprentissage des autres matières: quels sont les mots-clés et les concepts nécessaires pour comprendre les consignes et les informations d’un cours de mathématique, de sciences, d’étude du milieu, de technologie, d’art, voire de langue moderne ? Quitte à ce qu’un élève passe trois ans dans ce premier degré, pourquoi n’est-ce que la troisième année que l’on tente de remédier à des insuffisances qui sont antérieure à leur fréquentation scolaire ?

J’ai un peu l’impression que si nous arrivions à ces deux objectifs: rendre l’école plus attrayante que la maison et se concentrer sur l’outil de base d’apprentissage – le français – avant tout autre objet d’étude, nous pourrions placer nos élèves dans une logique de succès plus enrichissante pour tous.

Mea Culpa…

 

Une chose que m’a appris mon expérience de la gestion des hommes, c’est que pour être crédible et sincère, la reconnaissance d’une erreur ne doit jamais s’accompagner de justification(s) ni surtout servir de tremplin à de nouvelles demandes, accusations, invitations, etc …

Donc je serai à la fois clair et bref. En laissant entendre à de multiples reprises qu’il pourrait y avoir un « complot » de notre gouvernement pour cacher son échec budgétaire et la lourde facture que celui-ci va faire reposer sur les épaules des plus démunis de notre pays, et que ce « complot » avait pour toile de fond la lutte contre le terrorisme, je me suis livré à ce que je condamne souvent comme une « terrible simplification ».

Devant l’horreur qui a frappé durement Bruxelles et la Flandre hier après avoir détruit des populations entières en de multiples endroits de la planète, je veux reconnaître une erreur de jugement. Non, je ne crois pas que qui que ce soit dans notre gouvernement, pas même les sbires de BdW n’a voulu cela.

De dikke vis en de sardien (fable nationale)

2016-02 Provence009

Ce matin, le président de la N-VA se gausse dans les médias du remarquable travail accompli par « son » ministre de l’Intérieur qui avait promis de nettoyer (au Karcher ?) Molenbeek. Sans doute considère-t-il que cette fois, dans sa poêle à frire, il y a un « dikke vis » !

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Comment le gouvernement NVA-MR se sort du piège budgétaire

Ceci est peut-être une fiction
Lors du « kern » extraordinaire de ce lundi 14 mars 2016, l’ambiance au 16 rue de la Loi est on ne peut plus tendue. Les propositions budgétaires sur la table sont clairement incompatibles. Les chiffres disponibles pour travailler sont encore moins fiables que s’ils avaient été calculés par un comptable de l’Office Wallon des Déchets.

Les titres qui pourraient barrer les « Unes » de la presse, même flamande ont de quoi faire peur aux éminences réunies en conclave. Il est grand temps de trouver une solution. Quand soudain l’un des vice-premiers (selon des sources concordantes) prend incidemment la parole: « si seulement un attentat pouvait nous tomber dessus … »

Sans en dire plus, un homme se lève alors. C’est le Ministre de l’intérieur qui se rapproche de Charles Michel pour lui glisser quelques mots à l’oreille. Un sourire se dessine sur leurs deux visages et le chef de file NVA au gouvernement se retire discrètement.

Quelques heures plus tard, des experts des différents départements concernés par le budget, en particulier la Santé Publique et l’emploi écoutent religieusement les instructions des experts de la NVA. La Ministre du Budget, elle, écoute les conseils de son Président de parti. Rapidement le tour de la question est fait: il y en avait pour 2 milliards et demis d’euros, on reprend toutes les mesures dont tous les experts nous disent qu’elles ne vont pas fonctionner, mais on s’en f… l’important c’est de (vite) donner le change. Et « Abracadabra… le déficit n’est plus que d’un milliard (ce qui ne fait qu’une centaine d’euros par citoyen, une paille n’est-ce pas ?)

Mais la pièce principale se joue ailleurs, un peu plus loin dans la rue de la Loi, au cabinet de Jan Jambon. Dans la salle de réunion, des représentants de la Police Fédérale, des Affaires Étrangères, de la coordination « Attentats de Paris ». Il ne leur faut pas plus de deux heures pour monter l’opération « St Denis-Forest ». Objectif:  un suspect lié aux attentats de Paris est « tracé » par les services belges depuis quelques semaines. La logique voudrait que l’on attende encore un peu avant d’intervenir, car on sait qu’il doit bientôt rencontrer l’ennemi public numéro un. Certains signes indiquent que la Presse risque de s’emparer du sujet d’un jour à l’autre. Tous les efforts auraient alors été vains.

Alors, puisque les fuites sont là, on va les exploiter, d’autant que les éditorialistes sont super bonnes poires lorsqu’il s’agit de leur vendre du terrorisme. Il suffit de leur dire que l’on fouille dans une affaire liée aux attentats de Paris pour qu’ils écrivent tout seuls qu’on a déjoué un attentat à Bruxelles. Depuis novembre, des bombes explosent tous les jours en Syrie, en Irak, tous les mois en Turquie ou dans le Maghreb. Elles ont explosé à Paris, jamais à Bruxelles. Sommes nous donc le seul pays d’Europe capable de déjouer les attentats tout en ayant la police qui ne détecte pas les terroristes qui vont ailleurs en Europe ? Ou sommes nous un de ces pays qui de par leur petite taille, leur petit rayonnement géopolitique et leur absence de tout symbole important n’intéresse pas les terroristes ? Vous imaginez, vous, toute la portée d’une destruction de Manneken Pis sur les pontes de l’ONU et de l’UNESCO ?

Mais pour être crédible, cette fois, il faudrait vraiment que l’on ait quelque chose à se mettre sous la dent. Et là, il y a ce bonhomme à Forest…

6h30 du matin. Mon réveil sonne. J’ai du rêver. Mais sur mon journal du matin, il n’y a plus aucune trace du trou budgétaire. Il y a aussi un éditorial de Béa Delvaux qui prétend que la Belgique a échappé à de  nouveaux attentats. Mais surtout comme toujours depuis Novembre, il n’y a rien.

Je ne veux pas être complice d’un crime contre l’humanité

En 2012, l’Union Européenne avait reçu le Prix Nobel de la Paix pour sa contribution à plus de 60 années de paix et de défense des droits de l’homme en Europe.

La lâcheté des autorités européennes et des 28 chefs de gouvernement qui ont cette semaine décidé de « fermer la route des Balkans » et de renvoyer les réfugiés qui se présenteraient aux portes de l’Europe vers la Turquie est lâche, irresponsable, criminelle, honteuse et inutile.

Elle est lâche, parce qu’elle représente la victoire de la peur de l’autre. Elle valide le discours qui veut que nous ne devrions plus nous exposer qu’à ceux qui nous ressemblent dans une sorte de consanguinité culturelle qui conduira inéluctablement notre « civilisation » occidentale à sa perte.

Elle est irresponsable, car elle donne à un pays, la Turquie, sur lequel l’Union Européenne n’a aucun pouvoir le droit de vie et de mort sur des populations dont certaines franges (les kurdes, en l’occurence) y sont persécutées.

Elle est criminelle parce que les populations concernées ne changeront pas leur chemin de fuite. C’est celui qui les mène le plus rapidement là où ils pensent pouvoir revivre. Ils prendront donc de plus en plus de risques, pour de plus en plus de victimes.

Elle est honteuse, car elle viole l’ensemble des traités mondiaux ou européens qui traitent des droits humains. Elle fait de l’Europe un état criminel, voire génocidaire.

Elle est finalement inutile. Le motif qui fait fuir les populations Irakiennes, Syriennes, Somaliennes sera toujours plus important que toutes les éructations de nos ministres.

Je ne veux pas être complice de tout cela. Cela ne se fait et ne se fera pas en mon nom, devrais-je pour cela rendre mon passeport européen.

Je trouve l’Union Européenne indigne du prix reçu en 2012 et participe à la pétition lancée pour le retrait de ce prix. Si vous voulez vous aussi manifester votre refus d’une Europe de la honte, vous pouvez voter en cliquant ici.

Une petite lettre qui change tout (ou quand la volonté se cache derrière la possibilité)

Il fut une époque où il était de bon ton de dire « A coeur vaillant, rien d’impossible ». Cela reste d’ailleurs un slogan tout à fait d’actualité lorsqu’il s’agit de se faire croire que la Belgique pourrait gagner l’Euro de foot… Et pourtant.

Lorsque l’on évoque aujourd’hui dans la rue, dans les médias, dans les cénacles académiques, culturels ou politiques la question des migrations, il est devenu naturel de se poser la question de savoir si un quartier, une commune, une région, un pays ou un continent peut ou pas accueillir les enfants, les femmes et les hommes qui fuient la misère, la torture ou la mort qui règne là où ils résidaient.

En posant la question en ces termes, on pose des prémisses implicites qu’il serait pourtant bon à la fois d’expliciter et de questionner. Car si les hypothèses de départ devaient se révéler fausses, l’ensemble du raisonnement qui s’en suit doit être abandonné. Examinons deux de ces prémisses.

  1. On ne peut pas accueillir toute la misère du monde ou il existe une taille limite à la capacité d’accueil et nous sommes près d’atteindre cette limite, ce qui suppose que nous la connaissons.
    Cette phrase, nous l’entendons dans sa version populiste explicite (celle que j’ai souligné en gras), mais aussi dans sa version pseudo-objective: « nous avons atteint les limites de ce que nous pouvions faire » dans toutes ses différentes conjugaisons.
    Pourtant, dès lors que l’on pose la question de savoir comment se calcule et se mesure la supposée capacité maximale d’accueil d’un territoire déterminé, il devient soudain absolument impossible d’obtenir une réponse qui sorte du cadre émotionnel.
  2. On pourrait dissuader les migrants de migrer. Et par conséquence, on doit orienter nos efforts dans le sens de la dissuasion. Par exemple en allant expliquer aux autorités des pays concernés (états du Maghreb, Syrie, Lybie, Somalie, …) qu’ils doivent eux-mêmes dissuader leurs ressortissants de venir chez nous.
    Ceux qui se lancent dans cette aventure mesurent-ils réellement le ridicule de leurs efforts ? Si les dirigeants d’un pays relativement calme (comme les pays du Maghreb) avaient vraiment la volonté et la possibilité de retenir leurs citoyens en leur offrant des conditions de travail et de vie satisfaisantes, attendraient-ils vraiment que nous venions le leur demander pour le faire ? Et si leur intention n’est pas d’offrir de telles conditions de travail et de vie, où si leur premier agenda est celui de la lutte pure et dure pour le pouvoir (comme c’est le cas dans les pays les plus engagés dans les conflits), peuvent-ils avoir le moindre intérêt à maintenir à l’intérieur de leurs frontières leurs principaux adversaires ?

On voit bien, dès lors que l’on tente de regarder les faits et non les émotions, que nous ne pouvons pas arrêter les flux migratoires. S’il est un phénomène historique qui ne cesse de se renouveler depuis l’arrivée des premiers hominidés, c’est bien celui des migrations. L’homme tentera toujours, avec l’énergie du désespoir, d’aller là où sa survie sera mieux assurée qu’à l’endroit où il se trouve. S’il pleut, je me mets à l’abri. S’il n’y a plus de quoi manger, je vais chercher ailleurs. S’il pleut des bombes, je fuis. Nos parents ou nos grands parents n’ont pas fait autre chose lorsque l’envahisseur nazi est arrivé en 1939.

Une petite lettre pourrait cependant tout changer, cette petite lettre, c’est celle qui transforme la possibilité en volonté. C’est celle qui nous ramène à la réalité de nos émotions. Le problème n’est pas que « on ne peut pas accueillir », mais bien que « on ne veut pas accueillir ».

La notion de possibilité nous renvoie à quelque chose qui est extérieur à nous. Un peu comme si notre pays  ne disposait pas d’assez d’oxygène pour permettre à 20.000 ou 200.000 personnes supplémentaires de respirer. Nous pouvons nous dédouaner à bas coût de toute responsabilité dès lors que nous décrétons que c’est une question de capacité qui nous bloque: il n’y a plus de place dans le métro, prenez le suivant. Il n’y a plus à manger, attendez le repas suivant. Mais rappelons le, personne ici n’est capable de nous indiquer où se trouve la limite de capacité d’accueil, et jamais cette limite n’a été atteinte autrement que par la mise en place de barrières artificielles par les acteurs politiques (par exemple en interdisant de traiter plus de 50 dossiers de migrants par jour…).

La notion de volonté nous renvoie à nos propres responsabilités. Voulons nous un monde dans lequel chaque femme et chaque homme peut vivre dignement ? Si quelques uns sont prêts à répondre positivement de manière inconditionnelle à cette question, nombreux sont ceux qui se laissent guider par la peur. Peur de la différence. Peur de l’autre. Peur de la confrontation avec une réalité inéluctable.

L’aveuglement de nos responsables politiques et sociaux, de quelque bord qu’ils soient, est immense. Ne pas voir que les vagues migratoires ne s’arrêtent pas, que dresser des barrières comme celles que l’on construit un peu partout en Europe n’aura que des conséquences catastrophiques est irresponsable. Ces murs de barbelés, et même de béton, ne sont que de chétifs barrages face à un torrent d’une puissance immense. Les exemples de solution existent. L’Allemagne et le Canada en font partie. Dans un cas comme dans l’autre, plutôt que d’arrêter le flux, on se propose de l’encadrer. Plutôt que de dire aux migrants « nous ne voulons pas de vous, nous vous enfermerons dans d’immondes camps et vous y laisserons croupir jusqu’à votre départ ou votre mort », ils leur disent de venir, tout en encadrant leur arrivée. Tout comme les canaux d’irrigation, en encadrant le flux du torrent au lieu de le retenir enrichissent la terre au lieu de la noyer lorsque le barrage explose…

Accueillir les migrants n’est pas une question de possibilité, c’est une question de volonté. D’une manière ou d’une autre la question de la vague migratoire actuelle se résoudra, nul ne pourra l’empêcher de se développer. Par contre, chacun peut vouloir contribuer à en faire une source d’enrichissement mutuel, dans le respect de chaque humanité.

Un long silence

Je n’ai plus écrit depuis plus d’un mois. Du moins, plus ici. Je n’en avais plus envie. Croire que l’on écrit et que l’on contribue ainsi à changer les choses ne serait-il pas un leurre. Du moins lorsque l’on est qu’un petit blogueur perdu dans la masse ?

Ce que j’écris se diffuse surtout par Facebook. Et la logique intrinsèque de FB est de n’être vu que par ceux qui éprouvent de la sympathie pour vos propos. Une caverne où l’on se construit des théories du complot parce que les reflets que nous recevons encore du monde réel nous paraissent en décalage complet avec la « vérité » que nous partageons avec nos amis.

Mais pendant ce temps là, le monde « réel », celui qui continue de se construire-détruire en dehors de la caverne, reste imperméable aux bons sentiments que je tente de partager.

Les signaux qui s’allument autour de nous m’inquiètent, mais ils sont là. Les nations et les hommes se replient sur eux-mêmes. Les solidarités quittent la sphère publique pour revenir de plus en plus vers l’associatif, avant de se dissoudre dans la charité individuelle. Bientôt, nous reviendrons à l’âge ou les nantis auront « leurs » pauvres, et où les maudits de la terre seront condamnés à l’une ou l’autre forme de violence pour survivre.

Une vision systémique m’avait jusqu’ici poussé à croire à l’une ou l’autre forme de ré-équilibrage, d’un retour à l’homéostasie à travers des séquences d’action-réaction relevant de la première cybernétique. Je crains aujourd’hui d’assister à un emballement du système dans une spirale centrifuge qui pousse chacun à ne plus regarder que son intérêt immédiat, perdant ainsi de vue l’absolue dépendance de l’homme vis à vis des autres hommes et de son environnement.

Je me souviens des paroles un peu mièvres du premier succès de Gérard Lenormand:

Il n’écoute pas la radio
Il connaît cela par coeur déjà

Il ne lit pas les journaux
Il préfère couper son bois…

Ouvrir un journal, regarder un JT est devenu lassant et pénible. Je n’aurais jamais cru que dans nos pays démocratiques les professionnels de l’information abandonneraient aussi facilement la critique pour avaler les couleuvres que leur servent ceux dont ils sont devenus de simples porte-voix.

Cela fait bientôt 100 jours que les attentats de Paris ont marqué le début de l’offensive anti-démocratique la plus importante que l’Europe ait connu depuis la montée des totalitarismes au coeur des années 30. Cela fait 100 jours que l’on prétend nous protéger d’une menace invisible. Pendant ces presque 100 jours, l’ennemi qui est censé nous menacer a tué, assassiné, torturé, violé des milliers (voire des dizaines de milliers) de gens à deux ou trois mille kilomètres d’ici, sans faire une seule victime supplémentaire en Europe.

Mais les quelques mots européens ont suffi à engager une dynamique qui fait disparaître les uns après les autres les droits fondamentaux.

Je ne sais que répondre à cela. J’en suis effrayé, je suis surtout effrayé de ce que ceux dont ce devrait être le métier de sonner l’alarme se mettent de plus en plus à crier avec les loups.

Une question de point de vue…

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Je veux invoquer aujourd’hui l’article premier de la déclaration universelle des droits de l’homme, pour parler de la manière dont les événements de la nuit du réveillon à Cologne sont aujourd’hui détournés par certains pour en faire un motif de rejet de l’ensemble des réfugiés.

Les agressions sexuelles commises  lors du dernier réveillon à Cologne et dans d’autres villes d’Europe sont inacceptables. Leurs auteurs doivent être poursuivis et punis.

Les autorités ne doivent pas cacher de tels faits, et ils ne doivent en aucun cas protéger leurs auteurs contre les poursuites dont ils feront l’objet.

Mais pour ces faits, comme pour de nombreux autres petits délits, la propension des autorités à organiser leurs statistiques sur la base de la nationalité des auteurs constitue un passage sémantique pervers entre les faits et leur interprétation.

En effet, dès lors que l’on tente de classifier les auteurs de faits (qu’ils soient délictueux ou pas d’ailleurs), ces « classifications » deviennent rapidement ce que Paul Watzlawick appelle de « terribles simplifications ». Il devient tellement simple de décréter que si un grand nombre d’auteurs sont des migrants, cela fait de chaque migrant un dangereux pervers sexuel… Ce serait là oublier que l’on ne peut tirer de conclusions générales de l’analyse de cas particuliers.

Les règles du vivre ensemble sont chez nous établies à travers un processus démocratique auxquels l’ensemble des citoyens contribue. Ces règles s’imposent à quiconque vit ici. Elles doivent également s’apprendre. Cet apprentissage ne saurait être plus automatique pour un homme fuyant des contrées où les règles sont différentes que pour ceux qui résident depuis toujours dans le pays. Leur transgression ne doit pas donner lieu à un traitement de faveur, mais il ne doit pas devenir la justification d’un rejet de masse.

Quitte à me faire mal voir de certains de mes lecteurs habituels, je n’hésiterai pas à dire qu’en effet, beaucoup de ces hommes qui arrivent de Syrie, d’Irak, de Somalie ou d’autres pays où un Islam radical impose sa loi doivent avoir l’impression d’arriver sur Mars lorsqu’ils voient comment nous vivons nos libertés. Certains peuvent être profondément choqués quand ils voient que chez nous une femme ou un homme est (presque) totalement libre de s’habiller, marcher, rire, parler, chanter, danser, … comme elle ou il lui plaît. Cela ne peut impliquer une obligation pour nous de changer notre manière d’être, ni justifier de fausses interprétations de ces libertés par ceux qui y sont confrontés.

Il serait cependant hypocrite de profiter d’incidents impliquant un pourcentage infime des migrants (on parle aujourd’hui d’une trentaine de personnes à Cologne, mettons même une centaine en Allemagne, pour près d’un million de migrants, soit un sur dix mille) pour stigmatiser l’ensemble des néo-arrivants. Sur base d’une telle approche, il faudrait par exemple enfermer à titre préventif tout homme qui se met en ménage (dès lors qu’il est établi qu’au moins une femme sur 10 est victime de violences conjugales).

La condamnation des actes du dernier réveillon à Cologne et ailleurs est totalement légitime. La punition des auteurs doit être ferme et juste. Mais utiliser la grille d’analyse de la migration comme point de vue d’analyse principal est une perversion politique. Si l’on avait pris comme point de vue la situation sociale des agresseurs, on aurait sans doute pu dire qu’il faut désormais se méfier de toute personne en situation précaire. Si l’on avait considéré le niveau scolaire, qui sait à quelle conclusion on serait arrivé ?

La question de l’intégration des migrants au vivre ensemble est d’abord une question qui s’adresse à nos autorités politiques. Lorsqu’ils arrivent chez nous, la plupart des migrants sont désireux de vivre paisiblement et en harmonie avec nous. Tout comme nous ne les connaissons pas (ce pourquoi ils nous font souvent peur), eux non plus ne nous connaissent pas (ce qui leur fait avoir peur de nous). Ce n’est pas en les rejetant dans des centres fermés, en ne leur donnant aucune possibilité de participer à la vie sociale que nous les aiderons à découvrir pour eux-mêmes si nos modes de vie sont compatibles avec leurs attentes. En restant ferme sur le respect de la loi, de l’intégrité et des droits de chacun.

Ceux qui comme certains de nos responsables politiques stigmatisent les étrangers et appellent directement ou indirectement aux pogroms sont tout autant criminels que les migrants qui n’ont pas voulu ou pu comprendre à temps les règles auxquelles ils doivent se soumettre pour vivre en harmonie chez nous. Peut-être le sont-ils même plus, eux qui ont souvent contribué à l’élaboration de règles qu’ils ne respectent pas nécessairement.

Une belle leçon de gestion de la Wallonie à la Flandre

dufercoLa décision de la Commission Européenne de condamner Duferco à rembourser 240 millions d’euros de subsides à la Région Wallonne est en fait un coup de génie (peut-être accidentel) qui devrait servir de leçon d’ingénierie financière même à nos amis du Nord, si rapide à condamner les modèles de gouvernance wallons. Résumons un peu la situation:

Afin de permettre à la société Duferco de maintenir ses activités industrielles en Wallonie, la Région Wallonne a versé via diverses institutions des subsides directs et indirects près de 240 millions d’euros à l’opérateur sidérurgique. Grâce à ces subsides, ce sont 3 ou 4000 emplois qui ont été préservés et pour lesquels l’ONEM n’a donc pas dû verser un cent, et ce pendant plusieurs années. A l’époque, ils étaient nombreux à fustiger la Région pour subsidier des emplois « financièrement morts ».

Finalement, et au grand dépit des autorités régionales (qui si je m’en souviens bien crièrent même à la « trahison »), Duferco a dû mettre la clé sous le paillasson en Belgique, y maintenant une trentaine d’emplois administratifs, mais continuant à accumuler ses profits sous des cieux plus cléments.

Perte sèche des investissements régionaux ? C’était sans compter sans un autre fleuron de notre franco-wallonie: les reportages de la RTBF. Comme le rappelle « La Libre », c’est un reportage de Bruno Clément qui a fait lever les sourcils à la Commission Européenne, laquelle condamne aujourd’hui Duferco à rembourser à la Région Wallonne… les 240 millions en question. Ce sera bien donc le vilain délocalisateur (Duferco) qui va devoir rembourser à la Région les subsides qui avaient permis de maintenir les emplois… Récupérant ses sous, la Région devrait maintenant se mettre à la recherche d’une autre entreprise qui pourrait être « moribonde » pour cause de délocalisation, et voir si le petit cirque peut recommencer…

Des vacances de Noël trop courtes ou des parents qui n’osent pas poser des limites ?

Je suis resté « scotché » ce dimanche 3 janvier en regardant la séquence intitulée « deux semaines perturbées » du JT de la RTBF (vers les 9’55). Ce reportage est centré sur le témoignage d’une mère de famille et de ses deux filles âgées de moins de 13 ans, qui réclament un allongement d’une semaine de la durée des vacances de Noël en raison d’heures de coucher tardives répétées et de « la nécessité d’aller voir des grands-parents qui habitent parfois un peu loin ». Cette affirmation étant par ailleurs confortée par l’avis d’un psycho-expert en rythme scolaire.

Ne faudrait-il pas d’abord rappeler que le rôle d’un parent est aussi (surtout ?) d’aider ses enfants à grandir en leur permettant de s’épanouir à leur propre rythme ? Et pour ce faire, de poser un cadre bienveillant et rassurant sur ce qui relève des activités normales de l’adulte et de celles de l’enfant, en ce compris le respect d’un certain nombre d’heures de sommeil ? Cette année, comme chaque année, comptait deux réveillons (surprise ?) qui tombaient un jeudi, c’est à dire un jour suivi de trois jours de récupération avant la rentrée scolaire. S’il est parfaitement normal de permettre aux enfants de participer aux réjouissances du passage à l’an neuf (pour peu qu’il reste une raison de s’en réjouir), ne revient-il pas aux parents de mettre en évidence le caractère extra-ordinaire de cette circonstance en rétablissant un rythme de veille et de sommeil normal dès le lendemain ?

Une autre explication qui m’a également choqué dans ce reportage est cette excuse des grands parents qui habiteraient « loin ». Peut-être la famille concernée est-elle dans une situation vraiment particulière ou la distance qui sépare parents et grands-parents exige un déplacement de plusieurs heures, mais ce n’est pas le cas de la majorité de nos concitoyens. Faut-il en conclure que des grands-parents ne doivent se visiter qu’une fois l’an (pour aller chercher des étrennes ?) ? Ou que la visite aux grands-parents doit devenir une justification valable pour une absence scolaire du lendemain ?

Comme enseignant, je suis favorable à une modification des rythmes scolaires, mais alors en y mettant certaines priorités. Dans le contexte actuel, ajouter une semaine aux vacances de Noël aurait eu pour première conséquence de réduire encore plus la période de cours qui commence. Celle-ci ne compte déjà que 5 semaines avant le congé de Carnaval, ce qui est vraiment très peu aux yeux des nombreux spécialistes qui ont étudiés la question (et qui posent le rythme idéal autour de périodes de 6-7 semaines de cours). Réfléchissons plutôt à la meilleure manière d’éviter des années aussi erratiques que celle que nous vivons, où nous avons connu un cycle de près de 8 semaines pour commencer l’année, suivi de 7 semaines avant Noël, pour maintenant enchaîner sur une série de 5 semaines, puis 6 avant Pâques (la seule période réellement confortable qui nous sera donnée cette année), elle-même suivie de 4 semaines et demi, pour finir sur un sprint en 8 (!!!) semaines pour atteindre les vacances d’été.

C’est en exerçant comme parents notre rôle de « parents » que nous remplirons notre devoir éducatif, pas en rejetant sur « la société » ou « les politiciens » les responsabilités que nous refusons de prendre. Il ne revient pas au Ministre de l’Enseignement (heureusement, on a supprimé chez nous le titre de Ministre de l’éducation) de dire à chaque enfant à quelle heure il doit se coucher pour pouvoir profiter au maximum de l’enseignement qui lui est proposé.

Le niveau 0 de la démocratie est proche

Depuis la mi-novembre 2015, notre pays vit une situation politique particulière. Sans en avoir référé au parlement, notre gouvernement a mis en place une politique sécuritaire qui n’est basée sur aucun élément objectif. Bien entendu il y a eu une série d’attentats à Paris (nul ne contestera l’ampleur médiatique de ce drame), bien entendu une partie des pistes parisiennes mènent à Bruxelles. Les faits s’arrêtent très exactement là. Pas un millimètre plus loin.

Tout ce qui dépasse cela, c’est de la conjecture. Ce sont des mots (« menaces », « imminentes », « concrètes »,…) mais dont personne, hors ceux qui les prononcent ne peut contrôler la réalité.

Ce qui n’est pas observable n’est que très relativement concret. Or, ce qui est observable en matière de sécurité, c’est qu’à Bruxelles, le 1er janvier 2016, il n’est pas possible de faire 300 m au centre ville sans rencontrer un groupe de militaires ou de policiers. Ce qui était observable le 31 décembre à 21h00 au centre de Bruxelles, c’est qu’il fallait passer deux cordons de policiers pour atteindre le sapin de Noël de la Grand-Place, que la fouille au corps était obligatoire pour chaque personne, mais qu’en montrant spontanément l’intérieur de la moitié d’un sac à dos, personne n’en contrôlait l’autre moitié (expérience totalement personnelle !), que personne ne m’a demandé quel était l’objet plat et rigide de 20 cm x 10 cm que j’avais dans une de mes poches… Mais partout, bien visibles, ces véhicules blindés, ces camions militaires, stationnés sur des places vides des fêtards qui auraient dû les remplir.

Ce qui est également observable, ce sont les atteintes de plus en plus importantes aux libertés fondamentales, décidées dans un contexte  hyper-émotif. La stratégie est connue et ne date pas d’aujourd’hui: créer une peur extérieure (ici des terroristes barbus) à coup d’émotions médiatiques (images des massacres réels en Syrie, en Irak,…), utiliser un événement déclencheur pour transformer l’émotion en peur (les attentats de Paris), renforcer cette peur par des éléments non vérifiables mais plausibles (les yoyos de niveaux de menace de l’OCAM, instrument de la politique sécuritaire du gouvernement N-VA), et se retrancher derrière des mesures dites « préventives », basées sur le principe « celui qui n’a rien à se reprocher n’a rien à cacher » pour permettre aux forces de l’ordre de contrôler plus en étant elles-mêmes moins contrôlées.

Mais comme les-dites « forces de l’ordre » restent principalement dirigées par des femmes et des hommes qui pourraient avoir conservés un certain sens des droits fondamentaux, il est aussi essentiel de les « aider », par exemple en installant de manière de plus en plus permanente l’armée dans nos rues. L’armée qui elle, est un instrument du pouvoir qui « exécute ». Bien entendu, on insistera beaucoup (surtout les premières semaines) sur le fait que le maintien de l’ordre est l’affaire des forces de police et que l’armée ne fait que du « sécuritaire ». Puis, peu à peu, on annoncera la « mutation » possible de quelques milliers de ces militaires au sein de la police… (annonce faite la semaine dernière par notre gouvernement N-VA).

Jusqu’ici, je n’ai évoqué que des faits. Et ces faits nous montrent une réalité qu’il faut savoir regarder en face:

  • le terrorisme existe, il frappe tous les jours en Syrie, en Irak, et depuis 2001, il a dû frapper une vingtaine de fois en dehors de ses « zones de confort »;
  • le seul acte terroriste effectif répertorié ces dernières années en Belgique est l’attentat du musée Juif de Bruxelles. Tous les autres ont été, selon les autorités, « déjoués ». En d’autres termes, ils n’ont pas eu lieu et il est impossible de savoir s’ils auraient pu avoir lieu.
  • le gouvernement N-VA/MR a pris une série de mesures qui dans les faits réduisent les libertés fondamentales (droit de circuler, de se rassembler, inviolabilité du domicile), et augmentent le contrôle militaire et policier sur la population civile.

Ces faits nous montrent bien que si le terrorisme est une menace hypothétique, l’atteinte à nos libertés fondamentales est bien réelle. Que si le degré de la menace est un OVNI qui se ballade dans les sphères du 3 ou du 4, la démocratie, elle est une réalité qui risque de se réduire d’ici peu à 0.

Ce ne sont pas les électeurs nationalistes qu’il faut fustiger

Ce sont les candidats dits « démocrates » qui, en s’appropriant les discours de la peur et du rejet se sont montrés incapables de faire une différence pédagogique positive pour une vraie politique du vivre ensemble.

Bien sûr, il existe des différences dans le « profil » socio-éducatif des différents électoraux, de l’extrême gauche à l’extrême droite, mais on trouve des électeurs de tous âges et de toutes origines dans tous les partis. C’est la proposition politique faite par les candidats qui amènera l’électeur à le rejoindre ou pas. Penser que c’est l’électeur qui s’est trompé, c’est se dédouaner un peu trop facilement d’une incapacité maladive à lui « vendre » un choix réellement alternatif.

Les grandes ONG humanitaires et écologiques ont souvent réussi cette transition vers un « marketing » des valeurs. Elles sont capables de mobiliser des moyens humains et financiers auprès des mêmes citoyens qui voteront deux semaines plus tard pour la N-VA ou le FN. Il suffit de voir comment les images de certaines détresses servent à la fois les récoltes de fonds solidaires et les discours de rejet identitaire auprès du même « citoyen lambda ».

A mon avis, l’erreur des politiciens soit-disants « démocrates », de gauche comme de droite, est de tenter l’impossible mélange entre solidarité et sécurité. Vouloir faire croire qu’être solidaire avec des personnes en détresse sans se remettre personnellement en question est possible relève du rêve chimérique. C’est le mythe d’un confort né de l’absence de changement qui doit être éradiqué de la pensée collective. Pourquoi les politiciens ne sont-ils pas capables de vendre aux électeurs un monde de paix, serait-ce au prix de l’acceptation de l’autre, tel qu’il est ?

Les évolutions politiques les plus récentes montrent des victoires du repli sur soi, du Nord au Sud de l’Europe, mais aussi la percée de discours outranciers aux États-Unis. Sans en être un spécialiste de la région, il vaudrait peut-être la peine de s’attarder sur la situation canadienne qui me semble avoir porté au pouvoir un parti et un homme porteur d’une rupture positive par rapport au discours ambiant. Faire campagne sur l’acceptation de 25.000 réfugiés, gagner et mettre en place cet accueil positif, voilà ce que fait Justin Trudeau. Il a un mode de communication avec son électorat qui me semble faire preuve d’une grande franchise, doublée d’un optimisme raisonnable. Même si son discours économique libéral ne me plait pas toujours, même si sa politique de défiscalisation des revenus moyens ne renchérit pas les plus pauvres, je crois qu’il y a de sérieuses leçons à retenir de ce qui se passe là-bas.

Suivre l’évolution de la presse canadienne autour de ce sujet ces dernières semaines est édifiant. Après l’euphorie de la victoire de J. Trudeau sont intervenus les attentats de Paris qui ont provoqué là aussi de vives réactions de peur. Mais le gouvernement canadien est resté ferme, a expliqué sa méthode et sa logique d’intégration. A rappeler que les forces vives du pays attendaient ces réfugiés. Dans une approche proactive, c’est le gouvernement Canadien qui invite des réfugiés à venir sur son territoire, qui affrète des vols depuis Beyrouth ou Ankara, et qui organise l’accueil de 80% des nouveaux arrivants par des « sponsors privés ».

Aujourd’hui à la Chambre des communes, c’est empli de fierté que j’ai annoncé l’arrivée des premiers réfugiés syriens au Canada à la fin de la semaine :

Posté par Justin Trudeau sur mercredi 9 décembre 2015

La question pour moi n’est pas de savoir si le modèle d’accueil canadien est le bon (il est tellement inspiré du modèle néo-libéral que je ne peux que m’en méfier), par contre le modèle pédagogique vis à vis de la population me semble beaucoup plus efficace que celui mis en place à Paris ou à Bruxelles…

« Ca » n’arrivera jamais… ou comment clôturer en beauté 2015 !

Voilà, c’est fait. Quand il y a trente ans toute l’Europe regardait goguenarde un vieux déjà gâteux invoquer Jeanne d’Arc en réclamant « La France aux français », l’immense majorité d’entre nous pensait à un épiphénomène qui s’éteindrait étouffé par sa propre vacuité ou son ridicule.

Et nous voici, ce lendemain de St Nicolas, improbables Bruxellois, coincés au milieu d’un territoire contrôlé par des nationalistes eux-mêmes otages d’une des extrêmes-droites les plus agressive d’Europe, et à 100 km d’un nouveau territoire soumis aux chemises brunes de la famille Le Pen.

Est-ce donc ici que nous ont amené septante années de paix gagnées par une coalition qui l’espace d’une guerre avait fait passer au second rang les formes les plus caricaturales du libéralisme et du socialisme pour vaincre ce que l’on appelait alors la bête immonde ?  Combien de familles déchirées, amputées pour cela ? Et aujourd’hui leurs enfants et les générations qui les suivent semblent avoir tout oublié. Faut-il avoir été marqué personnellement au fer rouge pour craindre le feu ? Voir les souffrances, les blessures de nos mères et de nos pères ne nous aura donc pas suffit.

Je ne sais quel sera l’événement retenu par les historiens lorsqu’il s’agira de définir le jour où l’Europe bascula à  nouveau dans l’obscurantisme. Il ne sera cependant pas loin de l’année 2015. Une année pendant laquelle ceux à qui nous avions confié le sort de l’Europe ont choisi de céder à  la peur et à la confrontation. Une année pendant laquelle cinq à six millions de réfugiés se sont retrouvés sur les routes du monde à fuir les meurtres, les viols, les mutilations et les catastrophes naturelles. Une année pendant laquelle l’Europe a vendu plus d’armes aux pays du tiers monde qu’il n’en faut pour détruire la planète. Une année pendant laquelle les banquiers du monde, ressuscités de la crise qui les avait mis au tapis il y a sept ans auront refusé d’aider ceux-là même qui les avaient nourris quand ils mourraient de faim. Une année pendant laquelle chaque jour qui passait aura vu des milliers d’êtres humains mourir soit de faim, soit sous la torture, soit sous les bombes financées par nos achats de pétrole, d’essence et de gaz. Une année pendant laquelle nous aurons continué d’acheter des T-shirts fabriqués avec la sueur d’enfants esclaves bien loin d’ici. Une année qui se terminera avec un arbre de Noël dont l’ombre couvrira des « objets connectés » fabriqués en Chine, en Inde ou en Corée, par des armées de travailleurs sous-payés. Une année pendant laquelle rien qu’en Belgique 600 personnes seront mortes sur les routes, la plupart fauchées par des conducteurs en excès de vitesse, d’alcool, ou des deux. Une année pendant laquelle comme toutes les précédentes, ce seront les crimes commis à l’intérieur même des familles qui auront fait le plus grand nombre de victimes.

Et pourtant, que retiendrons-nous de cette année ? Qu’est-ce qui va occuper la une des rétrospectives qui vont se succéder dans les prochains jours dans nos journaux et sur nos écrans ? La mort des journalistes de Charlie Hebdo, celle des 130 victimes du 13 novembre à Paris, celles du Musée Juif de Bruxelles. Et surtout la peur, cette peur que nos dirigeants incapables de nous faire aimer la paix ont choisi de distiller en nous pour assoir leur emprise. Cette peur qui nous fait accepter l’amputation systématique de nos libertés. Cette peur qui justifie de jeter dans nos rues des gamins en treillis militaire. Cette peur qui fait prendre à un Premier Ministre des airs de matamore à la proue d’un bateau parti faire une guerre impossible à un ennemi insaisissable.

Cette peur qui fait enfin que de Copenhague à Séville, une tâche brune s’étend de plus en plus sur l’Europe, que là où l’on voyait des foyers de résistance, ceux-ci se retrouvent bien vite éteints par de nouvelles peurs. Et l’incontestable victoire du Front National en France ce dimanche, couplée au manque d’intérêt évident de la population pour la chose politique (il suffit de voir le taux d’abstention de ces élections régionales pour s’en convaincre), nous montre l’ampleur de l’échec éducatif auquel nous sommes confrontés.

Je veux en effet parler d’échec éducatif, et donner à cet échec une dimension collective. Il serait trop facile de dire « c’est la faute aux politiciens ». Nous avons encore la chance – pour combien de temps encore ? – d’avoir à la tête de nos pays des femmes et des hommes choisis par l’ensemble de leurs populations. Que cela nous plaise ou pas, les femmes et les hommes qui nous gouvernent sont le reflet de ceux qui les ont élus. Prenons nos responsabilités collectives. Nous avons élu des représentants soumis aux injonctions des milieux nationalistes, économiques, financiers, sociaux et/ou sociétaux. Parmi ceux-ci, ce sont les représentants nationalistes, qui se nourrissent des peurs de l’autre qui ont aujourd’hui la cote et qui nous dirigent. Comme les leaders de mouvements sociaux (comme les syndicats) ou sociétaux (comme les écologistes) sont généralement centrés sur la défense des droits des êtres humains dans une approche internationale ou universelle, leurs intérêts sont rarement communs à ceux des nationalistes, centrés sur des politiques de soit disant identité culturelle. C’est ainsi laisser le chemin libre à une alliance entre nationalisme et libéralisme économique et financier. Car ce qui intéresse au plus haut point l’actionnariat des firmes transnationales, c’est la maximisation de ses profits. Et celle-ci se trouve finalement facilitée (du moins à court terme) par une forte liberté de circulation des biens, combinées à une faible liberté de circulation des personnes. Seule cette combinaison permet en effet de faire produire par des enfants esclaves les T-shirts ou les iPhones qui seront ensuite achetés par les consommateurs plus nantis.

Nous voici donc avec cette situation que doit craindre tout système un tant soit peu démocratique: élire des représentants dont les intérêts sont en conflit avec ceux du système. Et ce qui est prévisible se passe:

  1. Créer un sentiment de peur qui fasse se « resserrer » la population derrière ceux qui la gouvernent.
  2. Identifier un ennemi aussi différent que possible du « coeur de cible » électoral, et de préférence incapable (au sens juridique du terme) de se défendre: quoi de mieux aujourd’hui que d’hypothétiques barbus terroristes, si possibles réfugiés syriens mais à la fois tortionnaires de réfugiés syriens…
  3. Faire croître artificiellement le sentiment de peur de l’ennemi, par exemple en utilisant des événements extérieurs pour faire croire à une menace intérieure, quitte à devoir gérer l’absence totale de preuve d’une menace intérieure à coup de « secret de l’enquête »…
  4. Démanteler les outils de contrôle démocratique vis à vis du pouvoir en place (tentative de ré-introduire la censure – affaire Mythra/Médor, suppression des juges d’instruction en matière de criminalité financière, concentration des pouvoirs judiciaires dans les mains policières,…)
  5. Créer une prison émotionnelle pour les autres acteurs politiques qui – soumis à la peur de leur propre électorat sans doute – acceptent de jouer la « solidarité nationale » vis-à-vis d’une menace dont on refuse de leur montrer la réalité.

Les étapes suivantes sont malheureusement trop connues. Restriction des libertés individuelles (il est bien connu que « si vous n’avez rien à cacher », cela ne pose pas de problème que l’on puisse examiner en détail votre vie privée). Fin des mécanismes de solidarité sociale (exclusion des chômeurs, des pauvres, des étrangers…)

Dans le schéma qui se construit en Belgique, on voit comment la N-VA est en train de construire une situation dans laquelle, idéalement, ce ne sera plus elle qui demandera un démantèlement des solidarités nationales, mais bien les « autres » (Bruxellois ou Wallons). Ce qui lui permettra la plus ultime des forfanteries: comme c’est logiquement celui qui exige de pouvoir partir d’un système de solidarité qui doit en payer le prix, ce seront donc encore les Bruxellois et les Wallons qui passeront à la caisse… Là où tout le monde disait « laissons les nationalistes flamands partir d’eux-mêmes, ils seront confrontés à une note salée qui les fera réfléchir », on peut constater qu’en effet, ils ont réfléchi et retourné la phrase dans l’autre sens, tout en rendant la vie impossible sur le plan des valeurs aux partenaires bruxellois et wallons.

2015, après 70 années de paix relative, l’Europe de l’ouest retrouve ses démons. La génération qui avait connu le pire s’en est allée, et même ses enfants n’auront pas été capables de défendre les acquis de cette paix.

 

Réfugiés, terroristes, et nous, et nous, et nous…

Trois informations qui retiennent mon attention dans les « fils info » du jour:

Pourquoi ces trois informations ? Parce qu’elles démontrent une fois encore que la politique de peur et de terreur n’est pas l’apanage d’un seul camp. Parce que notre pays préfère « surveiller » les candidats réfugiés et les laisser se précariser dans la rue. Parce que si nous sommes prompts à pleurer les morts parisiens des attaques de DAESH, nous considérons comme « normales » les victimes collatérales des bombardements que « notre » coalition effectue à l’étranger.

Si nous trouvons que « nos » morts justifient que « nous » portions la mort chez les autres, pourquoi en serait-il autrement pour eux ?

L’on connaît le cynisme de ceux qui partent en guerre au nom de la défense des droits de l’homme, mais qui en fait n’opèrent que sur les « théâtres » d’où ils peuvent espérer un bénéfice économique, immédiat dans le commerce des armes, et à moyen et long terme par l’accès privilégié qu’ils se garantissent à certaines ressources naturelles ou financières.

La réponse du Cabinet de la Ministre de l’Enseignement Obligatoire

Je vous avais communiqué hier la lettre que j’avais envoyée à Madame la Ministre de l’Enseignement Obligatoire.

Je viens de recevoir une réponse, et il me semble plus honnête de ma part de la reproduire. En effet, l’élégance de répondre à un courrier comme celui que j’ai adressé doit être reconnue, même si le contenu est bien entendu sans surprise (et ne me pose d’ailleurs pas problème).

J’ai cru comprendre hier soir qu’une commission d’enquête spéciale sur le terrorisme serait  lancée au Parlement, j’espère que celle-ci aura bien pour mission d’examiner la mesure dans laquelle le Gouvernement aura été respectueux des droits et des libertés individuelles dans ses interventions policières et militaires.

Voici le texte de la réponse du Cabinet de la Ministre de l’Enseignement Obligatoire:

J’accuse bonne réception de votre courriel  de ce 24 novembre à Madame la Ministre, et vous en remercie.

Par la présente, je souhaite vous indiquer que Madame la Ministre a travaillé en étroite collaboration avec les autorités compétentes et sur base des informations et des recommandations qui étaient communiquées, tout en intégrant les approches des membres du cabinet qui avaient une connaissance pragmatique de l’école, comme anciens préfets, ou directeurs d’école primaire ou secondaire.

Elle comprend les réflexions que vous formulez, les hypothèses que vous avancez.

Elle mesure la tâche particulièrement complexe qui est la vôtre dans le cadre scolaire qui est le vôtre.

Elle vous demande de faire confiance à votre expérience et votre bon sens pédagogique pour mener à bien, autant que possible, cette rencontre avec les questions particulières de vos élèves dans leurs spécificités.

Si certaines mesures de prévention et/ou de protections devaient être adaptées ou réévaluées, n’hésitez pas à en parler à votre direction, à vos représentants syndicaux et/ou, le cas échéant aux membres de votre Conseil de prévention et de protection du travail  ou de votre Conseil d’entreprise.

Conscient de la difficulté de cette période, je vous prie d’agréer mes salutations respectueuses,

Lettre à Madame la Ministre de l’Enseignement Obligatoire

Voici le courriel que je viens de faire parvenir à Mme Milquet. Je ne manquerai pas de vous tenir au courant des suites et réponses éventuelles.

Madame la Ministre,

Je suis enseignant dans un établissement bruxellois de l’enseignement secondaire libre subventionné. Vous comprendrez donc que j’ai suivi avec intérêt les développements de ces derniers jours concernant la situation sécuritaire à Bruxelles.

Je n’ai aucun mandat particulier pour m’adresser à vous, étant un simple enseignant dans la masse de ceux dont vous avez la responsabilité. Mais ce que je vais vous exprimer, je le ressens chez plusieurs collègues (qui liront une copie de ceci sur les réseaux sociaux et sur mon blog : www.foucart-dever.net).

Suite à la réunion du Conseil de Sécurité d’hier, vous avez décidé d’ouvrir les écoles dès demain matin, alors que le gouvernement fédéral maintient le niveau de la « menace » à son maximum. Un ou plusieurs attentats terroristes seraient donc « imminents » à Bruxelles. Vous demandez ainsi à des parents d’envoyer leurs enfants dans les écoles, vous demandez aux enseignants de rejoindre leurs classes, tout en sachant que un ou plusieurs terroristes attendent peut-être que suffisamment de lieux de rassemblement soient disponibles pour pouvoir frapper aveuglément.

Vous nous demandez aussi, à nous les enseignants, éducateurs, directions d’école, de rassurer les élèves et les parents sur les conditions dans lesquelles cette rentrée va s’effectuer. Mais sur quelle base voulez vous que nous puissions les rassurer, alors que nous-mêmes ne le sommes pas nécessairement.

Car enfin, soit cette menace est avérée, il y a vraiment l’un ou l’autre fanatique prêt à se faire exploser et à faire le maximum de dégâts et vous savez très bien que l’école (et par voie de conséquence les élèves et la communauté éducative) dont la mission première est de développer la conscience citoyenne et démocratique devient alors une cible privilégiée, soit cette menace est une mystification. Il reste bien une troisième hypothèse que j’ose à peine formuler: le renvoi des élèves dans les écoles va libérer les parents qui pourront reprendre le travail, ce qui permettra à l’activité économique de redémarrer, ce qui correspond surtout à utiliser cyniquement les enfants et leurs enseignants/éducateurs comme boucliers contre les pertes financières des entreprises.

Madame la Ministre, j’aimerais pouvoir arriver demain en classe en étant serein, prêt à répondre aux questions que ne manqueront pas de poser mes élèves, la plupart issus de populations turques ou maghrébines. Mais on ne trompe pas un enfant. Il est inutile que je leur dise « n’ayez pas peur » si je vis moi-même dans la crainte de ce qui peut advenir.

Aucun contrôle démocratique n’existe à l’heure actuelle pour nous rassurer sur ce qui se passe. La classe politique – à de très rares exceptions près – nous demande de faire confiance à des hommes (et très peu de femmes) qui se cachent systématiquement derrière le secret pour prendre des décisions vitales.

Que pouvez vous faire ou dire, Madame la Ministre, pour me rassurer, pour nous rassurer ? Et si vous ne pouvez pas nous rassurer quand à la nature exacte du risque qui nous attend demain et des motifs qui vous poussent à nous envoyer dans nos écoles alors que la menace terroriste reste présente, qu’allez vous faire pour que nous puissions quand même travailler sereinement ?

Avec mes salutations respectueuses,