Liberté d’expression et anonymat

Pour une fois, une petite réflexion destinée spécialement à mes commentateurs anonymes. Je l’ai dit et répété, je n’ai aucun souci à relayer dans les commentaires des avis opposés aux miens, à la seule condition qu’ils ne soient ni anonymes, ni insultants. Si la seconde condition me semble couler de source, je voudrais insister sur l’incompatibilité entre anonymat et liberté d’expression. Continuer la lecture de Liberté d’expression et anonymat

Les brumes du Soir

J’ai dénoncé ici même il y a deux jours les dérives éditoriales du « Soir », à travers notamment de la controverse intervenue entre le quotidien bruxellois et sa « correspondante » au Caire, Vinciane Jacquet. D’autres que moi ont écrit à ce sujet (et en particulier l’excellente analyse publiée par Adrien Foucart).

Les réactions ne se sont pas fait attendre, en particulier celle de Baudouin Loos, responsable du service « étranger » au Soir.

Difficile dans tout cela de distinguer les faits des émotions ou de la défense d’une ligne éditoriale. Sans doute Madame Jacquet et « Le Soir » partagent-ils un certain nombre de responsabilités dans leur rupture (comme c’est le cas dans la plupart des séparations), mais il reste que depuis quelques années, Le Soir perd chaque jour un peu plus ses qualités de journal de référence en Belgique.

Les enjeux économiques justifient sans doute une forte mutualisation des ressources entre le quotidien et les torchons du groupe Sud-Presse qui relèvent tous du même Conseil d’Administration. Mais le groupe Rossel n’est pas le seul à connaître cette problématique. Et il pourrait sans doute la résoudre autrement qu’en construisant un brouillard de plus en plus épais entre le produit pour lequel des abonnés dépensent plus de 300 euros par an et la production « online » qui ressemble de plus à un assemblage approximatif de blogs amateurs.

Un autre de mes bons lecteurs me faisait ainsi remarquer que la rédaction du « Monde » avait ainsi fait de manière beaucoup plus claire la distinction entre ce qui relevait de la ligne éditoriale du quotidien français de référence et ce qui tombait dans l’incontrôlable manque de qualité des autres production du « groupe ». Sans m’être livré à une analyse détaillée de l’approche du « Monde », je suppose qu’il serait malgré tout utile au « Soir » d’y réfléchir sérieusement.

Quand « Le Soir » remercie ses journalistes indépendants…

Hier, dans le cadre d’une formation à l’enseignement de l’histoire et de la géographie dans l’enseignement secondaire supérieur, les formateurs me remettent  un document de référence indiquant que « Le Soir » est un journal d’informations progressiste et indépendant.

Ce matin, je trouve dans mes messages personnels le coup de colère de Vinciane Jacquet, (ex-)correspondante du « Soir » au Caire.

Ne connaissant pas personnellement Vinciane Jacquet, je ne m’autorise bien entendu pas à recopier l’ensemble de son coup de colère (que vous trouverez sur sa page Facebook), mais je vous résume ce que j’en ai retenu.

Suite à la disparition de l’avion d’Egyptair, le « journal indépendant et progressiste » lui a demandé de ne pas faire dans le « factuel » mais dans « l’émotionnel ». On lui a demandé de parler de la « douleur des familles », alors même que personne ne pouvait avoir accès aux-dites familles, et de remettre en cause la sécurité des vols d’Egyptair alors que la cause du crash n’était toujours pas connue (et ne l’est pas au moment ou j’écris ces lignes).

Je dénonce depuis longtemps la disparition des valeurs de base du journalisme en Belgique. La fusion entre Sud-Presse et Le Soir devient de plus en plus une cons-fusion où seuls les caractères typographiques font encore la différence entre ce que l’un et l’autre publient.

S’il ne nous reste plus que Jean Quatremer pour savoir ce qui se passe dans notre propre pays, nous n’aurons bientôt plus aucune raison de railler la presse Nord-Coréenne…

Une belle leçon de gestion de la Wallonie à la Flandre

dufercoLa décision de la Commission Européenne de condamner Duferco à rembourser 240 millions d’euros de subsides à la Région Wallonne est en fait un coup de génie (peut-être accidentel) qui devrait servir de leçon d’ingénierie financière même à nos amis du Nord, si rapide à condamner les modèles de gouvernance wallons. Résumons un peu la situation:

Afin de permettre à la société Duferco de maintenir ses activités industrielles en Wallonie, la Région Wallonne a versé via diverses institutions des subsides directs et indirects près de 240 millions d’euros à l’opérateur sidérurgique. Grâce à ces subsides, ce sont 3 ou 4000 emplois qui ont été préservés et pour lesquels l’ONEM n’a donc pas dû verser un cent, et ce pendant plusieurs années. A l’époque, ils étaient nombreux à fustiger la Région pour subsidier des emplois « financièrement morts ».

Finalement, et au grand dépit des autorités régionales (qui si je m’en souviens bien crièrent même à la « trahison »), Duferco a dû mettre la clé sous le paillasson en Belgique, y maintenant une trentaine d’emplois administratifs, mais continuant à accumuler ses profits sous des cieux plus cléments.

Perte sèche des investissements régionaux ? C’était sans compter sans un autre fleuron de notre franco-wallonie: les reportages de la RTBF. Comme le rappelle « La Libre », c’est un reportage de Bruno Clément qui a fait lever les sourcils à la Commission Européenne, laquelle condamne aujourd’hui Duferco à rembourser à la Région Wallonne… les 240 millions en question. Ce sera bien donc le vilain délocalisateur (Duferco) qui va devoir rembourser à la Région les subsides qui avaient permis de maintenir les emplois… Récupérant ses sous, la Région devrait maintenant se mettre à la recherche d’une autre entreprise qui pourrait être « moribonde » pour cause de délocalisation, et voir si le petit cirque peut recommencer…

Réfugiés, terroristes, et nous, et nous, et nous…

Trois informations qui retiennent mon attention dans les « fils info » du jour:

Pourquoi ces trois informations ? Parce qu’elles démontrent une fois encore que la politique de peur et de terreur n’est pas l’apanage d’un seul camp. Parce que notre pays préfère « surveiller » les candidats réfugiés et les laisser se précariser dans la rue. Parce que si nous sommes prompts à pleurer les morts parisiens des attaques de DAESH, nous considérons comme « normales » les victimes collatérales des bombardements que « notre » coalition effectue à l’étranger.

Si nous trouvons que « nos » morts justifient que « nous » portions la mort chez les autres, pourquoi en serait-il autrement pour eux ?

L’on connaît le cynisme de ceux qui partent en guerre au nom de la défense des droits de l’homme, mais qui en fait n’opèrent que sur les « théâtres » d’où ils peuvent espérer un bénéfice économique, immédiat dans le commerce des armes, et à moyen et long terme par l’accès privilégié qu’ils se garantissent à certaines ressources naturelles ou financières.

A l’école, le jour d’après…

J’avais la chance aujourd’hui de n’avoir que de très petits groupes d’élèves (3, 4 et 10). Certains très jeunes (élèves de 2èmes humanité), d’autres plus âgés (Rhétoriciens). Et je reviens intéressé par mes propres observations.

Avec mes deux groupes de 2èmes (petits groupes en remédiation), j’ai été confronté à une demande claire de discussion des événements du week-end, et surtout à la masse de fausses informations qu’ils véhiculaient. Une chose était certaine, le besoin de parler était pressant, la peur de l’inconnu présente, les discours faciles déjà bien acquis. C’était clairement la logique des réseaux sociaux qui dominait.

Quand j’ai entamé la dernière heure de la journée (pour eux comme pour moi) avec mes 10 rhétoriciens, je m’attendais à devoir cette fois entamer un débat, qui aurait même pu être situé dans le cours de Sciences Humaines (il est pour moi très clair que ce à quoi nous avons assisté est l’enfant batard de l’obscurantisme intellectuel et de la mondialisation des échanges et des  communications).

Et alors que cette heure est souvent consacrée à des tâches ne demandant pas trop de concentration, j’ai trouvé un groupe assoiffé de travail, un peu comme s’ils avaient un désir glouton de passer à autre chose…

Cette journée que je pouvais appréhender suite à la désastreuse expérience de janvier dernier (« Ils l’ont bien cherché ») s’est finalement révélée une journée plus solidaire et humaine, et certainement moins chahutée que je ne le craignais.

Un presse servile et sans esprit critique

C’est en lisant leurs éditoriaux de ces derniers jours (et en particulier ceux du « Soir ») que j’ai été frappé de la facilité avec laquelle la pensée unique européenne avait pu se frayer un chemin dans la tête de nos meilleurs éditorialistes.

C’est à croire que la crainte des conséquences pour les euro-conformistes (ceux qui pensent devoir suivre les ukkases du FMI et de l’Eurogroup) d’un « Non » du peuple grec au référendum qui lui sera proposé dimanche tétanise ceux qui devraient réveiller notre opinion publique.

Balayés du revers de la main les journées d’enthousiasme lorsqu’une nation se levait pour demander que l’on restaure sa dignité.

Balayées du revers de l’autre main les études qui démontrent les unes après les autres la vanité des politiques d’austérité pour relancer un système économique qui tourne le dos aux hommes pour ne rémunérer que les capitaux.

Oubliées les analyses et les critiques venant du monde académique – des penseurs indépendants – et qui vont presque toutes dans un sens assez logique: cela fait maintenant vingt ans que l’on nous sert de l’austérité et cela fait vingt ans que les différences entre riches et pauvres s’exacerbent. Cela fait deux cents ans que l’on nous fait croire que c’est le travail qui enrichit alors que la seule certitude, c’est qu’il use la santé de millions de travailleurs. Cela fait des décennies que ces vieilles recettes montrent qu’elles ne fonctionnent que pour les nantis et les rentiers, mais qu’elles créent plus de misère, plus de précarité. Cela fait longtemps que l’on sait, que l’on voit que ces recettes prônées par le FMI, la BCE, l’Eurogroupe ne fonctionnent pas. Qui pourrait dire le contraire ? Qui peut montrer une réduction des écarts de pauvreté après une cure d’austérité ?

La tâche d’un éditorialiste indépendant ne serait-elle pas aussi d’aider ses lecteurs à se poser des questions sur l’intérêt d’un changement, d’une vraie expérience alternative ? Regardez l’Islande qui  a choisi, elle aussi par un choix populaire, de refuser les diktats de la Troïka d’alors qui voulait lui imposer également une réduction de la couverture sociale pour sortir de sa crise bancaire. Elle est aujourd’hui sortie gagnante de sa crise. Ses dettes finiront par être régularisées. Mais elle a choisi un autre chemin que celui de l’austérité.

La Grèce n’est pas l’Islande, loin s’en faut. Mais en six mois, ce pays a tenté de – et jusqu’ici réussi à – démontrer qu’un peuple pouvait faire le choix d’une alternative, être écouté par ses dirigeants élus, et relancer un vrai processus de démocratie participative. C’est avoir un mépris indigne pour la population grecque que de lui renier le droit de se prononcer sur un texte complexe sous prétexte qu’il ne peut le comprendre: ce texte n’est pas plus compris par Mr Michel que par le grec moyen ! Ce que les ministres de l’Eurogroupe ont compris, c’est ce que les technocrates de leurs administrations et du FMI leur ont expliqué.

Mais le peuple grec est parfaitement capable de comprendre que deux thèses s’opposent: soit ils choisissent de se résigner à plus d’austérité, à des choix aussi explicites que « moins de taxes pour les riches, moins de sécurité sociale pour les pauvres », soit ils tentent quelque chose de vraiment différent « nous nous occuperons de nos dettes (qui ne concernent que les banques et dont le non remboursement n’aura un impact réel que sur les détenteurs de dette privée grecque – c’est à dire des rentiers occidentaux) plus tard, nous nous occupons de notre santé et de notre survie maintenant. Ce faisant, nous activons un multiplicateur de croissance important (voir les études publiées dans ‘The body economics’ sur l’Islande) et contribuons à la relance de l’économie grecque en préservant le minimum vital pour chaque citoyen »

Est-il donc si compliqué pour un éditorial de rappeler – avec ses propres nuances – que c’est là que se situe le choix des grecs, mais aussi de l’Europe ?

Il suffit de voir l’engouement suscité par l’initiative de crowdfunding sur le Greek Bailout Fund pour comprendre qu’il y a de  nombreuses personnes en Europe qui pensent que l’attitude des institutions européennes et internationales est indécente.

Cela fait longtemps que la presse nationale ne publie plus les lettres et courriers de leurs lecteurs. Elle ne nous donne en pâture que des tweets populistes ou des articles d’experts. Mais alors, ne faudrait-il pas que les éditorialistes gardent la distance nécessaire par rapport aux premiers pour se concentrer sur les débats proposés par les seconds ?

L’austérité à tout prix ? #notinmyname

Le tragédie grecque qui se joue cette semaine est avant tout un monstrueux acte de mauvaise foi de la part des dirigeants européens qui s’accrochent aux principes de l’austérité comme la misère s’accroche au monde.

Il faut tordre le cou  à un nombre non négligeable de canards:

  1. L’austérité, telle que prônée par le FMI, ça ne fonctionne pas: le FMI lui même l’a reconnu il y a déjà plusieurs années. Cette austérité appliquée à la Grèce depuis près de 7 ans, est la médecine qui ne guérit pas le malade, mais empire son état.
    De nombreuses études sérieuses (voir par exemple « The Body Economic » de David Stuckler et Sanjai Basu) démontrent qu’au contraire, l’austérité ne fait qu’aggraver la situation sociale, sanitaire et économique du pays où on l’impose, alors que la relance par les dépenses de sécurité sociale est une solution qui a prouvé son efficacité.
  2. Le FMI n’a pas proposé un seul vrai plan de sauvetage de la Grèce. Ce que le FMI et les ministres de l’Eurogroupe proposent, c’est de donner de l’argent frais … aux banques. Les grecs bénéficieraient à peine des fonds versés.
  3. Il est faux de dire que « nous allons payer 700 euros par Belge » si la Grèce fait défaut. Rappelons qu’aucun pays ne rembourse jamais sa dette publique. Au mieux, il la maintient à un niveau qui fait baisser cette dette en termes relatifs (c’est à dire proportionnellement à la richesse produite par le pays). Donc jamais nous ne « reverrons » les 700 euros par Belge prêtés à la Grèce (comme jamais les pays qui ont prêté de l’argent à la Belgique ne reverront leur fonds. Un prêt est presque toujours remboursé… par l’emprunt suivant !
  4. Les grecs n’ont que ce qu’ils méritent ? Tout le travail entamé par le gouvernement Tsipras et Siryza va clairement dans la direction d’une relance économique et sanitaire, couplée avec une lutte, réelle cette fois, contre la fuite des capitaux. C’est la Troïka qui en refusant toute proposition de solution du gouvernement grec, pousse à une aggravation de la fuite des capitaux.

Le vrai problème, c’est la peur qu’ont les gouvernants de centre droite qui gèrent les grands pays européens de voir une alternative politique à l’austérité montrer des signes de réussite. C’est qu’il puisse éclater à la figure de tous les européens que la solidarité est une chose qui fonctionne. Alors Merkel, Cameron, Michel, Rajoy, et sans doute même Vals ou Hollande préfèrent envoyer les grecs crever dans leur coin.

Ils veulent envoyer la Grèce au casse-pipe. Relisez les articles de Paul De Grauwe, relisez La Tribune, le Trends… tous les articles que vous trouverez dans ces revues qui ne sont quand même pas « l’Humanité » vont dans le même sens: la Troïka se plante, la proposition du gouvernement grec a au moins cet avantage de proposer quelque chose que l’on n’a pas encore essayé là où toutes les mesures traditionnelles ont échoué.

De la complémentarité entre épreuves externes et Conseils de Classe

Conseil-de-classe-03La saga des épreuves externes annulées pendant cette session de juin 2015 a donné lieu à toutes sortes de commentaires sur le caractère juste ou injuste de la situation.

Je voudrais apporter mon témoignage de simple enseignant, moi qui ne suis expert en rien, tout en m’occupant quotidiennement des environ 150 adolescent(e)s auxquels je tente de faire passer des rudiments de néerlandais ou de sciences humaines.

Je ne peux parler que de mon expérience, au sein de l’établissement dans lequel je travaille, et donc, encore une fois, je ne me sens pas autorisé à généraliser au delà de cette sphère bien précise.

Quelle est la meilleure manière d’apprécier si un élève dispose des compétences attendues à l’âge de 14 ans (pour le CE1D, domaine que je « pratique » le plus) ? Une épreuve externe, un avis de professeurs ayant observé l’enfant pendant deux ans, ou une combinaison des deux ? La solution en vigueur en Communauté Francophone Wallonie-Bruxelles est la seconde, et j’aurais tendance à la défendre, dès lors que le système de certification est la norme (autre débat…)

En effet, si la certification externe donne la garantie que la même épreuve est proposée à l’ensemble des élèves, avec les mêmes consignes de correction, elle est aussi le reflet de la perception des seuils de compétences par ceux qui rédigent l’épreuve. Il y avait ainsi cette année une épreuve de compréhension à l’audition (la deuxième audition spécifiquement) qui présentait un dialogue entre un « interviewer » et une directrice d’école sur le thème du bien-être et de l’alimentation. Mon impression à l’écoute de ce document était que des élèves ayant acquis le même niveau de compétences, pouvaient être plus ou moins privilégiés par l’épreuve en fonction du type d’école dont ils provenaient. Ainsi, une école qui dispose de ses propres installations culinaires, dans laquelle des activités de type relaxation, théâtre, etc… peuvent être proposées aux élèves, étaient sans doute susceptibles d’avoir plus sensibilisé leurs élèves à une partie du vocabulaire du document – tout simplement parce qu’en parlant de la vie dans l’école pendant les leçons, ce vocabulaire là était renforcé. Dans une école comme la nôtre, qui ne dispose ni d’un réfectoire, ni d’une cuisine, et qui propose des activités au budget adapté aux faibles moyens de beaucoup de nos familles, le thème a été étudié et abordé dans le respect des exigences du programme, mais sans doute pas avec le biais culturel que l’on retrouve dans le CE1D de cette année.

Il existe donc aussi une subjectivité dans les épreuves externes.

La règlementation en vigueur prévoit donc qu’en cas de réussite de l’épreuve externe, l’élève est considéré comme ayant atteint le seuil de compétences requis. Sauf que… il faut bien constater qu’une matière étudiée en dernière minute l’est pour restituer une copie des compétences, inscrite à l’aide d’une encre qui risque de s’effacer bien vite. Mes chances de retrouver les connaissances acquises dans les quinze derniers jours de la deuxième année lors de l’arrivée en 3ème en septembre prochain sont par expérience assez maigres. Mais soit, moi aussi en mon temps, j’ai parfois choisi de concentrer mes efforts pour une branche donnée sur « la dernière ligne droite ».

Pour l’élève qui a échoué à cette épreuve, il reste justement l’évaluation apportée par le Conseil de Classe. Et cette fois, on ne parle plus de la photographie des connaissances de l’élève prise entre le 10 et le 20 juin, mais bien de l’observation continue de cet élève par une douzaine de personnes différentes, plusieurs heures par semaine, pendant un ou deux ans. Dans le cas où une épreuve externe a put être réalisée, on comprendra que cette observation ne peut être que favorable à l’élève. Si elle ou il a réussi l’épreuve externe, les compétences sont considérées comme acquises. Si elle ou il a échoué, le Conseil de Classe peut encore lui octroyer la certification de compétences. Et le fait régulièrement.

La critique que l’on fait aux décisions du Conseil de Classe (et que je lis beaucoup dans la presse et surtout sur les forums) c’est que ces décisions seraient prises « à la tête du client ». Je ne vois cependant pas ce commentaire dans la bouche de professeurs, mais bien dans celles d’étudiants ou de parents. Et j’y perçois une crainte: celle de voir le comportement de l’élève intervenir dans l’évaluation de ses compétences. Un élève particulièrement turbulent risquerait d’être sanctionné plus sévèrement qu’un élève « sage ». Je vais donc vous livrer un secret:

Chaque année, il y a dans mes classes un nombre non négligeable d’élèves « turbulents » – c’est le propre du travail dans un établissement aussi ouvert que celui dans lequel j’exerce. Des élèves pour lesquels j’ai parfois besoin d’un moment de défoulement en salle des profs (comme ils ont sans doute besoin eux aussi d’un moment de défoulement « contre moi » en cours de récréation). Je peux cependant vous assurer que lorsque vient leur tour lors d’une délibération, chaque enseignant autour de la table fait particulièrement attention à cette différence entre comportement et compétences.

Il y a une autre valeur ajoutée aux Conseils de Classe, qu’aucune épreuve externe ne peut apporter: l’évaluation de l’acquisition par l’élève des quatre compétences transversales fixées par le « décret mission », fondateur de l’enseignement:

1° promouvoir la confiance en soi et le développement de la personne de chacun des élèves;

2° amener tous les élèves à s’approprier des savoirs et à acquérir des compétences qui les rendent aptes à apprendre toute leur vie et à prendre une place active dans la vie économique, sociale et culturelle;

3° préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures;

4° assurer à tous les élèves des chances égales d’émancipation sociale.

Que faut-il donc penser de la situation de cette année ?

Tout d’abord, je suis persuadé que les décisions prises par la Ministre étaient les seules qui faisaient sens au vu des circonstances.

Mais il faut que ceux qui ont tenté de frauder massivement – voir dans un esprit vénal – la règle sachent que cela ne rapportera plus. Il faut aussi sanctionner ceux qui ont considéré que la faiblesse d’un système n’autorise pas pour autant la fraude. Avant de blâmer le système, il faut redire la norme.

Je ne pourrais pas comprendre que dans un monde où des terroristes aux moyens importants et aux grandes compétences technologiques peuvent être traqués et identifiés, il soit impossible de retrouver les responsables de fuites aussi stupides. Il n’y a pas – comme le disaient certains – 20 personnes qui disposaient des copies, il y en avait bien plus, mais il serait inadmissible de ne pas retrouver et sanctionner ceux qui ont participé à une telle fraude.

Je pense également que les élèves qui ont fait l’apologie de la fraude sur les médias doivent également être sanctionnés. Le rôle de l’état et de l’autorité est de faire respecter la norme.

Quand aux résultats des épreuves… bien entendu, ce seront les Conseils de Classe qui seront souverains pour octroyer ou pas les différentes attestations. Et – je parle toujours de l’établissement dans lequel je travaille et de moi – je suis persuadé que cela se fera sans indulgence, mais avec compassion. Toujours en pensant d’abord à l’intérêt de l’enfant pour son futur.

Je suis enseignant. Mon métier est un métier de passeur Et ce passage est un peu comme celui du témoin  dans une course-relais. J’ai l’habitude de courir, j’ajuste mes pas sur ceux de l’athlète suivant, je lui passe le témoin. Parfois, il le saisit d’une main ferme, et trouve de suite le rythme voulu pour poursuivre la course. Parfois, il le prend avec plus d’hésitation, il trébuche un peu sur les premiers pas mais continue, se reprend et très vite atteint sa vitesse de croisière. Parfois enfin, il n’arrive pas à attraper le témoin. Faut-il le laisser continuer à courir sans l’objet qui montre qu’il se situe dans une continuité de connaissance ?

Les élèves ne seront pas plus mal servi par les conseils de classe que par une épreuve externe, même si je reconnais l’intérêt normatif de cette dernière. Elle finira nécessairement par servir d’outil de comparaison entre écoles, et deviendra donc outil de renforcement des inégalités. Mais ça, c’est une autre histoire…

Grèce, migrants, SDFs … : râleries du soir

J’ai ce soir au fond de la gorge une sourde amertume qui me ronge.

Je vois dix milles soldats d’autrefois jouer à s’entre-déchirer pour du rire, devant cent mille privilégiés qui trouvent que la guerre finalement ce n’est pas si grave.

Je vois dans ma lucarne noire un mur qui se construit. Un mur de briques ou de barbelés. Un mur dans lequel viennent ses jeter des enfants, des femmes et des hommes.

Un mur de l’inutilité contre l’inexorable soif de survie de ceux qui fuient une vie insupportable.

Un mur de violence, de souffrances promises. Un mur qui veut ajouter la douleur physique au désespoir des populations.

Ces barbelés que l’on érige en mon nom mais sans ma permission aux frontières de l’Europe ne protègent pas notre civilisation. Construire un mur autour de sa maison, s’est se retirer du monde et croire que l’on peut vivre en vase clos.

Chaque pointe de chaque fil tendu à trois mille kilomètres d’ici, c’est une douleur nouvelle au creux de mon ventre. Comment imaginer pouvoir être complice de ces clous qui vont demain transpercer une mère, un enfant, pour la simple raison qu’ils ne sont pas nés du bon côté ?

Je ne peux supporter d’être ici, à Bruxelles, en train de penser à mes loisirs, aux vacances qui arrivent, aux joies qui m’attendent les prochaines semaines, et (sa)voir une telle monstruosité.

Et comme si cela n’était pas suffisant, il me faut aussi être témoin, du « bon côté » du mur, de l’humiliation que les plus nantis parmi nous veulent imposer au peuple grec.

Ils se sont bien passé la consigne, de Lagarde à Michel, de ramener aux yeux de l’opinion publique les intérêts de la Grèce à des chamailleries d’enfants en cour de récréation. Qu’ont donné les politiques d’austérité menées depuis des années par les gouvernements de centre-droit qui gouvernent l’Europe ? Etes vous de ceux qui ont vu leur pouvoir d’achat augmenter ? Vous sentez vous socialement plus à l’abri qu’il y a vingt ans ? Moi pas.

Je vois une société dans laquelle chaque femme, chaque homme qui ressent le spectre de la précarité tente de sauver sa peau. Un monde où les femmes et les hommes politiques qui donnent par habitude l’illusion d’exercer un pouvoir expliquent que pour plus de sécurité, il faut plus de rigueur. Et plus la rigueur devient la règle, plus je vois les précaires d’hier devenir les éclopés de demain. La cohorte de la misère s’allonge de jour en jour.

Et toujours, toujours cette même chanson: regarde celui-là qui est différent. Il te fait peur, non ? C’est normal, il est là pour manger ta pitance, pour prendre ta femme et tes enfants. Il est noir, il est brun, il sent mauvais, il vient d’un endroit où tous sont pauvres. C’est lui la cause de tout tes maux.

Un mal qui répend la terreur,
La peste puisqu’il faut l’appeler par son nom,
Faisait aux animaux la guerre…

Les migrants, les grecs et les SDF d’aujourd’hui ressemblent étrangement à l’âne de La Fontaine.

Ils viennent grignoter une miette de notre pain tout en apportant  la richesse et leur labeur (c’est pas moi qui le dit, ce sont tous ceux qui observent les effets économiques de toutes les migrations).

Mais au tribunal du populisme, cette miette grappillée est bien plus grave que tous les profits engrangés par les banques sur notre dos depuis 2008, bien plus grave que les millions de licenciements financés par les avantages fiscaux que nos gouvernements ont octroyés aux multinationales les plus immorales.

Je ne veux pas être complice de tout cela. Et j’ai pourtant l’impression que c’est à cette complicité que je suis réduit. Et je ne sais pas. Je ne sais pas quoi faire d’autre que de me plaindre avec les autres.

Faudra-t-il attendre que la misère atteignent ici aussi le  niveau de la Grèce ou de l’Espagne pour que l’indignation soulève suffisamment la rue que pour mettre dehors non pas les hommes, mais leur politique du repli sur soi ? Et tout cela sans tomber dans un autre extrémisme, celui qui remplacerait une pensée unique par une autre ?

J’ai tellement envie de crier aux grecs: surtout ne pliez pas. Aujourd’hui, je crois que l’Europe a fait fausse route. Qu’il vaut peut-être mieux une crise majeure qui mette les constructions financières européennes à genoux. De quoi souffrirais-je ? D’une perte d’emploi ? De l’absence d’une pension ? D’une dévalorisation des biens que je possède ? Et alors ? Si tout cela ramène de la solidarité, je gagnerai sans doute en relations humaines.

Alors oui, les grecs, si vous faites sauter le système, je promets de venir plus souvent en vacances chez vous. De toute manière, l’Euro qui n’aura pas réussi à vous imposer ses conditions mourra de ne pas avoir pu continuer à vous garder en son sein. Un système monétaire qui n’aura pas même tenu 20 ans, tout simplement parce qu’il n’était pas construit autour d’une idée de solidarité.

Dans notre civilisation où le paraître semble devoir précéder l’être, il y a eut des fous pour croire qu’en créant une monnaie, on créerait une nation… A vouloir mettre la charrue avant les boeufs, on oublie qu’en descente, la charrue devient folle et incontrôlable.

Voilà ce que les images dans la lucarne noire m’ont inspiré ce soir. C’est amer, c’est confus, c’est ainsi dans ma gorge et dans mes boyaux.

 

Mes enfants abandonnés par le chauffeur de bus. …

Vu ce matin sur Facebook ce message d’une mère scandalisée par le fait que le chauffeur du bus que prend ses enfants les ait « abandonné » en raison de la grève générale.
Ce message m’inspire une double réaction.
La première est en empathie avec cette mère. Abandonner deux petits enfants en pleine ville (ou en pleine campagne) sans s’ assurer d’aucune prise en charge n’est pas très responsable. J’ose espérer que peut être il a prévenu son syndicat, la police ou les services sociaux.
Mais ma seconde réaction est de pointer l’irresponsabilité ou l’incohérence de parents prévenus depuis plus d’un mois de cette grève générale, informés depuis plusieurs jours de son ampleur probable.
Si ces parents ne veulent pas soutenir un mouvement social, il leur revient de prendre toutes les précautions nécessaires pour s’ assurer eux mêmes du niveau de confort qu’ils attendent de cette journée. Et laisser partir les enfants seuls sur des transports en commun dont on connaissait le taux élevé de participation à la grève était peu responsable.
Quant à jouer sur l’émotion causée par le meurtre de Béatrice Berlaimont, c’est d’un populisme que je dénonçais ici même il y a quelques jours.

Le coup d’état annoncé de Jan Jambon.

« Notre crainte, c’est que le PS revienne à la prochaine législature et détricote toutes les réformes que nous aurons entreprises. C’est pour cela que nous voulons un changement des institutions : pour sécuriser les réformes socio-économiques, juridiques, sur l’asile et l’immigration, etc »

C’est avec ces mots que le nouveau Ministre de l’Intérieur exprime le programme du nouveau gouvernement. Et, loin des polémiques (pas vaines) sur le caractère plus ou moins fascisant du monsieur en question, ces mots m’inquiètent plus que tous autres.

Jan Jambon – c’est bien de lui qu’il s’agit – déclare dans cette phrase que ce gouvernement veut un changement des institutions qui soit destiné à empêcher un gouvernement ultérieur de revenir sur les réformes qu’ils auraient entreprises. Il s’agit là purement et simplement de la définition d’un changement radical de régime politique. N’est-ce pas le fondement même d’un régime démocratique que de permettre au électeurs de donner les clés de la gestion du pays à un gouvernement pour une période déterminée, et avec la possibilité claire et nette de revenir en arrière si les solutions proposées par ce gouvernement ne fonctionnent pas ?

Les propos de Monsieur Jambon font peur. Il nous dit clairement: nous allons changer le système politique dans lequel nous vivons, pour que les électeurs ne puissent plus demander un changement après notre passage.

On laissera peut-être au nouveau vice-premier ministre le bénéfice du doute sur ses intentions lorsqu’il fréquentait le Sint Martensfonds et sa légion SS, mais on ne pourra pas dire qu’il ne nous a pas prévenu de ses intentions pour la législature actuelle.

Vous voulez encore avoir un médecin dans 10 ans ?

Si vous voulez pouvoir encore trouver un médecin pour vous soigner dans 10 ans, il est plus que temps de signer la pétition pour une révision du numerus clausus des numéros INAMI.

Aujourd’hui, seul un étudiant en médecine sur deux, une fois arrivé en dernière année, a une chance raisonnable d’obtenir le droit d’exercer en Belgique. Dans le même temps des cabinets ferment les uns après les autres, leurs médecins ayant atteint l’âge de se reposer, et plus personne n’est disponible pour assurer la continuité des soins.

Pour que tous les étudiants diplômés 'médecin' reçoivent un numéro INAMI au terme du cursus !

Déjà un mois…

Quelle rentrée! Après mes 5 semaines de vadrouille entre France, Suisse, Italie, Grèce, Macédoine, Serbie, Hongrie, Autriche et Allemagne, il a bien fallu reprendre le collier.

Avec une année de défis devant moi: temps plein à l’école, formation professionnelle deux soirs par semaine, un demi déménagement de trois mois en Novembre, et quelques autres broutilles entre Oxford,  Bruxelles et San Francisco.

En gros :

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Mais aussi quel plaisir de retrouver collègues et enfants.

Et puis, l’actualité politique nous promet de beaux débats.  L’arrivée d’une coalition des droites pour nous faire manger notre pain noir ha certainement me donner du grain à moudre. Tout autant sans doute que nos sois disant interventions militaires dans une lutte contre un ennemi invisible.

Enfin, j’essaierai de continuer à apporter une vue systémique de notre actualité.

Bonne reprise donc à tous.