Il y a quatre ans, lorsqu’il nous a présenté son nouveau gouvernement, le M.R. nous a vanté la nouvelle virginité de la N-VA, et en particulier leur volonté absolue de mettre le communautaire de côté pour toute la législature, au profit du socio-économique.
Pendant quatre ans, le gouvernement « Suédois » a gavé les classes moyennes et défavorisées de mots, annonçant « jobs, jobs, jobs », sans jamais vouloir reconnaitre qu’ils étaient assortis de salaires de misère, de contrats précaires, de réductions de charges pour les employeurs compensées par de nouvelles taxes pour les consommateurs (on appelle cela un « tax shift »).
Pendant quatre ans, le gouvernement « Suédois » a exécuté le programme migratoire du Vlaams Belang, sous le couvert de son agent infiltré Theo Francken. Ainsi, le parti nationaliste flamand pouvait exécuter une des politiques les plus emblématiques de la Flandre nationaliste (le rejet de l’autre lorsqu’il est différent) sans avoir l’air de faire du communautaire.
Pendant quatre ans, le MR et ses partenaires avaient presque réussi à faire oublier les fameux « cahiers Atoma » dont toute la presse parlait pendant les négociations de l’été 2014.
Et puis, alors qu’il pensait sans doute toucher au but, est intervenu l’incident… les citoyens se sont exprimés le 14 octobre dernier, et cela ne sentait plus bon du tout ni pour la N-VA, ni pour le MR. La comédie autour du Compact des Nations Unies sur les migrations devait donc permettre aux uns et aux autres de se positionner en vue d’élections fédérales et régionales sous haute tension. Charles Michel avait il vraiment oublié les cahiers Atoma ? Car voilà qu’en un week-end, ils surgissent du néant et démontrent s’il le fallait encore la cupidité de pouvoir qui a mené les libéraux au gouvernement fédéral.
Il faut écouter l’interview de Bart De Wever dans l’émission de Afspraak de vendredi 14 décembre (écoutez à partir de 28’50 »):
Si le MR voulait prouver (à travers sa « rébellion du Pacte de Marrakech ») qu’il n’était pas la marionnette de la N-VA, alors je dis « bien joué » (en Français dans l’interview), maintenant il l’est (la marionnette) au vu et au su de tous, parce que maintenant, je ne dois plus passer par Jan Jambon, maintenant c’est à moi qu’il doit venir demander, et c’est vraiment depuis Anvers que je dirai c’est ainsi (pouce levé) ou c’est ainsi (pouce baissé).
Et pour savoir ce que veulent dire ces pouces levés ou baissés, il suffit d’écouter les exigences posées aujourd’hui par la N-VA:
- Une déclaration de révision de la Constitution afin de mettre les questions institutionnelles à l’agenda du prochain gouvernement.
- Un rejet du Compact des Nations Unies sur les migrations.
- Un durcissement du projet de dégressivité des allocations de chômage.
- et accessoirement, l’exécution du budget 2019 tel qu’approuvé par la N-VA « avant la crise »
Et lorsque l’on demande au chef de file de la N-VA à la Chambre si ils ne mangent pas leur promesse de soutenir le gouvernement si celui-ci exécute l’accord conclu après les élections de 2014, il rappelle que l’accord de gouvernement ce n’est pas la déclaration gouvernementale, mais bien l’ensemble de l’accord, y compris ce qui se trouve dans les fameux cahiers Atoma…
Le MR se retrouve donc à devoir reconnaître qu’il a non seulement été manipulé depuis quatre ans par le bourgmestre d’Anvers, mais également qu’il a menti aux citoyens et au Parlement en faisant une Déclaration Gouvernementale et en obtenant la confiance pour son gouvernement en cachant des éléments qui étaient essentiels (le vrai rejet du communautaire) pour une partie significative de son électorat.
Le résultat concret de tout cela, c’est que les prochaines élections pourraient amener le scénario rêvé par Bart de Wever et ses troupes: une coalition de partis contre le MR du côté francophone du pays, que la N-VA espère emmenée par le PS, et un nouveau raz de marée nationaliste en Flandre. Un pays déclaré ingouvernable au niveau fédéral, et une nouvelle réforme de l’État à la clé. Sauf que…
Sans déclaration de révision de la Constitution, approfondir la réforme de l’État est un exercice très compliqué et donc ce problème là aussi devra trouver sa solution.
Allez, pour vous détendre de tout cela, je vous propose un souvenir de jeunesse, avec une dédicace spéciale pour Charles Michel et Bart de Wever: